Le kharidjisme

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Message  Arlitto le Lun 7 Mar - 20:39

Le kharidjisme

Le kharidjisme ou kharidjisme est avec le sunnisme et le chiisme l'une des trois principales branches de l'islam. Il se divise à son tour en diverses communautés et tendances. 

Cette branche est née du refus de l'arbitrage entre Ali et Mu`âwîya à l'issue de la bataille de Siffin qui les avaient opposés en 657. Cette bataille entre musulmans avait été meurtrière et Ali accepta l'idée d'un arbitrage pour arrêter le bain de sang. En principe partisans d'Ali, les kharidjites (arabe : خارجيّ [ḫārijīy], extérieur; étranger) se sont retirés et ont condamné les deux camps. Ils ont reproché à Ali de s'être soumis à un arbitrage car « L'arbitrage n'appartient qu'à Dieu ». Cette formule vaut un autre nom au kharidjisme celui de la muhakkima (arabe : محكّمة [muḥakkima]) ce qui désigne la communauté de ceux qui prononcent la formule « L'arbitrage n'appartient qu'à Dieu ». Selon eux, une fois accepté par Dieu, le calife n'avait pas le droit de se laisser remettre en question par des humains. Ils se basent sur ce verset du Coran : 

Si deux partis de croyants se combattent 
rétablissez la paix entre eux 
Si l'un se rebelle encore contre l'autre, 
Luttez contre celui qui se rebelle 
Jusqu'à ce qu'il s'incline devant l'ordre de Dieu. 
Le Coran (XLIX ; 8) 
Le clan rebelle était, du point de vue kharidjite, celui de Mu`âwîya qui aurait dû s'incliner devant Ali. 

Alors que son intention était de se diriger vers la Syrie pour combattre de nouveau Mu`âwîya, Ali dut combattre les kharidjites à Nahrawân (arabe : النهروان [an-nahrawān]) près de la ville de Bagdad actuelle en 658. Les kharidjites furent mis en déroute, et beaucoup furent tués, mais après cette victoire son armée refusa de repartir au combat contre Mu`âwîya. Ali retourna à Koufa. 

Trois ans plus tard des kharidjites organisèrent le triple meurtre des protagonistes de cet arbitrage. Mu`âwîya à Damas, Ali à Koufa et l'arbitre du conflit `Amrû en Égypte devaient être assassinés le même jour. Ali est mort de ses blessures, Mu`âwîya fut blessé et survécut et `Amrû échappa complètement à l'attentat (661). 


La doctrine 
Le kharidjisme est une pratique puritaine de l’islam, à la morale rigoriste, condamnant tout luxe. La foi n’a de valeur que si elle est justifiée par les œuvres. 

Les Califes doivent mener une vie exemplaire et doivent être choisis par voie élective parmi les meilleurs musulmans sans distinction de race et de tribu. Ils se divisent sur le problème de la foi et de l’attitude à adopter à l’égard des autres musulmans ; les azraqites sont des extrémistes pratiquant le terrorisme et n’admettent pas la dissimulation de la foi ; les najadat, moins durs à l’égard des attentistes, sont partisans de la prise du pouvoir par les armes ; les sufrites condamnent le meurtre politique et admettent la dissimulation de la foi par prudence ; les ibadites, intransigeants dans les domaines politique et moral, se montrent plus souples à l’égard des autres musulmans. 

Pour le kharidjisme, tous les hommes sont égaux, et les privilèges de l'aristocratie quraychite, accentués sous le règne de la dynastie omeyyade, sont condamnés. Certains kharidjites font du djihâd un sixième pilier de l'islam. 

La tendance la plus radicale, les Azraqites, considérait tous les autres musulmans comme des incroyants (مُشْرِك [mušrik], associateur; polythéiste) et fut développée en Perse vers 685 par Nâfi` ben al-Azraq (نافع بن الازرق [nāfi` ben al-azraq]). Les kharidjites azraqites préconisaient et appliquaient un véritable terrorisme fanatique. Ils utilisaient des pratiques particulières : 

L'examen probatoire (امتحان [imtiḥān], examen; épreuve) consistait à exiger de tout néophyte kharidjite, comme gage de sa sincérité, d'égorger un adversaire prisonnier, se référant au fait que le prophète avait demandé à `Ali de couper la tête de prisonniers mecquois. 
Le meurtre religieux (استعراض [isti`rāḍ], démonstration), qui autorisait la mise à mort des hommes mais aussi des femmes et des enfants, fussent-ils impubères, de ces derniers. 
Ils considéraient le territoire occupé par les autres musulmans comme un territoire d'infidélité (دار الكفر [dār al-kufr], territoire de l'incroyance) où il était licite de s'attaquer aux personnes et aux biens, mais c'est un territoire dont on doit s'exiler comme le prophète Muhammad s'était exilé de La Mecque pour échapper aux infidèles. Accuser ainsi les autres musulmans d'être infidèles c'est pratiquer le takfîr. 

Une tendance moins brutale, les Sufrites, vivant en milieu hostile au kharidjisme, fut développée par Ziyâd ben al-Asfar (زياد بن الأصفر [ziyād ben al-aṣfar]). Cette tendance condamne le meurtre politique, admet la dissimulation de la foi (taqîya) par prudence et rejette le massacre des enfants des infidèles. Ils considèrent que la sourate XII (Joseph) ne fait pas réellement partie du Coran. 

Une troisième tendance, l’ibadisme s'est beaucoup plus développée que les deux précédentes et existe encore actuellement en plusieurs variantes régionales. Fondée par `Abd Allah ben Ibâd ( عبد الله بن إباض [`abd allah ben ibāḍ]), elle garde un caractère d'intransigeance politique et de rigorisme moral. Cependant les Ibadites se montrent beaucoup plus souples dans les relations avec les autres musulmans. Par exemple il leur est interdit de les attaquer par surprise sans les avoir invités à se rallier. 

La branche fondée par Chabib ben Yazîd al-Harûrî ( شبيب بن يزيد الحروري[šabib ben yazīd al-ḥarūrī]) soutenait qu'il était légitime de confier l'imamat à une femme si cette dernière était capable de remplir les tâches reliées à ce rôle. Son épouse Ghazala al-Harûrîya (غزالة الحرورية [ġazāla al- ḥarūrīa]) ( ?-697) commanda des troupes à l'instar de Juwayrîya (جويرية بنت أبي سفيان [juwayrīya bint abī sufyān]), la fille d'Abû Sufyân, lors de la bataille de Yarmouk. Lors d'un combat, elle aurait mis en fuite le fameux général omeyyade al-Hajjâj ben Yûsuf (الحَجّاج بن يوسف الثَّقَفي& amp;#1617; [al-ḥajjāj ben yūsuf ath-thaqafī]) (660-714). 

Dans certains ouvrages les Ibadites sont appelés « kharidjites blancs » tandis que les Sufrites sont appelés « kharidjites jaunes » et les Azraqites « kharidjites bleus ». Les noms de « blancs » ou « jaunes » et « bleus » viennent sans doute du rapprochement entre le nom du fondateur des Ibâdites, `Abd Allah ben Ibâd et l'adjectif blanc (ابيض [abyaḍ]), du nom du fondateur des Sufrites, Ziyâd ben al-Asfar et l'adjectif jaune (أصفر [aṣfar]) et du nom du fondateur des Azraqites Nâfi`ben al-Azraq et de l'adjectif bleu (أزرق [azraq]). 


