Les Livres oubliés de la Bible

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Aller en bas

Les Livres oubliés de la Bible

Message  Arlitto le Dim 9 Oct - 10:57

Rappel du premier message :

Livres oubliés de la Bible Hénok et Jubilés




Les références de chapitres et versets du texte d'Hénok Ethiopien diffèrent quelque peu de ceux cités dans cette vidéo. 

.
avatar
Arlitto
Admin
Admin

Sexe : Masculin Messages : 12871
Date d'inscription : 02/01/2016
Localisation : France

http://arlitto.forumprod.com/

Revenir en haut Aller en bas


Re: Les Livres oubliés de la Bible

Message  Arlitto le Dim 9 Oct - 11:04

CHAPITRE 101


Exhortation à la crainte du Tout-Puissant : toute la nature tremble devant lui, à l’exception des pécheurs.


1. Enfants du ciel, considérez le ciel et toute l’œuvre du Très-Haut, et tremblez devant Lui et ne faites pas le mal en sa présence. 2. S’Il ferme la fenêtre du ciel et s’Il empêche la pluie et la rosée de tomber sur la terre à cause de vous, que ferez-vous ? 3. Et s’Il envoie contre vous sa colère à cause de toutes vos œuvres, il n’y aura pas à Le supplier, car vous prononcez contre sa justice des paroles superbes et impudentes ; aussi vous n’aurez pas de paix.
4. Et ne voyez-vous pas les pilotes des navires, comment leurs navires sont agités par les flots et secoués par les vents, et tombent en danger. 5. Et à cause de cela, ils craignent que toutes leurs belles richesses n’aillent dans la mer avec eux, et ils ne pensent rien de bon dans leur cœur ; (ils pensent) que la mer les dévorera et qu’ils y périront. 6. Toute la mer et toutes ses eaux et tout son mouvement ne sont-ils pas l’œuvre du Très-Haut ; et n’a-t-Il pas mis son sceau sur toute son action (de la mer), et ne l’a-t-Il pas enchaînée tout entière dans le sable ? 7. A sa réprimande elle tremble et elle se dessèche, et tous ses poissons périssent ainsi que tout ce qu’elle contient, et vous, pécheurs, qui êtes sur la terre, vous ne Le craignez point ! 8. N’a-t-Il pas fait le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent ? Et qui a donné la science et la sagesse à tous ceux qui se meuvent sur la terre et dans la mer ? 9. Les pilotes des navires ne craignent-ils pas la mer, et les pécheurs ne craignent pas le Très-Haut ! 


CHAPITRE 102


Terreur des derniers jours. Malheur apparent des justes.


1. En ces jours, s’Il jette sur vous un feu terrible, où fuirez-vous et comment vous sauverez-vous? Et s’Il lance sa parole contre vous, ne serez-vous pas consternés et ne tremblerez-vous pas ? 2. Et tous les luminaires seront pris d’une grande crainte, et la terre entière sera consternée, tremblera et se troublera. 3. Et tous les anges accompliront leur mission et ils voudront se cacher devant la grande gloire, et les enfants de la terre trembleront et se troubleront ; mais vous, pécheurs, vous serez éternellement maudits, et il n y aura pas de paix pour vous.
4. Ne craignez pas, vous, âmes des justes, et ayez confiance, vous qui êtes morts dans la justice. 5. Et ne vous attristez pas parce que votre âme est descendue dans le scheol dans la tristesse, et que votre chair n’a pas reçu pendant votre vie selon votre vertu, mais qu’au contraire (elle est descendue dans le scheol) en un jour où vous êtes devenus (comme) pécheurs, et au jour de la malédiction et du châtiment. 6. Lorsque vous mourez, les pécheurs disent de vous : « Comme nous sommes morts, les justes sont morts, et quel profit ont-ils retiré de leurs œuvres ? 7. Voici que comme nous ils sont morts dans la tristesse et dans les ténèbres, et qu’ont-ils de plus que nous ? Désormais nous sommes égaux. 8. Et qu’emporteront-ils et que verront-ils dans l’éternité? Car voici qu’ils sont morts, eux aussi, et désormais ils ne verront plus jamais la lumière. »
9. Je vous dis : Vous, pécheurs, il vous suffit de manger et de boire, de piller et de pécher, de dépouiller les hommes et d’acquérir des richesses, et de voir des jours heureux. 10. N’avez-vous pas vu quelle a été la fin des justes ? Aucune violence n’a été trouvée en eux jusqu’à leur mort. 11. Et ils ont péri (cependant) et ils ont été comme s’ils n’avaient pas été, et leurs âmes sont descendues dans le scheol dans l’affliction.


