Stèle de la discorde : l’inscription fragmentaire de Tel Dan

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Stèle de la discorde : l’inscription fragmentaire de Tel Dan

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 16:43

Stèle de la discorde : l’inscription fragmentaire de Tel Dan



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Les fragments de la stèle où l'expression bytdwd apparaît en blanc



Découverte en 1993-1994 à Tel Dan, cette stèle est datée de la seconde moitié du IXe siècle av. J-C. Ces quelques lignes incomplètes gravées dans la pierre ont fait couler beaucoup d’encre. D’abord parce que la stèle est brisée et qu’on a de la peine à reconstituer le texte manquant, ensuite parce que cette stèle peut mentionner (ou pas) la « maison de David » et enfin parce qu’il n’est pas clair comment il faut comprendre cette mention (éventuelle) de David. Essayons d’y voir un peu plus clair — en ajoutant encore un peu d’encre (numérique) au débat.

     Tout d’abord, le texte qui est au cœur des discussions se situe aux lignes 7-9 et peut être transcrit comme suit :

7. [et j’ai tué ...]ram fils de [...]
8. le roi d’Israël, et j’ai tué [...]yahu fils de [... le r]/oi de
9. la maison de David. [1]


Peut-on reconstituer le texte manquant?

     Comme dans les séries télé, c’est au moment le plus palpitant de l’histoire qu’il faut attendre le prochain épisode. Sauf que cette fois-ci, il n’y aura probablement pas de prochain épisode : les morceaux les plus intéressants (les noms des personnages/rois) sont manquants ou incomplets. Peut-on les reconstituer?

     Lemche pense que le fragment principal et l’ensemble des deux petits fragments n’appartiennent pas à la même stèle [2]. Le texte ci-dessus est donc erroné (tout comme la reconstitution ci-dessous, bien évidemment). Il reproche aux autres chercheurs d’avoir laissé une source secondaire (la Bible) influencer leur compréhension de la source primaire (la stèle). Il laisse entendre que la stèle de Tel Dan pourrait être un faux [3].
     Finkelstein et Silberman tout comme Kitchen s’accordent sur la reconstruction suivante du texte de la stèle :

7. [J’ai tué Jého]ram, le fils de [Ahab]
8. roi d’Israël et j’ai tué [Ahaz]yahu, le fils de [Jehoram, roi]de
9. la maison de David [4]

     
Ces noms correspondent au texte biblique de 2 Rois 9 : Joram, fils d’Achab, roi d’Israël et Achasia, fils de Joram, roi de Judas meurent simultanément.
     Cependant, le texte de 2 Rois 9 mentionne que c’est Jéhu qui a tué ces rois et non un roi de Syrie (comme le reste du texte de la stèle le laisse croire). Lemche considère cette question comme insurmontable et conclut que, si la reconstitution ci-dessus (qu’il refuse) devait être acceptée, nous serions en possession d’un exemple curieux et important d’un texte de la même époque que l’Ancien Testament qui le contredit [5]. 
     Kitchen n’y voit pas de problème particulier. Pour lui, c’est commun pour un chef du Proche Orient ancien de prendre le crédit des actions d’autres personnes. Hazael qui fait écrire cette stèle peut avoir choisi de voir Jéhu comme un vassal [6].

Le texte mentionne-t-il la « Maison de David »?

     Le cœur de la discorde se situe dans une petite série de lettres qu’on peut transcrire bytdwd. Est-ce que nous avons là affaire à une mention de la « maison de David »? Kitchen et le duo Finkelstein-Silberman s’accordent pour lire « maison de David ». Lemche, en revanche, refuse cette lecture, en particulier vu qu’il manque un point pour séparer les deux mots (maison David) comme il est d’usage dans le reste de la stèle. Pour Lemche, il pourrait simplement s’agir du nom d’un lieu proche de Dan; la stèle parlerait donc du « roi de Bytdwd » comme on dirait le « roi de Bethel » [7].

Comment comprendre cette allusion à David?

     Jusqu’à maintenant, on pourrait penser que la polémique se limite à « Lemche » contre « le reste du monde ». Sauf que, lorsqu’il s’agit d’interpréter cette mention de la maison de David, les avis divergent davantage. Petit tour des réponses que nos champions donnent à la question : que nous apprend la stèle sur David?

  • « Rien » selon Lemche — comme nous pouvions nous y attendre.

  • « Que David bel et bien a existé », pour Finkelstein-Silberman : Le fait que Juda (et peut-être aussi sa capitale, Jérusalem) soit mentionné en référence à sa maison royale prouve clairement que la réputation de David n’était pas une simple invention littéraire, imaginée à une époque nettement postérieure [8].


La suite de leur argument ramène David à des proportions beaucoup moins grandioses que les descriptions qu’on trouve de lui dans le texte biblique. Son « royaume » est désorganisé, Jérusalem n’a rien à voir avec l’image qu’en donne la Bible, etc. [9]


  • « Que David est le fondateur d’une dynastie importante », selon Kitchen : David, une personne réelle, a fondé une dynastie dont il est fait mention près de 150 ans plus tard, parallèlement au royaume d’Israël (et la dynastie des Omrides). La suite des arguments de Kitchen défend la version présentée dans le texte biblique — en précisant sa compréhension du texte à la lumière des découvertes archéologiques [10].



Conclusion

     Ce bref survol des controverses autour de la stèle de Tel Dan nous montre que, derrière les données « objectives » (la stèle), il y a une très grande diversité dans la compréhension et le sens qu’on peut donner à ces données, selon à quel spécialiste (ou à quelle école) on pose la question.
     Nous espérons que cet article vous aide à voir quelles sont les hypothèses en présence et à choisir par vous-même celle qui vous semble la meilleure... en vous encourageant à creuser davantage à l’aide des suggestions de lectures citées dans les notes!

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[1] Source: [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
[2] Niels P. Lemche, The Israelites in History and Tradition, Westminster John Knox Press, 1998, p. 39.
[3] Niels P. Lemche, The Israelites in History and Tradition, p. 41.
[4] Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Folio Histoire, 2002, p. 203.
[5] Niels P. Lemche, The Israelites in History and Tradition, p. 40.
[6] Kenneth A. Kitchen, On the reliability of the Old Testament, Grand Rapids (MI), Eerdmans, p. 37. Kitchen ajoute une note décrivant plusieurs exemples de rois du Proche-Orient qui ont pris pour eux-mêmes le crédit des actions d'un autre monarque.
[7] Niels P. Lemche, The Israelites in History and Tradition, p. 43.
[8] Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, p. 203.
[9] Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, p. 204-212.
[10] Kenneth A. Kitchen, On the reliability of the Old Testament, p. 92ss 
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