Histoire 
En 685 une première révolte fut acceptée par les Azraqites qui, après s'être séparé des Ibâdites restés dans la région de Bassora, allèrent dans le Fars. Il furent poursuivis par les armées du calife omeyyade `Abd al-Malik sous les ordres de l'émir al-Hajjaj. Leur nouveau chef fut tué et les Azraqites disparurent (699). 

En 686 Une communauté Ibadite s'installa dans le Sultanat d'Oman et au Yémen. 

En 695 éclatait une autre révolte kharidjite. La tradition sunnite se plaît à souligner, comme un nouvel exemple de la fureur sanguinaire des kharidjites, la sauvagerie avec laquelle furent massacrés, dans la mosquée de Kûfa, les musulmans. Toutes ces agitations kharidjites eurent pour conséquence d'affaiblir le califat omeyyade et de préparer le succès de ses adversaires Abbassides. 

Dès les débuts de la conquête musulmane du Maghreb, les kharidjites avaient des représentants qui essayaient de se rallier les populations berbères. Les berbères habitués à un système communautaire et supportant mal la domination arabe, trouvaient dans le kharidjisme un cadre idéologique à leur révolte. Au moment de la chute des omeyyades de Syrie (750), l'Ouest de l'empire échappa au pouvoir central. L'Espagne revint aux émirs omeyyades de Cordoue et le Maghreb éclata en plusieurs états indépendants (de 745 à 755). 

Une tribu Sufrite du Sud tunisien occupa Kairouan au prix de massacres sauvages (755). Ce fut un Ibadite, du Djebel Nefousa (à frontière Libye Tunisie actuelle), qui outré des excès commis par la secte rivale repris Kairouan aux Sufrite qu'il extermina. Il étendit son pouvoir sur la Tripolitaine et toute l'Ifriqiya. `Abd ar-Rahman ibn Rustem d'origine persane fut nommé gouverneur de Kairouan (juin 758). La région fut reprise par les gouverneurs abbassides d'Égypte en 761. Ibn Rustem put s'enfuir et alla fonder le royaume de Tahert (aujourd'hui Tagdempt, près de Tiaret, en Algérie) où ses fidèles le nommèrent imam (776 ou 778). Cet état rustémide survécut jusqu'en 909. 

A la même époque un royaume Sufrite se constitua dans la région de Tlemcen (Ouest algérien). Les berbères Sufrites de la tribu des Meknâsa fondaient la ville de Sijilmassa sur le versant est de l'Atlas marocain. 

En 771, Abû Qurra de la tribu Sufrite des Ifren de Tlemcen parvint à reprendre aux arabes toute l'Ifriqiya. En 778, Ibn Rustem sollicita un traité de paix avec le gouverneur abbasside de Kairouan. La situation resta à stable jusqu'à l'arrivée des chiites Fatimides (909). 


De nos jours 
Aujourd'hui encore il existe des communautés kharidjites, la plus connue étant celle des Mozabites, qui habitent les oasis du Mzab en Algérie et ceux de l'île de Djerba en Tunisie. Les Kharidjites sont aussi présents à Oman (sous le nom d'ibadites, majoritaires dans ce sultanat ; l'ibadisme est par ailleurs la confession de la dynastie régnante) et à Zanzibar. 

La pratique du takfîr par certains groupes actuels se réclamant du salafisme, les fait appeler de façon polémique « néo-kharidjites » : eux-mêmes ne se considèrent pas comme kharidjites . Le groupe terroriste égyptien « Takfir wa'l-Hijra » (التكفير والهجرة [al-takfīr wa'l-hijra], l'excommunication et l'exil) a tué un ouléma modéré en 1977 en se basant sur ce principe.
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Message  Arlitto le Lun 7 Mar - 20:39

Le khâridjisme, l’autre branche de l’islam 
Par Simon Fauret

Lorsqu’ils évoquent le Moyen-Orient, les médias ne cessent d’insister sur l’importance des rivalités entre chiites et sunnites. Ces deux branches de l’islam, elles-mêmes subdivisées en plusieurs courants, expliqueraient une partie de la géopolitique du monde musulman. Pourtant, il existe une troisième branche, bien distincte des autres : le khâridjisme. Si leur poids numérique est désormais infime par rapport à celui des sunnites et des chiites (environ trois millions de croyants, soit moins d’1% des musulmans [[ltr]1[/ltr]], les khâridjites ont été amenés à jouer un rôle essentiel à travers l’Histoire.
L’émergence du khâridjisme ne peut être comprise sans être rapportée au schisme entre sunnites et chiites. Ainsi, cet article a pour objectif, après un rapide rappel historique concernant les deux principaux courants de l’islam et le contexte de leur division, de présenter le kharidjisme, sa doctrine et sa répartition géographique.
Les grands schismes de l’islam au VIIème siècle

Le [ltr]prophète Mahomet[/ltr], mort en 632 à [ltr]Médine[/ltr], n’a laissé aucun descendant mâle direct pour diriger la communauté des musulmans. Dès lors, dans les premiers temps de l’islam, la désignation du [ltr]calife[/ltr] (successeur du prophète) se fait dans un climat de compétition entre les prétendants. Dans la mesure où la nomination des califes se fait rarement à l’unanimité, leur légitimité est particulièrement fragile. Ainsi, des trois premiers califes, deux meurent assassinés, dont l’un par d’autres musulmans ([ltr]Uthman[/ltr], en 655). C’est cependant à partir du quatrième calife, [ltr]Ali[/ltr], que les clivages se renforcent et annoncent le début d’une période de schismes.
Ali, cousin et gendre de Mahomet, est déclaré calife à la suite de l’assassinat d’Uthman. Cependant, sa nomination se trouve rapidement contestée, notamment par Mu’awiya, le gouverneur de Damas. Aucun des deux hommes ne désirant céder sa place à l’autre, le litige se transforme en [ltr]conflit armé[/ltr]. Si en 656 Ali parvient à infliger une défaite à son adversaire aux environs de Basra, en Irak, les combats se poursuivent l’année suivante. Selon la tradition, lors de la bataille de Siffin en 657, Mu’awiya aurait placé des exemplaires du Coran au bout des lances de ses soldats, stoppant ainsi l’armée d’Ali. Un tribunal d’arbitrage est alors constitué et la sentence d’Adruh proclame Mu’awiya nouveau calife.
Certains refusent l’autorité du nouveau chef de la communauté musulmane, et se rangent aux côtés d’Ali. Ils deviennent ainsi les [ltr]chiites[/ltr], c’est-à-dire « les partisans » d’Ali. Néanmoins, la plupart des musulmans désirent éviter la poursuite de la guerre entre Mu’awiya et Ali, et s’en remettent à la sentence d’Adruh. Cette attitude, que l’on peut qualifier de légaliste, s’impose peu à peu comme le choix de la majorité. Le [ltr]sunnisme[/ltr] est né, et avec lui ses opposants.
Les chiites ne vont cependant pas parvenir à s’unir contre leurs adversaires. En effet, tous les « partisans d’Ali » n’admettent pas que leur dirigeant s’en soit remis à une décision arbitrale. A la suite de cette dernière, certains sortent donc des rangs de l’armée d’Ali et deviennent les khâridjites.

