Matriarcat & Religions : des vestiges secrets au syncrétisme

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Matriarcat & Religions : des vestiges secrets au syncrétisme

Message  Arlitto le Ven 4 Mar - 20:09

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Matriarcat & Religions : des vestiges secrets au syncrétisme

Matriarcat et Christianisme : survivance du paganisme & réhabilitation du paradis perdu

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Les matriciens pensent que le christianisme n’est pas incompatible avec le matriarcat, et que le message transmis par Jésus à travers les Évangiles n’est pas celui de la répression sexuelle à outrance. Au contraire, Jésus sauve une femme adultère de la lapidation. Cela est d’autant plus vrai que le christianisme se caractérise aussi par son culte marial de la maternité (« Grande, auguste et glorieuse Marie, Mère de Dieu »), dont il y a tout lieu de penser qu’il s’agit d’une survivance du culte d’Artémis à Éphèse, lui-même succédant à un culte très ancien de la Déesse Mère.


Artémis d’Éphèse, prototype de la Vierge Marie.

Artémis d’Éphèse (Turquie), déesse anti-mariage des Amazones, et prototype de la Vierge Marie

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Lors du synode d’Alexandrie en 430 et du concile d’Ephèse en 431 commença la marche triomphale de la Vierge Marie

Éphèse n’est pas un hasard, là-bas, à l’ère paléochrétienne, il y avait encore un culte suprême de la déesse Artémis. La ‘grande Artémis des Éphésiens’, comme on l’appelait autrefois, se transforma alors en la ‘grande, auguste et glorieuse Marie, Mère de Dieu’ du Christianisme, en l’occurrence, la célèbre Vierge Noire. En se métamorphosant de la sorte, l’ancienne déesse ne changea pas seulement de nom, mais aussi de nature. Marie obtint en effet immédiatement le statut d’une image divine et sublime qui l’éleva au dessus de tout ce qui était humain, mais, en même temps, elle resta strictement sous la tutelle du dieu de la trinité. La Reine du Ciel du Christianisme demeura aussi après son apothéose la « Servante du Seigneur ».


Convertir les païens

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Le Christianisme, après qu’il eût conquis Rome et la Méditerranée, ne réussit pas à exterminer définitivement la déesse méditerranéenne. 

Son souvenir survécut des siècles durant. C’est la raison pour laquelle les pères de l’église et les évêques trouvèrent un substitut féminin qui ne portait pas préjudice à leurs intérêts de domination et qui, en même temps, était en mesure de combler la nostalgie profonde des hommes d’une divinité féminine et maternelle. Ils y réussirent avec une adresse remarquable du moment qu’ils redécouvrirent la Mère de Jésus et la mythifièrent en tant que Vierge Marie qui a donné naissance à Dieu et en tant que salvatrice. Les chrétiens des premiers siècles, en faisant des dieux du paganisme des démons malfaisants, répétaient sans le savoir les patriarcaux, adorateurs de Zeus, qui avaient métamorphosé en êtres horribles et terrifiants les Erynnies (justice matriarcale), que cependant les masses démocratiques continuaient à nommer, comme auparavant, les déesses bienfaisantes et vénérables.


Notre Dame Isis, la déesse-mère alchimique secrète, de la Gaule romane à la franc-maçonnerie

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Isis est une reine mythique et la déesse-mère de l’Égypte antique. Elle est représentée, le plus communément, comme une jeune femme affublée d’un trône au-dessus de la tête ou, à la ressemblance d’Hathor, coiffée d’une perruque surmontée par un disque solaire inséré entre deux cornes de bovidé. Isis est l’une des déesses les plus populaire du panthéon égyptien. Le culte d’Isis est actif tout au long de l’histoire de l’Égypte antique et ne s’éteint qu’au cours des ve et vie siècles.
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Re: Matriarcat & Religions : des vestiges secrets au syncrétisme

Message  Arlitto le Ven 4 Mar - 20:47

La chasse aux sorcières, prêtresses d’Artémis : extermination du paganisme matriarcal par l’Église

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Sources :
•Carlo Ginzburg, Le sabbat des sorcières.
•Emmanuel Le Roy-Ladurie, Montaillou, village occitan.
•Jean Duvernoy, Le registre d’inquisition de Jacques Fournier.
•Jean-Michel Salmann, Les sorcières.

Une société matriarcale antique du culte de Diane

La première mention de femmes volant la nuit derrière Vénus ou Diane date de 906, dans le Canon Episcopi. Au Moyen Âge, on vient au « sabbat des sorcières » pour s’échanger les recettes de toute une pharmacopée traditionnelle, 
onguents, potions, confectionnés avec des simples végétaux ou des organes d’animaux, y apprendre les incantations nécessaires au bon fonctionnement des remèdes, ceci pour ce qui est des réunions, plus particulièrement liées au 
« culte de Diane » hérité de l’antiquité, fréquentées par une société essentiellement féminine structurée selon des critères égalitaires et matriarcaux où le savoir se transmettait de mère en fille, de génération en génération, de sorcière
« initiée » à « adepte » nouvelle recrue. Société de guérisseuses et de sages-femmes, le terme de « Belladone » désignant la plante médicinale est là pour en témoigner.

Le NSDAP condamne la chasse aux sorcières

« Même si l’Inquisition n’a pu causer de trop grands dégâts en Allemagne – le pire promoteur d’autodafés, saint Conrad de Marbourg ayant été tué à temps par nos ancêtres – l’Eglise fut cependant à l’origine d’un autre grand malheur en Allemagne,
qui fut pire, bien pire que l’autodafé : la chasse aux sorcières… » – L’Ordre SS, éthique et idéologie, Edwige Thibaut, page 278, cahier de la SS n°10.1936 par SS-Ostuf. Dr Walter Bohm

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« Le mouvement, l’idéologie ne peuvent perdurer que s’ils sont portés par les femmes, car l’homme conçoit tout par l’esprit tandis que la femme saisit toute chose par le sentiment (…) Les curés ont brûlé 5 000 à 6 000 femmes 
(pour sorcellerie) justement parce qu’elles préservaient émotionnellement l’ancien savoir et les anciens enseignements, et parce que, émotionnellement, elles ne s’en laissaient pas détacher, alors que l’homme, lui, s’y était rationnellement 
et logiquement disposé » – Heinrich Himmler, le 18 février 1937, à propos de la christianisation des peuples européens. Peter Longerich, Himmler, Paris, 2010, p. 230-231.




