Hérodion : tombeau d’Hérode le Grand

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Hérodion : tombeau d’Hérode le Grand

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 17:55

Hérodion : tombeau d’Hérode le Grand

Hérode, grand dans la vie, a voulu l’être aussi dans la mort. Il a donc choisi avec soin le lieu et la magnificence de sa sépulture. L’historien juif Flavius Josèphe nous a laissé de bonnes descriptions du cortège funèbre qu’Archelaüs, fils d’Hérode, organisa en l’honneur de son père : le roi, paré de ses somptueux habits royaux, était couché sur une litière d’or, précédé et suivi de centaines de dignitaires, de membres de sa famille et de détachements militaires. C’est dans un tel apparat qu’il fut conduit de son palais d’hiver à Jéricho, en mars-avril de l’an 4 avant J.-C., où il venait de mourir, jusqu’à ce lieu de son dernier repos, à quelques kilomètres au sud de Bethléem, et visible de partout en Judée. Il ne voulait pas qu’on l’oublie!
 
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La colline vue du bas
(photo : [ltr]BiblePlaces.com[/ltr])


     Sur les lieux de sa victoire sur Antigone, dernier asmonéen, et les Parthes, en 37 avant J.-C., Hérode a fait construire une forteresse qui pouvait à la fois défendre la frontière sud de son royaume et lui servir de lieu de retraite riche en agrément. Flavius Josèphe nous dit que le site choisi était une colline que le roi fît exhausser et qui présentait la forme d’un mamelon. Il lui donna le nom d’Herodion, en souvenir de cette victoire qui lui avait conféré, de fait, le pouvoir réel sur la Palestine.
 
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Les dernières fouilles, dirigées par Ehud Netzer, ont enfin permis de localiser 
le tombeau du roi Hérode. Le professeur de l'Université hébraïque de Jérusalem 
l'annonçait dans une conférence de presse en mai dernier. 
(photo : Doron Nissim)


     Cette construction hérodienne avait été identifiée depuis le XIXe siècle déjà, mais ce n’est qu’en 1962-67 que d’abord le Père V. Corbo en fouilla les ruines, et que E. Netzer a repris depuis 1972.
     La forteresse épouse la forme ronde du sommet de la colline, artificielle en partie. On y accédait par un escalier majestueux de 200 marches en pierre polie qui donnait sur un petit tunnel (A), à la hauteur de la base de la forteresse, conduisant à l’entrée située au coin nord de la cour intérieure. Les murs étaient décorés de plâtres peints à la mode de Pompei (rouge, noir, jaune, etc.), imitant des dalles de marbre.
 
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L'intérieur de la forteresse 
(photo : [ltr]BiblePlaces.com[/ltr])


     Les remparts de la forteresse étaient constitués de deux murs concentriques pour un diamètre de 62 m. L’espace entre ces murs est de 3,5 m de largeur; il était aménagé en hauteur sur sept étages, dont deux étaient sous-terrains, qui servaient de magasins pour le matériel nécessaire à la défense et à la vie dans la forteresse. Des tours saillantes renforçaient la défense, bâties précisément aux quatre points cardinaux. Seule la tour de l’est (B) était complètement ronde; elle est encore conservée sur 15,7 m. de hauteur! Sa base était pleine sur plus de 20 m; le reste était aménagé en salles sur au moins cinq étages, servant sans doute à la défense. Cette tour ronde n’a pas ses murs liés à ceux du rempart, et ils sont nettement plus forts : elle semble donc être l’élément essentiel de la forteresse.
     L’espace intérieur avait été aménagé en deux hémicycles aux dimensions égales. Tout d’abord on reconnaît facilement une grande cour à ciel ouvert (C), entourée d’une colonnade sur trois côtés; on pouvait donc faire la promenade et se reposer dans la fraîcheur de l’ombre. Des jardins ornaient la cour; à ses extrémités nord et sud, des fontaines semi-circulaires (D) l’animaient.
     Le quartier résidentiel de la forteresse occupait tout l’hémicycle ouest. Il devait comporter un ou deux étages, si on en juge par les départs d’escaliers, mais les fouilles n’ont révélé que les pièces du rez-de-chaussé. Un espace cruciforme (E), servant de lieu de passage, séparait deux unités d’habitation aux fonctions précises. À gauche on a pu facilement identifier, des installations thermiques, bien réparties d’après le plan classique des thermes romaines (F) : c’est ainsi qu’on a pu identifier un vestiaire, aux murs décorés de peinture de style pompéien (1), un bassin d’eau tiède (2), communiquant avec un bassin d’eau froide (4), et une magnifique salle de bains chauds, de forme absidale sur le côté est (3). Sous le plancher, posé sur des colonnettes de briques, l’air chaud circulait librement.
 