La thèse la plus communément admise (celle de Levi della Vida) estime que le terme de khârij désigne « ceux qui sortent » du parti d’Ali [[ltr]2[/ltr]]. Les khâridjites sont donc les musulmans qui refusent d’accepter la défaite d’Ali et lui reprochent ses compromis avec Mu’awiya. En outre, ils rejettent en bloc la décision d’Adruh car le jugement n’appartient qu’à Dieu et qu’un arbitrage humain est perçu comme illégitime et irrecevable. Dès lors, en refusant de s’en remettre plutôt à une sentence divine, Ali comme Mu’awiya ont fait une faute impardonnable aux yeux des khâridjites [[ltr]3[/ltr]].
Dès le début, les khâridjites se caractérisent donc par une intransigeance et un rigorisme extrêmes. Ne se contentant pas de condamner leur comportement, ils s’insurgent contre Ali et Mu’awiya. En 658, Ali les vainc lors de la bataille de Nahrâwan, mais il est assassiné par l’un deux trois ans plus tard [[ltr]4[/ltr]]. La rupture est consommée entre les chiites et les khâridjites.
Ces derniers se révoltent également à plusieurs reprises contre le califat des Omeyyades (661-750) fondé par Mu’awiya. Violement réprimés, notamment en Irak, les khâridjites se dispersent et commencent alors à se scinder en plusieurs mouvements [[ltr]5[/ltr]].

Les khâridjites et leurs divisions
S’il a pu exister jusqu’à une vingtaine de sectes khâridjites, on peut en distinguer quatre principales.

Les azraqites
 d’Irak et d’Iran (du nom de leur fondateur, Nâfi’b Al-Azraq) semblent être les plus radicaux et les plus violents. Considérant ceux qui ne souhaitent pas rejoindre leur groupe comme des incroyants, ils s’arrogent le droit de les combattre et de les tuer [[ltr]6[/ltr]]. A cette incitation au meurtre religieux (isti’rad) s’ajoute l’imtihân, une sorte d’examen que tout converti au khâridjisme doit passer et qui consiste à égorger un prisonnier [[ltr]7[/ltr]]. Enfin, ils faisaient entrer dans la catégorie des grands pécheurs tous ceux qui refusaient de prendre les armes contre une autorité injuste [[ltr]8[/ltr]]. Les azraqites, en rébellion quasi-permanente contre le califat Omeyyade, ont été éliminés par ce dernier à la fin du VIIème siècle [[ltr]9[/ltr]].

Les najadât
, reprochant aux azraqites leur extrémisme, ils se sont regroupés autour de Najda b. Âmir à l’occasion d’une révolte en Arabie vers 682. S’ils rejettent l’isti’rad, le meurtre religieux, ils préconisent eux aussi la prise du pouvoir par la force. Ainsi, en 685, ils parviennent à s’emparer du Bahreïn, d’Oman et d’une partie du Yémen. Najda est finalement assassiné et son groupe se retrouve condamné, à l’image des azraqites, à la quasi-disparition à la fin du VIIème [[ltr]10[/ltr]].

Les sufrites
, apparus en Irak à la fin du VIIème, ils vont perdurer jusqu’au siècle suivant en se développant au Maghreb occidental [[ltr]11[/ltr]]. La doctrine sufrite adoucie radicalement la pensée azraqite, en condamnant l’isti’rad et en affirmant qu’il n’est pas possible d’être exclu de la communauté des croyants pour des fautes mineures. Le sufrisme, ayant séduit une partie des populations berbères d’Afrique du Nord, a servi de prétexte à d’importantes révoltes contre le pouvoir califal, notamment dans les années 740 [[ltr]12[/ltr]]. Ces soulèvements ont abouti à la formation de plusieurs royaumes sufrites, tels que celui de Tlemcen, en Algérie (742-789), et ceux de Tâmasnâ (744-1058) et de Sijilmasa (757-909) au Maroc [[ltr]13[/ltr]].

Les ibadites
 sont parmi les derniers khâridjites à être apparus, et les seuls à exister encore de nos jours. Apparus au début du VIIIème siècle en Irak, ils s’emparent du Yémen en 756 puis d’Oman en 749. Vers la fin du siècle, l’ibadisme parvient à se muer en doctrine d’Etat et à former, à l’instar du sufrisme, la base religieuse de nouveaux royaumes. Ainsi, Abd al-Raḥmân b. Rustum inaugure en 761 la dynastie des Rostémides au centre du Maghreb (761-910) [[ltr]14[/ltr]]. et un Oman devient un royaume ibadite [[ltr]15[/ltr]]. Les ibadites ne considèrent pas les autres musulmans comme des infidèles et reconnaissent l’efficacité du repentir après un péché grave [[ltr]16[/ltr]]. Parmi les branches les plus tolérantes du khâridjisme, l’ibadisme n’en prône pas moins une intransigeance politique et un rigorisme moral importants [[ltr]17[/ltr]].
Une ou des doctrines khâridjites ?
Malgré la scission du khâridjisme en de multiples branches aux doctrines très différentes, il est possible de distinguer les éléments communs à la plupart des groupes. Ce qui semble caractériser les khâridjismes, du moins à l’époque médiévale, est leur radicalisme politique et leur activisme violent. Une autre interprétation de l’étymologie du mot khâridjisme serait d’ailleurs la sortie non pas seulement du parti d’Ali mais également sur le champ de bataille. Selon la sourate 9 du Coran, le terme kharaja s’oppose en effet à celui de qa’ada (« rester chez soi dans l’inaction »), et les khâridjites auraient pu l’interpréter à leur compte en stigmatisant les « mauvais musulmans » qui ne sortaient pas de chez eux pour défendre leur religion [[ltr]18[/ltr]].
Dans la mesure où la doctrine khâridjite insiste sur la nécessité des œuvres (actions humaines) pour la reconnaissance de la foi, le croyant doit avoir un comportement exemplaire et le péché est sévèrement puni (l’ampleur de la punition variant selon chaque mouvement khâridjite) [[ltr]19[/ltr]]. En outre, les khâridjites ont élaboré un système égalitariste au sein de leurs communautés. Dès lors, le rôle des croyants est d’élire au rang de calife celui qui en est le plus digne, quelle que soit son origine sociale, et même s’il est un esclave [[ltr]20[/ltr]].
Ce point de la doctrine s’est avéré révolutionnaire dans les premiers temps de l’islam où les dirigeants étaient souvent sélectionnés selon des logiques aristocratiques. Selon les khâridjites, personne ne devrait être au-dessus des lois islamiques. Ainsi, certains d’entre eux sont allés jusqu’à rejeter la doctrine coranique de l’impeccabilité (évoquée au verset 135 de la sourate 4, elle précise que les prophètes ne peuvent se tromper dans la transmission du message divin) puisqu’ils sont prêts à excommunier un prophète qui aurait commis un péché, même s’il est véniel [[ltr]21[/ltr]].
Parallèlement, le khâridjisme cultive une certaine ambiguïté. Si son rigorisme oblige les musulmans à faire preuve d’irréprochabilité et d’éviter le plus possible de pécher sous peine d’être parfois considérés comme des apostats (des individus qui ont renoncé à leur religion), il incite souvent à la tolérance envers les [ltr]dhimmi[/ltr] (les Juifs et les Chrétiens) [[ltr]22[/ltr]].
Dans la mesure où le khâridjisme a développé une vision élective et collégiale du pouvoir couplée d’un puritanisme moral, il serait à rapprocher, selon Anne-Marie Delcambre, du protestantisme chrétien, et notamment du calvinisme. Les khâridjites ont en effet refusé l’autorité des Omeyyades tout comme les protestants ont remis en cause la légitimité du Vatican. Dès lors, si le khâridjisme a séduit les Bédouins rebelles d’Arabie ainsi que les Berbères insoumis d’Afrique du Nord, c’est parce qu’il incarnait l’insurrection politique et l’intransigeance religieuse « des gens des déserts face à la politique sunnite ou chiite, plus citadine, plus souple, mais aussi […] plus corrompue, trop soucieuse de modération et de compromis voire de compromission » [[ltr]23[/ltr]].
Le khâridjisme aujourd’hui
Aujourd’hui, les derniers khâridjites sont représentées par la branche ibadite. Cette dernière est surtout présente à Oman, le seul pays à majorité ibadite (75% de la population). D’autres communautés se sont implantées principalement en Algérie (région du Mzâb) [[ltr]24[/ltr]] mais également au Zanzibar, en Libye (dans le Djebel Nafûsa et à Zuwâra) et en Tunisie (l’île de Djerba).

