L’inscription du tunnel de Siloé

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L’inscription du tunnel de Siloé

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 16:42

L’inscription du tunnel de Siloé

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L'inscription du tunnel de Siloé


L’inscription hébraïque de Siloé, découverte en 1880, a longtemps été considérée comme la plus ancienne trouvée en Israël. On s’entendait pour la dater de la fin du VIIIe siècle, mais deux archéologues, au milieu des années 1990, ont proposé une époque beaucoup plus récente : la période hasmonéenne (IIIe-IIe siècle avant notre ère).

La découverte
     C’est en juin 1880 que l’inscription fut découverte, par hasard, par un jeune baigneur [1] qui s’était aventuré, une bougie à la main, dans les premiers mètres du tunnel qui amène l’eau à la piscine de Siloé. Il informa rapidement un architecte allemand de sa découverte. Des relevés à la main furent esquissés mais le travail le plus sérieux, encore utile aujourd’hui, est le nettoyage, l’estampage et le moulage réalisés par Charles Clermont-Ganneau [2].
     Un particulier, informé de la découverte, tenta ensuite d’extraire l’inscription de la paroi rocheuse, la brisant en plusieurs fragments, dans l’espoir de la vendre à un musée européen. Informé de son projet, le gouvernement turc (la Palestine est alors intégrée à l’Empire ottoman) pris possession des fragments qui ont été assemblés et qui sont exposés, encore aujourd’hui, au Musée des antiquités d’Istanbul.

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L’inscription
     Les six lignes de cette inscription en caractères hébraïques anciens ont été gravées sur la paroi orientale du tunnel souterrain, à six mètres de la piscine de Siloé. Pour recevoir ce texte, la paroi a été polie sur une surface d’environ 66 cm (largeur) par 50 cm (hauteur) mais le texte ne couvre que le registre inférieur [3]. Nous proposons ici la traduction d’Émile Puech, professeur à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem :

  • Voici le tunnel, et telle fut l’histoire de sa percée : Tandis que les mineurs m[ani]aient

  • le pic, l’un vers l’autres, et tandis qu’il n’y avait plus que trois coudées à creuser, on enten[dit alors] la voix de chacun ap-

  • pelant son compagnon, car il y avait de la résonnance dans le rocher provenant du sud et du [n]ord. Aussi le jour de la

  • percée, les mineurs frappèrent l’un à la rencontre de l’autre, pic contre pic. Alors coulèrent

  • les eaux depuis la source vers le réservoir sur mille deux cents coudées, et de cent

  • coudées était la hauteur du rocher au-dessus de la tête des mineurs. [4]


     L’inscription raconte la fin du forage alors qu’il ne restait que « trois coudées » à creuser (environ 1,30 mètre). Sur le plan technique, l’inscription nous informe que le forage a été réalisé par deux équipes de mineurs qui creusaient les uns vers les autres. Malgré les moyens rudimentaires de l’époque, les deux équipes ont réussi à se rejoindre avec une précision étonnante. On comprends aussi que les mineurs ont été guidés par le son propagé dans la roche. On pense que c’est à partir de la surface que les mineurs étaient guidés. Mais vers la fin du forage, c’est probablement en écoutant le bruit des instruments de l’autre équipe qu’on a tenté de se guider car on observe un certain tâtonnement dans le tracé, près du point de rencontre. Finalement, c’est au son de la voix que le travail s’est terminé et quand les deux équipes se sont rencontrées, l’eau a coulé de la source (le Guihon) vers le réservoir ou la piscine de Siloé.

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Plan de l'aqueduc souterrain


     Le tracé du tunnel est sinueux et s’explique de diverses manières. En ligne droite, l’aqueduc aurait eu une longueur de 320 mètres. L’ouvrage réalisé mesure toutefois 533 mètres, un excédent de plus de 200 mètres. Près de la source, on a peut-être voulu éviter le tombeau des anciens rois d’Israël. Près de la piscine, on a probablement suivi une fissure naturelle dans la roche : le plafond est élevé sur une importante section du tunnel. Les méandres du tunnel peuvent aussi s’expliquer par le fait qu’il n’était pas possible, à partir de la surface, de guider les mineurs partout où on l’aurait souhaité. Finalement, on a certainement choisi la roche la plus tendre pour faciliter le forage. Un dernier élément étonnant mérite d’être souligné : sur toute la longueur de l’aqueduc, on observe un dénivelé de 32 cm seulement entre la source et le point d’arrivée.

