Les Manuscrits

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Les Manuscrits

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 18:05

Témoignage du passé :

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Un manuscrit du Qumran découvert en 1947. Il mesure 734 cm de long, comporte l'intégralité du livre d'Isaïe et il est daté de 125 avant notre ère.

Le Grand Livre d'Isaïe

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Le Grand Livre d'Isaïe (1QIsa un ) est l'un des sept premiers mer Morte découverts à Qumrân en 1947. Il est le plus grand (734 cm) et le mieux conservé de tous les parchemins bibliques, et le seul qui est presque terminée. Les 54 colonnes contiennent les 66 chapitres de la version en hébreu du livre biblique d'Isaïe. Datant de ca. 125 BCE, il est aussi l'un des plus anciens de la mer Morte, un millier ans de plus que les manuscrits de la Bible hébraïque les plus anciennes connues à nous avant la découverte des rouleaux.

La version du texte est généralement en accord avec le Masoretic ou version traditionnelle codifiée en manuscrits du Moyen Âge, comme le codex d'Alep, mais il contient de nombreuses lectures de variantes, les variantes orthographiques, des erreurs de scribes, et des corrections. Contrairement à la plupart des manuscrits bibliques de Qumran, il présente une orthographe très complète (d'orthographe), révélant comment l'hébreu a été prononcée dans la période du Second Temple. Une vingtaine de copies supplémentaires du Livre d'Isaïe ont également été trouvés à Qumran (un exemplaire de plus a été découvert plus au sud à Wadi Muraba'at), ainsi que six pesharim (commentaires) basé sur le livre; Isaiah est également fréquemment cité dans d'autres parchemins (un phénomène littéraire et religieuse, est également présent dans les écrits du Nouveau Testament). Le statut d'autorité et scripturaire du Livre d'Isaïe est compatible avec les croyances messianiques de la communauté vivant à Qumran, depuis Isaïe est connu pour ses prophéties de jugement et de consolation, et ses visions de la fin des temps et la venue du Royaume de Dieu.

L'érudition moderne considère le Livre d'Isaïe à être une anthologie, les deux compositions principales qui sont le livre d'Isaïe appropriés (chapitres 1-39, à quelques exceptions près), contenant les paroles du prophète Isaïe lui-même, datant de l'époque de la Premier Temple, autour de 700 avant notre ère, et le Second Isaïe (Deutéro-Isaïe, chapitres 40-66), comprenant les paroles d'un prophète anonyme, qui a vécu quelques 150 années plus tard, à l'époque de l'exil babylonien et la restauration de Temple de la période perse. Au moment de notre Livre d'Isaïe a été copié (le dernier tiers de la deuxième siècle avant notre ère), le livre a déjà été considéré comme une composition unique.

Plusieurs prophéties apparaissant dans le livre d'Isaïe sont devenus les pierres angulaires de la civilisation judéo-chrétienne. Peut-être le plus célèbre d'entre eux est la vision d'Isaïe de la paix universelle à la fin des temps: «Ils briseront leurs épées en socs de charrue et de leurs lances des serpes: Nation ne doit pas prendre plus l'épée contre une autre nation; ils ne connaîtra plus jamais la guerre" (2: 4).

Versions et traductions du Livre d'Isaïe

Comme vous utilisez l'outil de traducteur dans la visionneuse de défilement, nous aimerions attirer votre attention sur la complexité de traduire les paroles du prophète Isaïe, il ya environ 2800 années, comme en témoignent les différentes variantes hébraïques et des traductions en anglais ultérieures. La mission du musée est ici de vous fournir l'information de base nécessaire pour atteindre votre propre point de vue objectif lors de la lecture de cette traduction en anglais du texte biblique.

Concepts De Base:

Masoretic version de la Bible hébraïque
La preuve émergeant des rouleaux de Qumran est qu'il y avait plusieurs versions concurrentes du texte biblique, si l'un - maintenant appelés proto-rabbinique ou proto-massorétique - jouissait d'un statut spécial de la période gréco-romaine (3e siècle avant notre ère - 1er siècle de notre ère). Cela est devenu apparemment le texte faisant autorité pour intégrer le judaïsme vers la fin du Second Temple, comme en témoignent les anciens fragments de parchemin de plusieurs livres bibliques (première-deuxième siècle de notre ère) découverts dans d'autres parties du désert de Judée (Masada, Wadi Murabba'at, Nahal Hever, et Nahal Tzéélim).

Grâce à l'activité de générations de sages (connus sous le nom "Massorètes"), qui ont fidèlement préservé et transmis les paroles sacrées à travers des siècles, une version autorité ou massorétique de la Bible hébraïque a progressivement évolué, contenant son texte définitif correcte, la vocalisation correcte, et les marques d'accentuation . Le codex d'Alep, transcrit par le scribe Salomon, fils de Buya'a et annoté par le savant Aaron ben Asher dans le 10e siècle de notre ère dans la ville galiléenne de Tibériade, est considéré comme le meilleur exemple existant de cette version.

