L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

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L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 20:38

L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

(NH VI, 6)

Traduit du copte par Jean-Pierre Mahé Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sous la direction de Louis Painchaud, Wolf-Peter Funk et Paul-Hubert Poirier, à l’université de Laval, Québec, Canada.


Discours de l’Ogdoade et l’Ennéade

Préambule

(FILS) Mon père,tu m’as promis hier de conduire mon intellect jusque dans l’Ogdoade et de me conduire ensuite moi-même jusque dans l’Ennéade. Tu as dit : c’est l’ordre de la tradition.

(HERMÈS) Oui, mon enfant, c’est bien l’ordre ; mais la promesse fut faite selon la condition humaine. Je te l’ai bien dit dès que j’eus commencé de te faire cette promesse ; je te l’ai dit, si tu t’en souviens, à chaque degré.

Entretien sur la régénération spirituelle et la race des élus

Quand j’eus reçu l’Esprit grâce à la Puissance, je te transmis l’énergie : car, si l’intellection relève de toi, c’est en moi, pour ainsi dire, que la Puissance est conçue. En effet, lorsque j’eus conçu par la source qui coule en moi, je l’engendrai.

(FILS) Mon père, tu m’as bien exposé chaque propos. Pourtant, je suis déconcerté par ce propos que tu as tenu à l’instant. Tu as dit en effet : « c’est la Puissance qui est en moi ». Il répondit :

(HERMÈS) Je l’ai engendrée comme on engendre les enfants.

(FILS) Mon Père, ai-je donc beaucoup de frères, si tu me comptes parmi les descendances ?

(HERMÈS) Parfaitement, mon enfant, ce bien se compte par ...................en tout temps. C’est pourquoi, mon enfant, il t’est nécessaire que tu connaisses tes frères et que tu les honores bien, comme il convient, car ils sont issus du même Père. En effet, chaque descendance, je l’ai appelée, je lui ai donné un nom, puisqu’elles sont engendrées comme des enfants.

(FILS) Mon père, ont-ils donc, eux aussi, leurs mères ?

(HERMÈS) Mon enfant, ce sont des mères spirituelles, car il s’agit des énergies qui font croître aussi les âmes : c’est pourquoi je dis qu’elles sont immortelles.

(FILS) Ta parole est vraie ; elle ne prête plus à contradiction désormais. Ô mon père, commence le discours de l’Ogdoade et de l’Ennéade, et mets-moi, moi aussi, au nombre de mes frères.

(HERMÈS) Prions, mon enfant, le Père du Tout, avec tes frères qui sont mes fils, afin qu’il dispense l’Esprit, et que je parle.

(FILS) Comment prie-t-on, mon père, en union avec les descendances ? Je souhaite obéir, mon père, mais.....

(HERMÈS) … Mon enfant. .....Cependant cela n’est ni une nécessité ni une loi] mais cela repose en elle et ......... Or il est juste que tu te souviennes du progrès en sagesse qui s’est produit en toi grâce aux livres. Mon enfant, compare-toi au premier âge : comme les petits, tu as posé les questions les plus déraisonnables, les plus irréfléchies.

(FILS) Mon père, le progrès et la prescience qui me sont advenus présentement grâce aux livres sont arrivés à surpasser la déficience qui était en moi tout d’abord.

(HERMÈS) Mon enfant, quand tu concevras par l’intelligence la réalité de ce que tu dis, tu trouveras tes frères priant avec toi, eux qui sont mes fils.

(FILS) Mon père, mon intelligence ne conçoit rien d’autre que la beauté qui m’est advenue grâce aux livres, celle que tu appelles beauté de l’âme.

(HERMÈS) L’édification s’est opérée en toi par degrés. Puisse t’advenir l’intellection et tu seras instruit.

(FILS) J’ai reconnu par l’intelligence, mon père, chacune des descendances, plus

particulièrement la 55 matière ? ........ elles]sont dans..............

llumination mystique

(HERMÈS) 2 Mon fils, ..... par des louanges de la part de ceux qui ont reçu l’accroissement.

(FILS) Mon père, quant au propos que tu as tenu, j’en recevrai de toi la puissance. Suivant ce qui a été dit, prions tous deux, mon père.

(HERMÈS) (récitant une sorte de préface liturgique) Mon enfant, c’est convenance Que, de toute notre pensée, de tout notre coeur et de toute notre âme, Nous priions Dieu, et lui demandions Que le don de l’Ogdoade s’étende jusqu’à nous, Et que chacun de nous reçoive par là ce qui lui est propre : À toi il appartient de saisir par l’intelligence, Et à moi de pouvoir exprimer le discours Grâce à la source qui coule en moi.

Prière d’invocation

(FILS) Prions, mon père. (Hermès et son fils, ensemble) Je t’invoque, toi qui es Celui qui domine sur le royaume de la Puissance, Celui dont le Verbe se fait naissance de lumière ; et dont les paroles sont immortelles, éternelles, inaltérables ! Celui dont le vouloir engendre la vie manifestée, en tout lieu ; et dont la nature donne forme à l’essence ! C’est de Lui que se meuvent [56] les âmes de l’Ogdoade et les anges. Car c’est Lui dont le Verbe s’étend vers chacun de ceux qui existent ; Sa Providence parvient jusqu’à chacun dans le Lieu. Il engendre chacun, lui qui a partagé l’Éon entre les Esprits. Il a créé toutes choses, Lui qui est son propre contenant et soutient tous les êtres en sa plénitude !