L’utilité du tunnel
« Ezéchias fortifia sa ville et fit venir l’eau dans ses murs, avec le fer il fora le rocher et construisit des citernes. » (Sir 48,17)

     Le Guihon est une source naturelle qui coulait toute l’année mais qui devenait jaillissante pendant certaines périodes. C’était la source principale de Jérusalem et elle permettait l’irrigation des terres situées à proximité. Elle était toutefois située à l’extérieur des murailles de la ville, ce qui constituait un problème en temps de guerre.
     Après la chute de Samarie (721 avant notre ère), capitale du royaume du Nord, la situation a changé. Devant la menace assyrienne, le roi Ezéchias du royaume de Juda s’est retrouvé à la tête d’une coalition qui a tenté de freiner l’expansion des troupes de Sennachérib. Le livre des Chroniques nous apprend que le roi de Juda a commandé d’importants travaux de fortification des murailles de Jérusalem et des travaux hydrauliques à partir de la source du Guihon : dissimulation de la source aux troupes ennemies et forage d’un aqueduc souterrain pour drainer l’eau dans un réservoir situé à l’intérieur des murailles. On a alors scellé plusieurs canaux devenus inutiles (2 Ch 32,30) et le canal VI (voir le plan) a été prolongé jusqu’au réservoir. Les traces de certaines de ces obturations ont été observées par les archéologues. On s’entend donc pour dire que textes et faits archéologiques concordent dans ce cas-ci.

La datation controversé du tunnel
     Mais cette interprétation a été révisée en 1996 par Philip Davies et John Rogerson [5] qui ont proposé une date de construction beaucoup plus récente. Leur hypothèse est sans doute teintée par leur manière de comprendre le processus de rédaction de la bible hébraïque qu’ils situent à l’époque perse pour les livres les plus anciens. Comme les textes et les faits archéologiques concordent dans le cas du tunnel de Siloé et son inscription, il leur fallait trouver des arguments pour expliquer la construction du tunnel (et l’inscription) à une époque récente. Mais leurs arguments ont été rejetés par la majorité des scientifiques [6].
     Pour clore le dossier, une étude géologique récente [7] a démontré l’ancienneté du composé utilisé pour sceller les fissures de la paroi rocheuse. Les plus anciennes couches de ce composé contiennent des éléments organiques qu’il est possible de dater avec la méthode du Carbone 14. Et cette étude confirme que le tunnel a été creusé à l’époque du roi Ezéchias.

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Conclusion
     L’inscription de Siloé n’est pas une inscription royale, mais elle concorde avec les textes bibliques. Elle commémore la rencontre de deux équipes d’ouvriers qui avaient certainement conscience d’avoir réussi un exploit. L’auteur de l’inscription est probablement l’architecte ou le contremaître principal.
     Quand on lit les Annales du roi Sennachérib, on remarque que le conquérant assyrien se vante d’avoir enfermé Ezéchias comme « un oiseau en cage », mais il ne prétend pas avoir capturé l’oiseau ou avoir conquis Jérusalem. L’ensemble des travaux entrepris par le roi judéen a permis à la capitale de résister au siège des troupes ennemies. Mais en 701, date de rédaction des Annales de Sennachérib, Ezéchias paya un lourd tribut au roi assyrien (l’information du texte cunéiforme concorde avec celle de 2 R 18,13-16). Cette date nous permet d’affirmer que le forage de l’aqueduc a été réalisé au début du VIIIe siècle et la réussite des mineurs a été attribuée au roi lui-même : « Le reste de l’histoire d’Ezéchias, tous ses exploits, et comment il construisit la piscine et le canal pour amener l’eau dans la ville, cela n’est-il pas écrit au livre des Annales des rois de Juda? » (2 R 20,20)
[1] Le jeune baigneur de 16 ans est rarement nommé, mais il s’agit de Jacob Eliahu.
[2] Musée du Louvre (AO 1310).
[3] Plusieurs chercheurs ont tenté de combler le « vide » du haut de la surface polie en proposant un travail inachevé (titulature royale qui n’a pas été gravée, relief à la manière égyptienne, plan du tunnel), mais rien n’appuie les hypothèses proposées.
[4] E. Puech, « L’inscription du tunnel de Siloé », Revue biblique 81 (1974) 196-214.
[5] P. Davies et J. Rogerson, « Was the Siloam Tunnel Built by Hezekiah? », Biblical Archaeologist 59 (1996) 138-149.
[6] Par exemple : S. Norin, « The Age of the Siloam Inscription and Hezekiah’s Tunnel », Vetus Testamentum 48/1 (1998) 37-48.
[7] A. Frumkin, A. Shimron et J. Rosenbaum, « Radiometric dating of the Siloam Tunnel, Jerusalem », Nature 425 (2003) 169-171.
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