Depuis lors, la version massorétique est devenue le texte de référence standard de la Bible hébraïque, à partir de laquelle les traductions modernes ont été et sont encore en cours. Bien qu'il existe de nombreuses traductions en ligne en anglais de ce texte traditionnelle, la version que vous voyez ici est la version officielle de la livre biblique d'Isaïe, comme rendu par la Jewish Publication Society en 1917 et publiée par l'American Israeli Cooperative Enterprise.

Great Isaiah Scroll Version
Le texte de la Grande Isaiah Scroll est généralement conforme à la version traditionnelle ou Masoretic codifié dans manuscrits du Moyen Âge (les 66 chapitres de la version hébraïque, dans le même ordre conventionnel). Dans le même temps, cependant, le vieux rouleau de deux mille ans contient orthographes, des erreurs de scribes, des corrections et plus fondamentalement, de nombreuses lectures de variantes. Strictement parlant, le nombre de variantes textuelles est bien plus de 2600, allant d'une seule lettre, parfois un ou plusieurs mots, pour terminer ou les versets variante.

Par exemple, la deuxième moitié du verset 9 et tous verset 10 dans la présente version massorétique du chapitre 2 sont absents de la Grande Isaiah Scroll en pleine manuscrit du Musée d'Israël que vous voyez ici en ligne. Les mêmes versets, cependant, ont été inclus dans les autres versions du Livre d'Isaïe dans les rouleaux trouvés près de la Mer Morte (4QIsaa, 4QIsab), et le texte en hébreu à partir de laquelle l'ancienne version grecque ou Septante (troisième au premier siècle avant notre ère) a été traduit. Cela confirme que ces versets, bien assez tôt, étaient un ajout tardif à l'ancienne et plus version originale reflétée dans le Grand Livre d'Isaïe.
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Re: Les Manuscrits

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 18:07

Qumrân et les manuscrits de la mer Morte
par André Paul
Historien, bibliste et théologien
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(Les Manuscrits de la mer Morte
André Paul
Bayard, Paris, 2000)

Les découvertes des manuscrits de la mer Morte près des ruines dites de Qumrân, de 1947 à 1956, ont constitué le grand événement archéologique du XXe siècle. En 1997 on en célébra le cinquantième anniversaire. À cette occasion, congrès et séminaires, bilans et publications se succédèrent en plusieurs endroits du monde, et la recherche s'est poursuivie sur cet élan. De grandes lumières en émanent, qui permettent aujourd'hui une approche à la fois précise et nuancée de l'objet et des enjeux de l'événement, dont André Paul, auteur des Manuscrits de la mer Morte (Paris, 2000), nous présente ici le bilan.


Le site archéologique


C'est sur la rive septentrionale du Wâdi Qumrân que se trouvent les vestiges des installations communautaires dites du même nom. Rappelons que le terme de « Qumrân » n'est attesté qu'à partir de 1884, dans un récit d'explorateurs britanniques ; c'est sans nul doute la variation phonique de l'anglais Gomorrha, « Gomorrhe », la ville mythique dont on recherchait alors les traces dans ces régions. Le site archéologique contient les ruines d'un complexe communautaire de grande taille, ayant en gros la forme d'un quadrilatère de cent mètres de long et quatre-vingt de large. Ce sont les restes d'importantes installations conçues pour une expérience de vie commune, durable et réglée. Au cours de l'année 1997, on apprit la découverte toute récente d'un précieux ostrakon ou « tesson » sur l'un des murs d'enceinte : on pourrait y lire le mot hébreu yahad, que nous traduisons par « commune ». Ce même terme figure entre autres dans le titre de l'un des grands écrits connus depuis 1947, dont les restes d'une bonne dizaine d'exemplaires seront recueillis dans les grottes de Qumrân : la Règle de la commune. Bien des données suggèrent des liens entre cet écrit normatif et l'établissement près duquel on l'a trouvé. Si l'on s'appuie sur les conclusions des archéologues, il est quasi certain que la phase significative de l'occupation des lieux prit fin lors de la défaite de la résistance juive contre Rome, avant ou plutôt après la chute de Jérusalem, en 70. Elle a pu débuter entre 130 et 120 av. J.-C., plus tôt même. L'aventure aurait duré deux siècles sans guère d'interruptions, mais non sans évolution. L'établissement de Qumrân possédait les infrastructures et les équipements collectifs nécessaires à une existence communautaire rythmée par des pratiques et définie par des rites. On repère parmi d'autres la salle des assemblées, qui sert aussi de réfectoire, avec l'office adjacent et la cuisine ; l'atelier de céramique avec les fours, et surtout l'aqueduc et les canaux, les citernes et les bassins à escaliers destinés à des bains fréquents de purification : on descendait impur dans l'eau pour en remonter purifié. On est frappé par le système que les ingénieurs d'alors ont su concevoir et mettre en œuvre pour la collecte saisonnière, le stockage, la conservation et la distribution de l'eau. Il faut ajouter la ou les bibliothèques. On discute encore sur l'existence ou l'emplacement d'un possible scriptorium. On n'a pas trouvé de trace de locaux d'habitation dans l'enceinte construite. En dehors des prenantes activités diurnes et hormis tel acte ininterrompu, ainsi la lecture de la Loi de nuit comme de jour, les membres de la communauté vivaient ailleurs, dans les environs proches et à la manière de troglodytes. Les grottes, surtout celles qu'ils creusaient dans la craie, étaient en effet leur abri, une température clémente s'y maintenant malgré les variations saisonnières. Les indices d'une habitation certaine ont été relevés dans une quarantaine d'excavations. Il ne faut pas exclure l'utilisation de tentes.


