Les Druzes - Druzisme - Islam

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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 12:54

Les Druzes - Druzisme - Islam


Druzisme
Fondée au Caire au début du Xème siècle par le jeune calife fatimide d’Egypte al-Hâkim, la foi druze s’est répandue au Moyen-Orient par les soins d’un prédicateur qui lui a donné son nom, al-Darazi. Les Druzes eux-mêmes s’appellent aussi « Al-Mouahhidoun », les « Unificateurs », car leur doctrine syncrétique rassemble des éléments d’Islam, de Christianisme et de philosophies grecque et hindoue.
Après la disparition de son fondateur, la secte, persécutée, disparut d’Egypte mais continua son prosélytisme en Syrie. En 1043, la « porte de l’adhésion » fut cependant fermée et aucune nouvelle conversion ne fut plus acceptée, ceci afin d’éviter que celle d’un adepte d’une autre religion n’attire sur eux la vengeance de leurs voisins. Les Druzes formèrent dès lors une communauté fermée, repliée dans les régions montagneuses du Mont Hermon, du Golan, de la Montagne Libanaise, de l’Anti-Liban et de la haute Galilée.
Les Druzes émergèrent en tant que force politique dominante dans la montagne avec les Emirs qui présidèrent à leur destinée à partir du XIIème siècle. Ils donnèrent au Liban celui qui est considéré aujourd’hui comme son premier homme d’Etat, en la personne de Fakhreddin II (1590-1635), dont le palais se dresse au coeur du Chouf, à Deir-el-Qamar, village aujourd’hui majoritairement chrétien. Fakhreddin II étendit, en effet, son autorité sur ce qui est aujourd’hui le Liban ainsi que sur la Galilée, et réussit à préserver l’autonomie de l’émirat ainsi constitué jusqu’à ce que le pouvoir ottoman mette fin brutalement à son règne. Réputé pour sa tolérance, il encouragea également les chrétiens maronites à s’installer dans le Metn et le Chouf. Les choses se gâtèrent avec l’avènement de l’Emir Bechir II (1788-1840), chrétien maronite, qui pour asseoir son pouvoir joua des rivalités entre les grandes familles Druzes en s’appuyant sur sa propre communauté. Ce fut le début de troubles confessionnels qui allèrent crescendo jusqu’à la guerre civile de 1860. Beaucoup de Druzes prirent alors le chemin de l’exil pour s’installer au sud de la Syrie, dans le Djebel el-Arab, plus connu aujourd’hui sous le nom de Djebel Druze, où un petit nombre de leurs coreligionnaires les avaient devancés au cours des siècles. Dans cette région, ils furent en rébellion armée contre l’occupant français de 1922, année du début officiel du mandat de la S.D.N. sur la Syrie, à 1926, année de la prise de Soueida, capitale du Djebel, par les troupes françaises.
Les Druzes seraient aujourd’hui 350.000 en Syrie, environ 300.000 au Liban, 60.000 en Israël et 3 à 5.000 en Jordanie.





On naît druze, on ne le devient pas!

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]  Les Druzes forment une communauté religieuse (certains parleront de secte) issue du chiisme, présente en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Palestine. Bien qu’il soit difficile d’avoir des données chiffrées fiables, on considère que la population druze représente environ 7%-8% de la population libanaise (environ 250000 personnes) et 3%-4% de la population syrienne (environ 450000 personnes).

  C’est une communauté créée par deux ismaëliens (branche du chiisme) un persan Hamza et un turc ad-Darazî (dont le nom est à l’origine du terme « druze ») vizir du calife fatimide d’Egypte Al-Hakim (996-1021). Al-Hakim prônait une religion universelle, monothéiste, héritière de toutes les philosophies et croyances précédentes. Il se proclamait incarnation de Dieu et à sa mort ses proches confirmèrent sa nature divine. C’est ainsi qu’ils fondèrent la secte druze.

  C’est une religion hermétique et non démocratique. En effet, la doctrine est secrète et les textes sacrés (les livres de la Sagesse) ne sont accessibles qu’à une élite initiée pour éviter que le message soit dévoyé. C’est une communauté fermée car l’adhésion à la secte n’a été ouverte que de 1017 à 1043, excluant depuis en principe toute conversion ou apostasie. Les Druzes croient en la réincarnation des âmes au sein de leur propre communauté. Ses vies successives permettent au croyant de gagner son salut et d’attendre le retour du messie Al-Hakim à la fin des temps. Religion à l’origine musulmane, elle rejette la charia et ses obligations rituelles, elle n’a ni liturgie, ni lieux spécifiques de culte (seuls les initiés, les sages se réunissent tous les jeudis dans les majlis, « les assemblées »  pour prier et méditer). Croyants et visiteurs peuvent aussi se recueillir dans des sanctuaires, où reposent des personnes initiées ou illustres de la communauté. Et on peut suivre une initiation pour accéder à la connaissance de la doctrine. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
   D’abord installés à Hama, Alep et Damas, les Druzes se réfugient dès le 12° siècle dans le Mont-Liban pour échapper aux persécutions du pouvoir officiel et de l’islam orthodoxe. Et à partir du 14° siècle, avec la 

dynastie Maa’n, ils fondent l’émirat du Liban et connaissent leur apogée sous le règne de Fakhreddine II, le « prince druze du [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Liban » ( 1590-1635). Il joua un rôle important pour créer un état indépendant, moderne, prospère et en paix au coeur de l’empire ottoman. Sous son règne, les Druzes et les Maronites du Mont-Liban vécurent dans une atmosphère de tolérance mutuelle. En 1635, le pouvoir ottoman, irrité par ses succès, le condamne à mort.

  Sa disparition annonce une longue période de déclin de la communauté druze, de dissensions internes et de conflits très violents avec les maronites, attisés  notamment par l’émir Bechir II (1788-1850), 

druze maronite converti, par les ottomans et par les puissances étrangères.[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
  Guerre civile, massacres et flambées de violence ne cessent qu’à partir de 1860 quand une nouvelle administration est mise en place par l’empire ottoman, confirmant la prédominance politique des Maronites dans la région mais acceptée malgré tout par les Druzes.

  A partir de l’indépendance du Liban en 1943, la communauté druze, bien que minoritaire, joue un rôle politique plus important grâce à son chef Kamal Joumblatt qui fonde le Parti Socialiste Progressiste en 1949

 pour tenter de dépasser les clivages communautaires.[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
 Soutenant la résistance palestinienne pendant la guerre civile mais s’opposant à l’intervention militaire syrienne au Liban, Kamal Joumblatt est assassiné en 1977. Et en 1983, c’est la deuxième guerre civile entre les Druzes et les Chrétiens après le retrait des Israéliens du Mont-Liban: ce sont cette fois les Chrétiens qui sont obligés de fuir leurs villages pour échapper aux massacres. Les Druzes sortent cependant très affaiblis de ce conflit malgré leur victoire militaire. Et la région du Chouf a souffert du départ massif des Maronites notamment sur le plan économique.
  Aujourd’hui, formant une communauté minoritaire , encore relativement fermée, quasi unie derrière Walid Joumblatt, les Druzes tentent de défendre l’unité et l’indépendance du Liban au sein des forces du 14 mars.

Vous pouvez lire « Les Druzes, vivre avec l’avenir » de Abbas El Halabi aux éditions dar An-Nahar

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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 12:55

Mais qui sont les Druzes ?

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La doctrine religieuse druze est un schisme de l’islam chiite ismaélien. 

Elle est née en Egypte sous le règne du calife fatimide al-Hakim bi-amr Allah intronisé en 996 qui se déclare à la fin de son règne le dernier imam, la dernière incarnation de Dieu sur terre.

Un de ses suiveurs, Hamza ibn Ali ibn Ahmad, un Imam ismaélien originaire du Khorasan et son disciple Muqtana définissent le véritable corpus doctrinal de la nouvelle religion. Un troisième personnage clef, Muhammad bin Ismail Nashtakin ad-Darazi, ismaélien lui aussi, né à Boukhara d’origine turco-altaïque a donné son nom à cette communauté. Il sera plus tard écarté suite à un conflit qui a éclaté avec Hamza. Il lui sera reproché ses mœurs et ses idées jugés incompatibles avec la nouvelle doctrine.

Les nouvelles idées suscitent l’hostilité d’une grande partie de la population à majorité sunnite.

Hakem disparait dans des conditions obscures en 1021, probablement tué sur ordre de sa sœur Set al Mulk. Ses habits sont retrouvés entachés de traces de sang et abandonnés sur la montagne Moqatam au Caire où il avait l’habitude de se retirer pour méditer, mais sans  traces de son  corps.  

Suivra une vague de persécutions contre les druzes. 

Leur doctrine est complètement éradiquée de l’Egypte. Il est mis fin à son prosélytisme et les adeptes de cette nouvelle religion se réfugient au sud de la Syrie et du Liban et en Galilée, territoire montagneux aux confins de l’empire fatimide, loin du Caire, à la frontière avec l’empire abbasside. A partir de cette époque se trouve dessinée la zone d’implantation actuelle des Druzes, un centre Wadi el Taym rayonnant sur des communautés dans le Chouf, la Galilée, le djebel druze dans la Hauran et le Golan. Il existe aussi un petit noyau druze à côté d’Alep. Les réfugiés d’origine égyptienne et maghrébine entraînent des conversions à la religion unitaire parmi la population locale chiite. La communauté druze apparait d’origine ethnique multiple.  Elle s’est enrichit aussi par des apports d’origine kurde et arabe. Les premières familles kurdes à rejoindre la communauté sont les Tanoukh, suivront les Arslan et les Takieddine et enfin les Joumblat. Les conversions ont eu lieu chez des tribus arabes nomadisant en Syrie. Deux groupes marqueront l’histoire du Liban de leur opposition, ceux originaires du sud de l’Arabie « le partie Yéménite», et ceux venant du nord « le partie quayssite » dont les chefs de file seront les Buhturides et les Maan.
La doctrine druze prend racine dans une volonté de synthèse des trois monothéismes avec des idées issus du manichéisme, de l’Egypte antique, de l’Inde et du monde grec.

Comme les chiites, les druzes croient à l’interprétation ésotérique des écritures.

Ils partagent avec les chrétiens le dogme de la manifestation de Dieu (al-tajallî). Dieu a une double nature humaine et divine. Il aurait eu dix apparitions matérielles (théophanies), définissant dix cycles dont le dernier a été celui d’al-Hakam qui a été une incarnation de Dieu sur terre.

La hiérarchie divine comporte cinq ministres désignés sous le nom de pentade. 

Au sommet, il y a l’Intelligence divine, suit l’Ame (Nafs) puis le Parole (Qualima), puis le Précédent (Al Sabeq) et enfin Suivant (Al Tali). La doctrine druze est influencée par le néoplatonisme. 

Cet univers intelligible se manifeste à chacun des cycles de prophétie par une manifestation sensible et aura une couleur spécifique pour bien le reconnaître. A l’époque d’al Hakim, l’Intelligence qui est associé au Vert s’est manifestée en Hamza, l’Ame qui est associée au Rouge s’est exprimée en son gendre Ismail al Tamimi, la Parole qui est associée au Jaune en Abou Abdallah al Qorachi, le Précédent qui est associée au Bleu en Aboulkhair al Sammuri et le Suivant qui est associé au Blanc en Bahaeddine al Moqtana. Ces cinq couleurs forment les couleurs du drapeau druze.
 
Les druzes ont fasciné les Orientalistes notamment Gérard de Nerval assimilant les druzes à des francs-maçons de l’islam. Le fait est qu’il existe des similitudes entre les deux. Christian Lochon et Jean Marc Aractingi en ont fait la démonstration dans leur livre « Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques »  

Les druzes distinguent les sages initiés, désignés sous le nom de ‘ukkâl des non-initiés. Les élus à l’initiation sont repérés dans la société pour leur qualité morale et leur réputation. L’initiation est basée sur l’élévation spirituelle, le renoncement au plaisir terrestre et sur une ascèse de tous les instants. La vie terrestre apparait comme un long chemin mystique au cours duquel l’âme accomplit son perfectionnement. Ce chemin peut comporter plusieurs vies au cours desquelles l’âme connaît des réincarnations successives. Le but final est que l’âme au bout de ce long chemin spirituel et moral atteigne un degré d’élévation tel qu’elle finisse par sefondre avec Dieu, réussissant l’unicité avec lui. Elle atteint son salut en attendant le retour du messie al-Hakim à la fin des temps.
     
A l’image des religions orientales, les druzes croient à l’évolution cyclique du monde et à la réincarnation qui reste toutefois limitée à l’intérieur de la communauté druze. Après la mort, l’âme du défunt s’introduit immédiatement dans la bouche d’un nouveau-né druze. Celui qui a fauté dans sa vie sera réincarné dans le corps d’un être ayant un niveau social ou un niveau de connaissances ésotériques inférieurs.