Bensozia et le mystère de la « bonne déesse »

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Pourquoi la chasse aux sorcières commence-t-elle au XIVème siècle ?

Parmi tous les sujets historiques, il en est un qui ne cesse de déchaîner les passions et les interprétations les plus contradictoires : la sorcellerie. Et parmi tous les débats sur ce thème, l’un des plus intéressants est celui de l’origine de la 
représentation moderne du sabbat ou aquelarre : les sorciers qui se rendent nuitamment dans un lieu désert pour rendre leur culte au démon, généralement en présence de celui-ci. En effet, on n’a pas de traces de croyance au sabbat antérieure
au XIVe siècle (la première condamnation pour ce motif aurait été prononcé à Carcassonne en 1330).

D’où vient les représentation du sabbat ?

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C’est pour tenter de répondre à cette question que les historiens et les ethnologues ont déterré dans divers documents les témoignages les plus anciens de « quelque chose qui puisse être l’origine de la représentation moderne du sabbat ». 
Et ils ont trouvé un certain nombre de croyances mythologiques, relatives à une sorte de divinité ou de fée, souvent surnommée la « bonne déesse ».

Déraciner les cultes dianiques du peuple

Parmi toutes ces croyances, certaines ont été repérées dans notre région de Midi-Pyrénées, plus précisément en Ariège. Au Moyen-âge, en 1281 se tient un concile diocésain dans le Couserans, en Ariège. Nous en avons conservé les actes.
Ce texte recense, parmi autre chose, les superstitions diverses qui existaient alors dans le peuple, et que l’Église tentait de déraciner. C’est donc un document assez capital pour l’histoire des croyances et des mentalités.

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C’est dans ce texte que nous apprenons que certaines femmes, séduites par Satan, croient qu’au cours de la nuit elles chevauchent des animaux, sous la conduite d’un personnage féminin: Diane, la déesse des païens, Hérodiade, ou bien Bensozia. 
Elles croient fermement -et faussement, nous dit le document- que cette déesse les convoque pour qu’elles lui obéissent et marchent à sa suite.

Diane, la déesse des païens

L’origine de ce document: le Canon episcopi. Ce texte ariégeois, nous révèlent les historiens, n’est pas seul de son espèce. Il est même construit comme un plagiat très précis d’un document antérieur, intitulé Canon episcopi (Xe siècle). 
C’était là aussi une liste de croyances superstitieuses, considérées comme fausses par les autorités ecclésiastiques:

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« Il ne faut pas omettre, que certaines femmes scélérates, retournées dans la suite de Satan, séduites par les illusions et les fantasmes du démon, croient qu’aux heures nocturnes, elles chevauchent des bêtes avec Diane déesse des païens et 
une innombrable multitude de femmes, qu’elles traversent de nombreux espaces terrestres dans le silence d’une nuit profonde, qu’elles obéissent à ses ordres comme à une maîtresse, et qu’elles sont appelées certaines nuits à son service ».

Cent ans plus tard, dans son Decretum, l’évêque de Worms ajoute le nom d’Hérodiade à celui de Diane. Au XIIIe siècle, la nouveauté du texte ariégeois, c’est, en plus des noms de Diane et Hérodiade, l’insertion de ce nom énigmatique,
« Bensozia ».

Les grandes dames de la société oubliée

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Un autre document ariégeois. Les croyances relatées dans ce recueil de décisions synodales, a-t-on d’autre preuves qu’elles existaient par ailleurs ? Oui, grâce principalement au registre d’inquisition de Jacques Fournier, qui interrogea toute la
population de Montaillou en 1320, soit 40 ans plus tard que le recueil, daté pour sa part de 1281.

Intéressons-nous notamment aux clientes d’Arnaud Gélis, armièr ou messager des âmes, qui se prétendait capable de voir le morts et leur monde. Elles parlent de « grandes et riches dames », qui occupaient jadis une place de premier plan 
dans la société, et qui continuent à occuper dans le royaume des morts une position privilégiée. Elles roulent par monts et par vaux, dans des chariots tirés par des démons. Elles portent des manchettes de soie, comme de leur vivant.

Les bonnes dames révérées par les populations

Mise en parallèle : L’historien Carlo Ginzburg propose de rapprocher le document synodal de 1281 qui cite Bensozia avec les confessions des clientes de Gélis. Dans les deux cas, on découvrirait des figures féminines révérées par des populations,
les « bonnes dames ».

En effet, le nom de Bensozia proviendrait de « bona socia », la bonne alliée, la bonne compagne. Tandis que les riches mortes du registre de Jacques Fournier étaient aussi appellées « bonnes dames ». Un nom presque identique rapprocherait
ces divers personnages, en sus de leur capacité de se déplacer nuitamment sur des animaux ou des chars.

Les vieilles femmes fidèles disciples d’Hécate

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Des croyances semblables en des êtres féminins, qui convoquent leur fidèles à des assemblées nocturnes, sont signalées à la même époque en Italie: et chaque fois l’adjectif « bon » est utilisé. Une certaine madame Orient s’adressait à ses disciples
en les appelant « bonnes gens ». Dans le val di Fassa, des vieilles femmes sont les fidèles d’une certaine Richella, qu’elles appellent la « bonne dame ». Dans le val di Fiemme, la déesse nocturne était appelée « dame du bon jeu ».

Cet adjectif, « bonne », était appliqué à des déesses depuis l’Antiquité. Principalement à Hécate, déesse de la lune, de la mort et de la magie assimilée à Artémis, et à une divinité identifiée à Hécate, et vénérée en Mésie inférieure, au IIIe siècle ap. 
J.C.