Voilà pour le domaine des vivants. Celui des morts le jouxtait d'une façon surprenante. Il y a d'abord un cimetière que l'on dit principal, à une cinquantaine de mètres à l'est des installations bâties. On y compte quelque onze cents tombes, d'hommes seulement semble-t-il : elles sont disposées en rangées ordonnées que des allées divisent en trois sections. Toutes sont alignées sur un axe nord-sud, les corps étendus sur le dos, la tête au sud. Il existe deux autres cimetières bien moins importants, qui comptent ensemble une centaine de tombes, l'un au nord et l'autre au sud du cimetière principal : on y a identifié des corps de femmes et d'enfants. Il semble que le cimetière principal ait été réservé aux membres à part entière de la commune : ceux qui, à en juger par certains écrits retrouvés sur place, remplissaient les conditions d'âge, d'initiation et de probation afin de participer aux divers actes ou exercices collectifs, les repas en priorité. À la grande différence des coutumes instaurées dans la société juive, qui inhumait les défunts à l'écart des agglomérations, à Qumrân, le monde des morts, lui-même organisé sinon réglé, ne faisait qu'un avec le monde des vivants, dont il était à sa façon comme le cliché en négatif.


L'établissement de Qumrân n'est pas le seul à avoir été exploré dans la région. À quelques kilomètres au sud se trouve un autre site important, du nom de Khirbet Feshkhâ. Les ruines rappellent celles de Qumrân, mais la finalité des installations paraît toute autre. Avec hangars, magasins et locaux administratifs, elles évoquent davantage une annexe économique, base de l'activité agricole et de l'artisanat. À quinze kilomètres au sud de Qumrân, à Aïn Ghûwéïr, oasis de deux kilomètres de long sur les bords de la mer Morte, on a retrouvé un autre site qui rappelle en moins grand celui de Qumrân. Il y a une cuisine, peut-être à proximité d'un réfectoire : des poteries semblables à celles du premier établissement y étaient entreposées. Au nord se trouve un petit cimetière avec aussi des squelettes de femmes et d'enfants. Il appert donc que, en dépit de leur importance, les installations communautaires de Qumrân n'étaient pas les seules à l'époque dans les abords occidentaux de la partie nord de la mer Morte. Ce constat est de la plus haute importance pour l'identification des occupations respectives, successives ou simultanées.


Bibliothèques et manuscrits


De 1947 à 1956, plusieurs dizaines d'excavations ou de grottes furent explorées dans les environs plus ou moins proches de Qumrân. Dans onze d'entre elles, on retrouva des manuscrits en nombre et en qualité variables : certains avaient été déposés dans des jarres. De ces cachettes on retira quelques rouleaux bien conservés, mais surtout des milliers de fragments aux dimensions elles-mêmes diverses : elles vont de celles de plusieurs colonnes à celles de vraies miettes. Le déchiffrement et le regroupement de la multitude des pièces furent étonnamment rapides. Commencé en 1953, pour l'essentiel le travail était achevé en 1960. Il en ira tout autrement pour la publication : après un bon début, puis des essoufflements et des crises, il fallut attendre la fin du siècle pour disposer de la totalité des textes. L'ensemble des pièces découvertes représente quelque huit cent cinquante écrits ou livres différents. La datation, celle de la copie et non de la rédaction première, oscille entre le IIIe siècle av. J.-C. et le milieu du Ier siècle chrétien. On classe les onze grottes dans l'ordre chronologique de leur découverte, ce qui donne : 1Q (umrân), 2Q, 3Q, jusqu'à 11Q. Mais on se doit de distinguer aussi deux catégories de grottes : celles qui sont proches et peu ou prou dépendantes de l'établissement de Qumrân, artificielles ; et celles qui sont éloignées du site, naturelles.