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Les communautés ibadites dans le monde musulman
A Oman, un Etat autoritaire et centralisé s’est mis en place au XXème siècle, à rebours du système politique démocratique et collégial qui était préconisé par les premiers khâridjites. A partir de la découverte de gisements de pétrole en 1967, le pays entame un développement économique et social. En 1970, le sultan Qabus ibn Saïd renverse son père jugé tyrannique et met peu à peu en place un modèle politique et religieux original. Il promeut une vision consensuelle de la société omanaise, où les musulmans prient dans les mêmes mosquées quel que soit leur courant religieux, et où l’islam ibadite est à la fois intégrateur et en phase avec la modernité [[ltr]25[/ltr]]. Au niveau international, le sultanat d’Oman se pose en médiateur des puissances régionales. Seul Etat riverain du Golfe persique à avoir maintenu des relations proches avec l’Iran depuis la [ltr]révolution islamique[/ltr] de 1979, Oman cherche également à renforcer les liens au sein du [ltr]Conseil de Coopération du Golfe[/ltr]. Le sultan Qabus, à travers sa politique pragmatique et multipolaire, vise à pacifier la région tout en maintenant son indépendance [[ltr]26[/ltr]].
Dans le Mzâb en Algérie, les ibadites vivent repliés autour de villes très anciennes telles que Ghardaïa. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1982, la région est devenue un laboratoire d’une nouvelle forme de tourisme plus respectueux des réalités culturelles locales [[ltr]27[/ltr]]. Cependant, la présence d’importants gisements de pétrole a entraîné un afflux de population dans la région, et les ibadites n’y représentent plus la majorité des musulmans [[ltr]28[/ltr]]. Les croyants n’en conservent pas moins l’aspect rigoriste du khâridjisme, et considèrent leur territoire comme sacré. Le droit mozabite demeure ainsi très strict. En effet, l’une des plus sévères sanctions est l’exclusion de la communauté, ce qui s’apparente pour les habitants à une véritable excommunication [[ltr]29[/ltr]].
L’île de Djerba, en Tunisie, est devenue depuis les années 1980 un des hauts lieux du tourisme de masse. La communauté ibadite maintient toutefois sa présence, et peut se targuer de disposer d’un patrimoine très riche, notamment en ce qui concerne l’architecture sacrée et les manuscrits. Quant aux communautés berbères ibadites de Libye, durement réprimées tout au long du régime de Mouammar Khadafi (1969-2011), elles ont participé à la prise de Tripoli lors de la guerre civile [[ltr]30[/ltr]]. Enfin, dans l’archipel du Zanzibar, au large de la Tanzanie, l’influence de l’ibadisme d’Oman s’y est étendue depuis le XVIIIème siècle. En devenant la religion de nombreux marchands et propriétaires fonciers, l’ibadisme s’était aménagé une place aux côtés du sunnisme. Cependant, en 1964, lors de la fusion de Zanzibar avec la Tanzanie, les ibadites représentaient uniquement 3% de la population [[ltr]31[/ltr]]. La pression démographique des sunnites a peu à peu aboutie à la transformation de l’architecture des mosquées ibadites afin de les faire correspondre au style sunnite [[ltr]32[/ltr]].
Ainsi, que ce soit au Mzab ou à Oman, les deux principales communautés ibadites, les khâridjites d’aujourd’hui ont encore le sentiment d’appartenir à « un peuple élu » qui se doit de faire preuve d’irréprochabilité morale. Le salut doit être mérité en priant, en travaillant durement et en évitant le plus possible de commettre des péchés [[ltr]33[/ltr]]. L’austérité parfois extrême de l’ibadisme ne l’empêche pas de prôner le dialogue et la coopération avec les autres religions. Certains ibadites nient d’ailleurs aujourd’hui leur affiliation au khâridjisme, jugé trop marqué par l’extrémisme et l’intolérance des azraqites. Le khâridjisme a subi jusqu’à nos jours les critiques d’historiens musulmans très souvent hostiles à son égard et prompts à le classer comme une hérésie. Dès lors, le terme même de khâridjisme s’en retrouve profondément stigmatisé et écarté, au point où l’ibadisme moderne est parfois présenté comme la cinquième école du sunnisme (madhbab) [[ltr]34[/ltr]].

À LIRE EGALEMENT SUR LES CLES DU MOYEN-ORIENT :