CHAPITRE 103


Solution de l’énigme apparente qu’est la vie des justes. Nouvelles objections des pécheurs.


1. Mais maintenant je vous jure à vous, justes, par la gloire du Grand, du Glorieux et du Puissant en domination, et par sa grandeur je vous jure à vous : 2. Moi, je connais le mystère, je l’ai lu sur les tablettes du ciel, et j’ai vu l’écrit des saints et j’y ai trouvé écrit et gravé à leur sujet (des justes) 3. que tout bien et joie et honneur a été préparé et écrit pour les âmes de ceux qui sont morts dans la justice, et que de nombreux biens vous seront donnés en récompense de vos travaux, et que votre sort sera meilleur que celui des vivants. 4. Et vos âmes, à vous qui êtes morts dans la justice, vivront et se réjouiront et exulteront, et elles ne périront pas, vos âmes, et leur mémoire ne (passera pas) devant la face du Grand dans toutes les générations du monde ; désormais vous ne craindrez plus leur déshonneur.
5. Malheur à vous qui mourez, pécheurs, si vous mourez dans la richesse de vos péchés et que ceux qui vous ressemblent disent de vous : « Heureux ces pécheurs ! Ils ont vu tous leurs jours. 6. Et maintenant ils sont morts dans le bonheur et dans les richesses, et ils n’ont pas vu pendant leur vie l’affliction et le meurtre ; ils sont morts dans la gloire et il n’a pas été rendu de jugement sur eux pendant leur vie. »
7. Vous saurez qu’on fera descendre vos âmes dans le scheol ; elles (y) seront malheureuses et leur affliction sera grande. 8. Et votre âme entrera dans les ténèbres et dans les liens et dans une flamme ardente, là où aura lieu le grand châtiment, et le grand châtiment durera dans toutes les générations du monde ; malheur à vous, car vous n’aurez pas de paix.
9. Ne dites pas des justes et des bons qui sont en vie : « Aux jours de leur vie ils ont beaucoup travaillé et ils ont vu toute affliction, ils ont éprouvé des maux nombreux et ils ont été consumés et diminués et leur âme s’est rapetissée. 10. Ils sont perdus et ils n’ont trouvé personne qui les secoure, pas même d’un mot et en rien ; ils sont accablés de douleur et ils sont perdus et ils n’espèrent pas voir la vie d’un jour à l’autre. 11, Ils espéraient être la tête et ils sont la queue. Ils ont souffert en travaillant, et ils ne disposent pas du fruit de leur travail ; ils sont la nourriture des pécheurs, et les méchants ont appesanti leur joug sur eux. 12. Ils les ont dominés ceux qui les haïssent et ceux qui les frappent ; et devant ceux qui les haïssent ils ont baissé la tête, et ils n’ont pas eu pitié d’eux. 13. Ils ont voulu s’éloigner d’eux pour fuir et se reposer, et ils n’ont pas trouvé où s’enfuir et leur échapper. 14. Et ils les ont accusés auprès des princes dans leur affliction, et ils ont crié contre ceux qui les dévorent, mais ils ne font pas attention à leur cri et ils ne veulent pas écouter leur voix. 15. Ils aident ceux qui les dépouillent et les dévorent et ceux qui ont diminué leur nombre, et ils cachent leur violence, et ils n’enlèvent pas de sur eux le joug de ceux qui les dévorent, les dispersent et les tuent ; ils cachent leur meurtre, et ils ne se souviennent pas qu’ils (les méchants) ont élevé leurs mains contre eux. » 


CHAPITRE 104


Assurances données aux justes. Apostrophe aux pécheurs et aux falsificateurs de la parole de vérité.