Le premier de ces deux groupes comprend principalement la grotte n° 4. C'est de très loin la réserve la plus riche, située à quelques dizaines de mètres des bâtiments. Il s'agit d'une caverne artificielle composée de deux salles : on y accédait par un escalier lui-même taillé dans la terrasse marneuse. On considère son contenu comme « la » bibliothèque de la communauté locale. Les documents écrits qu'on y a trouvés représentent plus des cinq huitièmes de l'ensemble des rouleaux. On en a retiré plus de quinze mille fragments provenant de cinq cent cinquante livres différents. Cette double pièce avait des annexes, les grottes n° 5, n° 7, n° 8, n° 9 et n° 10, et plus à l'ouest, n° 6, toutes creusées de main d'homme. Cet ensemble somme toute groupé semble constituer la vraie bibliothèque des hommes qui vivaient régulièrement dans ces lieux. La grotte n° 7 ne comprenait que des textes en langue grecque, ce qui était peut-être son exclusivité. Le second groupe consiste en des excavations naturelles situées à distance du site de Qumrân : un à deux kilomètres vers le nord, les grottes n° 1 et n° 2 ; deux autres à un millier de mètres plus au nord encore, les grottes n° 3 et n° 11. L'inventaire des écrits découverts dans ces quatre grottes, à la fois naturelles et éloignées, suggère la délocalisation stratégique d'une sélection significative de livres. La crainte des pillages ou des déprédations imminentes de la part des troupes romaines ..... être la cause de la dissimulation. On voulut mettre en lieu sûr l'essentiel des biens littéraires de la commune. Quoi qu'il en fût, l'examen de certains textes retrouvés, des poteries collectées tant dans les ruines que dans les diverses réserves de manuscrits, invite à considérer l'ensemble du contenu des onze grottes comme relevant d'un seul et même centre.


Le patrimoine littéraire national


Une certaine dose de « bibliomanie », que l'on retrouvera chez les Gnostiques du IIe siècle, caractérisait le groupe des ascètes locaux. Pour leurs exercices quotidiens de sanctification, ces derniers avaient de gros besoins en livres, à commencer par la Loi de Moïse qu'ils s'imposaient de lire et d'expliquer sans interruption. Ces livres, on les recopiait autant de fois que nécessaire. La Règle de la commune, par exemple, existait en une dizaine d'exemplaires. Nombre d'écrits récupérés ont une facture, une expression et un ton totalement inconnus jusqu'alors. C'est le cas de commentaires de livres prophétiques et de psaumes bibliques, de textes utopiques dits d'apocalypse ou d'autres de sagesse, de recueils de prières et de rituels, de pièces mystiques, de formules d'exorcisme, d'horoscopes... Il faut ajouter un lot particulièrement fourni d'ouvrages que l'on considère à tort ou à raison comme des « paraphrases » ou « réécritures » de livres bibliques, ceux de la Loi comme ceux des Prophètes. On se demande volontiers si ce que l'on désigne comme « pseudo » ou « apocryphe », « second » ou « dérivé », n'avait pas alors la valeur de l'original même, du moins d'égal de celui-ci. Le débat est ouvert. Or, parmi les nombreux rouleaux recueillis dans l'ensemble des grottes, deux cents au moins ont été identifiés comme des livres bibliques. La plupart se trouvent documentés par plusieurs et même, pour certains, par de nombreux exemplaires : entre autres, quinze pour la Genèse, trente pour le Deutéronome, trente-sept pour les Psaumes. En général, à chacun d'eux correspond un rouleau unique, le gabarit physique du livre. Les exceptions sont rares, mais pleines d'enseignements sur le regroupement et l'organisation des pièces, autrement dit la formation matérielle du corpus biblique. Chaque exemplaire d'un même livre présente parfois, voire souvent, des variantes telles, quant au texte et quant au sens, qu'on peut identifier plusieurs éditions, certaines simultanées. L'histoire de l'origine et de la transmission du texte biblique, et partant la méthodologie et la philosophie de la critique textuelle, doit être sérieusement revue en conséquence.