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Hichem Djaït, La Grande Discorde, Religion et politique dans l’Islam des origines[/ltr]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Sunnites et chiites dans l’Orient médiéval[/ltr]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Sunnites et chiites à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles)[/ltr]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Sunnites et chiites à l’époque contemporaine[/ltr]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]L’opposition sunnisme-chiisme est-elle pertinente pour comprendre les conflits du Moyen-Orient contemporain ?[/ltr]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Sultanat d’Oman de 1798 à 1920 : la progressive implantation britannique[/ltr]
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[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Sultanat d’Oman de 1932 à 1955 : la progressive unification du pays[/ltr]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [ltr]Sultanat d’Oman de 1956 à 1977[/ltr]
Notes :
[[ltr]1[/ltr]] AILLET, Cyrille, « L’ibâḍisme, une minorité au cœur de l’islam », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 132 | décembre 2012, mis en ligne le 06 juillet 2012, consulté le 08 juin 2015. URL : [ltr][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien])
[[ltr]2[/ltr]] AMIR-MOEZZI, Mohammed Ali, « L’islam ancien et médiéval » in LENOIR, Frédéric, TARDAN-MASQUELIER, Ysé, Sous la direction de, Encyclopédie des religions, Tome 1, Histoire, Bayard, deuxième édition (1997), p. 766-767.
[[ltr]3[/ltr]] TINCQ, Henri, Larousse des religions, Larousse, 2009, p. 218.
[[ltr]4[/ltr]] MONNOT, Guy, « khâridjisme » in POUPARD, Paul, Dictionnaire des religions, PUF, Quadrige, 1984, 2007, p. 1085.
[[ltr]5[/ltr]] AMIR-MOEZZI, Mohammed Ali, « L’islam ancien et médiéval », op. cit., p. 766-767.
[[ltr]6[/ltr]] GAISER, Adam, « The kharidjites and Contemporary Scholarship », oxfordbibliographies.com, 2013. [ltr][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
[[ltr]7[/ltr]] DELCAMBRE, Anne-Marie, « Les khâridites, les protestants de l’islam », Clio.fr, 2003. [ltr][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
[[ltr]8[/ltr]] LAOUST, Henri, Les schismes dans l’islam, Introduction à une étude de la religion musulmane, Payot, 1965, p. 45.
[[ltr]9[/ltr]] SOURDEL Dominique, SOURDEL-THOMINE Janin, Vocabulaire de l’islam, Coll. Que sais-je ? Puf, 2002, p. 49.
[[ltr]10[/ltr]] LAOUST, Henri, Les schismes dans l’islam, Introduction à une étude de la religion musulmane, op. cit., p. 39-40.
[[ltr]11[/ltr]] SOURDEL Dominique, SOURDEL-THOMINE Janin, op. cit., p. 113.
[[ltr]12[/ltr]] LAOUST, Henri, op. cit., p. 42.
[[ltr]13[/ltr]] EL FASI, M., HRBEK, I., Histoire Générale de l’Afrique, Volume III, L’Afrique du VIIe au XIe siècle, Unesco, 1990, p. 277-278.
[[ltr]14[/ltr]] EL FASI, M., HRBEK, I., op. cit., p. 280.
[[ltr]15[/ltr]] AILLET, Cyrille, op. cit.
[[ltr]16[/ltr]] AMIR-MOEZZI, Mohammed Ali, op. cit., p. 766-767.
[[ltr]17[/ltr]] LAOUST, Henri, op. cit., p. 47.
[[ltr]18[/ltr]] AMIR-MOEZZI, Mohammed Ali, op.cit., p. 766-767.
[[ltr]19[/ltr]] Idem.
[[ltr]20[/ltr]] MONNOT, Guy, « khâridjisme » in POUPARD, Paul, Dictionnaire des religions, PUF, Quadrige, 1984, 2007, p. 1085.
[[ltr]21[/ltr]] URVOY, Marie-Thérèse, « impeccabilité », in AMIR-MOEZZI, Mohammed Ali, Dictionnaire du Coran, 2007, Robert Laffont, p.416.
[[ltr]22[/ltr]] AMIR-MOEZZI, Mohammed Ali, « L’islam ancien et médiéval », op. cit., p. 766-767.
[[ltr]23[/ltr]] DELCAMBRE, Anne-Marie, op. cit.
[[ltr]24[/ltr]] AILLET, Cyrille, op. cit.
[[ltr]25[/ltr]] Idem.
[[ltr]26[/ltr]Questions Internationales n°46, « Les États du Golfe. Prospérité et insécurité », 2010, p70-71.
[[ltr]27[/ltr]] AILLET, Cyrille, op. cit.
[[ltr]28[/ltr]] Idem.
[[ltr]29[/ltr]] DELCAMBRE, Anne-Marie, op. cit.
[[ltr]30[/ltr]] AILLET, Cyrille, op. cit.
[[ltr]31[/ltr]] LE COUR GRANDMAISON, Colette, CROZON, Ariel, Zanzibar aujourd’hui, Karthala Editions, 1998, p. 30.
[[ltr]32[/ltr]] Idem.
[[ltr]33[/ltr]] DELCAMBRE, Anne-Marie, op. cit.
[[ltr]34[/ltr]] AILLET, Cyrille, op. cit
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Message  Arlitto le Lun 7 Mar - 20:40

Les khâridjites, les protestants de l'islam


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Anne-Marie Delcambre

Docteur d'État en droit, docteur en civilisation islamique Islamologue et professeur d'arabe

Puritanisme moral et égalitarisme démocratique, tels sont les traits dont se réclame la première grande secte musulmane. Au-delà de la doctrine, dont les variantes ont été le fait desazraqites, des najadât, des sofrites et des ibadites, les khâridjites jouèrent un rôle politique important, autant par leur fanatisme récurrent que par leur position de rebelles, tout d'abord dans les querelles entre les différentes tribus d'Arabie, puis en Tripolitaine et en Afrique du Nord. Aujourd'hui, comme nous l'explique Anne-Marie Delcambre, les khâridjites mozabites comme les khâridjites omanais sont les deux dernières communautés ibadites, où la rigueur morale va de pair avec une réelle réussite commerciale. 

La secte des « sortants »

Lors de l'assassinat du calife ‘Uthmân, en juin 656, un violent conflit opposa Ali, cousin et gendre de Mahomet, proclamé calife dans la plus grande confusion, à Mu'âwiya, gouverneur de Damas et parent du calife ‘Uthmân assassiné. Pour Ali dont le califat était contesté par les puissants Mecquois, le meurtre du précédent calife était un véritable désastre. Il se trouvait en butte aux accusations de la puissante famille des Banû Omayya – les Omeyyades – qui réclamaient le prix du sang d'Uthmân. Du fait des lourds soupçons qui pesaient sur lui, Ali ne pouvait rester sans réagir. Il proposa donc à Mu'âwiya un affrontement. Celui-ci se déroula en juin et juillet 657 sur la rive droite de l'Euphrate, à Siffin. Mu'âwiya allait être vaincu quand un de ses généraux, Amr, usa d'un stratagème : mettre des feuillets du Coran au bout des lances. Les partisans d'Ali refusèrent de continuer le combat. Un arbitrage fut alors proposé par le rusé Mu'âwiya qui se termina à l'avantage des Omeyyades : ce fut l'arbitrage d'Adhruh, en janvier 659. Or l'acceptation de ce compromis par Ali fut le point de départ d'un mouvement de révolte, dans les rangs de ses compagnons. En effet certains, déçus par la faiblesse d'Ali, « sortirent » des rangs. De ce verbe arabe « kharaja » allait naître le nom de la première grande secte musulmane, celle des « sortants », les khâridjites.