Les sabbat chamanique de la bonne déesse

Conclusions ? D’après les travaux de Carlo Ginzburg, et certains historiens qui l’ont suivi, ces textes témoignent qu’il existait jadis, au Moyen-âge, une croyance générale en des assemblées nocturnes présidées par une entité féminine: 
que ce soit Diane, Bensozia, Holda, Orient ou autre. Son nom varie selon les lieux mais elle est souvent appelée la « bonne » dame. Elle convoque ses adorateurs la nuit pour leur donner des ordres, écouter leur plaintes ou leur apporter une aide. 
Ses adorateurs chevauchent à sa suite sur des bêtes.

Quand la déesse est remplacée par le diable

Des suivantes de la bonne déesse au sabbat : Beaucoup de traits de cette mythologie des « bonnes dames » se retrouveront dans les histoires de sabbat postérieures : le déplacement nocturne sur un animal est le plus frappant. 
Mais c’est alors le diable qui prendra la place de la « bonne dame », et l’assemblée revêtira un caractère maléfique qu’elle n’avait apparemment pas dans les premiers récits.

En outre, alors que les compagnes de Diane ou de Bensozia sont, dans les textes que nous avons cités, vicitimes d’illusions, les écrivains postérieurs croiront réellement à la réalité du transport des sorciers et du sabbat, 
d’où le durcissement de la répression et le recours à la peine de mort.

Ce serait une des origines probables de la croyance à la sorcellerie, généralisée à l’ensemble de la société, qui a tant allumé de bûchers en Europe du XVe au XVIIe siècle.

Prêtresses païennes des anciens cultes dianiques



A partir de la fin du moyen-âge (13e siècle), après la Grande Peste Noire surtout (14e siècle), les « sorcières » étaient pourchassées et brûlées vives sur les bûchers de l’Inquisition, puis des protestants. 
Prêtresses païennes « idolâtres » des anciens cultes « dianiques » de la Déesse-Mère, on les accusait souvent de fréquenter les collines au fées. Toute trace de l’ancien ordre devait être effacé.

Une renaissance des cultes antiques ?

Il faut aussi rapprocher ces sabbats de fêtes celtiques, comme Beltaine au printemps, qui étaient des fêtes de la fécondité. Il a pu y avoir, au Moyen Âge et à la Renaissance, des résurgences de ces cultes. Cependant, d’après les archives qui nous
sont parvenues, les protestants auraient assassiné bien plus de « sorcières » que les catholiques. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les protestants ont éliminé du christianisme toute trace de paganisme, alors que le catholicisme les a 
assimilées : culte des saints, de la Vierge, et les nombreuses fêtes du calendrier…

Clans de sorcières écossaises

Coven était à l’origine un mot écossais du Moyen Âge tardif (vers 1500) qui signifiait un rassemblement de personnes. Il dérive du latin convoco qui signifie être ensemble ou se rassembler qui donna aussi le mot anglais convene 
(du français convenir) et le mot français ‘convent’. Depuis le xviie siècle, ce terme désigne, dans la folklore européen, des clans de sorcières. La première indication sur le lien entre les covens et la sorcellerie vint de Isabel Gowdie qui décrivit,
en 1662, des covens de 13 membres.

Margaret Murray proclama que, depuis la nuit des temps les adeptes du culte de Diane, connues sous le terme populaire de sorcières à travers l’Europe, étaient organisées en groupes de 13 membres, appelés covens. 
Elle ne prouva pas que le mot avait été utilisé en dehors de l’Écosse à l’époque des chasse aux sorcières. Après que Margaret Murray popularisa ce mot dans les années 1920, Gérald Gardner l’adopta pour la Wicca.

Près de 2 000 procès de sorcières furent consignés dans les archives écossaises, la plupart entre 1620 et 1680. Selon l’historien Christopher Smout, entre 3 000 et 4 000 sorcières ont été tuées en Écosse entre 1560 et 1707.

La Wicca, héritière de « l’Ancienne Religion » ?

En 1921, Margaret Murray, dans The Witch-Cult in Western Europe, a renouvelé la représentation du sabbat. Elle y voit un culte de la fécondité (Janus, Dianus, Diane). Le « culte de Diane » évoqué est également appelé de manière générique
« Ancienne Religion » et correspond aujourd’hui au néo-paganisme et à ses formes variées comme le néo-druidisme, ainsi qu’à ce qu’on nomme la Wicca dans le monde anglo-saxon. Margaret Murray soutient que les adeptes du culte de Diane 
se réunirent de tous temps par groupe de 13 forment un coven.

Une guerre contre la liberté sexuelle des femmes

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L’Inquisition catholique est organisée au début du XIIIe siècle par le pape Grégoire IX pour lutter contre les hérétiques, suite au concile de Latran IV. Ses premières cibles sont les Cathares et les Vaudois. 
Le pape, à la demande de son inquisiteur exerçant en Allemagne Conrad de Marbourg, édicte en 1233 la première bulle de l’histoire contre la sorcellerie, la Vox in Rama en y décrivant le sabbat des sorciers et leur culte du diable. 
Parfois, la contestation relève d’un désir de liberté. En réaction aux fièvres millénaristes fleurissent des sectes dans la mouvance du Libre-Esprit, comme les bégards et les lollards qui réclament une plus grande liberté des corps et des consciences. 
1326: Vivant dans la crainte des poisons et sortilèges, le pape Jean XXII promulgue la bulle « Super Illius Specula » qui fait de la sorcellerie une hérésie. Pratiques magiques, sorcellerie et hérésie désormais ne font plus qu’un.

Une contestation essentiellement féminine

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On trouve dans ces sectes un grand nombre de femmes. Elles expriment leur désaccord avec l’Église, en réclamant une libéralisation du statut de la femme. Les béguines, surtout présentes en Europe du Nord, cristallisent ce courant de subversion
des mœurs. Elles vivent au sein de communautés autonomes, mais ne sont pas ordonnées. Elles sont autonomes en vivant d’aumônes, mais aussi de leurs salaires pour leurs soins médicaux ou leurs travaux textiles. 
Surtout, elles prônent une plus grande liberté sexuelle et récusent l’autorité des hommes. Marguerite Porete, une béguine, pousse la provocation jusqu’à publier à la fin du XIIIe siècle un traité de théologie, le Miroir des âmes simples anéanties.
Poursuivie par l’Inquisition, elle est condamnée pour hérésie et est brûlée en 1310.