1. Je vous (le) jure, à vous  : dans le ciel les anges se souviennent de vous en bien, en présence de la gloire du Grand ; et vos noms sont écrits en présence de la gloire du Grand. 2. Espérez, car d’abord vous avez été affligés dans le malheur et dans la souffrance, mais maintenant vous brillerez comme les luminaires du ciel. Vous brillerez et vous apparaîtrez, et la porte du ciel s’ouvrira devant vous. 3. Et de votre cri, criez justice et elle vous apparaîtra, car toute votre affliction sera recherchée sur les princes et sur tous ceux qui ont aidé ceux qui vous dépouillent. 4. Espérez et ne renoncez pas à votre espoir, car vous jouirez d’une grande joie comme les anges des cieux, 5. Que ferez-vous ? Vous n’aurez pas à vous cacher au jour du grand jugement, vous ne serez pas trouvés pécheurs, et le jugement éternel aura lieu loin de vous pour toutes les générations du monde. 6. Et maintenant ne craignez pas, ô justes, quand vous voyez les pécheurs fermes et heureux dans leur voie, et ne vous associez pas à eux, mais éloignez-vous de leur violence, car vous aurez part au sort de l’armée du ciel.
7. Vous dites, en effet, vous, pécheurs : « Ne recherchez pas et n’écrivez pas tous nos péchés. » — On écrit tous vos péchés tous les jours. 8. Et maintenant je vais vous montrer que la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit voient tous vos péchés.
9. Ne soyez pas impies dans vos cœurs, ne mentez pas, n’altérez pas la parole de vérité et n’accusez pas de mensonge la parole du Saint et du Grand, et ne prisez pas vos idoles, car tous vos mensonges et toutes vos impiétés ne vous seront pas imputées à justice, mais à grand péché. 10. Et maintenant je sais ce mystère : les pécheurs altéreront et dénatureront fort la parole de vérité, et ils proféreront des paroles mauvaises, et ils mentiront et ils inventeront de grandes faussetés, et ils écriront des livres sur leurs paroles. 11. Mais s’ils écrivent toute ma parole selon la vérité, en leurs langues, et qu’ils n’altèrent pas et qu’ils n’abrègent pas mes paroles, mais qu’ils écrivent tout selon la vérité, tout ce que j’ai attesté au commencement à leur sujet, (dans ce cas) 12. je sais un autre mystère : les livres seront donnés aux justes et aux sages pour (leur communiquer) la joie et la vérité et une grande sagesse. 13. Les livres leur seront donnés, et ils y croiront et ils s’en réjouiront et ils recevront la récompense, tous les justes qui y auront appris toutes les voies de vérité.


CHAPITRE 105


Dieu ordonne aux justes de publier la sagesse des écrits d’Hénoch.


1. En ces jours, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image](YHWH) ordonna (aux justes) d’appeler les enfants de la terre et de leur témoigner sur leur sagesse : « Montrez (la) leur, car vous êtes leurs guides, ainsi que les récompenses (qui auront lieu) sur toute la terre. 2. [Car moi et mon fils nous leur serons unis éternellement dans les voies de la vérité pendant leur vie], et vous aurez la paix. Réjouissez-vous, enfants de la vérité ! Amen. »
avatar
Arlitto
Admin
Admin

Sexe : Masculin Messages : 12871
Date d'inscription : 02/01/2016
Localisation : France

http://arlitto.forumprod.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les Livres oubliés de la Bible

Message  Arlitto le Dim 9 Oct - 11:04

Livre des jubilés


Ce grand écrit du judaïsme pré-chrétien est composé de cinquante chapitres...

 
Ce grand écrit du judaïsme pré-chrétien est composé de cinquante chapitres. La version la plus complète, considérée comme fidèle, nous est parvenue en éthiopien (guéez) avec vingt-sept manuscrits connus à ce jour ; elle fut réalisée sur la base d’une traduction grecque dont il ne reste que deux citations littérales, mais aussi de nombreuses réminiscences écrites, de l’Antiquité au Moyen Âge.

Quelque quinze fragments ont été recueillis dans les grottes de Qumrân. Ils ne correspondent qu’à 15 % de l’ensemble de l’œuvre, mais ils attestent sans ambages que l’original fut écrit en hébreu, la langue de la Loi, pas plus tard que le milieu du IIe s. av. J.-C. À l’exception sans doute de la traduction syriaque, toutes les autres versions, en latin, en copte, en éthiopien, en géorgien et en arménien, dépendent de la traduction grecque, effectuée dans le sillage de la Septante, probablement au Ier s. apr. J.C.