Signification sociologique de la rupture des khâridjites

Si les « khâridjites » rompaient avec Ali c'est parce que ce dernier, en acceptant l'arbitrage proposé par Mu'âwiya, au lieu de défendre son autorité par les armes, substituait un jugement humain au verdict d'Allah. Mais en réalité le khâridjisme avait au milieu du VIIe siècle une signification principalement politique ; ce n'est que beaucoup plus tard qu'à cette signification politique et tribale se substitua une signification religieuse « islamique », détachée du contexte initial des querelles entre clans d'Arabie. En effet les premiers califes étaient non seulement tous de la tribu de Quraych, des Quraychites de La Mecque, mais, avec le calife ‘Uthmân, c'était le clan le plus prestigieux qui avait repris le pouvoir puisque le troisième calife allait favoriser sa famille, pratiquant outrageusement le népotisme. Or la majorité des partisans de Mahomet, ceux du moins qui l'avaient conduit à la victoire contre les puissants Mecquois, non seulement n'appartenaient pas à des clans prestigieux mais n'avaient souvent ni généalogie ni fortune ; c'était souvent leur courage dans la bataille qui leur tenait lieu de noblesse. Face aux prétentions des puissants chefs de tribus d'Arabie, ils rappelaient que l'islam était intervenu et par lui une nouvelle hiérarchie avec à la base l'égalité entre les croyants. ‘Uthmân, en accordant la priorité aux revendications de famille et Ali en acceptant l'arbitrage du puissant Mu'âwiya, étaient deux califes qui n'étaient pas fidèles à Mahomet et à sa religion. Aussi en février 661, Ali était poignardé dans la mosquée de Kûfa par un khâridjite, Abd al-Rahmân b. Muljam. Une tradition accusera ce dernier d'avoir aussi voulu assassiner, sans toutefois y réussir, Mu'âwiya et Amr, les deux autres responsables du schisme qui avait déchiré la communauté musulmane.
Ce que voulaient les khâridjites, c'était la fin de la préséance due à l'origine et à la richesse. Ils revendiquaient un traitement égal entre tous les croyants. Seule la vertu devait départager les musulmans et les vertus guerrières venaient en premier. On peut donc parler de rigueur morale extrême. Tous les khâridjites n'avaient cependant pas la même intransigeance. Certains acceptèrent même – provisoirement du moins – le califat omeyyade de Mu'âwiya. Mais d'autres entrèrent en révolte car ils soutenaient que les croyants musulmans avaient non seulement le droit de s'insurger contre le calife coupable d'une faute grave mais encore celui de choisir librement leurs chefs, que ceux-ci fussent ou non de descendance arabe quraychite. Ils allaient jusqu'à prétendre que c'était le meilleur des musulmans, même s'il s'agissait d'un esclave noir, qui devait être élu pour guider la communauté. Plus démocratique et plus égalitaire, le khâridjisme apparaissait ainsi sous les traits d'un rigorisme moral ennemi des concessions et des compromissions inhérentes à l'exercice du pouvoir politique en Arabie. Les khâridjites étaient d'anciens partisans d'Ali. Ce dernier avait rallié les suffrages des Médinois et des exclus de la féroce et très sélective hiérarchie tribale. La tradition sunnite aussi bien que chiite considère que les khâridjites sont les premiers responsables du déchirement de la communauté et de la violence de l'islam. On ne peut nier le fanatisme de certains éléments les plus intransigeants du khâridjisme. Le califat de Mu'âwiya eut à affronter des émeutes khâridjites. À chaque fois la révolte khâridjite fut écrasée par les forces califales plus nombreuses et mieux organisées mais cela ne pouvait occulter que l'idéologie khâridjite était bien vivante et surtout qu'elle séduisait les masses populaires les plus déshéritées.

Les différentes doctrines

Dès le début le khâridjisme était apparu fort divisé. Quatre grands mouvements se distinguèrent par des différences de comportements autant que de doctrines.
Les azraqites de Mésopotamie et de Perse se singularisèrent par leur extrémisme ; les najadât, les sofrites et les ibadites étaient plus modérés et étaient disséminés sur tout le territoire de l'islam, en Irak, en Arabie, au Yémen mais aussi dans les provinces très éloignées du siège du califat, en Afrique du Nord particulièrement.

La doctrine khâréjite des azraqites

Son nom provient d'un mouvement de révolte « azraqite », du nom de Nâfi'b. Al-Azraq. Il éclata en 684 à Bassorah et s'étendit ensuite au sud de l'Irak et en Perse. Les azraqites allèrent fort loin sur la voie de l'intransigeance dogmatique. Étaient considérés comme des grands pécheurs, ceux qui s'abstenaient de lever l'étendard de la révolte contre tout pouvoir injuste. Ce rigorisme ne laissait aucune place à l'opportunisme, au « neutralisme », à l'hypocrisie. La pratique de la dissimulation légale, la taqiya, des chiites était totalement interdite. Mais surtout les khâridjites azraqites préconisaient et appliquaient un véritable terrorisme fanatique.
Ils utilisaient deux pratiques que ne connaissaient pas les sunnites : l'imtihân et l'isti'râd. L'imtihân ou examen probatoire consistait à exiger de tout musulman néophyte khâréjite, comme gage de sa sincérité, d'égorger un adversaire prisonnier, se référant au fait que le prophète avait demandé à Ali de couper la tête de prisonniers mecquois. Ensuite la pratique de l'isti'râd, du meurtre religieux, qui autorisait la mise à mort des hommes mais aussi des femmes et des enfants, fussent-ils impubères, de ces derniers. Ils considéraient le territoire occupé par les autres musulmans comme un territoire d'infidélité ou dâr kufr, où il était licite de s'attaquer aux personnes et aux biens.
En 695 éclatait une autre révolte khâréjite, menée par Shabîb, le fils d'un Arabe et d'une Grecque. Il pénétra de nuit dans Kûfa, avec des partisans auxquels s'était joint un détachement de femmes armées que commandaient sa mère Ghazzâla et sa femme Juhaiza. La tradition sunnite se plaît à souligner, comme un nouvel exemple de la fureur sanguinaire des khâridjites, la sauvagerie avec laquelle furent massacrés, dans la mosquée de Kûfa, les musulmans, tandis que Ghazzâla, montant en chaire enflammait les rebelles. Certains virent en Shabîb un sofrite : mais la seule doctrine qui soit attribuée en propre à Shabîb est d'avoir soutenu qu'il était légitime de confier le califat à une femme s'il s'avérait que cette dernière était capable de diriger la communauté.
Avec la mort de Shabîb, qui périt noyé en essayant de franchir un fleuve au Khuzistan, prenait fin la première grande période de l'agitation khâridjite en Orient. Mais sous le calife omeyyade Hicham (724-743) éclataient encore des révoltes khâridjites au Maghreb. Toutes ces agitations khâridjites eurent pour conséquence d'affaiblir le califat omeyyade et de préparer le succès de ses adversaires.

La doctrine khâréjite des najadât

C'est par réaction contre l'extrémisme des khâréjites azraqites que naquit, en Arabie centrale, le mouvement des najadât, des azraqites plus modérés. Ils s'emparèrent de Bahrein en 685. Ils prirent ensuite pied dans l'Oman et conquirent une partie du Yémen. Ils interceptaient les caravanes comme l'avait fait le Prophète Mahomet. Mais la discorde se mit dans leurs rangs alors qu'ils projetaient de faire la conquête du Hedjaz en Arabie ; la doctrine des najadât est un rejet de l'extrémisme azraqite. En effet la légitimité du meurtre politique n'était pas admise et les « tièdes » étaient considérés non pas comme des renégats mais comme des poltrons, de simples hypocrites. Mais les khâridjites najadât restaient néanmoins des théoriciens de la violence et avaient recours avant tout aux armes pour conquérir le pouvoir.