Dieu invisible, à qui l’on s’adresse en silence, Dont l’image se meut en se gouvernant Et se gouverne en se mouvant ! Puissant de la Puissance, Toi qui es plus grand que la grandeur, Plus glorieux que les gloires ! Zôxathazô, Zôzazôth, Seigneur, accorde-nous une sagesse issue de ta Puissance parvenant jusqu’à nous, afin que nous nous fassions part mutuellement de la contemplation de l’Ogdoade et de l’Ennéade.

Déjà nous avons atteint l’Hebdomade, car nous sommes pieux, nous gouvernant dans ta Loi, et ta volonté, nous l’accomplissons toujours. En effet, nous avons marché dans [57] ta voie et nous avons laissé derrière nous la malice, afin que nous fassions advenir la contemplation. Seigneur, accorde-nous la vérité dans l’image, accorde-nous, par l’Esprit, de voir la forme de l’image qui est sans déficience reçois de nous la réplique du Plérôme par notre action de grâces et reconnais l’Esprit qui est en nous.

Car c’est par Toi que le Tout a été animé ; Car c’est de Toi, l’Inengendré, qu’est issu l’Engendré. La génération de Celui-qui-s’engendre-lui-même se produit par Toi, comme génération de tous les êtres engendrés. Reçois de nous le sacrifice de discours que nous faisons monter vers Toi de tout notre coeur et de toute notre âme et d toute notre force. Sauve ce qui est en nous, Et donne-nous la sagesse immortelle.

Première vision

(HERMÈS) Embrassons-nous l’un l’autre, mon enfant, avec amour. (Tandis qu’ils s’embrassent silencieusement, Hermès a une vision.)

Réjouis-toi de ceci ! Car déjà, venant d’Eux, la Puissance qui est lumière arrive jusqu’à nous !

(FILS) Je vois, oui, je vois des profondeurs indicibles !

(HERMÈS) Comment te le dirais-je, [58] mon enfant, commence dès maintenant à tendre vers les lieux ! Comment te parlerais-je du Tout ? Je suis l’Intellect et je vois un autre Intellect qui met l’âme en mouvement. Je vois Celui qui me ravit en une sainte extase. Tu me donnes puissance. Je me vois moi-même. Je veux parler. Une crainte me retient. J’ai trouvé, moi, le Principe de la Puissance qui est au-dessus de toutes les Puissances et qui lui-même n’a pas de principe. Je vois une source vibrante de vie. Je l’ai dit, ô mon enfant, je suis l’Intellect. J’ai contemplé ! Il est impossible à la parole de révéler cela. En effet, toute l’Ogdoade, ô mon enfant, avec les âmes qui sont en elle et les anges chantent des hymnes en silence. Mais à moi, l’Intellect, ils me sont intelligibles.

(FILS) De quelle façon chantent-ils ?

(HERMÈS) Te voici au point qu’on ne pourra plus te parler.

Prière à Hermès divinisé

(FILS) Je fais silence, ô mon Père. Je désire te chanter un hymne en silence.

(HERMÈS) Chante-le-moi donc, car je suis l’Intellect.

(FILS) L’Intellect m’est intelligible, Hermès, celui que l’on ne peut interpréter, Car il se retranche en lui-même ! Mais, je me réjouis, ô mon Père, voyant que tu souris, Et le Tout (59 ) se réjouit ! C’est pourquoi, il n’est pas de créature Qui puisse être privée de ta vie. Car c’est toi le Seigneur des citoyens en tout lieu. Ta providence est une sauvegarde. Je t’invoque, Père, Éon des Éons, Esprit, Être divin, Qui, en outre, répands en esprit l’eau de pluie sur chacun ! Que m’en dis-tu, ô mon Père, Hermès ?

(HERMÈS) De cela, je ne dis rien, ô mon enfant : il est juste, en effet, devant Dieu, que nous taisions ce qui est caché.

(FILS) Ô Trismégiste, ne permets pas que mon âme soit veuve de la contemplation, Être divin, car tu as pouvoir sur toute chose, comme maître de tout le lieu !

(HERMÈS) Reviens à l’action de grâces, ô mon enfant, et exprime tout cela en silence. Demande ce que tu veux en silence.

Deuxième vision

(Le fils se recueille quelques instants en silence) Quand il eut terminé de rendre grâces, il s’écria :

(FILS) Père, Trismégiste, que dirai-je ? Nous avons reçu cette lumière et, moi, je vois cette même vision à l’intérieur de toi ! Et je vois l’Ogdoade avec les âmes qui sont en elle, et les anges chantent leurs hymnes à l’Ennéade et à ses Puissances. Et je le vois, Lui, pourvu de toutes leurs Puissances, et qui crée (60 ) dans l’Esprit !