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Les ruines de la synagogue 
(photo : [ltr]BiblePlaces.com[/ltr])


    L’espace à droite du passage cruciforme devait être occupé par les appartements personnels du roi. Seule la grande salle rectangulaire (G) a pu être identifiée : c’était le triclinium (salle à manger), aux murs richement décorés de plâtres peints et au plafond supporté par quatre colonnes. Elle fut transformée en synagogue par les Judéens de la deuxième révolte en 132 après J.-C.
     Grâce à l’archéologie, nous ne pouvons plus douter de la véracité du témoignage de Flavius Josèphe, et de la magnificence de cette construction hérodienne. Ses ruines toujours visibles en partie n’avaient jamais cessé d’être identifiées au tombeau du grand roi. Il faut reconnaître, toutefois, que les résultats des fouilles ne permettent pas de situer de façon précise le lieu de cette sépulture. On a cru qu’elle aurait pu être localisée à la base de la tour ronde, mais son examen a montré qu’elle était remplie sur plus de 20 m! Aucune autre salle de l’espace habité ne peut correspondre à une telle fonction. De plus, si nous nous rappelons que le contact avec un mort provoque une impureté rituelle, il eût été très étonnant qu’on ait enseveli le roi mort dans un bâtiment d’habitation. Il faut donc chercher ce tombeau ailleurs; il pourrait bien être parmi les constructions du bas de la colline, que Netzer est en voie de dégager. Une chronique future vous annoncera peut-être sa découverte un jour. Il reste que les fouilles au sommet de la colline nous ont révélé un petit palais-forteresse digne d’Hérode le Grand vivant!
NDLR : Au moment d'écrire cet article, le tombeau d'Hérode n'avait pas encore été localisé. 
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Re: Hérodion : tombeau d’Hérode le Grand

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 17:55

Une noyade réussie

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La piscine du palais d'Hérode où, pense-t-on, il attira Aristobule ; 
des complices du monarque le noieront. (photo : [ltr]BiblePlaces.com[/ltr])