Des lectrices marginales de la Bible

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Le cas des béates est particulièrement révélateur. Des femmes indépendantes réunissent autour d’elles de nombreux fidèles, et disent avoir des visions parfois même des entretiens avec le Christ ou la Vierge Marie, mettant en péril l’unité 
de la doctrine catholique
(bien qu’à échelle réduite). Certaines d’entre elles sont condamnées pour sorcellerie tandis que d’autres, rattachées à un confesseur qui les corrige, sont canonisées.

Une affaire lucrative

Le pape Innocent VIII (1432-1492, pape à partir de 1484) avait menacé de sentences terribles tous ceux qui s’opposeraient à son décret d’extermination des sorcières. C’est donc sous la menace de la plus haute sanction papale que commença
l’extermination quasiment orgiaque des sorcières. L’esprit orgiaque de l’extermination «des sorcières» fut encore plus excité dans la mesure où les inquisiteurs, mais également les juges et les confesseurs qui, faisant fi sans vergogne du secret
de confession, recevaient des primes pour chaque «sorcière exécutée». Un dicton de l’époque disait que le moyen le plus rapide et le plus facile de s’enrichir était de brûler des sorcières.

Le marteau des sorcières

Le Malleus Maleficarum (c’est-à-dire marteau contre les sorcières), est un traité des dominicains allemands Henri Institoris (Heinrich Kramer) et Jacques Sprenger, publié à Strasbourg en 1486 ou 1487, commandé et approuvé par le pape
Innocent VIII en 1484. Il connut de nombreuses rééditions. L’ouvrage fut réédité de nombreuses fois, et largement utilisé en Europe occidentale, malgré son interdiction en 1490, peu après sa publication, par l’Église catholique, 
celle-ci le considérant comme étant en contradiction avec l’enseignement catholique en matière de démonologie (le pouvoir des démons de causer des catastrophes naturelles, par exemple, est une idée qui fut déclarée fausse lors du premier 
concile de Braga vers 561 dans le canon 8).

NB : le Marteau des Sorcières a été interdit par l’Église non pas pour les traques, les tortures, les supplices et mises à mort, mais uniquement pour une petite divergence théologique; les démons n’auraient pas le pouvoir de provoquer 
des catastrophes naturelles.

La femme, alliée du Mal

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La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations
de Satan. La sorcellerie recrute surtout parmi les femmes. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de
fe + minus (foi mineure). Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme,
par exemple, celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient 
avec les démons.

Les concubines du démon

Une bulle du pape Innocent VIII, nommée la « bulle des sorcières » (Summis desiderantes affectibus), de 1484, condamne des faits de relations sexuelles entre des démons et des femmes, dans des régions de Haute Allemagne et des contrées
rhénanes (à Mayence, Cologne, Trèves, Salzbourg et Brême). Le pape confie donc aux inquisiteurs et démonologues rhénan Heinrich Kramer et Jacques Sprenger le soin de pourchasser les sorciers et sorcières ayant commercé avec le démon. 
Cependant, c’est surtout au XVIIe siècle que le diable est réputé prendre part au sabbat sous la forme d’un satyre, pour s’accoupler à la sorcière. Les sorcières effectuent des vols nocturnes, elles rendent hommage au diable, il y a accouplement 
avec des démons (incubes), anthropophagie.

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Par des démons pareils, les actes sexuels de l’impureté la plus honteuse sont commis, non pour le plaisir mais pour l’infection du corps et de l’âme de ceux dont ils se font incubes et succubes. Ensuite au terme d’un acte pareil, conception et 
génération parfaites peuvent être réalisées par des femmes : ils peuvent à l’endroit requis du ventre de la femme approcher la semence humaine de la matière préparée pour elle. Tout comme ils peuvent recueillir des semences d’autres choses 
pour d’autres effets. Dans de telles générations, ce qu’on attribue au démon, c’est seulement le mouvement local et non la génération elle-même, dont le principe n’est pas la puissance du démon ou du corps par lui assumé, mais la puissance de
celui de qui est la semence. D’où l’engendré est fils non du démon mais d’un homme. » — Malleus Maleficarum

« Un démon succube prend la semence d’un homme scélérat, un démon proprement délégué près de cet homme et qui ne voudra pas se faire l’incube d’une sorcière. Il donne cette semence à un autre démon détaché près d’une femme, 
une sorcière ; et celui-ci, sous une constellation qui lui est favorable pour produire quelqu’un ou quelqu’une capable de maléfices, se fait l’incube d’une sorcière. » — Malleus Maleficarum

« Les théologiens classent ordinairement parmi les actes de bestialité l’accouplement avec un démon, soit incube, soit succube, infamie d’autant plus coupable qu’à l’infraction des lois de la nature vient se joindre le sortilège, puisqu’il y a commerce
avec l’ennemi irréconciliable de Dieu. Il y a en outre parfois inceste, sacrilège ou adultère, selon que le démon ait pris la forme, soit d’une proche parente, soit du mari, soit de la femme. 
Quoi qu’en dise saint Ligori, toute excuse paraît impossible, et quiconque consent à coucher avec un démon, de même que le mari qui couche avec sa femme, uniquement à cause de sa beauté, commet le crime d’adultère. »
— René Louvel, Traité de chasteté à l’usage des confesseurs

Des femmes sexuellement libérées et dominantes

On reproche aux sorcières leur sexualité. On leur prête une sexualité débridée. D’après le Marteau des sorcières Malleus Maleficarum, elles ont le « vagin insatiable ». Les sabbats qu’on leur reproche sont l’occasion d’imaginer de véritables orgies
sexuelles. Mais l’Église stigmatise surtout une sexualité subversive. Selon l’Église, les sorcières apprécient particulièrement les positions « contre nature » : en particulier, elles chevauchent volontiers leurs compagnons, ce qui symboliquement 
renverse le rapport « naturel » de domination. On retrouve ici dans la sorcière la figure de Lilith, que la tradition juive présente comme la première femme d’Adam. Formée par Dieu à l’égal de l’homme, Lilith aurait abandonné Adam car il refusait 
de se livrer au jeu de l’amour en dehors des positions traditionnelles (position du missionnaire).