Les druzes se désignent comme muwwahiddûn qui veut dire unitaire. Ce terme se justifie doublement parce que les druzes affirment la stricte unicité de Dieu et parce qu’ils aspirent à s’unir avec lui.

La doctrine druze a cherché une synthèse entre la pensée orientale, la philosophie grecque et les trois monothéismes. 


Elle est fortement influencée par le soufisme qui préconise de s’éloigner des préoccupations terrestres pour mieux approcher Dieu. Les chrétiens et les juifs sont mieux vus dans les écrits druzes que les musulmans. Parmi les sectes de l’islam , ceux qui sont considérés comme les  plus dangereux sont les Nusayrî. Les philosophes grecs occupent une place privilégiée dans leurs écrits. Pythagore, Platon et Aristote sont à l’honneur.

La doctrine unitaire est considérée comme hérétique par les sunnites et les chiites. 

Les druzes se distinguent en plusieurs points des branches traditionnelles de l’islam. 

Ils ne se sentent pas concernés par les cinq obligations rituelles de l’islam, n’ont pas à effectuer le pèlerinage de la Mecque. Leur livre principal est le livre de la sagesse qui regroupe des textes rédigés par Hamza et Muqtana et non le Coran. Ils n’ont pas de mosquées mais des khalawat. Ils n’ont pas de rite, ne pratiquent pas la prière de vendredi mais font des réunions les jeudi soir réservés exclusivement à tous les druzes désireux de se rapprocher de la religion. La réunion débute par le commentaire des Livres de la sagesse et la récitation des textes de la poésie soufie. A la fin de la première partie le chef qui dirige la séance frappe dans ses mains. Les druzes qui ne sont pas admis à l’initiation quittent la salle. La véritable séance religieuse peut débuter, qui consiste dans la remémoration et la lecture.

Ils ne suivent pas les fêtes musulmanes à une seule exception le Id d’Al-Adha qui célèbre le sacrifice d’Abraham et qui tombe le même jour fêté par les autres musulmans. 

Ils ne pratiquent pas le jeûne pendant le mois du ramadan mais pendant les dix jours qui précédent l’Id d’Al-Adha. Ces dix jours sont désignés par le cycle de ‘ashûr et sont inaugurés par la nuit de ‘ashr. Tous les soirs au cours de ces dix jours, les religieux se réunissent dans les Khalawat. La tension doit monter crescendo pour atteindre son paroxysme la huitième et la neuvième nuit qui sont désignées respectivement par la petite station (al-waqfa al-saghira) et la grande station (al-waqfa al-kabira) avant le dixième jour qui est le jour de l’Id ou le grand jour. La fête dure quatre jours.

Pour les druzes ces dix jours ont un sens allégorique. Ils servent à remémorer les épreuves qui ont émaillé l’histoire druze. Le sacrifice d’Abraham devient pour eux celui des plaisirs terrestres pour se rapprocher de Dieu. Le jour du ‘Id symbolise le jour du jugement dernier qui représente la délivrance pour les druzes.

A la différence de l’islam, le prosélytisme est proscrit chez les druzes. Il l’a été en 1034 suite à la vague de persécutions dont les prédicateurs ont été victimes. On naît druze,  on ne peut pas le devenir. Il n’y a eu qu’une exception pour la famille Joumblatt au milieu du dix-septième siècle. L’entrée en religion n’est pas marquée comme pour les catholiques par le baptême ni comme dans l’islam par la simple lecture de la fatiha. Il s’agit d’un chemin initiatique, le candidat à l’initiation doit se plier à une conduite exemplaire, soumettre sa réputation et son intention véritable à l’examen des religieux.

Les druzes pratiquent al-‘Asabiya qui est la solidarité et la pureté du sang à l’intérieur de la communauté entretenue par des mariages endogames entre cousins et facilité par l’implantation rurale. Une histoire de persécutions a forgé un sentiment d’appartenance commun très poussé avec des règles morales à l’intérieur du groupe différentes de celles pratiquées envers les autresLa communauté se dresse comme un seul bloc face au danger extérieur.

Comme dans la maçonnerie, les druzes ont des signes de reconnaissance qui sont développés dans leurs livres sous l’intitulé « comment reconnaitre notre frère unitaire si nous le croisons en chemin, s’il passe chez nous et prétend être des nôtres ? ». A la question « Dans votre pays se trouve-t-il des paysans qui sèment la graine de Myrobolan ? (qui est un fruit desséché provenant de l’Inde )»,il doit donner le mot de passe suivant « Elle est semée dans les cœurs des croyants ». Il lui est alors demandé de citer les cinq ministres.

Contrairement aux musulmans, les druzes ne sont pas polygames et la fidélité conjugale a été prônée par Hamza. La femme a un statut équivalent à celui de l’homme et peut participer à l’initiation et se rendre aux Khalawats. Ses parents sont libres de lui transmettre leur patrimoine en cas d’un testament rédigé en présence de témoins. En absence d’un testament, c’est la loi hanafite en vogue chez les sunnites qui sera appliquée. Selon cette loi, la femme n’hérite pas, et en absence d’un héritier mâle dans la famille, l’héritage passe aux cousins.   

Peuple fier, les druzes sont connus pour leur patience, leur persévérance, leur courage, leur hospitalité et leur propreté. 

Néanmoins, il leur a été reproché leur duplicité, leur esprit de vengeance, leur violence et leur trahison. Les maronites ont eu souvent l’occasion d’en faire les frais. Il suffit de rappeler les massacres de 1840, de 1860 et de 1983. Un proverbe répandu chez eux préconise de manger chez le druze mais de dormir chez le chiite, ce qui traduit une reconnaissance de la propreté du druze mais incite à se méfier de sa traîtrise et de sa duplicité. Le décalage entre les principes de la doctrine druze séduisante en théorie et la réalité historique de cette communauté marquée par la violence est dû au fait qu’il ne s’agit pas d’une religion mais d’une initiation réservée à un petit groupe de personnes élues, alors que le reste de la communauté, qui est majoritaire, reste dans l’ignorance et en dehors de toute religion. C’est une conséquence de la taqiya qui consiste à dissimuler ses croyances aux non-initiés de la communauté, considérés inaptes à la recevoir, et aux étrangers de peur qu’ils la déforment. Longtemps, la divulgation de la doctrine druze valait à son auteur la mort.

Les techniques de survie développées par les druzes les incitent à dissimuler leurs propres croyances et à épouser les idéologies du groupe dominant en attendant des jours meilleurs. 

Un film documentaire sur les druzes est très explicite. Il débute par un enterrement d’un officier druze en Israël en présence des autorités militaires israéliennes et des drapeaux israéliens. Le même jour, a lieu l’enterrement d’un officier druze syrien de l’autre côté de la frontière en présence des autorités militaires syriennes et des drapeaux syriens. De chaque côté de la frontière, les druzes ont montré du zèle pour la cause du pays où ils étaient minoritaires.

Un défi nouveau s’impose à la communauté druze :  comment transmettre la doctrine druze aux membres de la communauté vivant à l’étranger qui du fait de leur éloignement ne peuvent pas suivre l’initiation ?

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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 12:58

Les Druzes en Israël 





Les minorités religieuses du Moyen-Orient sont à la fois ancestrales, fascinantes, et menacées. L’exode des Chrétiens d’Irak, mal considérés par les islamistes sunnites comme par les chiites identitaires au pouvoir, est pleinement avéré. Le passage de Daech est un désastre pour pratiquement toutes les confessions, et même des sunnites qui sont persécutés ou tués pour le moindre écart. Les Druzes, l’une des minorités qui vit en Irak, Syrie, et Israël, vit dans un état de tension. Trop peu nombreux pour s’imposer, les Druzes doivent toujours composer. En Israël, encore moins nombreux qu’ailleurs, ils ont particulièrement bien réussi à s’israélianiser. Pour des raisons de commodité de nos déplacements, Décalage Diplo commence sa série sur les minorités moyen-orientales en Galilée. D’autres reportages suivront, dès que logistiquement 


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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 12:59

Les druzes d'Israël plus nationalistes que les juifs

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L'assassinat en Israël d'un sous-officier druze, en février, par un officier palestinien de Cisjordanie, a remis au devant de l'actualité cette communauté discrète, très impliquée dans la vie israélienne.
La compréhension du conflit israélo-palestinien passe par la connaissance des populations qui composent l'Etat d'Israël. Les minorités sont importantes et jouent souvent un rôle primordial au sein de la communauté israélienne. Nous commencerons cette enquête par l'une des minorités musulmanes: les Druzes.

Les Druzes, professant une religion musulmane hétérodoxe, sont installés au sud du Liban (350.000), au sud de la Syrie (700.000) dans le djebel Druze et au nord d'Israël en Galilée (120.000). Leur religion, fondée sur l'initiation philosophique, est considérée comme une branche ismaélienne du courant musulman du chiisme. Mais cette secte, ayant abandonné certains préceptes islamiques, s'est transformée en religion à part en se distinguant des autres musulmans avec lesquels les relations sont souvent houleuses. Leur doctrine est dérivée de l'ismaélisme et constitue une synthèse du mysticisme musulman et de la pensée coranique. Courant monothéiste par excellence, il insiste sur l'unité absolue de Dieu.

Religion discrète
La religion, qui ne comporte ni liturgie et ni lieux de culte, reste très secrète et n'est révélée aux fidèles qu'après divers degrés d'initiation. Cette discrétion était imposée en raison des exactions qu'on subies les membres de cette communauté de la part des autres musulmans et même des chrétiens. De simples locaux abritent les lieux de prière, sans minaret, sans fioritures ni décorations murales et il n'existe aucune hiérarchie religieuse parmi les imams. Les Druzes, rejetant la Charia et les obligations rituelles qui en découlent comme le jeûn du ramadan, sont devenus suspects à la fois aux yeux des chiites et à ceux des sunnites. Bien que ces petites communautés soient disséminées autour de plusieurs frontières, elles représentent une société écoutée par les gouvernements dont ils dépendent. Leur propension à la révolte et leur esprit d'indépendance leur permet de constituer un groupe de pression efficace.

L'assassinat en Israël d'un sous-officier druze, le 10 février, dans un attentat perpétré au couteau par un officier palestinien de Cisjordanie, a remis au devant de l'actualité cette communauté discrète, très impliquée dans la vie israélienne. Le chef du village druze de la victime a été éprouvé par la mort de l'un des siens, mais cela n'atteint en rien ses convictions sur la mission confiée à toute sa communauté. Il nous a déclaré sans aucune ambigüité que «notre village a malheureusement donné un grand nombre de ses fils pour la sécurité de l'Etat d'Israël. Même s'il y a parfois chez nous des controverses avec les autorités, en raison de certaines discriminations, nous continuerons à nous engager dans les rangs de Tsahal et à apporter notre contribution à l'Etat dans lequel nous vivons et nous prions pour sa pérennité».

Nous voulions comprendre l'état d'esprit de ces druzes dont le nationalisme pro-israélien est souvent exacerbé et comment ils existaient comme minorité dans le paysage d'Israël. Tsahal nous a autorisés à interroger, en exclusivité, le lieutenant colonel druze Safwan, 41 ans, qui a accepté de répondre à nos questions en toute indépendance. C'est une démarche rare car l'armée impose toujours le secret à ses hommes et elle n'aime pas que les journalistes s'infiltrent dans le quotidien de ses bases.  Les druzes, qui bénéficient de la nationalité israélienne, sont admis dans l'armée pour servir au titre du service militaire légal ou en tant que soldats de carrière. Safwan m'a reçu dans sa base de Galilée qu'il commande en temps de paix tout en étant à la tête d'un régiment de réservistes en période de guerre.

Slate.fr: Votre religion est peu connue en Europe...

Safwan: Les druzes ont fait scission de l'islam en 1017 à partir d'Egypte pour se disperser ensuite dans différents pays car ils ont été alors persécutés. Ils ont vécu dans une société fermée, réservée uniquement aux druzes, surtout pour des raisons de sécurité. Notre religion se distingue des autres parce que les conversions ne sont pas admises et que la monogamie est exigée. L'absence de prosélytisme nous rend pacifiques car nous voulons rester dans notre milieu sans chercher à faire venir à nous de nouveaux adeptes. Nos religieux ne peuvent le devenir qu'après une longue période de probation, sorte d'examen, et après une enquête approfondie sur leur passé qui doit être irréprochable. A ce moment seulement, ils reçoivent les clefs secrètes de nos dogmes et de nos pratiques.