Un midrash apocalyptique
Le titre apparaît vers la fin du IIe s. av. J.-C. dans le Document de Damas, dont des fragments ont été retrouvés dans les grottes ; il est formulé ainsi : « Le Livre des divisions du temps selon leurs jubilés et leurs semaines d’années » (XVI,3-4). Dans son Prologue, la version éthiopienne en propose cette forme développée : « Ceci est l’histoire de la division des jours de la loi et du témoignage des événements des années, de leurs semaines, de leurs jubilés pour toutes les années du monde ». Dans sa dernière ligne, elle en donne cet écho en résumé : « Ici se termine le récit de la division des jours » (L,13). Ce titre devint simplement « [Livre des] Jubilés », chez Épiphane, ou « Petite Genèse », chez Jérôme.

L’œuvre ainsi désignée pourrait être un midrash narratif sur les livres de la Genèse et de l’Exode, jusqu’au chapitre 12 (célébration de la première Pâque), avec une évocation du chapitre 24 (le séjour de Moïse sur le mont Sinaï) ; la teneur en développements juridiques (halakhâh) l’emporte en quantité sur la composante de légendes et anecdotes (haggadâh). La caractéristique globale est néanmoins celle d’une œuvre d’apocalypse. Parlons alors d’un midrash apocalyptique. On y rapporte, en effet, la « révélation » que l’Ange de la Présence (ou de la Face) fit, sous forme de dictée, à Moïse, convoqué pour cela sur le mont Sinaï. Cette révélation évoque l’histoire des hommes depuis Adam, présentée selon une chronologie et un calendrier correspondant à un programme divin prédéterminé. Fixée d’avance par Dieu, cette histoire se divise en quarante-neuf cycles ou jubilés de quarante-neuf années de trois cent soixante-quatre jours, d’Adam à la première Pâque. Le milieu de l’histoire correspondrait à l’entrée d’Israël dans « sa » Terre, en l’an deux mille quatre cents cinquante, soit au terme du cinquantième jubilé (L,4). Chacune des étapes est systématiquement chiffrée en fonction d’un comput irréversiblement acquis, les fêtes d’Israël correspondant strictement aux ponctualités saisonnières, les règles divines aux rythmes naturels de la création.

La dernière Loi.
Le rédacteur des Jubilés reprend et enrichit les épisodes de la Genèse et de l’Exode, dans le but de magnifier la valeur éternelle de la Loi et des rites complémentaires qu’il fait homologuer par celle-ci. Il intervient à l’instar de l’auteur des Chroniques qui reprend et complète les récits de Samuel et des Rois, visant pour sa part à valoriser certaines fondations cultuelles de David. Sans le dire, son œuvre se présente comme la dernière Loi, par rapport au « livre de la première Loi » que désigne formellement l’un de ses héros (VI,22). Pas étonnant dès lors qu’au tournant du Ier s. apr. J.-C., si l’on en juge par les manuscrits de la mer Morte, en certains milieux du moins, on lui ait attribué une excellence et une autorité égales à celles des livres de Moïse. L’Église éthiopienne semble la seule à l’avoir homologuée comme telle. L’examen regroupé des thèmes saillants du livre permettra de saisir l’essentiel de ses messages. 

Les tablettes du destin et la Loi préexistante
L’histoire dans sa totalité se présente comme déjà écrite par Dieu sur sept tablettes (XXXII,21) ; elle est dès lors déterminée d’avance. Il y a donc conflit avec la liberté humaine, pourtant affirmée.
Une histoire déjà écrite.

La Loi promulguée sur le mont Sinaï n’est qu’une mince partie du contenu des tablettes « célestes » (XVI,28) et préexistantes, inconnues de la Bible. Pour le Targum du Pentateuque, « Deux mille ans avant d’avoir créé le monde, il [Dieu] avait créé la Loi » (Targum Néofiti en Gn 3,24). Chez les Babyloniens, on connaissait les tablettes sur lesquelles était gravé le destin du monde. Dans la littérature judaïque ancienne, on les retrouve dans le Ier Hénoch à sept reprises, dans les Testaments des douze Patriarches trois fois, également dans la Prière de Joseph. Mais on en compte vingt occurrences dans le Livre des Jubilés : on les dit gravées par Dieu ou par son mandataire angélique. Elles contiennent les préceptes religieux, avec le calendrier des fêtes et les règles morales ; l’enregistrement des actes de chaque humain sur la terre ; les événements survenus dans l’histoire, la destinée des hommes et leur rétribution finale. Telles quelles, les « sept tablettes » sont données intégralement à lire, en vision du moins et par la médiation d’un ange, à de grandes figures comme Jacob (XXXII,21-26), à l’instar de Moïse le destinataire prioritaire et qualifié de toute « révélation ».