En 1324-1325, en Irlande, à Kilkenny, l’évêque de Ledreda intente un procès à Lady Kyteler, qu’il accuse de posséder un démon privé avec lequel elle a des relations sexuelles et qui lui permet d’ensorceler ses ennemis.

« À la fin du XIV° s., deux femmes de Milan sont accusées de chevaucher des animaux, la nuit, de les dévorer, puis de les ressusciter. Elles sont aussi accusées d’entretenir des relations sexuelles avec un démon.
C’est le premier cas avéré d’une collision entre plusieurs de ces croyances : celles des dames de la nuit et celle de la sorcière cannibale » — Jean-Michel Sallmann

La marque du diable

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La seconde partie explique comment procéder à la capture, instruire le procès, organiser la détention et l’élimination des sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les 
accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance ; les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente 
d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés 
contre le pouvoir des sorcières. Une grande partie est dédiée à l’illustration des signes, dont la glossolalie, la voyance et la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l’œil, taches sur la peau, zones insensibles, 
maigreur, …). Elle est dédiée aussi aux techniques d’extorsion des confessions, des preuves (notamment la pesée et l’ordalie par l’eau glacée) et à la pratique de la torture durant les interrogatoires : il est en particulier recommandé d’utiliser le fer
rougi au feu pour le rasage du corps en son entier des accusées, afin de trouver la fameuse « marque du Diable », qui prouverait leur supposée culpabilité.

80% des victimes sont des femmes

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Suite à la publication de cet ouvrage commence un mouvement d’arrestations systématiques dans toute l’Europe. Principalement en Allemagne, en Suisse et en France, mais également en Espagne et en Italie. 
Cette première vague dure environ jusqu’en 1520. Puis une nouvelle vague apparaît de 1560 à 1650. Les tribunaux des régions catholiques mais surtout des régions protestantes envoient les sorcières au bûcher. 
On estime le nombre de procès à 100 000 et le nombre d’exécutions à environ 50 000. Brian Levack évalue le nombre des exécutions à 60 000. Anne L. Barstow révise ces nombres et les élève à 200 000 procès et 100 000 exécutions 
en prenant en compte les dossiers perdus. Mais Ronald Hutton fait valoir que l’estimation de Levack prenait déjà en compte les dossiers manquants, lui-même penche pour 40 000 exécutions.

1599 – des religieux aux laïcs

Au XVIIème siècle, en France, et en Europe, les tribunaux de l’Inquisition tombèrent en désuétude dans la répression de la sorcellerie, les tribunaux royaux prenant le relais. En Espagne, l’Inquisition resta cependant vigoureuse 
jusqu’au XVIIIème siècle. Le temps des longs procès de l’inquisition est révolu. Les laïcs prirent le pas sur les clercs en montrant encore plus de cruauté. Leur seul problème, c’est qu’il leur fallait un minimum de preuves avant d’envoyer
des innocents au bûcher. La solution fut donnée par Jacques 1er d’Angleterre (protestant) qui, dans son livre consacré à la Démonologie, explique que l’on peut prouver la culpabilité d’une sorcière en la piquant ou en la plongeant dans l’eau 
(si la piqûre ne saigne pas, c’est le signe certain que l’on est en présence d’une sorcière. De même, toute femme plongée dans l’eau est à coup sûr une créature du démon si elle s’avise de surnager).

Une spécialité de l’Allemagne protestante ?

Au cours des 16ème et 17ème siècles, en Allemagne, plus de 100.000 personnes furent torturées et exécutées à la suite d’accusations de sorcellerie. Dans les diocèses de Cologne, Trèves, Cambrai, Malines, Tournai, Anvers, Namur, Metz et Liège,
17 conciles, tenus entre 1536 et 1643, avaient appelé à la répression de la sorcellerie. Les autorités protestantes firent de même. Aux Provinces-Unies, entre 1580 et 1620, 15 synodes condamnèrent et excommunièrent les sorciers.
Dans la deuxième moitié du 16ème siècle, l’archevêque Jean de Trèves fit brûlé tant de sorcières que dans deux villages il ne resta plus que deux femmes. Il fit brûler, entre 1587 et 1593 et ceci dans 22 villages, 368 « sorcières ».

L’évêque des sorcières

Pendant la deuxième moitié du 17ème siècle, au cours duquel un million de personnes, bien souvent des femmes, furent victimes de ce processus d’extermination. A Wurzburg en Allemagne, le Prince Evêque Philippe Adolf von Ehrenberg qui 
régna de 1623 à 1631, fit brûler 900 « sorcières », dont 219 sorciers, 18 jeunes garçons en âge d’aller à l’école, une fille aveugle, une enfant de neuf ans et sa petite sœur. En Allemagne, l’évêque de Bamberg fit encore brûler 600 femmes,
l’évêque de Salzburg 97 : l’évêque Gottfried Johan Georg II Fuchs von Dornhem, qui regna de 1623 à 1630, fit brûler au moins 600 « sorcières », ce qui lui valut le surnom de « l’évêque des sorcières » ou « le brûleur de sorcière ». 
Un décan de Mayence fit brûler plus de 300 personnes dans deux villages, dans le seul but de s’accaparer leurs biens.

Sages femmes et guérisseuses

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Les femmes accusées de sorcellerie sont souvent sages-femmes ou guérisseuses, dépositaires d’une pharmacopée et de savoirs ancestraux. La population, essentiellement rurale, n’avait guère d’autre recours pour se soigner.
Ces méthodes définies comme magiques se heurtent au rationalisme de la Renaissance. Des incantations en langue connue ou inconnue sont souvent associées aux soins, et l’Église contraint les fidèles à remplacer ces gestes et incantations
par des prières aux saints guérisseurs et par des signes de croix. Les sages-femmes sont accusées de pratiquer des avortements.