Action de grâces

(HERMÈS) Il est bien que nous fassions désormais silence. Ne va pas, précipitamment parler de la vision ! Désormais, il convient de chanter des hymnes au Père, jusqu’au jour de quitter ce corps.

(FILS) Ce que tu dis-là, ô mon Père, je veux le dire moi aussi. Je chante un hymne du fond de mon coeur.

(HERMÈS) Puisque tu as atteint le repos, vaque à l’action de grâces, car tu as trouvé ce que tu cherchais.

(FILS) Mais comment faut-il, ô mon Père, que je rende grâces, puisque mon coeur est plein à déborder ?

(HERMÈS) Il te faut pourtant faire monter ton action de grâces jusqu’à Dieu et qu’elle soit ensuite en ce livre impérissable.

(FILS) Je ferai monter l’action de grâces. Du fond de mon coeur,Pour prier le terme du Tout Et le Principe du Principe, De la quête des hommes, la trouvaille immortelle, Celui qui fait naître la Lumière et la Vérité, Celui qui sème le Verbe, L’amour de la vie éternelle ! Nul discours caché ne saurait parler de toi, Seigneur ! C’est pourquoi mon Intellect Veut te chanter ses hymnes chaque jour. Je suis l’instrument de ton Esprit, L’Intellect est ton plectre, Et ton conseil joue sur moi un psaume. Je me vois (61) moi-même. J’ai reçu puissance de toi, Car ton amour est venu jusqu’à nous.

(HERMÈS) Bien, ô mon enfant !

(FILS) Ô grâce ! Après cela je rends grâces En te chantant un hymne, Car j’ai été vivifié par toi, Quand tu eus fait de moi un sage. Je te rends grâces, J’invoque du fond du coeur ton Nom mystérieux : Tu es Celui qui est avec l’Esprit. Je te chante mon hymne pieusement.

ÉPILOGUE

Monument commémoratif

(HERMÈS) Ce livre, ô mon enfant, écris-le pour le Temple de Diospolis en caractères hiéroglyphiques en le dédiant à l’Ogdoade qui révèle l’Ennéade.

(FILS) Je le ferai, ô mon Père comme tu me le prescris maintenant. Ô mon Père, le texte du livre, l’écrirai-je sur des stèles couleur turquoise ?

(HERMÈS) Ô mon enfant, ce livre, il convient de l’écrire sur des stèles couleur turquoise en caractères hiéroglyphiques, car c’est l’Intellect lui-même qui est devenu leur protecteur. (62) C’est pourquoi, j’ordonne que ce discours soit gravé sur de la pierre et que tu le mettes à l’intérieur de mon parvis, sous la surveillance de huit gardiens et des Neuf du Soleil. Que les gardiens mâles, à droite, soient à visage de grenouilles et que les femelles, à gauche, soient à visage de chats. Place en outre une pierre de lait en dessous des tables couleur turquoise, qui soit de forme quadrangulaire et écris le Nom sur la table de pierre couleur saphir, en caractères hiéroglyphiques. Ô mon enfant, tu placeras cette pierre quand je serai dans la constellation de la Vierge, et le Soleil, dans la première moitié du jour, quand quinze degrés m’auront dépassé.

(FILS) Ô mon Père, toutes 21 les paroles que tu dis, je les 22 accomplirai avec zèle.

Imprécation prophylactique

(HERMÈS) Écris donc une imprécation sur le livre, afin que le Nom ne soit pas détourné à des fins mauvaises par ceux qui liront le livre et qu’ils ne luttent pas non plus contre les oeuvres de la Destinée. Qu’ils se soumettent plutôt à la Loi de Dieu, sans l’avoir transgressée en rien, mais qu’avec pureté ils demandent à Dieu sagesse et gnose. Et quiconque (63) n’aura pas été tout d’abord engendré par Dieu, en usant des Leçons Générales et des Leçons Détaillées, ne pourra pas lire ce qui est écrit dans ce livre, bien que sa conscience soit pure en ce qui le concerne, qu’il ne commette rien de laid et n’y consente nullement. Cependant, parcourant chaque degré, il entrera dans la voie d’immortalité et ainsi, il parviendra à l’Intellection de l’Ogdoade qui révèle l’Ennéade.

(FILS) C’est ce que je ferai, ô mon Père.

(HERMÈS) Voici la formule : « Je conjure quiconque lira ce livre saint, Par le ciel et la terre, et le feu et l’eau,

Par les Sept Ousiarques Et l’Esprit démiurgique qui est en eux, Par le Dieu Inengendré, Celui-qui-s’engendre-lui-même Et l’Engendré, Qu’il respecte ce qu’a dit Hermès ! Car pour ceux qui respecteront cette imprécation, Dieu se joindra à eux, Ainsi que tous les dieux que nous avons nommés. Mais ceux qui passeront outre à cette imprécation, Que, sur la tête de chacun d’entre eux, S’abatte la colère de chacun des dieux sus-nommés ! » Voilà qui est vraiment parfait, ô mon enfant.

Notes sur l’Ogdoade et l’Ennéade
Le sixième écrit du codex VI nous entraîne au coeur du mystère hermétique de régénération. Le titre de l’écrit, figurant sur la première ligne (52, 1), a été accidentellement arraché. En se fondant sur l’objet principal du discours, indiqué en 53, 23-26, on peut restituer Le Discours de l’Ogdoade et l’Ennéade, ou une dénomination équivalente.