On manque totalement d'informations sur l'histoire et les modalités de la production, de la collecte et du regroupement des livres si merveilleusement entreposés dans les onze grottes de Qumrân. Il faut se contenter d'hypothèses et les savants divergent. Une seule chose est sûre : les quelque huit cent cinquante rouleaux récupérés ne sont pas « la » bibliothèque « sectaire » des résidents locaux, comme on l'a dit longtemps. Une bonne partie des manuscrits vient d'ailleurs. L'ensemble représente l'échantillonnage significatif, très large pour l'époque, de la production littéraire en Iouda au cours des trois derniers siècles qui précèdent l'ère chrétienne. Pour les contemporains de Jésus, cela correspondait pratiquement au patrimoine littéraire national. Il est difficile de ne pas admettre que la totalité des pièces entreposées dans les onze grottes constituât, au moins de fait, la banque de connaissances du fameux établissement des bords de la mer Morte. Aujourd'hui, les bons connaisseurs s'accordent aussi sur le fait que le lot des manuscrits considérés comme bibliques était le bien culturel de la société judaïque dans son ensemble, toutes tendances confondues. Certains traits ou particularités alertent néanmoins sur de possibles retouches par les lettrés de la commune. En revanche, l'interprétation des textes sacrés et partant leur usage variaient très sensiblement, pour le fond du moins, selon les idéaux, les groupes et les mouvements. Tous les courants de la société judaïque avaient pour ambition de restaurer, certains même de représenter l'authentique ou vrai « Israël ». Dans une certaine mesure, le groupe des hommes de Qumrân fut de ces derniers. Son traitement des écrits sacrés, au demeurant communs à tous, ainsi que leurs œuvres propres, porte jusqu'à l'excès l'empreinte d'un tel dessein.


Iouda et Israël, indépendance et dissidences


Venons-en aux occupants du site de Qumrân. Qui étaient-ils et d'où venaient-ils ? Que venaient-ils faire en ces lieux ? Pour répondre, il faut remonter jusqu'aux Hasmonéens, les premiers chefs véritables d'une Iouda indépendante. Ces nouveaux maîtres du pays, juifs enfin, cumulèrent le pouvoir politique et la juridiction religieuse, la royauté – formellement, à partir de 104 av. J.-C. – et la charge de grand prêtre. Ce fut reçu par beaucoup comme une usurpation. Il y avait une ou plusieurs lignées légitimes de grands prêtres, dépossédées alors de leurs prérogatives. Les réactions de suspicion et même d'opposition se multiplièrent dans la société juive, où le nombre des déçus de l'indépendance ne cessait de croître. Des clivages anciens se ravivèrent et même se durcirent. Des mouvements d'opinions s'affirmèrent et des groupes s'organisèrent. L'adjectif hébreu hassidîm, « pieux », servit un temps de dénomination générique à ces résistants de Dieu. L'homme national qui s'était forgé une conscience unifiée de « fils d'Israël » se trouvait relayé par un type de Ioudaïos dont le visage social était désormais fissuré. L'organisation de la société juive et l'évolution de sa culture en furent profondément marquées. L'idéal fondateur d'Israël se trouvait comme confisqué ; il était réinvesti dans un système politique semblable à ceux des voisins orientaux, usant volontiers comme ceux-ci de mercenaires sur terre et de pirates sur mer. Il y avait dérive et perversion. D'où le doute profond et généralisé qui touchait la relation au Temple dans son rôle essentiel de sanctification. On supportait mal que le sanctuaire central d'Israël fût lui-même entre les mains de ces princes soldats. D'où les ripostes. Il fallait retrouver et reconstituer le vrai Israël, celui de l'« assemblée de l'Exil ». Le mouvement que l'on connaît fort bien aujourd'hui grâce aux découvertes de Qumrân apporte ici un éclairage majeur. Il s'agit du courant très particulier que de grands auteurs du Ier siècle, Pline l'Ancien, Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe désignent globalement et trop aisément comme celui des Esséniens. Depuis le milieu du IIe siècle av. J.-C., plus tôt même, des fraternités décidées à s'isoler s'étaient fixées en divers lieux de Palestine, y compris à Jérusalem. Les fameux textes retrouvés dans les onze grottes nous ont appris qu'elles formaient ensemble la « communauté de la nouvelle Alliance ». Ces groupes s'étaient dotés de traits distinctifs suffisamment aigus, renforcés progressivement pas un lot de plus en plus concerté de croyances et de pratiques.