Comment expliquer votre nationalisme qui étonne en Europe? A peine 10% des druzes échappent au service au service militaire alors que ce pourcentage atteint 30% chez les juifs.
Les druzes sont installés dans plusieurs autres pays du Proche-Orient. Notre religion nous impose d'être fidèles, loyaux et reconnaissants envers le pays qui nous héberge. La règle est de ne pas couper la branche sur laquelle nous sommes et pour cela, nous devons nous intégrer sans cependant nous assimiler. A l'opposé des Kurdes, nous n'avons aucune aspiration à créer un Etat druze, donc nous ne risquons pas de susciter un quelconque conflit avec nos hôtes. En tant que minorité dans un Etat démocratique, nous tenons à être forts et notre doctrine nous impose de donner beaucoup de nous-mêmes à notre pays. C'est ce qui marque notre lien à Israël. De même qu'un druze syrien est attaché à son pays, moi je suis loyal vis-à-vis d'Israël. Nous sommes égaux en droit et en devoir. Mais sans fausse modestie, je tiens à dire que les druzes sont des gens courageux qui défendent les frontières de l'Etat qui les héberge. A titre d'exemple, je vous rappelle que les druzes ont éjecté les Français de Syrie en 1925 à la suite d'une révolution parce qu'ils défendaient l'intégrité de leur territoire. C'est vrai, nous sommes très attachés à la notion de territoire et si vous nous en donnez un, nous le protègerons quoi qu'il nous en coûte et surtout, nous le respecterons sans faire de mal à personne. Cela explique pourquoi les druzes s'engagent militairement pour défendre leur pays qui peut être la Syrie ou Israël. Cela explique aussi pourquoi les druzes du Golan, annexé par les Israéliens, restent attachés à leur appartenance à la Syrie, sans aucune motivation politique.

Quelles sont vos relations avec les druzes des autres pays?
Nous avons des relations avec les druzes de Syrie et du Liban parce que nous avons des liens familiaux. Nos déplacements étaient nombreux et les échanges de populations sur la base individuelle ont toujours fonctionné avant la fermeture des frontières en 1948. A titre personnel d'ailleurs, je m'efforce de reconstituer l'origine de mes racines très éparpillées.  Nous sommes cependant autorisés, tous les ans, à rendre visite à nos familles de l'étranger car le maintien de ces relations est primordial pour nous. Nous espérons fortement être un pont menant à la paix entre les peuples qui se combattent, mais les druzes ont leurs propres préoccupations nationales selon l'endroit où ils vivent. Il y a bien sûr des écarts dans nos niveaux de vie mais cela dépend essentiellement de la situation économique nationale.

Y a-t-il une discrimination perceptible touchant votre communauté?
Il n'y a aucune discrimination car il n'est pas marqué sur mon front que je suis druze et mon physique ressemble à celui de l'Israélien moyen. Regardez la photo de ma femme, elle ressemble à une Italienne. Depuis la création de l'Etat, beaucoup de changements ont été opérés pour contrer la différence. En particulier, en 1987 quand je me suis engagé, j'ai été incorporé dans un régiment réservé aux druzes. Aujourd'hui, cela ne se fait plus. Les conscrits druzes peuvent être intégrés à tout régiment sans distinction, selon la spécialité qu'ils choisissent: fantassin, tankiste, pilote ou marin. Je dirais plutôt que l'armée agit comme un modèle pour nous et pour l'Etat. Nous n'avons pas à nous plaindre de notre situation durant ces soixante années d'existence du pays. Le temps a fait les choses et, si je me réfère aux Etats-Unis, il leur a fallu plus de deux siècles pour choisir un président noir. Nous, nous avons déjà commencé puisque nous avons à présent des généraux.

Il y a eu pourtant des manifestations druzes récemment.
Les manifestations sont légales et sont le reflet de notre démocratie. Les étudiants et les religieux juifs manifestent aussi et il est normal que chaque catégorie, les druzes inclus, cherche à défendre ses intérêts particuliers. La recherche de nouveaux avantages est un droit et nous en usons sans que cela soit interprété comme une attaque contre l'Etat mais contre une politique spécifique du gouvernement. Nous sommes très démocrates et nous avons appris à utiliser les outils de la démocratie pour défendre nos intérêts catégoriels. Mais, dans ces manifestations, il s'agissait essentiellement de revendications locales.

On vous accuse en Europe d'être les «harkis» d'Israël chargés de faire le sale travail...
Je m'insurge en faux contre cette affirmation, d'autant plus que je connais le problème qui a fait l'objet de ma thèse de maîtrise de sciences politiques qui portait sur la guerre d'Algérie.
Contrairement aux harkis qui étaient des simples soldats, sans nationalité française, souvent enrôlés de force et commandés par des officiers français, moi je suis un colonel druze qui commande des Israéliens, juifs et non juifs sans distinction. Les druzes sont à tous les échelons militaires, du soldat au général. Nous faisons certes aussi du sale boulot mais pas plus que les autres militaires.

Votre connaissance parfaite de la langue arabe vous porte à effectuer des missions que les juifs ne peuvent pas effectuer.
C'est une fausse idée. Il y a beaucoup de juifs en provenance des pays orientaux qui parlent parfaitement l'arabe. J'ai même connu un juif qui a vécu un an dans notre village, dans une immersion totale, pour se familiariser avec notre langue. Les missions sont distribuées en fonction des critères personnels du militaire et non pas de son appartenance à telle ou telle communauté. Ce n'est pas la connaissance de l'arabe qui compte, mais la capacité à réaliser des missions spécifiques et tendues. Je ne peux pas accepter la critique disant que nous faisons un sale travail sous prétexte que nous parlons la langue des Palestiniens.

Vous êtes pourtant mal perçus quand vous vous déplacez dans les villages arabes.
Il y a beaucoup d'idées fausses qui circulent à savoir, par exemple, que la police des frontières est uniquement constituée de druzes parce qu'ils parlent l'arabe alors qu'elle comporte aussi des Russes. En revanche, je comprends la situation du jeune arabe qui se présente aux frontières, face à un soldat qui parle sa langue. Il est naturellement en droit de se poser la question de savoir pourquoi celui-ci a choisi, selon lui, le mauvais bord. Les Palestiniens sont des étrangers pour nous et comme je vous l'ai expliqué, nous avons à défendre nos intérêts et nos options nationales. Je fais encore partie d'une génération qui parle avec un accent mais mes enfants ont un langage qui ne se distingue plus des juifs parce qu'ils étudient dans les écoles israéliennes bien que nous ayons dans nos villages nos propres écoles qui enseignent les deux langues. Nos enfants sont complètement assimilés dans le pays; leur tenue ressemble à toutes les tenues des jeunes occidentaux mais, à l'exception des religieuses en forte minorité qui portent un petit voile, les autres préfèrent le jeans.

Quelles sont les activités des druzes en Israël en dehors de l'armée?
Ma femme a fait, dans le cadre de ses études, une enquête dans ce domaine. Dans les années 1960, les druzes étaient essentiellement des agriculteurs et à 5% des militaires. Aujourd'hui, 30% des druzes travaillent dans la défense nationale, 30% dans les professions libérales et le reste dans les services et l'agriculture.

Ces chiffres sont-ils dus à une discrimination positive?
Nous refusons toute discrimination positive car nous voulons atteindre nos postes en fonction de nos compétences et non par un piston ou par un coup de pouce de la loi. C'est plus sain pour la compétition. Si nous ne sommes pas capables d'être médecins, aucun intérêt de nous faciliter la tâche qui fera de nous de mauvais professionnels. A la rigueur, l'éducation nationale peut aider financièrement certains villages moins développés pour favoriser les études des enfants mais, en aucun cas, nous ne voulons de diplômes au rabais.

Et votre représentation dans les institutions politiques et civiles?
Nous avons trois druzes sur 120 députés soit 2,5% ; or nous représentons 1,5% de la population totale donc, de ce point de vue, nous n'avons pas à nous plaindre. Israël est un pays qui est aussi bien le nôtre que celui des juifs. Nous avons des consuls et des ambassadeurs druzes à l'étranger et je vous étonnerais en vous disant que dans mon village, Daliat Hacarmel, des dirigeants ont constitué une agence druze sioniste. Certains voient ici une contradiction car les termes sont antagonistes, mais pas nous.

Pourquoi une proportion importante de druzes s'enrôle dans l'armée?
Notre conviction est que nous voulons et nous devons êtres forts pour nous défendre parce que l'histoire de notre persécution nous l'impose. Par ailleurs, l'officier a une image de marque très importante dans notre communauté; elle symbolise la force. Certes, depuis quelques années, les ingénieurs high-tech ont supplanté les soldats dans cette vision et la carrière militaire est abandonnée au profit des industries. Mais chaque fois qu'un grave danger se fait jour ou qu'une perspective de guerre apparait, la proportion de militaires a tendance à s'élever parce que nous restons vigilants pour notre situation et celle de notre pays. L'officier a un statut social élevé chez nous, il inspire le respect et la fierté de nos parents et il est un gage pour notre sécurité car nous avons toujours à l'esprit que nous pouvons à nouveau être persécutés. L'armée n'est nullement pour nous un lieu de travail, mais un endroit où la réussite personnelle peut s'affirmer au mieux. Ce n'est pas la faible solde des soldats qui peut nous encourager à rejoindre l'armée, mais l'espérance de gravir rapidement l'échelle sociale.

En France, on parle beaucoup du problème de la burqa ou du voile...
En Israël, il n'y a aucune loi qui s'intéresse à la tenue de ses citoyens. Nous subissons comme en occident le développement de la mode moderne, mais cela n'empêche pas les druzes de s'habiller comme ils le veulent, à la rigueur selon nos traditions. Vous avez aussi bien des filles avec des jeans déchirés à la mode que d'autres, religieuses, avec le voile. Seuls les religieux portent la tenue traditionnelle druze et ils représentent à peine 10% de notre population et, comme tous les religieux, ils sont d'ailleurs exemptés d'armée. Il y a une adéquation totale entre la jeunesse occidentale et la jeunesse druze mais nous mettons cependant un bémol car il existe une certaine ligne rouge à ne pas dépasser au sein de notre village. Les mini-jupes et autres tenues dénudées ne font pas partie de notre éducation.

Justement, pourquoi vivez-vous entre vous, dans des villages druzes?
Il faut d'abord rappeler que, dans l'Histoire, nous avons été toujours persécutés par les autres musulmans et cela explique que nos villages ont été construits au sommet de collines ou de montagnes, comme Daliat Hacarmel. Mais, par ailleurs, nous devons nous retrouver et sauvegarder nos traditions. Nous sommes très sensibles au culte de la famille et des parents et nous avons besoin de cette proximité sans pour cela être accusés de créer une ségrégation. Dans nos villages, nous sommes proches de nos lieux de culte et de nos lieux de plaisir et comme vous ne l'ignorez pas, nous tenons à nous marier entre nous. Il est rare qu'un ou une druze n'épouse pas quelqu'un de sa communauté. Ceux qui vont vivre temporairement dans les villes, pour suivre des études ou pour y travailler, reviennent toujours s'installer dans leur village pour y retrouver une protection morale et physique. Mais nous n'oublions jamais d'où nous venons.

Quelle profession souhaitez-vous pour votre fils?
Je lui ai donné les outils pour décider. Je veux d'abord qu'il fasse des études, mais son rêve, et le mien bien sûr, serait de le voir devenir pilote de chasse à l'armée, l'élite de l'élite. Il étudie actuellement à Haïfa comme tous les jeunes, mais je suis convaincu qu'il reviendra vivre à Dalia près de nous. Il est important que vous compreniez notre mentalité. L'intégration est nécessaire, mais elle doit être à double sens. Vous devez d'abord le vouloir mais vous ne pouvez rien faire si l'Etat ne veut pas. Pour que cela intervienne il faut que les deux parties consentent à faire l'effort de le vouloir. C'est une histoire de couple entre l'Etat et vous et cela marche bien pour nous en Israël.