Des femmes indépendantes

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Aussi, certaines de ces femmes travaillent, et la relative indépendance économique dont elles jouissent les font sortir des normes et du rôle imposés à la féminité. Les femmes sans appui masculin, les veuves en particulier, étaient plus facilement 
condamnées, d’autant que si elles étaient riches, leur bien était partagé entre l’accusateur et le juge. Également, le bourreau pouvait être payé à la pièce. Ces procédés sont dénoncés en particulier par le jésuite Von Spee.

Jeanne-d’Arc la sorcière féministe patriote

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L’accusation de sorcellerie est également utilisée pour condamner une certaine émancipation féminine vis-à-vis des contraintes de la société patriarcale catholique. Ainsi, lors de son procès pour hérésie, on reproche à Jeanne d’Arc de porter 
des habits d’homme – ce qui était alors un délit passible de la peine capitale -, d’avoir quitté ses parents sans qu’ils lui aient donné congé, et de monter à cheval.
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Re: Matriarcat & Religions : des vestiges secrets au syncrétisme

Message  Arlitto le Ven 4 Mar - 20:48

Matriarcat et Islam : une réconciliation est-elle possible ?

Dans de nombreuses sociétés musulmanes, l’amour pour la mère est tel que les valeurs islamiques ont pu s’associer à la persistance d’un matriarcat probablement antérieure à l’islamisation de ces sociétés (lire le Matriarcat Berbère). 
L’autre considération veut faire de l’Islam une religion qui assimile la religion païenne de la Mecque et de la péninsule arabique, raison pour laquelle le nom de la Déesse « Allat » aurait inspiré celui de Dieu « Allah ». 
Cela pourrait expliquer ce qui caractérise la culture visuelle des premiers temps de l’Islam. L’art Omeyyade fait effectivement la part belle à l’iconographie de la figure féminine (lire l’Art Omeyyade (en cours)).

« Le Paradis est sous les pieds des mères »


Matriarcat Berbère (Maghreb) : des résistantes à l’islam aux amazones de Kadhafi

Les Berbères (en berbère Imazighen, et au singulier Amazigh) sont un ensemble d’ethnies autochtones d’Afrique du Nord. Ils occupaient, à une certaine époque, un large territoire qui allait de l’Ouest de la vallée du Nil jusqu’à l’Atlantique 
et l’ensemble du Sahara et y fondèrent de puissants royaumes, formés de tribus confédérées. Connus dans l’Antiquité sous les noms de Libyens, Maures, Gétules, Garamantes ou encore Numides, ils connurent ensuite la conquête romaine,
la christianisation, l’invasion vandale, la conquête arabe et la conversion à l’islam. Par contre chez les Touareg, c’est la femme qui choisit son futur époux. Les rites de mariages sont différents pour chaque tribu. Les familles sont soit patriarcales 
ou matriarcales, selon la tribu.

La femme est l’égale de l’homme

Les femmes détiennent un pouvoir absolu à l’intérieur de la tente. Depuis les invasions arabes, les berbères pratiquent un islam extrêmement tolérant, mêlé d’animisme. Hérodote (484-425 av. J.-C.) dit que les Maxyes — 
les Berbères — prétendent descendre des Troyens. Lorsque les Arabes ont d’abord attaqué Tunis en 683, le chef de la résistance berbère Kosaïla, une femme, les a vaincus. Mais a été tuée dans une bataille trois ans plus tard, en 686. 
Elle a été remplacée par une autre femme que les Arabes appelaient Kahina (sorcière), une veuve âgée qui a vécu 127 années d’après la légende. Même aujourd’hui, les peuples berbères d’Afrique du Nord attachent beaucoup d’importance 
aux prophéties quand à l’avenir. Il n’est pas rare que ces prophéties soient faites par une prophétesse qui est censée avoir des pouvoirs surnaturels.

La Kahina, une cheffe résistante à l’invasion islamique

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Au VIIe siècle, Dihya (en arabe : sage, stratège), ou la Kahina ( »sorcière » en arabe), est une reine guerrière berbère, qui unifia les tribus amazigh pour résister aux invasions islamiques. 
Elle gagna de nombreuses batailles et mis en échec les musulmans pendant cinq ans. Païenne, elle ne fut jamais mariée, eut des amants et des enfants hors mariage. Dihya, Tadmayt ou encore Tadmut pourrait signifier tout simplement
« La belle gazelle ».

Cette cheffe de guerre unifia les tribus berbères de l’Ifrikiya : de la Méditerranée au Sahara, de l’actuelle Tunisie jusqu’à l’actuelle Algérie. Cette unification n’a jamais eut d’équivalent jusqu’à aujourd’hui. 
En 697, elle écrase l’armée d’Ibn en Nu’man près de l’Oued Nini, à 16 km d’Aïn al Bayda (est de l’Algérie). Les troupes imazighen font tant de victimes que les musulmans appelèrent le lieu « Nahr Al Bala »,
ce qui se traduit par « la rivière des souffrances ».



»Cinq ans pendant lesquels la Kahina règne sur toute la région. Elle administre, elle juge, elle protège. Les guerriers et les chefs de tribus reconnaissent ses qualités de stratège. Ils font allégeance à cette femme immensément belle dont le 
regard fascine, cette cavalière Amazigh (Amazone?) hors pair qui combat au milieu des siens, les armes à la main. »
– Gisèle Halimi

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Connue pour sa grande générosité, elle a libéré tous ses prisonniers arabes, sauf un, Yésid ou Khaled. Elle adopta ce dernier en faisant le signe de l’allaitement, selon l’ancien rite matriarcal berbère. Il devient certainement son esclave,
mais aussi son amant, et ils tombent amoureux l’un de l’autre. Vaincue et traquée, elle se réfugie avec ses partisans dans l’arène Romaine d’El Jem (dans l’actuelle Tunisie), et y résista durant quatre ans. Selon la légende, elle fut trahie par son
jeune amant arabe qui la poignarda et envoya sa tête embaumée au chef des armées ennemies.