La communauté de la nouvelle Alliance


Il importait de reconstituer les conditions de « sainteté » du vrai Israël. On se mit donc à s'isoler et à vivre à part, comme des « exilés », en des lieux préservés que l'on appelait « désert » ; les résidences étaient désignées comme des « camps ». Un jour, la séparation se trouva déclarée avec le Temple, son exercice, ses maîtres et son réseau. L'éloignement physique était un fait acquis, perçu comme irréversible : on l'homologua a posteriori, on le déclara et on le justifia. Enfin, ces gens de la « nouvelle Alliance » imputèrent à leur communauté et à leur existence l'empreinte indélébile d'une marque sacerdotale exclusive. Ils se disaient tous « fils de Sadoc ». Ils empruntaient ce nom, Sadoc, à la lignée des grands prêtres que le prophète Ézéchiel présente comme la seule légitime. Ce signe d'identification était de soi un acte de dissidence. Car un autre et nouveau Temple se dessinait avec eux et en eux, sans murs ni sacrifices. Or, entre 130 et 120 av. J.-C., la communauté de la nouvelle Alliance désigna le désert de Juda comme sa terre d'élection. Le désert n'était plus alors un symbole. Le poids et la force de l'idéal du désert furent pour beaucoup dans le choix topographique de ce retrait, qui ne pouvait concerner qu'un nombre limité d'élus. Dans les abords occidentaux de la mer Morte, vers le nord et à plus d'un kilomètre des rives, on repéra les vestiges d'installations vieilles de plusieurs siècles, le site même que l'on dénomme aujourd'hui Khirbet Qumrân. C'était l'endroit rêvé pour que l'expérience dite de la nouvelle Alliance atteigne enfin sa perfection, et qu'elle le signifie de façon permanente. Il ne s'agissait plus désormais d'une simple unité parmi les autres, mais de l'entité collective aux qualités idéales : elle se proposait de représenter à un tel degré de perfection la communauté de la nouvelle Alliance qu'elle se désignait comme « la » communauté. Un mot hébreu fut adopté une fois pour toutes pour signifier la réalité collective et l'expérience propre qui suppléaient ainsi le Temple : yahad, « commune ». Le site de Qumrân fut agrandi et équipé en vue de l'existence collective d'une bonne centaine d'hommes, hommes seulement.

Du séparatisme à la secte


L'idéal traditionnel de « sainteté » qui animait dès l'origine les groupes de la nouvelle Alliance se trouva alors radicalisé. Il prit la forme d'un séparatisme qui ne cessa de resserrer ses rangs, s'exprimant dans des doctrines de plus en plus verrouillées et dans une discipline d'une extrême rigueur. Différentes Règles contenaient un ensemble contraignant de prescriptions rituelles et de préceptes moraux, de malédictions et d'excommunications. On arriva un jour à un vrai système bâti sur un déterminisme sans faille, un dualisme aux principes cosmiques et aux références astrales supposé mener le monde. La prédestination de chaque individu était systématique : on naissait obligatoirement du parti de la lumière ou du parti des ténèbres et l'on y restait. C'est en fonction d'une telle naissance que l'on était admis ou non dans la commune, après deux ans de dure probation : les horoscopes astraux présidaient au choix. Dès lors, au terme de cette évolution, les gens de Qumrân ne représentaient plus guère le « vrai Israël » comme aux débuts de l'expérience, car à leurs yeux Israël était tout entier du côté de Bélial, le prince de l'adversité ou du parti des ténèbres. Ils constituaient une secte. Flavius Josèphe dira qu'une forte inspiration pythagoricienne marquait la doctrine des Esséniens. Les documents de Qumrân semblent vérifier ses dires, même s'il regroupe sous le nom d'Esséniens, mot inconnu de tous les textes découverts, des variantes simultanées ou successives d'un mouvement réellement plus complexe.

André Paul

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Re: Les Manuscrits

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 18:10

Les rouleaux d'argent

Le témoignage le plus ancien sur la Bible :

Une amulette étonnante

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Les quatre côtés de l’amulette (avant son déroulement)

En 1979, des archéologues découvrirent à Jérusalem, dans une tombe israélite des VIIe ou VIe siècle avant J.-C., un très curieux petit rouleau d’argent [1], qui ne faisait à peine que 3 cm de hauteur! Comme on peut se l’imaginer, la corrosion avait rendu l’objet très friable; on avait bien des raisons de croire que le rouleau avait dû servir un but tout-à-fait particulier, mais lequel? Pour répondre à cette question, encore fallait-il pouvoir dérouler ce petit « tuyau », sans le briser! Et comment?

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La deuxième amulette de Ketef Hinnom (à gauche), 
sa transcription et sa reconstitution (à droite). 
Le texte ressemble à la Bénédiction sacerdotale de Nombres 6.

    Des techniciens du Musée d’Israël à Jérusalem finirent par y réussir, mais au terme de trois années de travail minutieux. Un bain de sel mêlé d’acide formique a permis de retirer toute la corrosion de la surface du métal, encore enroulé. Ce premier procédé ne présentait aucune difficulté ni risque. La suite était plus délicate. On procéda à recouvrir la partie visible du rouleau d’une mince couche d’acrylique qui, une fois séchée, reste transparente tout en gardant une bonne élasticité. Avec grande précaution, on déroula donc cette première section du rouleau; puis on répéta le même stratagème pour toutes les surfaces subséquentes. Une fois que la lamelle d’argent fut bien étendue, on la scella entre deux plaques de verre, assurant ainsi sa survie pour les siècles à venir! La longueur totale du rouleau qui a été conservé ne fait que 9,5 cm!