Avez-vous des relations sociales avec les juifs?
Nous avons des femmes et des hommes médecins, ingénieurs, professeurs ou avocats qui sont en contact professionnel avec les autres communautés. Nous nous mêlons à eux, mais nous ne nous marions qu'entre druzes. Les mariages mixtes sont très rares parce que nous n'acceptons pas la conversion et le seul cas éventuel est la conversion d'un druze au judaïsme et pas l'inverse. Le mariage mixte ne facilite pas la vie et il est extrêmement rare car le prix à payer est trop élevé. En revanche, j'ai d'excellentes relations avec mon supérieur juif. Nos familles se fréquentent, nos enfants partent en vacances ensemble. Ils viennent dîner à ma table comme je vais à la leur. La mixité communautaire commence à l'école et se développe pendant le service militaire où nous apprenons à nous connaître. Les filles druzes ne font pas le service militaire, mais elles ont la possibilité de faire un service civil. Elles veulent toutes le faire car elles obtiennent alors une certaine liberté en sortant de chez elles tout en restant attachées fermement aux traditions.
***
Notre entretien s'est terminé avec la photo traditionnelle, mais sans la question difficile des relations entre druzes et arabes. Il ne fallait pas enfreindre ce tabou. Elle a été certes abordée de manière incidente mais, depuis la scission de 1017, la haine alterne avec les menaces et les persécutions faisant de ce problème une plaie non cicatrisée. La réponse aurait été triviale et il n'y avait aucune raison pour ressasser un contentieux qui perdure d'autant plus que les druzes de Palestine ont pris fait et cause pour les Israéliens. Ils refusent par ailleurs la qualification d'arabes qui représente, pour eux, une injure manifeste. Les druzes ne veulent pas être considérés comme des arabes. Mais cet entretien nous a permis de comprendre pourquoi les druzes du Liban ou de Syrie n'ont aucune sympathie pour Israël. En fait, ils n'agissent pas au nom d'une appartenance à une même communauté, comme les juifs par exemple, mais en tant que nationalistes chargés de soutenir leur pays respectif, même si des membres de leurs familles combattent par ailleurs aux côtés des juifs.

Jacques Benillouche
Photo: Des soldats israéliens portant le cercueil du sous-officier druze Ihab Chattib poignardé en Cisjordanie. Gil Cohen Magen / Reuters
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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 13:00

Les Druzes 

Les Druzes (en arabe Durzi, pluriel : Duruz), population du proche-Orient professant une religion musulmane hétérodoxe, sont établis dans le sud du Liban, dans le sud de la Syrie (où ils occupent notamment la zone montagneuse du Hawran, connue sous le nom de djebel Druze) et dans le nord de l’état d’Israël, en Galilée. Actuellement, l’ensemble des Druzes représente environ 400 000 personnes. Bien qu’ils ne constituent pas un groupe très important et qu’ils soient artificiellement séparés par les frontières politiques, les Druzes n’en représentent pas moins un élément dont les gouvernements dont ils dépendent doivent tenir compte en raison de leur propension à la révolte et de leur esprit d’indépendance.

Elaboration d’un système religieux
L’origine de la secte druze se situe sous le règne du calife fatimide d’Egypte, al-Hakim (996-1021) qui, à la fin de sa vie, prétendit être une incarnation divine. Cette idée fut admise par un certain nombre de fidèles, qui se groupèrent autour de l’un de ses vizirs, al-Darazi; celui-ci a donné son nom à la secte : Daraziyya ou Durziyya, d’où Druze. Darazi, poussant à l’extrême les théories dogmatiques de l’ismaélisme, mit l’accent sur la foi ésotérique et sur l’adoration de l’imam (al-Hakim), représentant de cette foi, ravalant au second rang la foi exotérique et le prophète. Darazi trouva quelque appui en Egypte auprès des communautés isma‘ilies établies dans ce pays, mais son action provoqua des troubles en 1017-1018 et al-Hakim lui retira son appui. Après la mort de Darazi, le chef de la secte fut un Iranien, Hamza b. ‘Ali, qui lui donna sa forme définitive, al-Hakim, devint l’incarnation de l’Un ultime, Hamza fut l’imam de la secte, les croyants étant répartis suivant une hiérarchie dérivée de l’ismaélisme. Les partisans du mouvement tentèrent, avec le soutien d’al-Hakim, d’imposer le "druzisme" comme seule religion, mais cette action fut la cause de graves troubles politiques.

Après la mort d’al-Hakim, ses fidèles allèrent s’établir en Syrie; ils refusèrent de croire à la mort de l’imam, qui ne pouvait être qu’une épreuve "destinée à opérer la discrimination entre croyants et hypocrites". Selon eux, il reparaîtra au moment choisi, mais jusqu’à son retour il n’y a plus à attendre d’incarnation de la divinité : c’est réclamer pour le druzisme la qualité de religion définitive et dernière de l’humanité.

En Syrie, les Druzes ont eu pour "guide" Baha’ al-din al-Muktana, qui a posé les bases de l’orthodoxie druze, contenue dans ses Lettres de la Sagesse (Rasa’il al-hikma). Mais après Muktana, tout prosélytisme a cessé, les Druzes n’ont plus accepté aucune conversion et sont devenus une communauté fermée, à la doctrine secrète, interdisant les mariages avec des membres d’autres communautés. Les Druzes ont alors formé un peuple homogène, placé sous l’autorité d’une aristocratie dirigeante. Certaines théories occidentales du XIXe siècle, attribuant aux Druzes une origine iranienne ou franque, sont dénuées de tout fondement.

Au XVe siècle, le moraliste ‘Abd Allah al-Tanukhi a réorganisé la communauté druze qui a été divisée en ‘ukkal (sages ou initiés), ayant à leur tête les ra’is al-din ou shaykh al-‘akl, chefs religieux proprement dits, et en djuhhal (ignorants ou non-initiés), membres de la communauté dirigés par des amirs (émirs).

Les Druzes estiment être les seuls à professer le tawhid (l’unité divine) dans toute sa rigueur et s’appellent eux-mêmes muwahiddun (unitaires). Ils observent sept commandements essentiels, qui ont été substitués aux cinq piliers de l’islam. Ses sept commandements sont :


  • véracité absolue entre adeptes (en revanche, la dissimulation est permise vis-à-vis des incroyants pour se défendre ou défendre la foi)
  • entraide et protection mutuelle des croyants
  • renonciation à toutes les autres religions
  • refus de toute obligation à l’égard des non-Druzes
  • reconnaissance de l’unité de Notre Seigneur (Mawlana, c’est-à-dire al-Hakim)
  • approbation de ses actions quelles qu’elles soient
  • soumission à sa volonté Pour protéger le secret de leur foi, les Druzes feignent d’accepter la foi des gouvernants dont ils dépendent, mettant ainsi en pratique constante le principe de la dissimulation.

Les adeptes de la secte druze sont considérés comme des hérétiques par tous les autres musulmans, tant sunnites que chi‘ites; ils n’ont pas d’édifices religieux et se contentent de loges, ou khalwa (retraite), auxquelles ont accès les seuls initiés; ils ne célèbrent que deux fêtes : celle de l’achoura (10 mouharrem) et celle du sacrifice.

Une histoire morcelée
Historiquement, après le XIe siècle, les Druzes du Liban et de Syrie sont passés sous la domination des Ayyubides, puis des Mameluks, et n’ont guère causé de troubles. Lors de la conquête ottomane (1516), les Druzes se rallièrent aux Turcs et, pour les récompenser, le sultan Selim Ier. accorda à l’émir Fakhr al-dîn Ier (de la maison druze de Ma‘an) la suzeraineté sur tous les Druzes du mont Liban; plus tard, cette suzeraineté fut étendue à tous les Druzes de la province syrienne, d’Alep à Jérusalem. La famille Ma‘an conserva la suprématie sur les Druzes jusqu’à la révolte et la défaite de Fakhr al-din II en 1634 à la fin du XVIIe siècle, la prépondérance passa à la famille Chihab, sauf dans le Chuf où domina la famille Djanbulat (Djoumblatt).

Dans le courant du XVIIIe siècle, plusieurs membres de la famille des Chihab se convertirent au catholicisme et s’efforcèrent de maintenir l’équilibre et les bons rapports entre musulmans et chrétiens du Liban et de Syrie. Cependant, les Druzes s’étant révoltés à plusieurs reprises, les Ottomans envoyèrent contre eux Djazzar Ahmad pacha qui, jusqu’à sa mort (1804), parvint à les maintenir dans l’obéissance. Lors de l’invasion de la Syrie par les troupes d’Ibrahim pacha d’Egypte, les Druzes soumis à Bachir II Chihab se rallièrent aux égyptiens, tandis que les partisans de Djoumblatt restaient fidèles aux Ottomans; des troubles s’ensuivirent qui durèrent pendant toute la période de l’occupation égyptienne et avivèrent l’antagonisme entre Maronites (auxquels les Chihab s’étaient joints) et Druzes; c’est seulement en 1846 que le calme revint, lorsque le ministre ottoman des Affaires étrangères mit en place une nouvelle administration : sous l’autorité du gouverneur de Sayda (Sidon), deux gouverneurs, l’un maronite et l’autre druze, assistés de conseils mixtes, dirigèrent les deux communautés.

De nouveaux incidents se produisirent en 1859 et surtout en 1860 : les Druzes du mont Liban, dirigés par Sa‘id Djoumblatt, et ceux du Hawran, menés par Isma‘il al-Atrach, attaquèrent et incendièrent des villages maronites; la situation prit un caractère d’insurrection qui gagna la Beka‘a et Damas; les Français intervinrent alors au Liban et menacèrent de pénétrer en Syrie afin de protéger les maronites. Le ministre ottoman des Affaires étrangères, Fu’ad pacha, réussit à écarter la menace française en exerçant une sévère répression contre les Druzes et en accordant un nouveau régime administratif à la province du mont Liban, qui fut placée sous l’autorité d’un mutasarrif (sous-gouverneur) unique, chrétien mais non libanais.

A la suite de ces événements et de ces mesures, de nombreux Druzes quittèrent la montagne du Liban et vinrent s’installer auprès de leurs coreligionnaires dans le Hawran et le djebel Druze, qui devint dès lors leur véritable foyer : la famille al-Atrach y joua un rôle sans cesse grandissant et, à maintes reprises, prit la tête de soulèvements contre les Ottomans. Pendant la première Guerre mondiale, Sultan al-Atrach participa aux côtés des Alliés à l’offensive contre les Turcs et entra à Damas avec les troupes anglaises et françaises en octobre 1918.

Diversité des solutions politiques
D’autres Druzes se maintinrent dans le sud du Liban où ils se groupèrent autour de la famille Djoumblatt. Après 1918, par suite du découpage des anciennes provinces ottomanes, les Druzes, en fonction de leur localisation, se trouvèrent établis sur le territoire syrien, sur le territoire libanais ou sur le territoire palestinien (régions de Safed et du mont Carmel). Au Liban, la Constitution de 1926 puis le pacte national de 1943 ont assuré aux Druzes une représentation à la Chambre des députés dans une proportion de 6.5% des sièges. En 1949, Kamal Djoumblatt, leur chef, a fondé le parti socialiste progressiste, dont les adhérents se recrutent essentiellement parmi ses fidèles. Leurs droits ayant été reconnus à l’égal des autres communautés, les Druzes ont joué leur rôle dans le jeu politique libanais jusqu’au moment où le problème des palestiniens est venu interférer dans la politique du Liban : Kamal Djoumblatt a pris alors parti pour les palestiniens; après son assassinat en mars 1977, son fils Walid assume sa succession.

Selon les estimations, le nombre des Druzes va de 200 000 à 350 000 au Liban, de 150 000 à 200 000 en Syrie; ils sont 30 000 en Israël. Les Druzes vivant dans l’état d’Israël, après une période de coopération avec les dirigeants de ce pays, ont pris, à partir de 1981, une certaine distance en raison des projets de modification de leur statut, mais aussi en raison des attaques menées par les Israéliens contre les populations arabes. Les Druzes, bien que n’étant pas comptés par les autres musulmans comme de vrais adeptes de l’Islam, essaient, sur le plan politique, de se rapprocher des Arabes et, suivant en cela la doctrine de Kamal Djoumblatt, entendent faire partie de la communauté arabe.

En Syrie, au début du mandat, les Français ont essayé de séparer le djebel Druze du reste du pays et d’en faire une province autonome; la révolte de 1925-1926, née à Damas, gagna les provinces méridionales; les Druzes y prirent une part importante; le djebel Druze fut englobé dans la République syrienne dont il devint une province avec la ville de Soueyda pour centre administratif, province au particularisme marqué, proche parfois de l’autonomie, et où la famille al-Atrach a conservé une place prédominante.

En palestine, les Druzes, d’abord soumis à l’autorité des Anglais, ont, après 1948, été intégrés dans l’état d’Israël, sans opposition apparente. A la suite de la guerre des Six Jours de juin 1967, des éléments de sécurité druzes ont été constitués par les Israéliens pour surveiller des régions arabes occupées. Cette attitude de collaboration des Druzes s’explique par leur opposition latente aux autres musulmans et le refus de ceux-ci de les compter parmi les vrais adeptes de l’islam.