Il s’agit d’un dialogue entre un maître et son disciple. Le disciple appelle son maître «mon père» et, à plusieurs reprises, «Hermès» (58, 28 ; 59, 11 ; 63, 24) ou «Trismégiste» (59, 15.24) ; le maître appelle son disciple «mon enfant», sans le désigner par un autre nom. On sait qu’il existe d’autres écrits, parmi les enseignements adressés à Tat, où le nom du disciple n’apparaît pas dans les répliques du dialogue. Mais on observe vite une différence essentielle. Le disciple qui apparaît ici n’est plus un débutant. Hermès lui a déjà expliqué la totalité de ses Leçons générales et de ses Leçons détaillées (63, 1-2). Il ne lui reste plus qu’à franchir l’étape finale, qui n’est pas de simple savoir mais engage toute sa personne. C’est une initiation à l’Ogdoade et à l’Ennéade divines qui doit le régénérer, faire de lui un homme nouveau, directement inspiré par l’Intellect divin. On comprend donc qu’il ne saurait être question ici d’un enseignement ordinaire. Il ne s’agit pas de transmettre un savoir, mais une expérience ou, plus exactement, une attitude spirituelle, une profonde disposition intérieure. La base de cette attitude est la prière de louanges (55, 4 ; 57, 10 ; 59, 20 cor. ; 60, 9.14.18) qui élève l’âme et la prépare à la contemplation silencieuse. Aussi bien, la partie centrale du discours n’est composée que de prières entrecoupées de visions extatiques et l’enseignement du maître s’annonce dès le début (52, 27) comme une pédagogie de la prière. Si l’on ajoute que la puissance spirituelle qui opère la régénération est transmise par un baiser (57, 26) échangé entre le père et le fils, symbole du don gratuit de l’amour divin, on concevra l’originalité d’un enseignement qui tient beaucoup plus de la pratique, de la formation spirituelle et de l’initiation aux mystères que de la théorie.

Ce dialogue se révèle un document de première importance, aussi bien pour l’étude des sources de certains écrits gnostiques de Nag Hammadi que pour éclairer, par un témoignage vivant, la vie interne des communautés de parfaits et de spirituels, l’esprit de leurs pratiques et de leurs rites d’initiation. C’est, en tout cas, un des exemples les plus nets où un cérémonial gnostique soit évoqué concrètement dans tous ses détails.
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Re: L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

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FRAGMENT DE LA RÉPUBLIQUE DE PLATON

NH VI, 5)

Traduit du copte par Louis Painchaud Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sous la direction de Louis Painchaud, Wolf-Peter Funk et Paul-Hubert Poirier, à l’université de Laval, Québec, Canada.



( 48) Puisque nous sommes arrivés à ce point dans la discussion, reprenons les premières choses qui nous ont été dites, et nous trouverons qu’il dit : « Il est bon celui à qui l’on a fait parfaitement injustice ; il est glorifié à juste titre. » N’est-ce pas ainsi qu’il a été éprouvé ? Voilà certes la manière qui convient. Et je dis : « Maintenant encore nous avons pris la parole puisqu’il a dit que celui qui commet l’injustice et celui qui agit avec justice, ont chacun une puissance. » — « Comment donc ? » Il dit : « C’est une image sans ressemblance que le logos de l’âme, afin que comprenne celui [49] qui a]dit cela ... est en effet celui qui fait … ou non ...... est pour moi. »

Mais tous les récits qu’on a racontés ........ archontes, ce sont eux qui sont devenus réalité, et la Chimère et Cerbère et tous les autres dont on a parlé : ils descendirent tous, ils produisirent des formes et des ressemblances et ils devinrent tous une seule ressemblance. Ils disent :

« Au travail maintenant ! » Certes, c’est une ressemblance unique que celle qui est devenue la ressemblance d’une bête, changeante, avec de nombreuses têtes. Certains jours elle est comme la ressemblance d’une bête sauvage. Alors, elle peut rejeter la première ressemblance de toutes ces figures dures et incommodes et elles s’épanouissent hors d’elle en une oeuvre, puisque ceux qui les ont façonnées maintenant avec superbe, et aussi tout le reste qui leur ressemble, façonnent maintenant par la parole. Maintenant en effet, c’est une seule ressemblance car autre est la ressemblance du lion, et autre est la ressemblance de l’homme [50] une ........joindre. ......celle-ci change, bien plus que la premiè]re. Et la seconde.........a été façonnée. Maintenant donc, joignez-les l’une à l’autre et faites-en une seule — car elles sont trois — de sorte qu’elles croissent ensemble et qu’elles adviennent toutes dans une ressemblance unique, à l’extérieur de l’image de l’homme, comme pour celui qui ne peut pas voir ce qui est en son intérieur, mais c’est ce qui est à l’extérieur seulement qu’il voit. Et apparaît dans quel être vivant est sa ressemblance et qu’elle a été façonnée dans une ressemblance d’homme.