Contre la marchandisation des femmes

« Ils s’étonnent de vous voir dirigés par une femme. C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves. Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux, la plus belle fille n’est que marchandise. Il ne faut surtout pas qu’on la voie de trop près. 
Ils l’enveloppent, la dissimulent comme un trésor volé. Il ne faut surtout pas qu’elle parle, qu’on l’écoute. Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. 
Ils ne peuvent pas comprendre, aveuglés par leur religion. » – propos allégués à la Kahina


[size=130]Matriarcat Touareg (Sahara) : culte de Tin Hinan reine-mère fondatrice des hommes bleus[/size]

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La femme Touareg est au centre de toutes les décisions, elle fait la fierté de ses frères et de toute sa famille. Elle est respectée par tous les hommes en général. C’est dans la société Touareg que l’on considère réellement que la femme 
est la mère de l’humanité avec tous les droits qui lui sont dûs. Ceci dit, la société des Kel Tamasheq est matriarcale.

Les seigneurs bleus du désert

Les Touareg (au singulier un Targui) ou, sous sa forme francisée, les Touaregs (au singulier un Touareg) ou encore Kel Tamasheq sont un peuple de Berbères nomades vivant dans le Sahara central, l’Algérie, la Libye et sur les bordures du Sahel,
Niger, Mali, et Burkina Faso. Leur langue est le tamajaq ou tamasheq ou encore tamahaq selon les régions. Ils utilisent un alphabet appelé tifinagh (prononcer tifinar). Ce sont les descendants des premiers habitants de l’Afrique du Nord. 
Les Touareg sont souvent appelés par les occidentaux, les « hommes bleus », d’après la couleur de leur chèche. Teinte avec de l’indigo, elle décolore sur la peau avec le temps. Le mythe du Touareg (berbères de race blanche peu islamisés,
guerriers farouches avec leur bouclier de peau d’antilope qui a macéré dans du lait aigre, société féodale basée sur le matriarcat, nomadisme assimilé à la liberté, la sagesse et la simplicité, « seigneurs du désert » mystérieux par leur tenue,
leur voile) apparaît avec l’ouvrage d’Henri Duveyrier Les Touaregs du Nord en 1864.

La reine-mère des hommes bleus

Tin Hinan est l’ancêtre légendaire des Touaregs nobles du Hoggar. Il s’agit d’une femme de légende, que l’on connait aujourd’hui à travers la tradition orale touarègue qui la décrit comme «une femme irrésistiblement belle, grande, au visage 
sans défaut, au teint clair, aux yeux immenses et ardents, au nez fin, l’ensemble évoquant à la fois la beauté et l’autorité». Son nom veut dire en tamachek, « celle qui se déplace » ou « ou celle qui vient de loin ». 

Seules les femmes sont capables de procréer sans hommes

Les Touareg sont les descendants des Libyens dont parle Hérodote (géographe grec du Ve siècle av-JC), qui avaient leurs femmes en commun, qui ne demeuraient pas avec elles, et dont les enfants étaient élevés par les mères. 
Selon les récits de l’Antiquité, relatant les informations collectées pendant ses voyages en Afrique du Nord, les Libyens se disaient descendre des Troyens, par ailleurs le terme de « Maxies » était utilisé par les Africains pour se dénommer. 
Ils prétendaient que Minerve était la fille adoptive de Jupiter, car ils ne pouvaient admettre qu’un homme engendrât sans le secours de l’autre sexe : les femmes seules étaient capables d’un tel miracle.

Seule la mère importe

Chez les Touaregs, la femme jouit d’un statut privilégié et le matriarcat est de règle. Les Touareg ne possèdent qu’une parenté, la parenté utérine : la généalogie est féminine. Le Targui connaît sa mère et la mère de sa mère, mais ignore son père.
L’enfant appartient à la femme et non au mari ; c’est le sang de celle-ci et non celui de son époux qui confère à l’enfant le rang à prendre dans la tribu et dans la famille. Ainsi donc, n’est retenue que la descendance féminine. 
La notion de «père» est secondaire dans leurs récits traditionnels. Les tribus Touaregs se revendiquent tous de grandes femmes-ancêtres légendaires.

Des femmes libres et puissantes

«Dans la culture sahraouie nous ne considérons pas qu’il y ait de différence entre filles et garçons dans l’enfance. » Les femmes sahraouies jouent également un rôle actif dans leur lutte politique. En terre sahraouie, selon la vieille tradition, 
ce sont les femmes qui détiennent les hautes responsabilités. Elles peuvent être ministres ou des ambassadrices.

La mère possède la terre

S’il est un point sur lequel la société targuie diffère de la société arabe, c’est par le contraste de la position élevée qu’y occupe la femme comparée à l’état d’infériorité de la femme arabe. Non seulement chez les Touareg la femme est l’égale de
l’homme, mais encore elle jouit d’une condition préférable. Elle dispose de sa main, et dans la communauté conjugale elle gère sa fortune, sans être forcée de contribuer aux dépenses du ménage. Aussi arrive-t-il que, par le cumul des produits,
la plus grande partie de la fortune est entre les mains des femmes. Anciennement, lorsqu’il s’agissait de distribution territoriale, les terres attribuées à chaque famille étaient inscrites au nom de la mère. Le droit berbère accorde aux femmes
l’administration de leurs biens ; à Rhât, elles seules disposent des maisons, des jardins, en un mot de toute la propriété foncière du pays.

Des amazones cultivées et courtisées

La femme targuie est monogame, elle a imposé la monogamie à son mari, bien que la loi musulmane lui permette plusieurs femmes. Elle est indépendante vis-à-vis de son époux, qu’elle peut répudier sous le plus léger prétexte : 
elle va et vient librement. Ces institutions sociales et les mœurs qui en découlent ont développé extraordinairement la femme targuie ; « son intelligence et son esprit d’initiative étonnent au milieu d’une société musulmane ». 
Elle excelle dans les exercices du corps ; à dos de dromadaire, elle franchit cent kilomètres pour se rendre à une soirée ; elle soutient des courses avec les plus hardis cavaliers du désert. Elle se distingue par sa culture intellectuelle : 
les dames de la tribu de Jmanan sont célèbres par leur beauté et leur talent musical ; quand elles donnent des concerts, les hommes accourent des points les plus éloignés, parés comme des mâles d’autruches. 
Les femmes des tribus berbères chantent tous les soirs en s’accompagnant sur le rebâza (violon) ; elles improvisent : en plein désert, elles font revivre les cours d’amour de la Provence.