L’invasion du Liban par les Israéliens en juin 1982, puis l’élection d’Amine Gemayel, représentant des phalangistes, à la tête de l’état libanais, enfin l’éviction des palestiniens ont fait redouter à Walid Djoumblatt un isolement menaçant pour la communauté druze, notamment dans le Chuf d’où il a finalement évincé les chrétiens (1983-1984). Walid Djoumblatt (chef du parti socialiste progressiste) a évolué entre les différents courants et factions politiques du Liban, en s’efforçant de ne pas se heurter à la Syrie. Les Druzes ne paraissent pas avoir été mêlés aux prises d’otages occidentaux et, lors de la constitution du gouvernement libanais, après l’élection de Elias Hraoui (octobre 1989), Walid Djoumblatt, en occupant un poste ministériel, a témoigné de son adhésion à la politique d’union, ce qui ne signifie pas qu’il envisage une disparition de l’identité druze.
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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 13:01

Chapitre 1. La communauté druze et son organisation spatiale
p. 19-29 
Mots clés : 
analyse socio-spatiale, communauté, migration, Druzes, géographie sociale, identité, migration internationale, migration interne, Ali Muhammad, Baha’ el-Din, al-Hakim (Calife), Hamza Ibn Ali, Ibrahim Pasha, Mohammad (Prophète), ‘Abd Allah al-Tanukhi 

Keywords : 
Syria, identity, Druze, social geography 

Géographique : 
Syrie, Hauran, Sweida 
Texte intégral


1 Les écrits des spécialistes qui traitent des Druzes insistent tous sur la dimension religieuse pour montrer qu’ils forment, sans discussion possible, une « communauté religieuse ». Mais pour le géographe qui aborde l’étude de ladite « communauté », il demeure un écueil auquel il doit faire face : ce groupe présenté comme structuré par sa religion est spatialement éclaté entre des poches de peuplement réparties entre plusieurs États du Proche-Orient. D’après ces mêmes spécialistes, il semblerait que cette communauté ait su évoluer en réussissant à s’adapter aux contraintes générées par son environnement immédiat, à savoir son inclusion au sein de populations et de territoires fortement marqués par l’Islam orthodoxe . Dans un contexte islamique souvent hostile, les pressions exercées sur ce que l’Islam orthodoxe considère comme une secte schismatique ont-elles créé une culture particulière qui pourrait contribuer à expliquer l’éclatement et le repli communautaire observés en son sein ?

A. Des croyances religieuses à l'organisation spatiale des Druzes au Moyen-Orient
1. Les origines d’une communauté hétérodoxe fermée

2 Dans son ouvrage consacré à la doctrine religieuse druze, Joseph Azzi (1992 : 19) pose la question : « Le druzisme est-il un rite ou une religion » ? Il y répond ainsi : « Le druzisme est (…) une religion complètement indépendante, qui s’appuie sur des dogmes propres, ayant son livre saint, sa croyance, sa vision du monde, ses obligations, sa morale, ses rites et ses prophètes. Tout cela n’a aucun rapport avec l’Islam ». C’est cette dimension religieuse qui soude les Druzes en une communauté renfermée sur elle-même. Le trait fondamental de l’identité collective druze, son discriminant principal, réside dans un ensemble normé qui constitue leurs croyances. Le secret et la fermeture culturelle sont généralement présentés comme des éléments caractéristiques de l’organisation communautaire druze. Dans un article fondamental, Marshall G. S. Hodgson (1965) note ainsi :

« Les Druzes devinrent une communauté fermée, gardant leurs doctrines secrètes, sourcilleux sur les intermariages, ne permettant ni la conversion ni l’apostasie (…) ».

3 Mais qui sont ces Druzes qui dissimulent leurs doctrines et pourquoi le font-ils ? Qu’est-ce qui motive l’interdiction de toute conversion, de l’abjuration ainsi que du mariage interconfessionnel ? C’est cette construction socio-religieuse, repliée sur ses principes de protection, que nous nous proposons d’aborder ici.

4 Le druzisme prend naissance en Égypte en 1017, sous la forme d’une scission du mouvement fatimide ismaïlien, avec la révélation du calife al-Hakim (996-1021). Un groupe de fidèles accepta la prétendue incarnation divine d’al-Hakim et, sous la direction du vizir al-Darazi, forma une nouvelle communauté religieuse.

« Après la mort d’al-Hakim, ses fidèles allèrent s’établir en Syrie ; ils refusèrent de croire à la mort de l’imam, qui ne pouvait être qu’une épreuve « destinée à opérer la discrimination entre croyants et hypocrites ». Selon eux, il reparaîtra au moment choisi, mais jusqu’à son retour il n’y a plus à attendre d’incarnation de la divinité : c’est réclamer pour le druzisme la qualité de religion définitive et dernière de l’Humanité » (Mantran, 2004).

  • 4 J. Azzi (1992 : 18) écrit : « Les druzes n’ont pas plus choisi le nom de « druze ». Il leur a été i (...)



5 Si al-Darazi a donné son nom au mouvement schismatique, il n’est pas reconnu par les membres de la communauté qui n’acceptent pas d’être dénommés « druzes ». Ils ne trouvent en effet aucune justification historique à cette appellation qui ne figure ni dans leurs livres sacrés, ni dans leur histoire. En effet, pour eux, le vrai guide s’appelle Hamza (originaire de Perse), qui est le vrai Prophète, tandis que al-Darazi n’est qu’un usurpateur4. Dans un article bien documenté, Robert Mantran (2004) note :

« Après la mort de Darazi, le chef de la secte fut un Iranien, Hamza b. ‘Ali, qui lui donna sa forme définitive : al-Hakim devint l’incarnation de l’Un ultime, Hamza fut l’imam de la secte, les croyants étant répartis suivant une hiérarchie dérivée de l’isma‘ilisme ».

  • 5 A cette date, « […] les Druzes n’ont plus accepté aucune conversion et sont devenus une communauté (...)


6 La doctrine druze, dont « la croyance principale est d’unifier Dieu », est désignée par les Druzes eux-mêmes comme « religion unitaire ». Ils se nomment par conséquent les « Unitaires » ou les « monothéistes » (les Mouwahhidoun). Le simple fait qu’ils croient être les seuls dépositaires du « vrai monothéisme » suffit à établir une frontière entre eux et tous les autres, qui constituent de fait l’ « extérieur ». Ce principe prit forme dès le xie siècle avec la « fermeture des portes de la religion » en 10435. À partir de cette date, aucune conversion n’a plus été possible et tout prosélytisme a cessé subitement sous l’action de Baha’el-Din, quatrième ministre de la religion et successeur d’Hamza. Dès lors, quinconque qui ne serait pas né de père et de mère druzes, ne pourrait jamais devenir un Unitaire. C’est sur ce fondement (la naissance et le sang) que fut désormais délimitée, de façon stricte, la communauté druze qui effectue ainsi une rupture nette avec cet « extérieur ». Dorénavant, comme le note Louis Perillier (1986)  « on ne devient pas Druze par conversion : on naît Druze ! ».

2. Principes et croyances de la religion druze : un autre niveau de fermeture

7 De la même manière que les musulmans ont défini un univers de référence (en se considérant comme membres de la ‘Umma, la « Communauté des croyants »), les Druzes ont fondé leur communauté sur les préceptes de leur doctrine religieuse. Il convient de présenter rapidement quelques principes issus des enseignements doctrinaux, car ils fournissent des clés pour interpréter la transcription de certaines dimensions socio-religieuses au plan spatial.


  • 6 « […] Cette croyance a largement contribué à l’enracinement de la conscience que les Druzes avaient (...)


8La reproduction de la communauté est assurée par la métempsychose (taqammus). C’est elle qui permet son renouvellement tout en conservant intactes les frontières sociales communautaires : la transmigration des âmes n’a lieu, dans la conception druze, qu’exclusivement entre des corps humains de Druze à Druze6. La réincarnation respecte donc l’appartenance religieuse, mais pas seulement. Isabelle Rivoal (2000 : 33) écrit :

« Non seulement les Druzes ne reconnaissent que le passage des âmes dans des formes humaines, mais la réincarnation respecte aussi l’appartenance religieuse et le sexe : la religion druze n’admet pas la transgression des frontières naturelles et sociales. C’est une conception où la vision cosmogonique recoupe la vision sociale ».

  • 7 J. Azzi (1992 : 229) écrit : « L’homme et la femme druzes ne peuvent contracter un mariage en dehor (...)



9 La pratique du mariage endogame, « seule garantie de l’authenticité du passage dans le corps d’un nouveau-né d’une âme druze » toujours selon Isabelle Rivoal (2001 : 101), est une conséquence obligatoire de cette construction communautaire destinée à la préservation du dogme religieux et d’une communauté de sang. Le groupe fonctionne ainsi en vase clos, fermé par des barrières socio-religieuses7 que ne peuvent transgresser d’autres groupes de confessions différentes. Le principe de la pureté du sang, commun à l’intérieur de la famille dans les sociétés arabes à système clanique, atteint ici une autre dimension. C’est l’ensemble de la communauté qui devient alors potentiellement le clan familial, renforçant le sentiment d’appartenance qui unit les membres du groupe. Les intermariages, doublés de la croyance en la métempsychose intracommunautaire, dessinent un cadre socio-culturel où chaque Druze a été ou sera potentiellement membre de la famille d’un autre au sens physique du terme.

10 Basée sur un principe similaire de protection et de barrières sociales, la religion est gardée secrète par des membres initiés. « Pour assurer le secret de leur doctrine, les Druzes la confièrent au contrôle d’une classe d’initiés (…) au sein de la communauté » fait remarquer Isabelle Rivoal (2000 : 36). Seuls les cheikhs constituent les garants de l’identité religieuse druze pour l’ensemble de la communauté, y compris les « ignorants ». Cette division fondamentale au sein même de la communauté constitue également une véritable défense. Cette organisation trouve son origine au xve siècle, époque où le moraliste ‘Abd Allah al-Tanukhi a réorganisé la communauté druze. Isabelle Rivoal (2000), en décortiquant le système socio-religieux de la communauté druze d’Israël, montre qu’il est structuré autour d’une opposition entre un ordre religieux (dîn) et mondain (dunyâ), que l’on retrouve dans le dualisme initiés (ou sages : ‘âqil-s)/non-initiés (ou ignorants : jâhil-s). Ce sont ces deux niveaux d’appartenance qui structurent l’identité druze, l’un ne fonctionnant pas sans l’autre. Ainsi, le druzisme est-il devenu une religion initiatique tenue secrète, placée entre les mains d’une élite initiée à l’intérieur même de l’enveloppe communautaire, pourtant déjà scrupuleusement définie par les pratiques et les croyances précédemment mentionnées.

3. Une rupture totale avec l’Islam

11 Dans son ouvrage Isabelle Rivoal (2000) indique que « la religion druze est à l’opposé des religions universelles de salut. Loin de s’adresser à l’ensemble des hommes, elle a développé à tous les niveaux de sa doctrine des mécanismes qui permettent d’établir une rupture avec le reste de l’humanité (…) ». La conception religieuse des Unitaires ne pourrait-elle pas nous apporter des explications sur le repli communautaire du groupe ?

  • 8 M. Dupont (1994 : 23) donne des explications à ce sujet. Parmi les courants religieux de ce début d (...)


12 Si la religion druze est bien née d’un schisme de l’Islam – elle est une branche de l’ismaïlisme, lui-même branche du chiisme –, elle n’a plus grand-chose en commun avec l’orthodoxie musulmane, si bien que certains auteurs lui ont même dénié son appartenance à ce tronc commun. De fait, ses pratiques diffèrent nettement de celles des Sunnites ou des Chiites. La doctrine désignée par les Druzes sous l’appellation de « religion unitaire » forme un système religieux à part entière, héritage syncrétique de conceptions cosmogoniques qui puisent leurs origines dans la théologie chiite et la philosophie néo-platonicienne. Le druzisme se revendique comme dernière des religions révélées, « le couronnement de tous les cheminements obscurs consacrés à la recherche de Dieu » (Azzi, 1992). Il se présente à ses fidèles comme la Troisième Voie, l’ultime révélation faisant la synthèse de l’exotérisme (le sunnisme) et de l’ésotérisme (le chiisme)8. À ce titre, il préconise le rejet total de tous les autres rites, religions, écrits, croyances et prophètes à la base, selon eux, du polythéisme et de l’idolâtrie. « Les Druzes estiment être les seuls à professer le tawhid (l’unité divine) dans toute sa rigueur », note même Robert Mantran (2004). Hamza représente ainsi pour les Druzes le vrai Prophète qui a révélé au monde la vraie religion divine, celle unitaire (ou monothéiste). Toutes les religions antérieures sont nulles pour les Unitaires et doivent être réfutées. Dieu les ayant choisis depuis le début, « les Druzes se sont vus obligés de préserver leurs traditions, leurs us et coutumes et de ne pas se mêler aux autres peuples. Ils ont vécu à l’écart de leur entourage (…) » (Hussein, 1962 : 62). La religion druze, établie principalement par le prédicateur Hamza, rejette notamment les cinq piliers de l’Islam qui constituent chez les musulmans des obligations rituelles. Robert Mantran (2004) nous apprend que Hamza les a remplacés par sept autres commandements qui sont : « véracité absolue entre adeptes (en revanche, la dissimulation est permise vis-à-vis des incroyants pour se défendre ou défendre la foi) ; entraide et protection mutuelle des croyants ; renonciation à toutes les autres religions ; refus de toute obligation à l’égard des non-Druzes ; reconnaissance de l’unité de Notre Seigneur (Mawlana, c’est-à-dire al-Hakim) ; approbation de ses actions quelles qu’elles soient ; soumission à sa volonté ». De plus, les Druzes réfutent catégoriquement la sharî’a islamique.