L’archéologie a ressuscité le souvenir d’un des nombreux meurtres commis par le roi Hérode le Grand, en l’an 36 avant notre ère.
     Après la conquête de la Palestine par les Romains, en 63 av. J.-C., le Sénat de Rome dirige directement les affaires politiques de la province et nomme lui-même l’asmonéen de son choix comme grand-prêtre et chef des affaires religieuses. En l’an 40, le Sénat désigne donc Hérode comme roi de Palestine; il lui faudra trois ans pour prendre effectivement le pouvoir. Il épouse Mariamne, la fille d’un asmonéen, en vue de se faire mieux accepter par les Juifs : il était lui-même arabe, parson père. Il nomme grand-prêtre un certain Hananel, personnage obscure d’une famille sacerdotale qui vécut en Babylonie. Mariamne et sa mère Alexandra sont vivement choquées par ce choix; elles croient que le jeune Aristobule, fils d’Alexandra et frère de Mariamne qui n’est âgé alors que de 17 ans, devrait occuper ce poste. Sous l’influence des deux femmes, Hérode congédie Hananel en l’an 36.
     Aristobule fit si grande impression quand il parût pour la première fois, à l’occasion de la fête des Tentes, revêtu des magnifiques insignes sacerdotaux, qu’Hérode craignit aussitôt que son pouvoir soit tôt ou tard menacé. Il faut donc que cet asmonéen meure!
Je laisse à Flavius Josèphe, grand historien juif, le soin de nous raconter comment le complot fut réalisé :
« Après la fête (des Tentes), Hérode alla à un festin qu’Alexandra lui fit à Jéricho, où, comme pour obliger Aristobule, il voulut prendre plaisir à voir ces divertissements avec ceux de son âge. Il l’attira sous ce prétexte en un lieu propre pour son dessein : car, comme la chaleur y était très grande, ces jeunes gens furent bientôt las de jouer et allèrent pour se reposer et prendre le frais durant l’ardeur du midi auprès de quelques piscines, où ils s’amusaient à regarder quelques-uns de leurs compagnons et de leurs visiteurs qui se baignaient. Hérode poussa Aristobule à se baigner aussi avec eux, et alors ceux qu’il avait attirés pour ce complot se plongèrent et firent plonger Aristobule comme par manière de jeu; mais ils ne le quittèrent point jusqu’à ce qu’il fût noyé. Telle fut la fin tragique d’Aristobule, qui n’était âgé que de 18 ans, et n’avait été grand-prêtre qu’un an. Hérode nomma aussitôt Hananel grand-prêtre. » (Antiquités juives 15,3,53-56).

     Des archéologues israéliens ont découvert une piscine et un palais, à Tului Abu el Alayik (près de Jéricho), qui pourraient bien être le théâtre de ce drame. Alexandre Jannée (103- 76 av. J.-C.) s’était fait construire cette résidence d’hiver au milieu des jardins et des plantations que des aqueducs irriguaient sans cesse; d’après le témoignage encore de Flavius Josèphe, Alexandra et Hérode y séjournaient volontiers durant les mois froids de l’hiver. La poterie et les monnaies trouvées dans les ruines confirment ces données de l’historien.
     La piscine attenante au palais mesurait 34 m x 20 m, et devait atteindre au moins 4 m de profondeur. Un petit podium, qui n’avait que 2 m de hauteur et 6 m de largeur la séparait en deux : ainsi, la piscine pouvait être double, si l’eau était maintenue basse. De beaux escaliers conduisaient dans l’un et l’autre bassin. Un portique courait sur trois côtés; un petit pavillon en fermait le quatrième.

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Le complexe comportait également une piscine circulaire : un bain froid ou figidarium.
(photo : [ltr]BiblePlaces.com[/ltr])


     La première photo donne une idée assez juste du lieu très probablede ce premier meurtre perpétré par Hérode. Une prochaine chronique parlera du splendide palais que le monarque sanguinaire se fit construire tout à côté de celui des asmonéens.
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Re: Hérodion : tombeau d’Hérode le Grand

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 17:55

Le « chalet » d’Hérode le Grand

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Cour du palais royal.
(photo : [ltr]BiblePlaces.com[/ltr])


Dans une [ltr]chronique antérieure[/ltr], j’ai signalé la découverte de la piscine probable dans laquelle Hérode avait fait noyer un adversaire possible, Aristobule. Cette piscine faisait partie d’un vaste complexe bâti au bord de l’oasis de Jéricho, où le climat des mois d’hiver est d’une douceur idyllique. Déjà le roi asmonéen Alexandre Jannée (103-76 av. J.-C.) y avait construit un petit pavillon, agrémenté de la piscine dont il a été question (section A du plan). Mais ces installations furent jugées insuffisantes par Hérode; il les augmente donc de nouveaux ouvrages, somptueusement confortables, que les recherches archéologiques ont révélé (sections B et C du plan).
« À Jéricho encore, entre la citadelle de Cypros et l'ancien palais, le roi fit construire de nouvelles habitations plus belles et mieux aménagées pour la réception des hôtes ; il leur donna le nom de ces mêmes amis [César (Auguste) et Agrippa]. En un mot, il n'y eut pas dans son royaume un lieu approprié où il ne laissât quelque marque d'hommage envers César. Après avoir rempli de temples son propre territoire, il fit déborder sur la province entière sa dévotion à l'empereur et fonda des temples de César dans plusieurs cités. » (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs 1,21,4)

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Plan de l'ensemble : A) palais asmonéen et piscine de la noyade ; 
B) palais d'Hérode le Grand ; C) lieux de réception et d'agrément d'Hérode le Grand.