Et je dis à celui qui a dit qu’il était utile à l’homme de commettre l’injustice : « Celui qui commet l’injustice, il est dans le milieu, cela ne lui sert à rien ni ne lui est d’aucun profit. En revanche ce qui lui est avantageux, c’est de rejeter toute ressemblance de bête mauvaise et de les piétiner avec les ressemblances du lion. Mais l’homme est dans une faiblesse telle, et tout ce qu’il fait est si faible qu’il est entraîné vers le lieu où il passe le jour avec eux d’abord. (51) Et il......habitude à lui dans un..... mais il fait … les inimitiés dans .......ainsi qu’un combat pour s’entredévorer à cause de cela. C’est en effet tout cela qu’il a dit à quiconque fait l’éloge de l’injustice. Par conséquent, donc, celui qui parle quant à lui avec justice, cela ne lui est-il pas profitable ? Et s’il met ces choses en pratique et parle en elles, à l’intérieur de l’homme elles dominent avec force. C’est pourquoi il cherche davantage à se soucier d’elles et à les maintenir en vie, comme également le laboureur maintient en vie sa production chaque jour, et les bêtes sauvages l’empêchent de croître.

Notes sur le fragment de la République de Platon
Le cinquième écrit du Codex VI est un fragment de la République de Platon (588b-589b). Il s’agit d’un passage qui connut une grande fortune dans l’Antiquité ; il est cité par Plotin (Ennéades, I, 1,7), Proclus y fait de nombreuses allusions dans son commentaire sur la République, on le retrouve encore chez Eusèbe (La préparation évangélique XII, 46) et chez Stobée (Anthologie, III, 9).

Somme imagée et concise de l’anthropologie platonicienne, il y a tout lieu de croire que ce texte faisait partie d’anthologies de textes philosophiques qu’on utilisait dans les écoles. Son traducteur copte l’a rendu à ce point méconnaissable qu’il a fallu près de vingt ans avant qu’on ne l’identifie. Il n’existe aucune autre version copte de ce texte, ni d’aucun autre texte de Platon. Il y a lieu de croire que cette traduction a été réalisée dans un milieu où avaient cours les récits protogoniques mettant en scène des archontes et où l’on connaissait le thème de la création par la parole (49,31-32), véritable leitmotiv dans l’Apocryphon de Jean, et où les conceptions anthropologiques valentiniennes avaient cours, si l’on en juge par les éléments que le traducteur introduit dans le texte. L’éclectisme de ce milieu refléterait donc celui de l’ensemble de la collection de Nag Hammadi.
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Re: L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 20:38

Traité sur l’origine du monde

« l’Écrit sans titre » (NH II, 5)

Traduit du copte par Louis Painchaud Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sous la direction de Louis Painchaud, Wolf-Peter Funk et Paul-Hubert Poirier, à l’université de Laval, Québec, Canada.


PROLOGUE
(97) Alors que tout ce qu’il y a de divin et d’humain dans le monde affirme que rien n’existe avant le chaos, moi, au contraire, je démontrerai que tous ont fait erreur en méconnaissant la nature du chaos et sa racine. En voici la démonstration : s’il est vrai qu’il y a accord entre(98) tous les humains sur le fait que le chaos est ténèbre, il est donc issu d’une ombre , on l’a appelé « ténèbre ». Or l’ombre provient d’une oeuvre existant depuis le commencement. Il est donc évident que cette dernière existait avant que le chaos ne fût et que c’est après la première oeuvre qu’il est venu. Mais pénétrons dans la vérité, de même que dans la première oeuvre dont est issu le chaos, et ainsi apparaîtra la démonstration de la vérité.

EXPOSÉ

Préambule narratif

Lorsque fut achevée dans l’illimité la nature des immortels, s’écoula de Foi une forme qu’on appelle Sagesse. Cette forme éprouva un désir et devint une oeuvre ressemblant à la lumière qui est au commencement. Le désir de Sagesse se déploya aussitôt comme un ciel, d’une grandeur qu’on ne saurait concevoir, situé dans le milieu entre les immortels et ceux qui sont venus après, comme en haut, il y a un voile séparant les humains des réalités supérieures. Toutefois, l’éon de la vérité ne produit pas d’ombre au dehors car la lumière incommensurable est partout en lui. Son dehors, en revanche, est ombre ; c’est pourquoi on l’a appelé « ténèbre ». Une puissance est apparue au-dessus de la ténèbre. Or cette ombre, les puissances qui sont venues après l’ont appelé « le chaos sans limite ». De ce dernier, toute race]de dieux a germé ............avec le lieu entier, comme l’ombre aussi a suivi la première (99) oeuvre qui est apparue. L’abîme est issu de Foi dont nous avons parlé.

Engendrement de la jalousie qui est un avorton

Vint le moment où l’ombre s’aperçut qu’il y avait plus fort qu’elle. Elle fut jalouse et, ayant conçu par elle seule, elle engendra aussitôt la Jalousie. Ce jour-là apparut le commencement de la jalousie dans tous les éons et leurs mondes. Or cette jalousie-là se trouva être un avorton dépourvu d’esprit. Il naquit comme les ombres dans une grande quantité de substance aqueuse. La bile qui est issue de l’ombre fut alors expulsée à part du chaos . Ce jour-là apparut une substance d’eau , et ce qui avait pénétré en elle s’écoula, apparaissant dans le chaos. De même que celle qui accouche d’un petit, tous ses surplus tombent, ainsi en est-il de la matière qui est issue de l’ombre, elle fut expulsée à part. La matière n’est donc pas sortie du chaos mais elle était plutôt dans le chaos : c’est dans une de ses parties qu’elle se trouvait.

