Le sceau du ministre de la corvée

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Le sceau du ministre de la corvée

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:54

Le sceau du ministre de la corvée
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Dans l’Antiquité, et parfois encore de nos jours, la signature de documents, officiels ou privés, était faite à l’aide d’un sceau imprimé dans de la glaise fraîche ou de la cire molle. En Égypte, ces sceaux prenaient la forme de scarabées montés dans une bague. En Palestine, si le scarabée est rare, la pierre-sceau en conserve toutefois la forme; la partie ornementale n’est plus l’insecte évoqué avec réalisme, mais divers motifs qu’encadrent l’inscription.
     Actuellement, nous connaissons plusieurs centaines de ces sceaux dont l’origine israélite ne saurait être mise en doute. En général l’inscription se limite au nom du propriétaire, ordinairement déterminé par le nom de son père, selon la formule : « X fils de Y ». Ces sceaux sont donc importants pour l’étude des noms propres israélites; comme on peut s’y attendre, un grand nombre de noms bibliques sont ainsi attestés. Parfois, au lieu du nom du père, c’est la fonction du propriétaire du sceau qui est ainsi inscrite, comme « ministre » d’un roi, « scribe », « prêtre », etc. Ces mêmes sceaux constituent donc un matériel non négligeable pour l’étude de l’administration civile et religieuse du peuple d’Israël.
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Les deux faces du sceau de Pelayahu

     Il y a plusieurs années, un tel sceau a paru sur le marché des antiquités de Jérusalem; son acquéreur a vu à ce qu’il soit publié sans tarder à cause du grand intérêt qu’il suscite. Il a la forme d’un scarabée, taillé dans un quartz vert sombre, tacheté de noir; il a été percé pour être monté sur une bague. Une première caractéristique à signaler : il est inscrit sur deux faces; c’est un cas unique! La face A se lit : « À Pelayahu (fils de) Mattityahu »; c’est la formule très connue des sceaux privés. Sur la face B on lit : « À Pelayahu qui est (ministre) de la corvée », c’est la formule du sceau officiel d’un membre de l’administration royale.
     La corvée est un travail d’esclave imposé sur quelqu’un au profit non pas d’un individu, mais de l’état tout entier. Elle est bien connue dans tout le Proche-Orient ancien; les rois avaient facilement recours à ce mode de main d’œuvre pour la construction des routes et de leurs palais, pour la culture de leurs terres, etc. Les Israélites ont été astreints à un tel travail par les Égyptiens (Ex 1). En Israël, la corvée n’est mentionnée que sous David et Salomon! David, en effet, soumet les Ammonites, récemment vaincus, à ce travail forcé, mis sur pied par un certain Adoniram (2 S 12,31; 20,24). Le même personnage est toujours actif sous Salomon, qui voit à la bonne marche des grandes constructions du roi : villes, palais et temple; mais cette fois, des Israélites même sont forcés à fournir ce genre de travail, au même rang que les ennemis vaincus (1 R 4,6; 5,27-28; 11,28; 12,18; voir aussi 1 R 9,20-22). On donne le chiffre de 3300 ouvriers de corvée, dirigés par 550 surveillants (1 R 5,30; 9,23), dont un certain Jéroboam (1 R 11,28).
     À la mort de Salomon, les dix tribus du Nord demandent à son fils et successeur, Roboam, de bien vouloir alléger ce joug de la corvée; comme réponse, il leur envoie Adoniram, chef des corvées, avec ce message : « Ce joug que vous a imposé mon père, je le rendrai encore plus lourd! » Jéroboam, un des chefs de corvée du nord, proclame donc l’indépendance de ces dix tribus qui forment désormais le royaume d’Israël, ayant ce même Jéroboam comme roi. Et nous n’entendons plus parler de corvée, pour des siècles, bien que nous soupçonnions qu’elle ait continué.
     Le sceau de Pelayahu vient donc confirmer nos intuitions à ce sujet. Tout d’abord le nom de ce ministre de la corvée est connu à partir de l’époque exilique (VIe siècle avant J.-C.). Il signifie « Yahvé a fait merveille » ou « Yahvé, est merveilleux ». Le nom de son père figure pour la première fois à la même époque; on reconnaît le nom de Matthias, qui signifie : « (Cet enfant est) don de Yahvé ». L’étude de la forme des lettres de l’inscription (paléographie) nous permet de le dater vers la fin du VIIe, siècle ou, le début du VIe siècle av. J.-C. Vers la fin du royaume de Juda, la corvée était donc encore largement pratiquée, puisqu’un de ses chefs, sinon, son ministre, pouvait porter un sceau officiel. Nous sommes alors tentés de proposer le règne de Joiaqim (609-598) comme date de ce sceau, puisque Jérémie signale une grande activité de constructions royales sous son règne, dans des conditions de travail qui ressemblent bien à celles de la corvée : « Malheur à qui bâtit son palais sans la justice, et ses chambres hautes sans le droit; qui fait travailler pour rien son prochain, sans lui verser son salaire. » (Jr 22,13).
     Que Pelayahu ait été chef de la corvée sous Joiaqim ou non, il reste que son sceau est un témoin unique et irréfutable de l’existence de ce labeur forcé, imposé au peuple à la fin de la monarchie. L’histoire de la société israélite ancienne doit désormais en tenir compte! Les protestations des prophètes contre l’exploitation du peuple pour les bénéfices personnels du roi et de son administration y reçoivent aussi un éclairage et un appui non équivoque!
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Re: Le sceau du ministre de la corvée