Le nom de Yahvé

Les quatre lettres du nom de Yahvé, gravées sur l'un des rouleaux

    À quoi servait donc ce petit rouleau de métal précieux? On peut affirmer sans trop de chance d’erreur qu’il s’agit-là d’une sorte d’amulette pour les deux raisons suivantes. Tout d’abord, il est important de noter que le petit rouleau fut découvert parmi un nombre impressionnant de bijoux qui avaient déjà orné les personnes ensevelies dans cette tombe commune; il avait donc pu être porté par un des occupants, suspendu au cou par une ficelle ou une chaînette. Sur la surface très mince de la lamelle, on peut facilement voir que des lettres hébraïques ont été « grafignées » avec un instrument pointu; s’il est très difficile de lire tous les caractères, et il faut ajouter aussi que certains d’entre eux sont disparus totalement, quelle n’a pas été la surprise des archéologues de constater que le nom de Yahvé, nom propre du Dieu d’Israël, est parfaitement conservé et ne présente aucune difficulté de lecture. Il devait donc faire partie d’une formule brève demandant à Dieu protection contre tout danger; c’est pourquoi on pense aussitôt que ce petit objet a pu servir d’amulette, dont la fonction est justement d’attirer sur son porteur des bénédictions spéciales. Nous sommes donc en présence du plus vieux témoin connu jusqu’à maintenant de l’usage d’une sorte de « médaille » dont l’inscription révèle la foi en la valeur protectrice du nom divin. On sait que la tradition postérieure rendra le nom si sacré, qu’on n’osera même plus le prononcer! Cette valeur sacrale commence donc à se manifester déjà avant l’exil.

[1] N.D.L.R. Les rapports de recherche publiés dans le Bulletin of American Schools of Oriental Research parlent de deux rouleaux et chacun porte le nom gravé de Yahvé.

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Source : Parabole viii/3 (1985).



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Re: Les Manuscrits

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 18:11

Écrits chrétiens, les premiers papyrus, le temps des origines.



France Culture, Foi et Tradition du 20 janvier 2013 par par Sébastien De Courtois
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Re: Les Manuscrits

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 18:11

L'apport spécifique des Manuscrits de Qumrân dans la traduction de la Bible 

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par Jean-Claude DUBS, Bibliste, chercheur associé au CNRS, 
auteur avec Jean-Pierre Bagot de l'ouvrage « Pour lire la Bible »


Les manuscrits de Qumrân

Le mot-clef « Qumrân » n'apparaît pas moins de 288 fois dans le volume de la Nouvelle Bible Segond. Cette proportion sans exemple dans le passé, souligne à elle seule le crédit que l'on apporte aujourd'hui à cette source ancienne. Rappelons que cette dernière n'est pas sans mérite puisqu'elle permet de se rapprocher d'au moins 1000 ans des origines de la Bible. 

Avec la bibliothèque de Qumrân on a pu plonger en plein dans l'effervescence biblique de cette période où les persécutions des Séleucides, puis la férule des Romains, développaient le réflexe identitaire, et conduisaient les croyants à récapituler leurs connaissances, à engranger du matériau spirituel pour faire face à la crise.

Descendant spirituels au moins, des pieux Hassidîm, les qumrâniens cherchent à assurer la pérennité de leur foi en remettant en honneur les vieux textes . Le Pentateuque Samaritain qui daterait des années 125 av. J.-C. et que l'occident n'a redécouvert qu'en 1615 seulement ; le Vieux Grec, ou les sources anciennes de la Septante qui remontent au III° s. avant J.-C., mais dont les éditions selon les livres sont très variées

Ces traductions grecques rendraient même parfois compte, aux yeux de certains chercheurs, d'un texte hébraïque plus ancien que ceux dont nous disposons. On peut dire que pour chaque livre biblique, que ce soit en hébreu, ou en grec, le dossier qumrânien est particulier. Mais une constante demeure au dessus de toutes ces quêtes particulières : et c'est le très peu de divergence, le très peu de différence qui distinguent nos Bibles modernes de ces collections de textes anciens, jamais reliés entre eux, sauf les douze petits prophètes, qui aussi loin qu'on remonte, habitent toujours un même rouleau.

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La grotte de Qumrân en Israël

Certes le texte-source dont se servent les traducteurs du monde entier, à savoir la Bible Hébraïque établie à Stuttgart par la Société biblique allemande ( BHS), rendait déjà compte, en 1967, dans son apparat critique, des trouvailles de la Grotte 1, c'est à dire les deux rouleaux (fort différents) d'Esaïe, l'Apocryphe de la Genèse, le Rouleau de la Guerre et quelques Psaumes de la Grotte 4 (Ps 91---118). 

Il est évident que par rapport aux données actuelles, on est loin de compte, puisque ce ne sont plus quelques rouleaux se comptant sur les doigts de la main qui ont été inventoriés, mais quelques 900 références, malheureusement réparties en 25000 fragments, ce qui explique pour une part, le temps que l'on a mis à reconstituer les puzzles, et donc aussi qu'il ait fallu attendre un demi siècle avant d'assister à leur publication. Celle-ci est maintenant réalisée à 90 %.