La doctrine khârédjite des sofrites

Fondée par Ziyad ibn-al-Asfar, la secte des Sofrites, bien qu'extrémiste, comportait, elle aussi, des atténuations par rapport à la rigueur des positions des khâridjites azraqites. Le meurtre politique était rejeté et la taqiya ou réserve mentale était tolérée mais en paroles seulement. À l'époque abbasside leur doctrine fut assez bien accueillie par les Berbères ainsi que par la dynastie des Midrarides de Sijilmassa, dans le sud marocain.

La doctrine khâridjite des ibadites

Doctrine qui doit son nom à Abdallah ibn Ibadh, moins extrémiste que les azraqites, elle conservait néanmoins un caractère d'intransigeance politique et de rigorisme moral. Les khâridjites avaient incontestablement contribué à la chute du califat omeyyade. Ils rappelèrent bien vite au califat abbasside leur existence. Une révolte éclatait en 752 dans l'Oman. Les khâridjites furent battus mais le khâridjisme ne fut pas pour autant extirpé. Les khâridjites ibadites restèrent nombreux et élurent leur imama à Nizwa en 791. Mais le terrain d'implantation par excellence du khâridjisme, sous les Abbassides, restait la Tripolitaine et l'Afrique du Nord, et ceci grâce à une équipe de cinq missionnaires orientaux envoyés de Basra, en Irak, au Maghreb pour prêcher la bonne nouvelle. Des tribus berbères ralliées au khâridjisme ibadite installèrent, en 757, leur capitale à Tripoli. En 758 les khâridjites s'emparaient de Kairouan et un ibadite d'origine iranienne, Abd Allah b. Rustum, en devenait le gouverneur. Se constituait alors un État khâridjite ibadite qui comprenait la Tripolitaine – la région du Nord-Ouest de l'actuelle Libye –, la Tunisie et la partie orientale de l'Algérie, tandis que les khâridjites sofrites, de leur côté, avaient réussi à s'installer à Sijilmâsa, dans le Sud marocain. Malgré la réaction du califat sunnite qui finit par infliger une défaite aux khâridjites de Tripoli, Ibn Rustum fondait l'émirat ibadite de Tahert ; à Tlemcem, le sofrite Abu Qurra établissait un autre émirat khâridjite. Mais les khâridjites subirent en 772 un terrible désastre. Le calife abbasside Al-Mansour avait consenti un énorme sacrifice financier pour les combattre. Kairouan fut reconquise mais pendant quinze ans il fallut des efforts considérables pour briser le khâridjisme. « Dès ce moment, écrit Ibn Khaldûn, l'esprit d'hérésie et de révolte qui avait si longtemps agité les Berbères d'Ifrîqiya se calma tout à fait. » La résistance khâridjite, en faisant barrage au califat abbasside, facilita l'implantation de l'émirat sunnite des Omeyyades d'Espagne au Xe siècle. Mais l'histoire du khâridjisme au Maghreb ne se limite pas aux dynasties des Banû Rustum à Tahert et des Banû Midrâr à Sijilmâsa. Il faut rappeler la révolte khâridjite d'Abû Yazîd, surnommé « l'homme à l'âne », qui avait reçu une formation de théologien ibadite. Abu Yazîd parcourait le Maghreb, accompagné de sa femme et de ses fils, exhortant les populations à chasser les chiites fatimides. Cette propagande eut un succès considérable dans l'Aurès. Mais les rivalités tribales aboutirent à la défaite du rebelle khâridjite. Il mourut en 947. « Son cadavre, écrit Ibn khaldûn, fut écorché et sa peau, remplie de paille, fut placée dans une cage pour servir de jouet à deux singes que l'on avait dressés à ce métier. » Le khâridjisme maghrébin sortait durement touché de cette révolte mais ne disparut point. Fortement enraciné, il se maintint avec des centres d'enseignement très prospères jusqu'à l'invasion des Banû Hilâl, tribu d'Arabie qui envahit l'Afrique du Nord au XIe siècle. Mais le coup fatal fut celui porté par la domination ottomane en Tunisie et en Algérie au XVIe siècle. C'est alors que le khâridjisme, dans le Mzab, alors encore prospère, devint vraiment une minorité repliée sur elle-même, le pâle souvenir de ce qu'avait été autrefois l'ibadisme.

Les khâridjites aujourd'hui

Aujourd'hui, le khâridjisme est représenté par deux communautés différentes qui présentent, cependant, de nombreux points communs. D'abord, dans le Mzab en Algérie comme dans l'île de Djerba en Tunisie, subsiste une minorité de khâridjites ibadites. Ensuite, dans le sultanat d'Oman, les khâridjites représentent encore 75 % des deux millions d'habitants. Les habitants du Mzab, les Berbères mozabites, sont donc des khâridjites ibadites tout comme les Arabes omanais. Ils sont eux aussi des « séparatistes », des « sécessionnistes », les héritiers de ceux qui, n'ayant pas toléré l'attitude d'Ali, le quatrième calife, en 657 à Siffin, « sortirent » des rangs. La formation de cités dans le Mzab a été dominée par le souci de préserver ce séparatisme religieux. Persécutés, chassés du royaume de Tahert, les ibadites d'Algérie s'installèrent à Sedrata, près de Ouargla, puis au Mzab. Dès 1011, on vit s'y ériger cinq villes d'une blancheur éclatante dont l'architecture dépouillée allait faire un jour rêver l'architecte Le Corbusier. El Ateuf d'abord puis Béni Isguen, Melika, Ghardaïa, Bou Noura et plus tard, au XVIIe siècle, Guerrara et Berriane. Dans ces cités du Mzab qui se situent presque toutes dans le même oued, la communauté khâridjite ibadite vit, repliée sur elle-même, dans une dévotion rigoriste, sur un territoire considéré comme sacré, pur de toute souillure, dans une sorte d'émigration ou hégire, coupé du pays des autres musulmans. Le droit mozabite prévoit des sanctions dont la plus redoutable est l'exclusion de la communauté, véritable excommunication. Par droit mozabite il faut entendre le droit coranique auquel s'ajoutent des recueils écrits de coutumes, les ittifâqat, pour les « accords » commerciaux.
Parmi les ibadites, les laveurs de morts occupent une place particulièrement importante car ils ont également le rôle de « censeurs des mœurs ». Les khâridjites ibadites du Mzab comme les khâridjites ibadites omanais ont le sentiment d'appartenir à une communauté religieuse qui se définit, par un maximum de rigueur et d'intransigeance, « la famille de Dieu », « le peuple élu ».

Les khâridjites face à l'économie moderne

Il est à noter que, dans ces deux principaux îlots de survivance du khâridjisme modéré, puritanisme et capitalisme coexistent sans problème. Les Omanais ont affronté la découverte de gisements pétroliers et le sultanat autrefois très pauvre est alors entré sereinement dans le club des riches monarchies pétrolières du golfe. Nizwa, fief de la tendance conservatrice du khâridjisme ibadite est aujourd'hui un centre commercial au rayonnement important. En Algérie aussi les mozabites ibadites ont particulièrement bien réussi dans le monde du commerce. Comment expliquer la réussite commerciale dans les deux cas ? Pour les khâridjites ibadites, le salut doit être mérité par la prière, la vie pieuse et le travail. L'oisiveté et la prodigalité sont condamnées. De plus sont interdits le luxe, le tabac, l'alcool, les parfums, la musique et la danse. Le khâridjite ibadite ne pouvant utiliser à des dépenses somptuaires l'argent gagné, n'a d'autre de recours que de réinvestir. L'entraide dans la communauté devient facilement une « entente commerciale », sans parler de l'entraide familiale normale pour les Arabes omanais comme pour les Berbères mozabites.