13 Ainsi, à la vue de ce qui précède, nous comprenons mieux pourquoi la construction identitaire de la communauté druze s’effectue sur la préservation de leur religion par une élite initiée qui la garde secrète, c’est-à-dire au travers d’un système de fermeture par rapport à l’Islam dominant lequel représente la véritable menace.

  • 9 Au cours des siècles difficiles qui suivirent la révélation d’al-Hakim et la fondation de la da’wa (...)


14 Le rapport de proximité avec les autres religions est marqué par le principe de la dissimulation (taqiyya). La dissimulation est, selon Marie Dupont (1994 : 207), une « pratique chiite permettant aux membres de cette secte d’adopter les formes extérieures d’une religion en vue de protéger leur vie tout en maintenant leur foi intérieure ». Elle a été largement pratiquée par les Druzes en période de domination sunnite. La dissimulation n’est cependant pas un particularisme druze ; on la retrouve chez d’autres sectes comme les Alaouites ou les Kharejites qui entourent d’un grand secret leur vie religieuse, comme le note Georges Mutin (2005 : 25): « La dissimulation qu’ils (les Kharejites) partagent avec toutes les minorités accusées d’hétérodoxie et d’hérésie par les autorités de l’Islam majoritaire est à l’origine d’une grande discrétion concernant les croyances, rituels et pratiques qui les distinguent des autres musulmans ». Cette pratique, vivement conseillée par la doctrine religieuse et outil d’une secte toujours minoritaire en terre d’Islam, trouve sa justification dans un environnement politico-religieux hostile9 : celui de la domination de l’orthodoxie islamique qui chercha longtemps à éradiquer ce qu’elle considère avant tout comme une hérésie. À ce sujet, Joseph Azzi (1992 : 184) écrit : « Le principe de la dissimulation consiste, pour les Druzes, à cacher leur doctrine, leurs vérités et leur religion et à adopter en apparence les doctrines et la religion de l’oppresseur. […] La dissimulation consiste à cacher les Épîtres aux étrangers, à les garder secrètes, et à paraître embrasser le sunnisme. Elle consiste à paraître musulman et à pratiquer tous les rites de l’islam, à lire le Coran et à croire publiquement en la prophétie de Mahomet et en l’imamat d’Ali ».

B. L'éclatement spatial de la communauté druze

15 La communauté druze, fermée et menacée dès le début de son existence, ne pouvait s’épanouir dans les zones où dominaient l’Islam sunnite. Les réduits montagnards se sont alors imposés presque naturellement comme unique cadre de vie favorable pour ses membres. Pour autant, l’éclatement spatial des Druzes apparaît au premier abord comme paradoxal. On s’attendrait en effet à ce que cette communauté, que nous avons présentée comme « fusionnée » par ses pratiques et ses croyances, dispose d’une assise territoriale compacte et continue. Or tel n’est pas le cas, sauf à considérer que ce ne soit le maintien de puissants réseaux de solidarité entre les différents noyaux de peuplement druze qui assure la cohésion de la communauté globale, la dispensant finalement d’une proximité géographique.

1. Les implantations géographiques de la communauté druze au Levant

16 Entre l’époque ottomane et aujourd’hui, l’implantation géographique de la communauté druze n’a pas beaucoup évolué : elle est toujours caractérisée par la dispersion sans continuité territoriale entre les divers foyers. L’éclatement communautaire ne prend pas tant la forme d’un émiettement de ses membres dans l’espace, mais celle d’un ensemble de poches discontinues au sein desquelles se concentrent les membres de la communauté.


  • 10 Seuls les Druzes de la Ghouta n’ont pas choisi une implantation en montagne. Les étendues, alors bo (...)



17 L’ensemble des zones de peuplement druze, hormis la Ghouta damascène10, se trouve dans des massifs montagneux, généralement au-dessus de 750 m d’altitude (fig.[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]1) : Mont Hermon (versant oriental), Djebel Soumak et Djebel Druze dans l’actuelle Syrie ; Wadi Taym (Hermon occidental) et montagne libanaise (Alay, Chouf) dans l’actuel Liban ; Mont Karmel et Haute Galilée dans l’actuel État d’Israël ont ainsi constitué les lieux d’habitat traditionnel de la communauté druze. Les montagnes furent donc pour les Druzes des repères idéals pour la sauvegarde de leur particularisme religieux. De nombreux auteurs ont noté cette propension qu’ont eu les Druzes à toujours privilégier l’implantation montagnarde, propice à l’isolement et indispensable à la sécurité de la communauté. L’historien Yves Salkin (1988)a notamment insisté sur l’aspect « stratégique » des « zones de vie » des Druzes ; il qualifie le Djebel Druze au Sud de la Syrie de « forteresse naturelle volcanique ». Narcisse Bouron (1930 : 5) affirme que le mont Hermon avait pris la signification pour les Druzes – d’après plusieurs auteurs – d’« enceinte sacrée ».


  • 11 Les effectifs que nous indiquons sont des estimations, puisque les recensements effectués dans les (...)

  • 12 Le caractère de minorité dépend de l’échelle à laquelle on situe l’analyse, mais aussi du découpage (...)


18 Les Druzes seraient, à la fin du xxe siècle, moins d’un million au Proche-Orient selon les estimations11 (fig.[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]2). La répartition de la communauté druze au Levant, sous la forme d’un chapelet de poches de peuplement séparées les unes des autres, soulève donc de nombreuses questions. Il n’y a jamais eu dans l’histoire de continuité spatiale de l’ensemble du peuplement druze. La répartition communautaire éclatée place chaque foyer en situation minoritaire au sein des États qui les englobent, sauf cas particulier12.

19 Les poches de peuplement druze sont plus ou moins homogènes du point de vue confessionnel, car les Unitaires ont parfois dû partager les territoires de montagne avec des membres de minorités chrétiennes (Maronites au Liban, Latins et Grecs orthodoxes dans le Sud syrien) que le pouvoir sunnite rejetait, eux aussi, en marge de l’empire ottoman.

20 Les villages et les villes druzes sont concentrés dans un périmètre bien délimité, proches les uns des autres : ces zones d’implantation de la communauté forment de petits espaces communautaires continus, qui se différencient cependant les uns des autres par le nombre d’unités villageoises qu’ils contiennent. Ces villages sont environ une vingtaine en Galilée, une quinzaine dans le Djebel Soumak ou dans l’Hermon oriental ; on en compte plus de 120 dans le Djebel Druze. Le plus souvent, les villages druzes sont eux aussi homogènes au plan confessionnel ; les villages mixtes, quand ils existent, sont presque systématiquement partagés avec des Chrétiens, mais c’est surtout au Liban qu’on les trouve – ils sont plus rares en Syrie.

2. Les origines d’un peuplement polycéphale

21 Dès le début de la prédication druze (da’wa), les missionnaires (da’ï-s) avaient cherché à convertir des populations de montagnards, de surcroît minoritaires et éloignées de l’orthodoxie musulmane qui régnait alors sur les centres urbains. C’est principalement auprès des populations ismaéliennes, alaouites ou chiites que ces prédicateurs concentrèrent leurs efforts dès le xie siècle. Izzat Nouss (1951) note :


  • 13 Les plus connus furent Hamza Ibn Ali et Ismaël Al-Darazi.


« Les propagateurs13 en Syrie de cette doctrine (le druzisme) (…) recrutèrent des adeptes dans le Liban Sud (Wadi Taïm), en Palestine (Safed, Mont Carmel), dans l’Hermon et dans la région d’Alep (Djebel Al‑Aala) ».

22 Le mode de propagation de la nouvelle doctrine druze ne pouvait forcément se réaliser, dès son origine, que dans une quasi-clandestinité, tant les persécutions étaient féroces et précoces. Les missionnaires furent contraints d’exercer leur propagande dans les zones marginales et périphériques de l’Empire fatimide du xie siècle, telles les montagnes syro-libanaises. Les populations montagnardes offraient de sérieuses possibilités de réussite car éloignées des centres de pouvoir de l’orthodoxie musulmane qui les persécutaient, elles étaient favorables toujours promptes à défier l’autorité sunnite ; elles étaient donc les seules susceptibles d’accueillir favorablement la da’wa unitaire.

« La population qui avait accueilli les missionnaires cairotes de Hamza dans le Wâdî al-Taym, le Gharb, le Matn au Liban et le Jabal al-Summâq près d’Alep était essentiellement une population paysanne révoltée contre l’autorité des gouverneurs de la région » (Oppenheimer, 1976).

23 Ces propagandistes ne réalisèrent pas un très grand nombre de conversions, mais celles qui furent obtenues se situèrent de façon très concentrée en des lieux isolés, généralement très distants les uns des autres. La da‘wa, après son éradication du Caire suite à la disparition d’al-Hakim en 1021, ne disposait plus d’un centre unique de diffusion, mais se réalisait à partir de multiples centres localisés dans les zones marginales de l’empire, lieux d’exercice des da’ï-s. Isabelle Rivoal (2000 : 37) donne des indications intéressantes sur la manière de procéder :

« Prenant en ceci modèle sur la da‘wa isma’îlienne, Hamza avait divisé la mission druze en plusieurs secteurs à la tête desquels avait été placé un dâ‘i choisi parmi les chefs des clans ou des familles les plus influents dans chacune de ces régions (celles précédemment citées) ».

24 Ainsi, le mode de conversion, adapté à un environnement politico-religieux globalement hostile, favorisa la création d’espaces exigus, créant des poches de peuplement confessionnelles bien délimitées et relativement réduites à l’origine en nombre d’adeptes (quelques milliers).

3. L’entraide communautaire des Druzes

25 Les liens entre ces divers groupements sont généralement demeurés très vivaces, comme en témoignent de nombreux auteurs au sujet des batailles livrées par une partie des protagonistes de la communauté contre les autorités centralisées.

26 Lenka Bokova (1990) expose ainsi les faits d’armes des Druzes du Djebel au sud de la Syrie au cours du xixe siècle. À cette occasion, elle livre des informations fort intéressantes sur l’entraide communautaire qui se manifeste dans l’adversité. À plusieurs reprises, les divers groupements druzes se seraient ainsi prêté assistance :

« En 1837, les Druzes du Mont-Hermon viennent à l’aide de leurs cousins haouranais contre Ibrahim Pasha. En 1860, les Druzes du Haouran, conduits par Isma‘îl al-Atrash, rejoignent le Mont-Liban pour combattre les Maronites ».

27 Et elle ajoute :

« Ainsi constituée, la communauté druze apparaît bien, par son caractère fermé et solidement uni, comme un terrain propice à une forte solidarité communautaire ».

28 Le capitaine Narcisse Bouron (1930 : 6) a de son côté largement souligné, au fil de son ouvrage, la solidarité communautaire qui unissait tous les Druzes en période de guerre, malgré leur éclatement géographique. Il indique un exemple de procédé qu’ils utilisaient pour communiquer entre eux :

« De l’Hermon au Djebel-Hauranais, qu’un peu plus de 100 kilomètres séparent, quand les Druzes, préparant une révolte, appellent aux armes et demandent l’appui ou le secours de leurs frères dans la foi, ils allument de grands feux de nuit sur le Koulib (El Kleib) qui est le sommet le plus dégagé, sinon le plus élevé du Djebel ».

  • 14 Le Léja est une coulée de lave volcanique infranchissable par une armée lourde.



29 Le général Edward Andréa (1937), qui semble impressionné par le passé guerrier des montagnards druzes, signale quant à lui le risque qu’il y a à s’attaquer à cette communauté polycéphale et solidaire. À propos d’une expédition militaire égyptienne, conduite en 1833 par le vice-roi d’Égypte, Méhémet-Ali, au Djebel, durant laquelle les Druzes furent assiégés dans le Léja14, il note :

« […] Des isolés peuvent toujours se faufiler au dehors pendant la nuit ; et, en effet, quelques Druzes, quittent le Ledja et vont mettre leurs frères libanais au courant de ce qui se passe au Djebel. (…) Les Druzes du Liban, faisant cause commune avec ceux du Ledja, se soulèvent, s’emparent sans coup férir de la citadelle de Rachaya et assiègent Hasbaya. Les Égyptiens ne pouvant faire face aux deux soulèvements à la fois se retirent du Ledja et c’est alors le triomphe pour les Druzes. Cette tactique de mutuel appui des groupements druzes entre eux, se renouvellera contre nous en 1925 ».