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:55

Un archer sur un sceau judéen
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Le chantier ouvert en 2005 ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien])

En 2005, des fouilles ont été entreprises à Jérusalem sous la grande place du mur Occidental. À une centaine de mètres du mont du Temple, on a ouvert un chantier d’environ 1500 m2. On y a découvert, sous les dalles d’une rue à colonnades d’époque romaine, un bâtiment administratif de l’époque du premier Temple (Fer II) très bien conservé. En 2008, en examinant soigneusement les débris à l’intérieur du bâtiment, on a trouvé quatre sceaux personnels dont un présentant l’image très nette d’un archer.

     Cet artefact est unique car c’est la première fois qu’un sceau portant une inscription hébraïque est accompagné d’un motif influencé par l’art assyrien. De forme ovale, comme un scarabée, et gravé sur une pierre noire, le sceau indique clairement le nom de son propriétaire. Sur le sceau, l’inscription est inversée mais une fois imprimée, sur de la cire par exemple, on peut lire : « Appartenant à Hâgab ».

     Le nom Hâgab se retrouve dans la Bible [1] et figure sur la liste des chefs de familles revenues d’exil (voir Esdras 2,46) avec Zorobabel. Mais il est improbable que cet exilé soit le propriétaire du sceau car le contexte archéologique de sa découverte pointe plutôt vers une période antérieure : le sceau a été utilisé au VIIe siècle avant notre ère. Or, le retour des exilés dont parle le livre d’Esdras se situe en 536 avant JC.

L’archer
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Le sceau vu de profil et de face

     L’archer ne porte pas de casque ni de cuirasse. Les traits de son visage sont indiqués par quelques incisions pour le nez, les yeux et la joue. Les incisions sous le menton pourraient représenter la barbe. La poitrine apparemment nue est traversée par la courroie du carquois. L’archer tient l’arc dans sa main droite (n’oublions pas que le motif est inversé) et vise de la gauche. La corde de l’arc n’est pas visible mais un trait horizontal représente la flèche. Le soldat porte une ceinture à laquelle est probablement attachée une épée. Comme sur les reliefs assyriens, on remarque la forte musculature des mollets du guerrier et ses pieds sont nus.
L’art palatial assyrien
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Détail d’une scène de la prise de Lakish

     L’artisan qui a fabriqué le sceau pourrait s’être inspiré d’un objet importé mais une autre possibilité serait une influence directe de l’art palatial assyrien. Sur les murs du palais de Sennachérib (roi d’Assyrie de 704 à 681 av. JC) à Ninive, on pouvait admirer des scènes de combat dont la célèbre prise de Lakish, une ville judéenne de la Shéphélah. Aujourd’hui conservés au British Museum, les reliefs de la prise de Lakish représentent la victoire assyrienne contre la révolte du roi Ézéchias en 701. Parmi les soldats assyriens qui figurent sur ces scènes de combat, on compte plusieurs archers représentés en formation de combat.
     Puisque les sceaux étaient utilisés dans l’ancien Israël par des individus détenant une responsabilité gouvernementale, on peut penser que Hâgab avait un rôle militaire important dans le royaume de Juda. Le motif de l’archer atteste la forte influence assyrienne qui existait à Jérusalem au VIIe siècle de notre ère. Mais il démontre également que le royaume israélite jouissait encore d’une autonomie relative sous l’hégémonie assyrienne.
[1] Le nom Hagab se retrouve également dans les lettres (ostraca) de Lakish et sur quelques impressions de sceaux hébraïques.
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