Libre de son corps

La femme mariée est d’autant plus considérée qu’elle compte plus d’amis parmi les hommes ; mais, pour conserver sa réputation, elle n’en doit préférer aucun. « L’amie et l’ami, dit-elle, sont pour les yeux et pour le cœur et non pour le lit 
seulement, comme chez les Arabes ». Mais les nobles dames targuies ne sont point obligées de mettre leur conduite en contradiction avec leurs sentiments. Le mariage des Touareg n’est pas indissoluble, les couples peuvent se désunir facilement
et les femmes convoler à de nouvelles unions.

Plus elle change de mari, plus son prestige est grand

En Mauritanie, les femmes touareg sont maîtresses des affaires familiales. Le mari apporte en dote la grande tente familiale, mais sa présence y est interdite si son épouse en est absente. Contrairement aux autres pays islamiques, plus une femme
mauritanienne change de mari, et plus son prestige est grand. Elle peut divorcer pour le moindre prétexte, si par exemple elle ne s’estime pas assez gâtée par son mari.

Les femmes occidentales ont acquis un grand respect de la part des Sahraouis. Dans la plupart des cultures musulmanes, une femme divorcée devient une paria. Mais dans la culture sahraouie, elle est à la fois plus respectée qu’une vierge
célibataire, et plus séduisante. ‘De toute évidence, une femme qui a déjà une expérience vaut mieux qu’une femme qui vous devez former en matière de relations avec les hommes, explique un mari nouvellement marié ‘ (pour la troisième fois).

Le divorce n’est pas très onéreux ni très difficile dans le Sahara, les conjoints se mettent habituellement d’accord sur le fait qu’il ne s’entendent plus, et le mari préfère partir. Trois mois après le divorce, l’ex-femme tiendra célébrera son nouveau
statut unique. Mais ça ne dure pas longtemps : un nouveau prétendant se présente habituellement à la fête.

Elles possèdent tout : liberté sexuelle, garde d’enfants, bien mobiliers…

Chez les Touareg, les femmes jouissent d’une liberté de choix dans l’implication sexuelle, et poursuivent activement leurs préférences amoureuses. Elles peuvent avoir des visiteurs masculins quand leur maris sont absents. 
Les femmes conservent également la garde de leurs enfants après le divorce. Les enfants sont sous la responsabilité financière de leurs pères, mais ils sont considérés par la nature et par la coutume comme appartenant à leur mère.
Les tentes et leurs meubles sont la propriété personnelle des femmes. Quand une femme veut divorcer, elle prend le lit (le lit seulement dans la tente). Si elle est gravement malade, elle prend la tente entière, ainsi, le mari n’a plus de place où
dormir, il doit trouver refuge auprès de sa mère.

Le statut de la femme targuie

*Extrait de “ Le statut privilégiée de la femme touarègue et son évolution actuelle, survie d’un matriarcat », de Faïza SEDDIK ARKAM

La mère, charpente de la société

Chez les touaregs la charpente de la société est structurée autour de la femme. Elle est la matrice de cette culture. Dans l’institution maritale, elle joue le rôle central, depuis le mariage jusqu’à l’éducation des enfants en passant par la gestion
du foyer. La femme touarègue a non seulement droit à la propriété, mais tout ce qui matérialise la cellule familiale lui appartient, en commençant par la tente et son contenu. En cas de séparation, l’homme n’a droit qu’à son apparat au sens strict 
du terme. C’est lui qui part du foyer et le laisse intact pour être livré à l’incertitude.

Aménokal, chef d’oncle à neveu maternel

Cette prépondérance matriarcale a consacré définitivement le droit du fils de la sœur de l’Aménokal (chef suprême des Touaregs) à prendre la relève du pouvoir aristocratique. La femme touarègue est aussi le support sur lequel repose toute la vie
économique et l’avenir de la communauté. Elle propose les alternatives, gère et encadre le campement à l’absence de l’homme et participe à toutes les décisions en sa présence.

Asshak, l’éthique morale touarègue

La femme touarègue a accès à la propriété, à la liberté d’être, d’expression, de choisir son partenaire et d’être à l’abri des sévices corporels. Pour préserver ce fondement culturel de cette société, un code de conduite dénommé « Asshak » a été
institué et imposé aux hommes. Dans cette démarche éthique morale, l’homme doit gérer son avantage physique afin de ne pas en abuser sur la femme et les faibles de la société. Cette règle garantie la totalité des droits de la femme et fait d’elle 
le facteur anoblissant l’homme. L’homme qui déroge à cette règle n’est plus noble et est déchu de ses droits. Il est banni. Ce sont les femmes qui prononcent cette exclusion.

Régime matrimonial de séparation de biens

Avant de rejoindre son mari, l’épouse touarègue a toujours disposé d’une tente, de meubles et d’animaux de traite selon les capacités de ses parents. Elle rejoint son mari avec un capital qu’il doit préserver et faire fructifier en accord avec elle.
Il convient de préciser que dans le mariage, c’est le régime de la séparation des biens qui prévaut. Aucun mari ne peut disposer des biens matériels inaliénables (ébawel) de son épouse sans son consentement. La femme touarègue choisit son mari, ou alors la famille le choisit avec son accord. Sa préférence est prépondérante, même si elle doit obéir elle aussi à des critères qui préservent la dignité et l’honneur de la famille, de la tribu ou de la fédération. Sa dot est toujours équivalente à celle qui avait été donnée à sa mère ; quel que soit le nombre de ses mariages, elle a droit à la même dot.

Un matriarcat affaibli par l’islam

Aujourd’hui, son rôle dans la société est entamé par plusieurs facteurs endogènes et exogènes. (…) L’écriture berbère « Tifinagh » dont elle était détentrice et qu’elle transmettait aux enfants a été supplantée par d’autres langues, (…). 
Des comportements contraires au code et à l’éthique « Asshak » deviennent quotidiens et la polygamie commence à rentrer dans les mœurs du fait de la fragilisation de son statut.

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