Formation du gouvernement du monde matériel et origine des archontes

Formation de l’Archonte

Après que cela fut arrivé, alors vint Foi. Elle découvrit sur la matière du chaos celle qui avait été expulsée comme un avorton car il était dépourvu d’esprit, parce qu’il est en effet tout entier ténèbre sans limite et eau sans fond. Or lorsque Foi vit ce qui était issu de sa déficience, elle se troubla. Et le Trouble apparut telle une « oeuvre redoutable ». Et il courut ...... dans le chaos. Et elle se tourna vers lui, souffla sur son visage, dans l’abîme qui est (100 ) sous tous les cieux. Or parce que Foi-Sagesse voulut que ce qui était dépourvu d’esprit fût modelé d’après une forme et exerçât le gouvernement sur la matière et sur toutes ses puissances, un Archonte apparut hors des eaux, ressemblant à un lion, androgyne, doté d’un grand pouvoir, mais ne sachant pas d’où il était 1 issu.

Et quand Foi-Sagesse le vit bouger au fond des eaux, elle lui dit : « Jeune homme, traverse jusqu’ici ! », dont l’équivalent est « yaldabaoth ». Ce jour-là, apparut le commencement de la parole qui atteint les dieux, les anges et les hommes. Et ce qui advint, c’est par la parole que l’accomplirent les dieux, les anges et les hommes. Mais l’Archonte Yaltabaoth était ignorant de la puissance de Foi. Il ne vit pas son visage mais il vit le reflet qui lui avait parlé dans l’eau. Et d’après cette voix, il s’est appelé « Yaldabaoth ». Les parfaits toutefois le nomment « Ariel », car il ressemble à un lion. Et quand il fut en possession de l’autorité sur la matière, Foi-Sagesse se retira en haut dans sa lumière.

Création des sept puissances des sept cieux du chaos

Quand l’Archonte vit sa propre grandeur, — et c’est lui seul qu’il vit —, il ne vit rien d’autre si ce n’est eau et ténèbre. Alors il pensa qu’il était seul à exister.,Et sa pensée se réalisa par la parole. Elle (101) se manifesta dans un esprit allant et venant au-dessus des eaux. Et quand cet esprit-là apparut, l’Archonte sépara la substance aqueuse d’une part et ce qui était sec fut séparé d’autre part. Et à partir de la matière, il se créa une demeure et l’appela « ciel ». Également à partir de la matière, l’Archonte créa un escabeau et l’appela « terre ». Après cela l’Archonte eut une pensée conforme à sa nature et il créa par la parole un androgyne.

Celui-ci ouvrit la bouche et émit un vagissement vers lui. Une fois les yeux ouverts, il aperçut son père et lui dit : « i ». Et son père le nomma « Iao ». Il créa encore un deuxième fils. Celui-ci émit un vagissement vers lui. Il ouvrit les yeux et dit à son père : « e ». Son père le nomma « Eloai ». Il créa encore un troisième fils. Celui-ci émit un vagissement vers lui. Il ouvrit les yeux et dit à son père : « as ». Son père le nomma « Astaphaios ». Ce sont les trois fils de leur père.

Sept androgynes apparurent dans le chaos. Ils ont leur nom masculin et leur nom féminin. Le nom féminin est Providence Sabbathas, qui est l’Hebdomade. Et son fils nommé Iao a pour nom féminin Seigneurie, Sabaoth a pour nom féminin Divinité, Adonaios a pour nom féminin Royauté, Eloaios a pour nom féminin Jalousie, Oraios a pour nom féminin Richesse, Astaphaios enfin a pour nom féminin (102) Sagesse. Ce sont les sept puissances des sept cieux du chaos. Et elles sont nées androgynes, comme la forme immortelle qui existe avant elles, selon la volonté de Foi, afin que la ressemblance de ce qui est depuis le commencement exerce le gouvernement jusqu’à la fin. Tu trouveras la vertu de ces noms et la puissance des mâles dans l’Archangélique de Moïse le Prophète, et les noms des femelles dans le Premier livre de Noréa.

Blasphème de l’Archonte et réponse céleste

Création des sept cieux

Mais comme il détenait de grands pouvoirs, le Grand Géniteur Yaldabaoth créa des cieux pour chacun de ses fils au moyen de la parole, beaux, en guise de demeures, et dans chaque ciel, de grandes splendeurs sept fois précieuses, des trônes et des demeures, des temples et des chars, et des esprits virginaux, pour les rendre invisibles avec leur gloire. Chacun possède en son ciel de puissantes armées de dieux et de seigneurs, d’anges et d’archanges, innombrables myriades à son service. Tu trouveras la relation détaillée de ces choses dans le Premier traité de Noréa.