Parmi ces rouleaux de la mer Morte, 250 au moins concernent la Bible, soit parce qu'ils apportent des copies anciennes de livres bibliques proprement dit, ou bien des paraphrases continues, comme c'est le cas du Pentateuque retravaillé ; ou encore parce qu'ils sont riches en citations expresses des textes bibliques, qu'ils commentent ou exploitent à des fins polémiques.

Tel est le cas en particulier du fameux « Manifeste » (4QMMT) de la Grotte 4, une lettre polémique qui circulait à Paris sous le manteau depuis 1980, et qui a bénéficié en 1994 de la levée générale de l'embargo, au moment où deux savants américains ont mis le feu aux poudres en publiant une édition pirate de tous les textes et de toutes les photos que les chercheurs officiels protégeaient jalousement des regards.


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Ce manifeste qumrânien, appelé en français « La lettre Halachique » a aussitôt été attribué au Maître de Justice, donc au fondateur du mouvement de Qumrân. Il s'agit d'une dissertation à l'adresse d'un éminent correspondant qui ne serait autre que le grand-prêtre du Temple de Jérusalem. Cette lettre lui prodigue explications et opinions, sur la manière convenable d'appliquer certaines règles cultuelles du Lévitique et du Deutéronome. Ces derniers sont expressément citées avec la formule consacrée " car il est écrit ". Manière de dire : il y a une Bible, et une autorité biblique. En l'occurrence il s'agissait le la Torah, ce qui n'était pas nouveau. Mais l'intérêt spécifique de ce document va plus loin. Il affirme en effet qu'au delà de la Loi de Moïse il existe un recueil, une collection, un corpus d'écrits particuliers, qui font autorité pour la foi et qui ne sont autres que les Écritures bibliques.

Ce document recoupe ce que l'on savait déjà par le Prologue du Siracide, en prenant à son compte un ordre canonique des livres bibliques de Moïse, les Prophètes, David (C.10, 17, 22)

Or la même formule on le sait, se trouve sous la plume de Luc, lorsque à trois reprises (24.27, 32, 45) il rapporte comment, auprès des disciples d'Emmaüs, Jésus insiste sur l'importance du témoignage des Écritures : Torah de Moïse, témoignage des Prophètes et des Psaumes.

Les Qumrâniens sont tout imprégnés de BibleTous les livres canoniques de l'Ancien Testament, sauf Néhémie et Esther, ont été retrouvé dans leur bibliothèque. Encore l'absence de ces deux derniers peut-elle être fortuite : car on a bien conscience que ce qui subsiste, après 2000 ans, de cette bibliothèque enfouie, ne représente qu'une portion de ce qu'elle devait contenir à l'époque.

Ceci posé, et à considérer ce que pouvait être pour la Communauté essénienne , ce que nous appelons volontiers « la Bible dans la Bible » pour désigner les passages les plus aimés, on constate un fait surprenant et significatif. Car les livres préférés des qumrâniens sont les mêmes que ceux des auteurs du Nouveau Testament. 

En tête du palmarès des Écrits bibliques retrouvés dans les grottes à manuscrits, figurent en effet tout d'abord 37 fois le recueil des Psaumes, puis 30 fois le livre du Deutéronome, et le livre d'Ésaïe 21 fois . Si la démonstration de la proximité de tous ces courants juifs, qui fleurissent au tournant de notre ère restait à faire, nous en aurions ici un élément. Il est évident que le christianisme du premier siècle est un de ces courants.

Reste la question des rouleaux non-bibliques. Ils constituent, on l'a dit, les deux tiers des rouleaux de l'ancienne bibliothèque de Qumrân. Que faut-il en penser ? Nous aurions tort de les mépriser car ils ouvrent en effet toute grande la fenêtre vers les rêves théologiques du judaïsme tardif. 

De ce judaïsme d'où Jésus, Paul et les autres sont issus. On sait , par exemple, que le livre d'Hénoch, très présent à Qumrân, l'était aussi dans le canon biblique de l'église chrétienne éthiopienne, et que l'épître de Jude le cite comme Écriture.

La liste de ces ouvrages para-bibliques n'est pas à énumérer ici. Simplement nous pouvons signaler que si 200 notes de bas de pages de la Nouvelle Bible Segond font référence à Qumran : 88 autres occasions de pénétrer le milieu de la mer Morte et d'en tirer profit, sont offertes dans les notices développées que l'on a placées en annexe, dans l'index général. Elles aideront, nous en sommes sûrs, à mieux situer ce bouillonnant univers de réflexion d'où nous est venue la Bible, et en particulier le Nouveau Testament.

Jean-Claude Dubs
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