     On remarque tout d’abord un petit palais (B sur le plan) réparti sur les trois côtés d’une cour centrale qui pouvait sans doute être enjolivée d’un jardin; l’ensemble mesure 46 x 88 mètres! C’était la résidence privée du roi, toute tournée vers l’intérieur, dans le style des maisons de Pompéi et d’Herculanum, en Italie. L’état des ruines ne nous permet pas d’en donner un plan plus précis, mais les débris de matériaux nous laissent voir ces pièces aux murs plâtrés et peints en panneaux imitant le marbre. Établi sur un petit plateau dominant légèrement les environs, ce petit palais d’hiver permettait donc au roi d’admirer tous les éléments de ce lieu de séjour de prédilection.

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Reconstitution du complexe C : salles de réunion, bains et jardins.

     Au nord de cette résidence royale, répartie de chaque côté des rives d’un ruisseau, sec en été, mais assez vif en hiver, à cause des pluies abondantes dans les monts de Judée, à l’ouest, Hérode fit construire différents lieux de réception et de repos (complexe C du plan).
     Sur la rive nord, on a pu relever le plan précis de salles communes à la fois riches et commodes. Une grande salle de réception (27 x 18 mètres) permettait au roi d’y réunir ses nombreux invités; elle était entourée d’une colonnade sur trois côtés, pour permettre de la recouvrir d’un toit surélevé, percé de fenêtres nombreuses et étroites, permettant ainsi de garder la fraîcheur du lieu et de l’éclairer discrètement. D’après les traces laissées dans le mortier du sol, un beau plancher de petites dalles de marbre aux formes géométriques en recouvrait toute la surface. Tout à côté de cette salle, une vaste cour ayant à peu près les mêmes dimensions, et entourée aussi d’une triple colonnade, permettait aux invités de pouvoir prendre l’air à ciel ouvert, tout en étant à l’abri du soleil ou du vent. Et enfin, contiguë à cette cour, on a retrouvé une importante installation de bains dans le style de Rome, avec sa salle de déshabillage, et les trois bains classiques, aux eaux chaude, tiède et froide.
     Ce complexe dominait un jardin qu’Hérode avait fait dresser de l’autre côté du ruisseau, et à un niveau nettement plus bas les archéologues parlent même de « jardins enfoncés »! Les plantes étaient cultivées en pots, dont quelques uns étaient encore enfouis dans le sol. À l’est et à l’ouest ce jardin était clos par des promenades à colonnades (stoa), très propices à la causerie et à la rêverie. Aboutée à l’une de ces promenades, une rampe permettait l’accès à un petit pavillon bâti sur une hauteur artificielle, dont l’usage reste encore obscur. Peut-être que le roi s’y retirait pour plus de solitude, tout en jouissant de la vue du jardin, ou encore qu’il tenait là des réunions de conseils privés. Et enfin, à l’est du jardin, on a pu suivre le périmètre d’un vaste étang qui enjolivait le paysage tout en apportant de la fraîcheur.

     Nous n’avons ici qu’une résidence occasionnelle pour les mois d’hiver! Que devaient donc être ses vrais palais à Jérusalem et à Césarée! C’est dans ce palais de Jéricho qu’Hérode mourût, et c’est d’ici que le cortège funèbre se mit en branle pour porter le cadavre du roi à son dernier repos, à [ltr]l’Hérodion[/ltr], près de Bethléem. 
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