30 L’existence d’une telle cohésion fraternelle entre les divers groupements leur a toujours permis, au cours de leur histoire de persécutions, d’être unanimement solidaires devant l’adversité commune, ce qui leur a certainement évité de disparaître. Ils forment une communauté de solidarité qui fait corps devant la menace. D’ailleurs, les fondements même de leurs croyances sont porteurs de cette unité idéelle : parmi les sept commandements du druzisme, se trouve, nous le savons désormais, l’obligation de vérité absolue entre Druzes comme principe de foi et l’obligation d’entraide entre tous les Druzes, lesquels doivent se considérer comme des frères.
*
31 La conception religieuse est l’élément fondateur de la communauté druze et de son identité communautaire et collective, du moins si l’on en croit l’ensemble des auteurs spécialistes de cette question. Leurs croyances et préceptes religieux (groupe choisi par Dieu, métempsychose, sept commandements, secret et dissimulation), ainsi que le rejet total de toute autre religion, placent leur communauté en marge de l’Islam, voire en opposition complète avec lui. Ce rejet a provoqué le renfermement sur soi de la communauté qui, par ses pratiques, entretient sa « bulle communautaire » (intermariage, fermeture de la conversion, religion initiatique et élites en charge de la conserver).


  • 15 « Malgré la distance, les mariages qui rapprochent les montagnes sont toujours en vigueur » écrit L (...)

  • 16  Parenté rendue possible par projection dans les cycles de réincarnation grâce à la croyance en la (...)


32 La communauté druze existe donc malgré son éclatement spatial. À l’heure actuelle, ces îlots druzes entretiennent généralement entre eux des rapports fraternels, qui reposent sur leur parenté réelle15 et mythique16, et ce malgré le fait que les Druzes, insérés dans des constructions territoriales nationales différentes et parfois antagonistes, doivent faire allégeance à des pouvoirs étatiques qui s’opposent parfois les uns aux autres. À la dispersion répond donc une proximité sociale profonde et intense.

33 Cette cohérence communautaire, qui concerne les domaines tant culturel, que social et religieux, ne doit toutefois pas faire oublier les divisions politiques qui opposent les grandes familles druzes entre elles, et qui sont susceptibles de menacer la cohésion interne de chaque communauté.

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Funérailles du cheikh Chaakh, Sweida, 2008
Cyril Roussel

Notes

4 J. Azzi (1992 : 18) écrit : « Les druzes n’ont pas plus choisi le nom de « druze ». Il leur a été imposé par Mohammad ibn Ismaïl Ad-Darazi ; « Qu’il soit maudit », disent-ils, car « il est le dictateur qui prétendit à la connaissance du mystère sans s’appuyer ni sur la science ni sur la foi. Il n’est en aucun cas celui qui endosse l’habit de l’Imam [Hamzé] (…) ».
5 A cette date, « […] les Druzes n’ont plus accepté aucune conversion et sont devenus une communauté fermée, à la doctrine secrète, interdisant les mariages avec des membres d’autres communautés » (Mantran, 2004).
6 « […] Cette croyance a largement contribué à l’enracinement de la conscience que les Druzes avaient de partager un même sang » (Rivoal, 2001 : 101).
7 J. Azzi (1992 : 229) écrit : « L’homme et la femme druzes ne peuvent contracter un mariage en dehors de leur communauté, comme l’a précisé la loi de Hamzé ».
8 M. Dupont (1994 : 23) donne des explications à ce sujet. Parmi les courants religieux de ce début de xie siècle au Caire, l’exotérisme s’en tenait au sens littéral du Coran, de la Charia et de la Tradition alors que l’ésotérisme interprétait allégoriquement les principes de l’Islam en y intégrant des données philosophiques grecques et perses.
9 Au cours des siècles difficiles qui suivirent la révélation d’al-Hakim et la fondation de la da’wa par Hamza, les Unitaires furent en effet victimes de multiples brimades et de nombreuses persécutions.
10 Seuls les Druzes de la Ghouta n’ont pas choisi une implantation en montagne. Les étendues, alors boisées, de la Ghouta leur offraient cependant un refuge efficace.
11 Les effectifs que nous indiquons sont des estimations, puisque les recensements effectués dans les trois pays arabes ne font pas mention de l’appartenance communautaire. D’après nos estimations, les Druzes seraient entre 350 000 et 400 000 en Syrie, entre 300 000 à 350 000 au Liban et à peu près 15 000 en Jordanie. En Israël, ils seraient environ 90 000 selon I. Rivoal (2000 : 11), dont environ 20 000 vivraient dans le Golan occupé.

12 Le caractère de minorité dépend de l’échelle à laquelle on situe l’analyse, mais aussi du découpage administratif et de la place de la communauté dans chacune des mailles administratives considérées. Les Druzes ont toujours été minoritaires au sein des frontières des États auxquels ils ont appartenu, sauf lors de la création de l’État autonome du Djebel Druze en Syrie sous le Mandat français.
13 Les plus connus furent Hamza Ibn Ali et Ismaël Al-Darazi.
14 Le Léja est une coulée de lave volcanique infranchissable par une armée lourde.
15 « Malgré la distance, les mariages qui rapprochent les montagnes sont toujours en vigueur » écrit L. Bokova (1990 : 76).
16  Parenté rendue possible par projection dans les cycles de réincarnation grâce à la croyance en la métempsycose et à la pratique du mariage endogame intracommunautaire.
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Message  Arlitto le Ven 10 Juin - 13:02

Liban: les druzes, hétérodoxes musulmans ou tradition religieuse indépendante?

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Si, au détour d'une promenade dans le Chouf libanais, région montagneuse et épicentre incontestable de la communauté druze du pays, il est fréquent de croiser des druzes portant le bonnet blanc et l'habit noir traditionnels, il est impossible en revanche d'apercevoir par hasard une cérémonie religieuse ou un lieu de culte. Par volonté de discrétion - et c'est là un des traits principaux de la confession - les druzes ne pratiquent aucun rite en public. Le principe de 'taqiyya' (dissimulation de la foi), énoncé par le Coran est respecté avec une grande rigueur dans le cadre de la confession druze. Les textes sacrés ne sont accessibles que par une petite minorité de druzes initiés. Il est impossible de se convertir: on ne peut que naître druze. 


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Un druze d'allure traditionnelle, rencontré dans le Chouf (© 2011 Isabelle Mayault).

Considérés pendant des siècles comme hérétiques par les sunnites et les chiites, le principe de taqiyya a souvent été une question de survie pour les druzes. Mais l'opacité qui entoure la communauté tient aussi sans aucun doute aux influences mystiques de la confession, dont les interprétations ésotériques du Coran ont souvent été une source de confusion et d'erreur pour les observateurs extérieurs peu familiers, ou hostiles, à des notions qu'ils ne maîtrisaient pas. 


De fait, des druzes du Liban, on ne connaît généralement qu'une poignée de données, à la limite du stéréotype: petit peuple de montagnards à la structure féodale, unanimement décrit comme courageux et combattif, on sait des druzes qu'ils vivent reclus sans connaître ni leurs préceptes ni leur histoire. Un long entretien à Beyrouth avec le professeur Sami Makarem, spécialiste de la question druze, a permis de lever un peu le voile sur ces questions.

1 - Aux origines de la religion druze: al-Hakim, Hamza, Darazi et les autres



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Le professeur Sami Makarem.

Les druzes sont près d'un million dans le monde. La plupart vivent aujourd'hui entre le Chouf libanais, le djebel druze (ou Hawran) dans le sud-ouest de la Syrie et le nord d'Israël. Toutefois, certains ont émigré à la fin du XIXe siècle vers le continent américain et l'Australie, mouvement dont l'existence de l'American Druze Society, qui œuvre à la préservation de la culture druze aux Etats-Unis, témoigne. 


Issue de la branche ismaélienne du chiisme, la confession druze est née en Egypte au XIe siècle. Son histoire a fait l'objet de nombreuses versions, dont certaines pour le moins fantaisistes. Nous nous tiendrons ici aux éléments avérés de cette histoire. Formée autour du calife fatimide al-Hakim, un homme pétri de philosophie et de mysticisme, la confession naissante a été soutenue et élaborée par deux Perses, Hamza ibn Ali et Darazi, à une époque où la philosophie grecque était très populaire dans les cercles ismaéliens et musulmans en général. Le rôle d'Averroes, premier traducteur d'Aristote en arabe, a largement contribué à cette influence. 

Contrairement à la doctrine ismaélienne dans laquelle l'imam est perçu comme une manifestation de Dieu, les druzes considèrent que Dieu est absolu et n'a pas d'individualité. C'est cette nuance importante qui consomme la rupture entre ismaéliens et druzes. «Dans la confession druze, al-Hakim est un représentant de Dieu, mais il n'est pas divin lui-même» précise Sami Makarem, enseignant à l'université américaine de Beyrouth et auteur de plusieurs ouvrages sur la religion druze, lors d'un entretien dans son bureau de l'AUB. Avant de poursuivre: «Pour les ismaéliens, il existe trois manifestations de Dieu et ces manifestations sont incarnées par l'imam. En ce sens, leur croyance est très proche de la trinité chrétienne. L'imam, pour les ismaéliens, est comme le Christ pour les chrétiens. Alors que pour les druzes, l'imam n'est pas divin, mais humain.»

Hamza ibn Ali, surnommé «Hamza le Fatimide», un ismaélien né en Perse, est devenu, très vite après son arrivée au Caire dans les premières années du XIe siècle, un associé proche du calife al-Hakim. Hamza est considéré comme le fondateur de la secte druze et l'auteur de sa doctrine. Comme l'écrit Jean-Paul Roux, directeur de recherche au CNRS, dans son article «Secte ou religion, les druzes du Proche-Orient», on attribue à Hamza l'un des principaux ouvrages de la religion druze, le Livre des témoignages et des mystères de l'unité. Dans une Egypte fatimide où l'ismaélisme était à son apogée, Al-Hakim aurait laissé Hamza libre de pratiquer la nouvelle doctrine dans laquelle le calife incarnait une manifestation de Dieu et son associé, l'imam. A cet effet, al-Hakim publia en 1017 un décret nommant Hamza «imam des mouwahiddoun», nom que les druzes emploient pour désigner leur confession et qui signifie «unitaires».

Le nom de «druze» qui a été retenu plus tard par ceux qui n'y adhéraient pas vient d'une autre figure importante, bien que très controversée, des cercles ismaéliens du Caire. Disciple de Hamza, lui aussi originaire de Perse, Darazi (darazi est le mot arabe pour «druze») présentait le calife al-Hakim comme étant de nature divine. Bien qu'il ait rassemblé autour de sa doctrine propre un certain nombre de fidèles, il aurait été chassé de la communauté «pour des raisons d'éthique» précise Sami Makarem, avant de finalement disparaître, peut-être assassiné, ses moeurs étant jugées trop éloignées des principes de la religion druze. Deux ans plus tard, al-Hakim disparaît également; ses disciples l'interprètent comme une occultation. Une période de persécution des membres de la nouvelle confession suit, immédiatement après la disparition du calife, forçant Hamza à se réfugier dans un lieu de retraite. Il laisse le soin à un autre de ses disciples, Moukhtana, de terminer le travail de rédaction des livres sacrés druzes. Les disciples mouwahiddoun, fuyant les troubles égyptiens, ont alors commencé à s'exiler vers le Chouf libanais. 

2 - Les druzes et le Chouf libanais: de Fakhr al-Din II au congrès international druze de 2010

S'il fallait résumer à un seul mot les dix siècles d'histoire druze dans la montagne libanaise, c'est sans doute le mot de révolte qu'il faudrait retenir. Dès leur arrivée dans le Chouf libanais au XIe siècle, «au sein de populations chiites hostiles au pouvoir central abbasside» précise Cyril Roussel dans son article «Communauté et mobilité: les nouveaux refuges des druzes de Syrie» (Les Migrations internationales. Observation, analyse et perspectives, AIDELF, 2007, p. 313-326), les disciples de Hamza pratiquent l'art de la prédication «dans un contexte de révolte contre le pouvoir sunnite, favorisant les conversions à la nouvelle religion druze». Pendant toute la période ottomane, la montagne libanaise, influencée par la résistance druze, se caractérisa par son indépendance relative en dépit de la présence successive de puissances impériales et coloniales.