Cela fut achevé depuis ce ciel-ci jusqu’au sixième ciel, celui de Sagesse. Le ciel et sa terre furent renversés par le Troublé qui est au-dessous de tous. Et les six cieux tremblèrent. Les puissances du chaos ne savaient pas en effet, qui était celui qui avait détruit le ciel sous elles. Or quand Foi apprit l’insolence du Trouble, elle envoya son souffle, elle le lia et le précipita au Tartare. Ce jour]là, le ciel fut affermi avec (103) sa terre par la Sagesse de Yaldabaoth, celle qui est au-dessous de tous.

Blasphème de l’Archonte

Quand donc les cieux furent établis avec leurs puissances et leur administration entière, le Grand Géniteur s’enorgueillit et il fut glorifié par toute l’armée des anges. Et tous les dieux et leurs anges le bénirent et lui rendirent gloire. Et lui, il se réjouit en son coeur et se vanta sans arrêt en leur disant : « Je n’ai besoin de rien. » Il dit : « Je suis dieu et il n’y en a pas d’autre en dehors de moi. » En disant cela cependant, il pécha contre tous les immortels qui annoncent et ils le surveillèrent.

Mais lorsque Foi vit l’impiété du grand Archonte, elle se mit en colère — ils ne la voyaient pas — et dit : « Tu te trompes, Samaël — c’est-à-dire le dieu aveugle —, il existe avant toi un Homme immortel, un Homme de lumière qui se manifestera parmi vos modelages. Il te piétinera comme on foule l’argile du potier et tu dégringoleras avec les tiens jusqu’à ta mère l’abîme. En effet, lorsque vos oeuvres arriveront à leur terme sera dissoute la déficience entière qui est apparue dans la vérité et elle disparaîtra, et elle deviendra comme ce qui n’a jamais existé. » Ayant dit cela, Foi dévoila dans les eaux son reflet, de sa grandeur. Et c’est ainsi qu’elle se retira en haut dans sa lumière.

Conversion de Sabaoth

Or quand Sabaoth, le fils de Yaldabaoth, entendit la voix de Foi, il la louangea et il condamna père et mère. (104) Sur la parole de Foi, il lui rendit gloire de leur avoir fait connaître l’Homme immortel et sa lumière. Puis Foi-Sagesse tendit son doigt et répandit sur lui une lumière issue de sa lumière, pour la condamnation de son père. Et quand Sabaoth fut illuminé, il reçut un grand pouvoir en face de toutes les puissances du chaos. À partir de ce jour, on l’a appelé le Seigneur des Forces. Il prit en haine son père Ténèbre et sa mère Abîme. Il prit en dégoût sa soeur la pensée du Grand Géniteur, celle qui va et vient au-dessus des eaux. À cause de sa lumière toutefois, toutes les autorités du chaos furent jalouses de lui. Et dans leur trouble, elles livrèrent un grand combat dans les sept cieux. Voyant ce combat, Foi- Sagesse, depuis sa lumière, envoya à Sabaoth sept archanges. Ils le ravirent au septième ciel et se tinrent debout devant lui comme serviteurs. Elle lui envoya encore trois autres archanges et l’établit comme roi au-dessus de tous afin qu’il fût supérieur aux douze dieux du chaos. Or après que Sabaoth eût reçu le lieu du repos en retour de sa conversion, Foi lui donna sa fille Vie avec pleine autorité pour lui enseigner tout ce qui se trouve dans l’Ogdoade. Mais comme il en avait le pouvoir, il se fabriqua d’abord une demeure grande, magnifique, sept fois plus que tout ce qui existe dans]les sept cieux. Et devant (105 ) sa demeure, il fabriqua un grand trône placé sur un char à quatre faces appelé « chérubin ». Le chérubin a huit formes à chacun des quatre coins : des formes de lion, des formes de taureau, des formes d’homme et des formes d’aigle, de sorte que toutes les formes sont au nombre de soixante-quatre formes.

Et puisque devant lui se tiennent sept archanges, il est le huitième, détenant le pouvoir. Toutes les formes sont au nombre de soixante-douze, car d’après ce char 14 ont été modelés les soixante-douze dieux. Ils ont été modelés pour présider aux soixante-douze langues des nations. Et au-dessus de ce trône, il créa d’autres anges à forme de dragon appelés 1séraphins, qui lui rendent gloire en tout temps. Puis il créa une Assemblée angélique, des milliers et des myriades sans nombre, semblable à l’Assemblée qui est dans l’Ogdoade, et un premier-né appelé « Israël », c’est-à-dire « l’homme qui voit dieu »,

et un autre, Jésus le Christ, semblable au Sauveur qui est au-dessus de

l’Ogdoade, siégeant à sa droite sur un trône précieux. Et à sa gauche siège sur un trône la vierge de l’Esprit Saint lui rendant gloire. Et devant sa face se tiennent les sept vierges tenant trente cithares, des harpes et (106 ) des trompettes, et lui rendant gloire. Et toutes les armées des anges lui rendent gloire et le bénissent. Et c’est sur un trône recouvert d’une grande nuée lumineuse qu’il est assis. Et il n’y avait personne avec lui dans la nuée, si ce n’est Sagesse-Foi lui enseignant tout ce qui est dans l’Ogdoade afin qu’en soient créées des répliques de sorte que la royauté demeure à lui jusqu’à la fin des cieux du chaos et de leurs puissances. Foi-Sagesse le sépara de la ténèbre et l’appela à sa droite. Quant au Grand Géniteur, elle le plaça à sa gauche. Depuis ce jour, on a appelé la droite Justice, et la gauche, on l’a appelée Injustice. C’est pourquoi tous prirent rang dans l’Assemblée de la Justice. La Justice et l’Injustice dominent toutes leurs créatures.