Des pratiques immémoriales.
Censée être écrite bien avant la création du monde, et immuable, la Loi transcende l’histoire. Rien d’étonnant, donc, à ce que les Patriarches la pratiquent déjà, avant même qu’elle ne fût révélée à Moïse sur le mont Sinaï. Ainsi, parmi bien d’autres faits, Jacob inaugure le Yom Kippour, « Jour du Pardon ou des Expiations », en faisant le deuil de Joseph (XXXIV,18-19) ; il anticipe ainsi sur la législation du Lévitique (Lv 16), dotée dès lors de justifications et d’explications différentes. Pas surprenant non plus que les « anges de la Face et les anges de la Sanctification » aient été créés circoncis (XV,27), dès le premier jour, ni qu’ils pratiquent le repos du sabbat en même temps que Dieu (II,17) ou célèbrent la fête des Semaines dans les cieux « depuis le jour de la création » (VI,18). On est bien dans la veine apocalyptique.
 C’est sur les « tablettes célestes » qu’est inscrite aussi la loi de la circoncision (XV), prescrite à Abraham.

La maison d’Abraham.
À la différence de ce que rapporte le livre de la Genèse (Gn 17), source directe et parfois littérale des Jubilés, le patriarche n’est plus, en Jubilés XV, le « père d’une multitude de nations » (Gn 17), mais l’ancêtre direct du seul peuple d’Israël.

Le transfert nationaliste de la figure d’Abraham et du propos est flagrant. Ce qui est largement confirmé par ailleurs. Ainsi, avant de mourir, c’est à Jacob directement qu’Abraham communique un « testament » d’une xénophobie soutenue (XII,10-28).

La descendance de Jacob est nommée « maison d’Abraham », ce qui équivaut à dire qu’Israël sera un jour l’unique occupant de la planète. Dieu en personne déclare en songe à Jacob : « Je donnerai à ta race toute la terre qui est sous le ciel, ils exerceront le pouvoir parmi les nations, comme ils le voudront, puis ils rassembleront toute la terre et en hériteront pour toujours » (XXXII,19).

L’aménagement nationaliste du récit biblique ne s’arrête pas là. Dans le Livre des Jubilés, Jacob finit par tuer son aîné Ésaü (XXXVIII,2), l’archétype de l’étranger d’Israël ou du citoyen des « nations », alors que les deux frères se réconcilient dans le touchant récit de la Genèse (Gn 33,1-11). Il n’y a d’autre prochain qu’un membre d’Israël. La récupération nationaliste du « père des nations » va plus loin encore. À Abraham fut « révélé » l’hébreu, l’idiome national d’Israël, la langue « de la création » qui « avait cessé d’être parlée par tous les humains à partir du jour où s’était écroulée » la tour de Babel (XII,25-27). Selon les sources disponibles du moins, voilà le point de départ de la doctrine judaïque de la « langue sainte » (l’hébreu) et partant du nationalisme linguistique des Juifs.

Le mal et le péché, la mort et le salut
Le Livre des Jubilés s’accorde avec le Ier Hénoch, particulièrement le Livre des Veilleurs pour attribuer aux anges concupiscents la cause du mal dans le monde (V,1-11 et VII,20-33). La faute de ces derniers, esprits déchus, touche l’ensemble de l’humanité. Quant au péché d’Israël, il se situe dans un cadre spécifique et circonscrit. C’est pourquoi Dieu met en œuvre les moyens efficaces en vue de préserver son peuple des attaques de son Adversaire malfaisant, Mastéma ou le « prince des esprits » (X,8). Et la circoncision, elle-même voulue d’avance par Dieu, est le premier et le plus sûr des rites de défense. Les anges eux-mêmes, créés circoncis, en sont à la fois les garants et les témoins célestes.