Les khâridjites et les femmes

Un autre point de ressemblance entre les deux dérives est celui de la cohésion extrêmement forte de la famille, renforcée par celle de la communauté ; c'est l'absence de liberté de la femme. Il est difficile à une femme d'Oman de sortir de son pays et il est interdit à toute femme mozabite de quitter le Mzab. De plus la séparation des sociétés masculine et féminine est dans les deux régions presque totale ; le meilleur symbole est ce masque qui voile le visage féminin à Oman, le voile qui ne découvre qu'un œil, pour les femmes du Mzab. Si le pantalon bouffant, le sirwal, de l'épicier mozabite ne ressemble pas à la dishdasha de l'Omanais, ils ont tous deux le même désir de garder les traditions vestimentaires du passé dans la vie moderne.

Les khâridjites, « protestants » de l'islam

Les deux sont considérés comme les protestants, les puritains de l'islam et il y a la même volonté farouche de rester « séparés » des autres musulmans. Car, si le khâridjisme avait séduit les Bédouins rebelles d'Arabie ou d'Oman aussi bien que les Berbères insoumis d'Afrique du Nord, c'est qu'il incarnait tout à la fois la révolte sociale, l'insurrection politique, l'intransigeance religieuse des gens des déserts face à la politique sunnite ou chiite, plus citadine, plus souple, mais aussi plus tortueuse, plus corrompue, trop soucieuse de modération et de compromis voire de compromission, de solutions moyennes.
Le khâridjisme ne représente plus qu'un infime pourcentage de la communauté islamique – à peine 1 % – et n'existe plus que dans sa version modérée : l'ibadisme. Pourtant, cette troisième branche de l'islam n'a jamais perdu cette tonalité de violence guerrière et de rigueur morale implacable qui confère toujours à ses représentants un incontestable prestige auprès des musulmans, même en milieu sunnite. C'est le cas des mozabites en Algérie, dans cette région du Sahara algérien qui a vu fleurir des villes comme Ghardaia et où les épiciers berbères imposent le respect par leur intransigeance morale.
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Message  Arlitto le Lun 7 Mar - 20:41

Le Kharidjisme, la première scission dans la Oumma

Origine du Kharidjisme

Le kharidjisme est le troisième courant de l’Islam après le sunnisme et le chiisme. Sa formation est historiquement due à l’absence d’arbitrage entre le 4ème calife de l’islam Ali et le gouverneur de Damas de l’époque Muawiya à l’issu de la fameuse bataille de Siffin(1). Les futurs Kharidjites, dont l’opinion penchait alors en faveur du calife régnant, n’acceptèrent jamais que ce dernier se soumette à l’arbitrage humain proposé par Muawiya fils de Abî Sufyan, se référant au texte coranique qui stipule que « seul l’arbitrage de Dieu prévaut ». Le calife, en sa qualité d’élu, ne doit pas se laisser influencer ou se laisser contredire par un autre parti, en l’occurrence celui de Muawiya.
Un musulman du nom de Shith bin Rab, considérant que ces deux hommes étaient tout deux dans l’erreur, décida de faire scission et ainsi de former un nouveau courant religieux qui très vite s’est déclaré indépendant vis-à-vis du pouvoir califal. Ceux qui le rejoignirent formèrent donc avec leur chef le courant du Kharidjisme (les dissidents ou les sortants en arabes).
Voici le verset coranique sur lequel les Kharidijtes se basent pour prouver l’erreur dans laquelle étaient Ali et Muawiya :
9. Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l'un d'eux se rebelle contre l'autre, combattez le groupe qui se rebelle, jusqu'à ce qu'il se conforme à l'ordre d'Allah. Puis, s'il s'y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allah aime les équitables.

Sourate 49 : AL-HUJURAT (LES APPARTEMENTS)
Les Kharidjites entrèrent peu après en révolte contre Ali, remettant en cause son statut même de calife. Ce dernier du mater la rébellion à Nehrwân, ce qui aboutit à faire grandement baisser sa popularité et une partie de son armée se désolidarisa de lui.
La tradition rapporte que ce sont également les Kharidjites qui organisèrent l’assassinat d’Ali et de Muawiya (2).

Dogme et pratique religieuse
Le Kharidjisme prône un islam relativement rigoriste, dont la pratique doit être la plus proche possible des enseignements du prophète Muhammad (PBSL). Toute innovation est donc complètement proscrite, et les actes prennent une place très importante dans la pratique de l’Islam.
Le califat ne doit être assuré que par des personnes élues parmi la Oumma pour leurs qualités de croyants, quelque soient leur origine et leur race. La prise du pouvoir par droit de succession est considérée comme culte de la personnalité et est donc condamnée, tout comme la montée des privilèges sous la dynastie Omeyyades.

Les différentes écoles du Kharidjisme
On dénombre quatre écoles relativement connues au sein du Kharidjisme :

- Sufrisme :
 elle représente une version modérée du Kharidjisme, qui admet pour ses fidèles la dissimulation de la foi, et rejette le meurtre d’enfants de mécréants et ceux commis pour cause politique (c'est-à-dire envers les opposants au pouvoir en place). Cependant, il rejette entièrement la sourate XII du Coran (Sourate Yussuf ou Joseph) et considère qu’elle ne fait pas partie du texte sacré.
- Azraqisme : courant extrémiste dont les membres considèrent les autres musulmans non alignés sur leur dogme comme « Mushrik » (Mécréants). Les pratiquants considèrent que la foi ne doit pas être dissimulée, et que le meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants mécréants est autorisé. De même, la mise à mort d’un prisonnier par décapitation faisait partie du rite initiatique d’entrée dans ce courant religieux, pour tout nouvel arrivant, afin qu’il puise prouver sa loyauté envers cette branche du Kharidjisme.
- Najidisme : courant opposé à l’Azraqisme, mais qui partage cependant quelques unes de ses idées rigoristes comme le devoir de prendre les armes si cela s’avère nécessaire pour la prise du pouvoir.
- L’Ibadisme : peut être le courant le plus connu des quatre. Il s’agit d’une école fondée par Abdullah ibn-Ibad at-Tamimi. Elle prône l’indissociabilité entre les gestes et la parole chez le musulman. En effet, l’acceptation de la religion par la foi seule n’est pas suffisante, et les gestes doivent être en accord avec la pensée. Ainsi, pour ces personnes, le musulman qui n’accomplit par d’œuvres pieuses, est semblable à celui qui commet la fornication, boit de l’alcool ou à commis un meurtre ou un vol. Et même si personne ne peut se permettre de juger le musulman égaré, il est important de le ramener dans la voie de la droiture et de l’accomplissement des bonnes actions.
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