A l'époque de la conquête de la Syrie par les Ottomans (1516), le territoire qui constitue aujourd'hui le Liban actuel était peuplé de tribus. Comme l'écrit Fawwaz Traboulsi dans son ouvrage de référence A History of Modern Lebanon, le XVIe siècle dans le Chouf est marqué par la formation et la dissolution successive d'alliances entre ces tribus originaires du Yémen (les Arsalan, les Tanouk) et du sud de l'Arabie (les Man) contre l'envahisseur ottoman. Installées entre les environs de Beyrouth et la montagne libanaise, ces tribus, qui ont adopté la foi druze, sont favorable aux Mamlouks et combattent les ottomans. C'est sous le règne de l'émir druze Fakhr el Din el Man II (1572-1635) qu'ont lieu les premières migrations druzes vers la Galilée et le Hawran (sud-ouest de l'actuelle Syrie). Bien que l'émir ait fini décapité à Istanbul, l'expansion de son territoire étant devenue menaçante pour Damas, son émirat est considéré comme un âge d'or pour les druzes, leur permettant de dominer le Mont Liban, le Golan et le Hawran. 

L'occupation égyptienne du Liban entre 1831 et 1840 constitue une nouvelle période de révolte pour la communauté druze du Liban. En 1838, les mouvements contestataires druzes visant à déstabiliser le pouvoir de l'égyptien Ibrahim Pacha s'étendent depuis le Hawran jusqu'à la Bekaa et Wadi el Taym (région vallonnée entre la Bekaa et la Galilée). «Pour y faire face, Ibrahim Pacha a distribué des armes aux chrétiens, écrit Fawwaz Traboulsi. 4000 chrétiens se seraient battus aux côtés des égyptiens pour contrecarrer la révolte. C'est la première fois de l'histoire que des habitants de la région libanaise s'affrontaient entre eux». Le pouvoir ottoman qui succède aux égyptiens défaits subit l'ingérence de la présence britannique qui a pour conséquence directe d'imposer une économie de marché sur la montagne libanaise. Cette rupture aurait contribué, selon Fawwaz Traboulsi, à créer des inégalités socio-économiques entre chrétiens et druzes. Les premiers bénéficiaient d'une main d'oeuvre importante permettant d'accroître leur production pendant que les seconds voyaient leur communauté se réduire à un bloc tribal aux seules fonctions militaires. 

Deux décennies plus tard, les affrontements entre druzes et chrétiens reprennent, lors de ce que les historiens appellent «les événements de 1860». Une série d'assassinats et quelques confrontations armées initiées préventivement par les druzes dans des villages chrétiens pour assurer leur contrôle sur la région débouchent sur deux mois de conflit ouvert dont l'épisode le plus sanglant reste le massacre de 900 à 2000 chrétiens dans la ville de Deir al Qamar à l'été 1860. Plus tard, comme le souligne Fawwaz Traboulsi, les chrétiens eurent recours à l'intervention de l'armée française pour faire partir les habitants druzes des villages de la montagne encore mixtes. C'est aussi pendant cette période que les dernières «poches chiites» de la montagne libanaise ont définitivement disparu. 

Pendant la guerre civile libanaise (1975-1990), soit plus d'un siècle après le massacre de Deir al Qamar de 1860, l'histoire violente des habitants du Chouf libanais devait se répéter quasiment à l'identique. Après que l'armée israélienne se soit retirée du Chouf à l'été 1983, les Forces Libanaises, seules face à la communauté druze, au sein de laquelle les hommes de Samir Geagea avaient commis de nombreux meurtres pendant toute la première partie de la guerre civile, ont quitté la région en moins de deux jours, entraînant dans leur sillage des milliers de villageois chrétiens. Ces habitants ont trouvé refuge dans la ville de Deir al Qamar assiégée par les milices du leader druze Walid Joumblatt. «La 'guerre de la montagne', écrit Fawwaz Traboulsi, s'est achevée par un massacre perpétré par les hommes de Joumblatt: 1500 chrétiens tués, 62 villages détruits.»

«Un poème populaire du druze Tali Hamdan, célébrant la victoire de sa communauté dans la 'guerre de la montagne', identifie les druzes à leur statut féodal», rappelle Fawwaz Traboulsi. Or, ce statut féodal, favorisé par le resserrement géographique de la communauté druze depuis sa première émigration au XIe siècle, entre Chouf libanais, Hawran et Galilée, est déstabilisé par la création de nouvelles frontières dans les années 20 entre ces trois régions. La communauté druze devient de fait transnationale, puisqu'elle se retrouve éclatée entre trois différents pays. Comme le rappelle Cyril Roussel, «avec la mise en place des mandats français et anglais, puis l'indépendance des Etats concernés après la Seconde Guerre Mondiale, les familles druzes éclatées doivent s'adapter aux nouvelles réalités politiques, matérialisées notamment par les frontières des Etats nés lors du traité de Sèvres en 1920.»

Jusqu'à aujourd'hui, des tentatives régulières sont mises en place pour préserver l'unité de la communauté druze, à l'image de ce congrès international druze organisé à Beyrouth à l'été 2010, qui a rassemblé des sheikhs venus de toute la région, et notamment d'Israël.

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La Fondation druze, installée dans la partie occidentale de Beyrouth (© 2011 Isabelle Mayault).
3 - Taqiyya, ou l'art de la dissimulation collective

Dans la première partie de son Voyage en Orient, intitulée «Druzes et maronites», Gérard de Nerval écrivait: «Autrefois, les druzes cachaient leurs livres avec soin dans les lieux les plus retirés de leurs maisons et de leurs temples.» Aujourd'hui encore, les informations qui filtrent à l'extérieur de la communauté druze sont rares. La pratique de la taqiyya, bien qu'elle ne soit pas spécifique aux druzes, puisqu'il s'agit d'un précepte coranique en théorie suivi par tous les musulmans, est un trait dominant de la confession «unitaire». «Ce n'est pas seulement une conséquence des persécutions endurées par les druzes au cours de leur histoire, précise Sami Makarem. On peut aussi vouloir dissimuler par amour, pour protéger quelqu'un d'un savoir dont il ne saura pas quoi faire. Par exemple, vous n'auriez pas l'idée de donner à lire la République de Platon à un enfant de maternelle. C'est ça, la taqiyya. C'est une façon de donner à quelqu'un uniquement les informations qu'il est capable de comprendre.»

Dans le contexte druze, la taqiyya consiste à la fois à dissimuler sa confession quand le croyant se trouve dans un environnement majoritairement sunnite, chiite ou chrétien mais aussi, comme l'écrivait Nerval, à garder inaccessibles les textes sacrés. «Pour les druzes, les livres qui touchent au mysticisme et au divin ne peuvent pas être laissés à la portée de n'importe qui» commente Sami Makarem. Les textes sacrés druzes (rasa'il al hiqma) consistent en des lettres manuscrites, «échangées par les missionnaires à l'époque de la prédication, regroupées dans un ensemble, Le livre de la sagesse» écrit Isabelle Rivoal dans son ouvrage Les maîtres du secret: ordre mondain et ordre religieux dans la communauté druze en Israël (Paris, Ed. de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 2000). Seuls les druzes initiés (uqqal) peuvent avoir accès à ces lettres. 

«C'est ce qu'on appelle les hiqma, développe Sami Makarem. Pour les musulmans, tout livre religieux qui n'est pas le Coran est appelé hiqma. Les livres sacrés druzes sont des interprétations du Coran, dont certaines sont ésotériques. Elles mêlent sujets philosophiques et religieux et sont assez éloignées des interprétations sunnites du Coran». Pour suivre l'enseignement religieux druze, encore faut-il faire partie des élus. Tous les druzes n'ont pas droit à l'initiation, puisque celle-ci est réservée aux membres des familles déjà initiées. De fait, le droit à l'initiation est héréditaire. «Si vous êtes nés dans une famille d'uqqal (littéralement, «sages» en arabe), explique Sami Makarem, vous avez accès à l'initiation et pouvez rester initié à condition de ne pas rompre le pacte. Pour cela, il faut pratiquer votre foi continuellement.» Quant à l'initiation elle-même, Sami Makarem reste volontairement vague: «Contrairement à la franc-maçonnerie, l'initiation druze n'est pas rituelle.»

Le respect de la taqiyya impose également de ne pas organiser de cérémonies et de ne pas pratiquer de rite. «Les rites sont des pratiques religieuses visant à approcher un Dieu transcendant, analyse Sami Makarem. Dans le cas de la foi druze, Dieu est à la fois immanent et transcendant. Il est donc présent partout dans le monde qu'il a créé, dans le cœur du croyant et partout ailleurs. Il est dès lors inutile de pratiquer des rites à la manière des païens pour tenter de l'approcher: Dieu est déjà là.» La prière elle-même n'est pas essentielle dans la foi druze, contrairement aux autres branches de l'islam (prier cinq fois par jour est l'un des cinq piliers de l'islam). Comme dans le soufisme, l'acte de prière druze est pensé comme un flux continu, sans pause, comme une pratique qui n'a de cesse de se renouveler. Dans cette optique, se rendre sur un lieu de culte à des moments déterminés de la journée et de la semaine pour prier collectivement ne ferait que freiner cette dynamique et détourner le croyant de son osmose avec Dieu. 

Historiquement, la taqiyya druze remonte à la courte période de prédication pendant laquelle chaque druze aurait signé un contrat avec Dieu «à l'époque de son ultime manifestation sous les traits du calife al-Hakim avant que ne se 'referment les portes de la religion'» (Rivoal), imposant de ne jamais révéler la vérité alors transmise. Dans son ouvrage The Druze Faith, Sami Makarem explique que ces contrats auraient été enterrés sous les pyramides d'Egypte jusqu'au jour du jugement où, grâce à ces preuves écrites, il sera possible de faire la lumière sur l'identité des véritables druzes, et de séparer les «vrais druzes» des imposteurs.

4 - Influences mystiques: les druzes sont-ils de vrais musulmans?




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Un membre de la communauté druze (© 2011 Isabelle Mayault).

«La dimension ésotérique de la confession druze a sans aucun doute contribué aux erreurs d'interprétation qui ont été écrites sur le sujet», constate Sami Makarem. «Il faut avoir une approche ésotérique de la religion et une certaine connaissance de l'islam mystique pour y comprendre quelque chose; il faut avoir lu la littérature ismaélienne dont la terminologie est souvent similaire aux termes druzes, bien que le sens des mots ne soit pas le même.» Le nombre d'influences philosophiques et théologiques qui ont nourri les textes druzes rendent la religion unitaire à la fois difficile d'accès... et unique par sa richesse. Sami Makarem les énumère, avec un plaisir non dissimulé: «La philosophie grecque était très à la mode au XIe siècle. Cela explique pourquoi le concept platonicien de Dieu est fondamental pour comprendre la perception druze, mais aussi les enseignements aristotéliciens. Il faut aussi prendre en compte l'influence évidente des religions abrahamiques, l'islam, le christianisme et le judaïsme. Et puis, bien sûr, quoique jusqu'à un certain point seulement, celle des religions orientales, l'hindouisme et le bouddhisme.»


Les druzes croient à la réincarnation. Cette croyance est fondamentale dans l'identité druze, car, comme l'écrit Isabelle Rivoal, elle assure la «pérennité du contrat signé par chaque druze». Ainsi, «la frontière entre les Druzes et l'extérieur trouve une expression temporelle: aucune unité druze ne peut se perdre, aucun Druze ne peut se tromper durablement quant à la sincérité de son adhésion». Les points communs avec l'islam mystique (soufisme) sont nombreux: «Comme dans la mystique musulmane qui fait de la retraite au désert un thème récurrent, la religion druze impose de faire le vide, d'être dans le vide, pour se rapprocher de Dieu» (Rivoal, op. cit.). Et les religieux druzes pratiquent l'ascétisme comme les mystiques. «Chez les druzes, Dieu est immanent, analyse Sami Makarem. En ce sens, le dieu druze est très proche du concept de Teilhard de Chardin, qui développe dans Le milieu divin l'idée que Dieu est à la fois immanent et transcendant.»

Cette teneur mystique de la religion druze a contribué à la distancier de l'islam. «Les druzes sont considérés comme des apostats de l'islam par le reste des musulmans.» développe Sami Makarem. Comme le rappelle Isabelle Rivoal, les druzes «ont refusé de reconnaître le Prophète, la révélation qui fonde l'islam et sa loi, la charia», une des raisons qui explique pourquoi les druzes ont été persécutés à la fois par les sunnites et les chiites. Paradoxalement, alors que la religion druze est née d'un schisme musulman, les cinq piliers de l'islam n'ont pas une importance centrale dans la pratique de celle-ci. En effet, les druzes estiment qu'aumône et prière sont des principes naturels qui doivent être pratiqués aussi fréquemment que possibles; que le pèlerinage à La Mecque n'est pas obligatoire; enfin, le jeûne est remplacé par un vœu de silence.

Si les origines historiques des druzes sont incontestablement musulmanes, leur croyance en la réincarnation achève de faire de la confession druze une branche hétérodoxe de l'islam chiite et, finalement, une tradition à part dans l'histoire des religions.
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