Le mal après le Déluge.
D’après les Jubilés, avec le Déluge et l’extermination quasi généralisée de la descendance d’Adam, Dieu purifia la terre de toute perversité et sa création se retrouva totalement rénovée. Malgré cela, les hommes continuèrent de pécher, du fait de leur liberté mal orientée (conséquence du « mauvais penchant ») et de la pression des forces démoniaques de Mastéma et de ses troupes. Telle est, pour ce livre, la double cause du mal moral, de la diminution de la longévité humaine et de la dégénérescence de la nature depuis le Déluge. L’éradication future du mal interviendra tout à la fin de l’histoire « révélée ». Ce sera l’heure de la conversion totale et parfaite. Dieu alors interviendra directement, ainsi qu’il le déclare d’entrée de jeu : « Je circoncirai leur cœur et celui de leur descendance, je leur créerai un esprit saint, je les purifierai en sorte qu’ils ne se détournent plus de moi, depuis ce jour et jusque dans l’éternité » (II,23).

Le péché « mortel ».
Parmi les péchés, certains sont tels qu’ils provoquent l’exclusion du salut promis à l’ensemble d’Israël : ils « égarent vers la mort » (XXI,22) ; autrement dit, ce sont des « fautes mortelles » à l’instar de celles que commit Ésaü, dont la « race sera extirpée de dessous le ciel » (XXXVI,34). Le fils d’Israël est alors assimilé au fils d’Ésaü, à l’Étranger. Pour ces péchés, et à la grande différence de tous les autres à condition qu’il y ait repentir, point de pardon car ils sont perpétrés contre Dieu. Le salut est un effet de l’élection d’Israël pour les descendants de Jacob. Les mérites ne comptent guère. En revanche, refuser les conditions de l’élection ou agir contre elles par un lot défini d’actes interdits, mène à la mort. Il semble qu’on ait là le modèle de la doctrine chrétienne du « péché mortel ».

Renforcer les lois.
Il existe des tentations : rejeter la circoncision, omettre de sanctifier le sabbat ou d’observer la Pâque, pratiquer ou seulement permettre un mariage mixte (« L’homme qui donne sa fille en mariage à un étranger sera lapidé et celle-ci brûlée […] : il n’y aura ni oubli ni pardon » [XXX,7 et 10]), se livrer à l’inceste ou à l’idolâtrie, etc. Tout cela explique la tendance protectrice à renforcer et durcir les lois bibliques. C’est le cas entre autres pour la peine de mort. « Toute femme ou servante qui commettra chez vous la fornication, brûlez-la au feu », lit-on (XX,4), ce qui correspond à une généralisation de la loi du Lévitique (Lv 21,9), qui réservait ce supplice aux filles de prêtres qui se prostituent (Dt 22,21).

La peur de perdre son identité.
Dans bien des passages du Livre des Jubilés, on perçoit les affres d’une peur dévorante et réactive. On peut deviner une situation de crise propice aux prévarications des « fils d’Israël », peut-être aux derniers temps de l’hellénisation syrienne avec la guerre interne pour le haut sacerdoce (170-165 av. J.-C.). Cependant, le fait qu’Abraham ne soit plus le « père des nations » mais celui d’Israël, ainsi que l’assassinant d’Ésaü par Jacob, sembleraient fournir une justification idéologique à l’expansionnisme armé des Hasmonéens conquérants, praticiens de la judaïsation forcée.

© André Paul, SBEV / Éd. du Cerf, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (juin 2010), "De l'Ancien Testament au Nouveau - 1. Autour du Pentateuque", pages 42-46. 
avatar
Arlitto
Admin
Admin

Sexe : Masculin Messages : 12871
Date d'inscription : 02/01/2016
Localisation : France

http://arlitto.forumprod.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les Livres oubliés de la Bible

Message  Arlitto le Dim 9 Oct - 11:06

Fichier PDF

Aperçu du fichier 9782981161321 JUBILES.pdf

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Lien : 

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
9782981161321-jubiles.pdf
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] v1.6, 9385 Ko
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], 280 Ko

.
avatar
Arlitto
Admin
Admin

Sexe : Masculin Messages : 12871
Date d'inscription : 02/01/2016
Localisation : France

http://arlitto.forumprod.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les Livres oubliés de la Bible

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum