Ébla et son héritage Tell Mardikh

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Ébla et son héritage Tell Mardikh

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 17:50

Ébla et son héritage



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Tell Mardikh, l'ancienne Ébla


Une mission archéologique italienne, sous la direction de Paolo Matthiae, a fouillé (de 1964 à 1975) le grand site de Tell Mardikh, situé à 55 km au sud d’Aleppe, en Syrie du Nord. Une inscription sur une statue votive permit d’identifier assez tôt ce site avec l’ancienne ville d’Ébla, dont il est souvent fait mention dans les textes de Mésopotamie dans la dernière moitié du IIIe millénaire et la première moitié du IIe millénaire avant J.-C. D’après ces textes, il était assez évident qu’Ébla devait être une des grandes villes de cette partie de la Syrie.
     Deux grandes périodes de l’histoire d’Ébla nous sont maintenant bien connues. La période la plus récente, de 2000 à 1600 avant J.-C., est extrêmement riche en monuments architecturaux et en sculptures. Trois temples et deux grands palais dont les plans sont très bien conservés nous font parfaitement comprendre les origines et l’évolution de l’architecture palatiale comme celle des temples de Syrie-Palestine au cours des IIe et Ier millénaires. Il faut tenir compte de ces découvertes dans toute discussion de cet aspect de la civilisation orientale ancienne.

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     Mais c’est la période la plus ancienne qui a retenu l’attention des historiens et des archéologues, et qui fut trop souvent l’objet d’articles à sensations dans les journaux au grand détriment de l’archéologie et de la vérité. En 1975, P. Matthiae mit à jour les niveaux de la dernière moitié du IIIe millénaire; hélas, l’architecture a beaucoup souffert sous les travaux des constructeurs de la période subséquente; nous n’avons que des plans très fragmentaires. Toutefois cette lacune a été très largement compensée par la découverte des archives, presque parfaitement conservées dans une des salles du palais : le catalogue comprend maintenant plus 17 000 tablettes datant de 2350 à 2250 environ. Ébla à elle seule fournit ainsi plus de textes que tout le reste du Proche Orient ancien, en ce IIIe millénaire. Certains savants ont cru pouvoir lire dans ces textes la mention du nom de Yahvé, de certains noms israélites, de termes hébreux inconnus ailleurs comme nabi (prophète), et même on aurait une allusion à la guerre des rois orientaux contre le sud de la mer Morte (Gn 14) : s’il en est bien ainsi, Ébla nous révélerait donc les origines même du futur peuple de Dieu, devant les reculer dans le temps de près d’un demi millénaire!

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     La très grande masse de documents est composée d’archives économiques et administratives : entrées et sorties de matières premières et produits finis, de métaux précieux, livraisons de bétails et autres denrées; les dates des transactions ne mentionnent que les jours du mois, non les années! Ces textes sont intéressants pour faire l’histoire de l’économie d’une ville royale de cette époque, mais ne nous renseignent que très peu sur l’histoire comme telle.

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     Les autres quelques textes qui restent sont des listes lexicales (sumérien et éblaïte), des lettres, des fragments de mythes, d’hymnes, de rituels, etc. dont le sens est très souvent fort obscur. Chose certaine, nous ne pouvons pas du tout défendre les points de contacts établis avec fracas avec certaines données bibliques. Ces textes sont d’abord difficiles à lire puisque les scribes utilisent encore 50% du vocabulaire sumérien, d’où l’impossibilité pour nous de connaître les termes en éblaïte. Sur la base des termes que nous pouvons lire avec certitude, nous sommes assurés que nous sommes en présence d’une langue des sémites de l’ouest dont l’hébreu sera, plusieurs siècles plus tard, un témoin évolué du même groupe. D’après les noms des dieux attestés, nous voyons que les grands dieux de la Syrie Palestine sont déjà vénérés, mais Yahvé est totalement inconnu. Nous ne connaissons à peu près rien sur la mythologie et le culte (rituel) de la Syrie du Nord à cette époque. Il n’est pas fait mention, non plus, du caractère de « oint » (Messie) du roi d’Ébla, ni de l’existence d’une fonction de prophétisme (nabi). Enfin, concernant l’histoire de la Syrie Palestine en cette dernière moitié du IIIe millénaire, rien dans ces textes ne nous permet d’en dire quoi que ce soit, puisque leur objet est prequ’exclusivement d’ordre administratif et pour une période très courte, peut être 50 ans tout au plus.
     
En un mot, les découvertes d’Ébla sont d’une importance majeure pour une connaissance plus étendue et plus précise de la vie économique et sociale dans une ville de Syrie du nord, mais c’est les utiliser de très mauvaise façon que de les rapprocher de certaines données bibliques, plus récentes de plusieurs siècles.
     La sensation n’épargne donc même pas des vieux témoins de cinq mille ans! Ce sont eux qu’il nous faut d’abord interroger, pour leur valeur propre et non pour quelque fin à saveur apologétique.
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