Engendrement de la mort par l’Archonte jaloux

Mais quand le Grand Géniteur du chaos vit son fils Sabaoth et la gloire dans laquelle il se trouvait parce qu’il avait été choisi de préférence à toutes les autorités du chaos, il fut jaloux de lui. Et quand il se fut mis en colère, il engendra la Mort à partir de sa mort. Elle fut établie sur le sixième ciel car Sabaoth avait été enlevé de ce lieu-là. Ainsi donc fut complété le nombre des six autorités du chaos. Alors la Mort androgyne s’unit à sa nature. Elle engendra sept fils androgynes. Voici les noms des mâles : Jalousie, Courroux, Sanglots, Gémissement, Deuil, Hurlement, Pleurs à fendre l’âme ; et voici les noms des femelles : Colère, Tristesse, Luxure, Lamentation, Malédiction, Amertume, Querelle. Ils s’unirent les uns aux autres et chacun en engendra sept, de sorte qu’ils (107) sont quarante-neuf démons androgynes. Tu trouveras leurs noms et leurs vertus dans le Livre de Salomon. Et en face de ceux-ci, Vie, qui est avec Sabaoth, créa sept puissances bonnes, androgynes. Voici les noms des mâles : Celui-qui-n’est-pas-jaloux, Bienheureux, Joyeux, Véridique, Celui qui- n’est-pas-envieux, Désirable, Fidèle. Quant aux femelles, voici leurs noms : Paix, Joie, Allégresse, Béatitude, Vérité, Amour, Foi. Et de ceux-ci sont nés de nombreux esprits bons et innocents. Tu trouveras leurs influences et leurs vertus dans les Figures de la Fatalité du Ciel qui est sous la Dodécade.

Éros et les arbres du paradis

Manifestation de l’Homme immortel

Lorsque le Grand Géniteur aperçut le reflet de Foi dans les eaux, il éprouva une affliction extrême ; bien plus, après qu’il eût reconnu que sa voix ressemblait à la voix qui l’avait précédemment appelé hors des eaux et qu’il eût compris que c’était elle qui l’avait nommé, il gémit et il eut honte de sa transgression. Et ayant compris qu’il existait vraiment un homme immortel, un homme de lumière avant lui, son trouble fut grand, car il avait déclaré auparavant à tous les dieux et à leurs anges : « Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre en dehors de moi. » Il craignait en effet qu’ils ne comprennent qu’un autre existait avant lui et qu’ils ne lui donnent tort, mais dédaignant d’être mis dans son tort, le sot eut la témérité de dire : « Si (108 ) quelqu’un existe avant moi, qu’il se manifeste afin que nous voyions sa lumière ! » Et voici qu’aussitôt une lumière sortit de l’Ogdoade supérieure et traversa tous les cieux de la terre. Voyant que la lumière était belle et radieuse, le Grand Géniteur fut stupéfait et il éprouva une grande honte. Quand cette lumière apparut, une forme humaine se révéla en elle, toute merveilleuse, et personne ne la vit, si ce n’est le Grand Géniteur seul et la Providence qui est avec lui. Mais sa lumière apparut à toutes les puissances des cieux, c’est pourquoi elles en furent toutes troublées.

Dès que la Providence eut aperçu cet ange, elle s’éprit d’amour pour lui, alors que lui, il la détestait car elle était sur la ténèbre. Et elle voulait l’enlacer mais elle n’y parvint pas. Incapable de mettre un frein à sa passion amoureuse, elle répandit sa lumière sur la terre. Depuis ce jour, on a appelé cet ange Adam-Lumière, ce qui signifie « l’homme-de-sang-lumineux » et la terre s’étendit sur lui, « adamah sainte », ce qui signifie « terre-adamantine-sainte ». Depuis ce jour, toutes les autorités ont craint le sang de la vierge. Or la terre devint pure à cause du sang de la vierge. Et plus encore, l’eau devint pure grâce au reflet de Foi-Sagesse, qui est apparu au Grand Géniteur dans les eaux. On a donc raison de dire « par les eaux », l’eau qui est sainte puisqu’elle vivifie le Tout (109) et le purifie.

Éros et Psyché ou le cycle de la génération et de la mort

À partir de ce premier sang, Éros apparut, androgyne. Sa masculinité est Himéros puisqu’il est feu issu de la lumière. Sa féminité qui l’accompagne, est une âme de sang issue de la substance de la Providence. Il est si charmant dans sa beauté, plus gracieux que toutes les créatures du chaos. Dès qu’ils aperçurent Éros, tous les dieux et leurs anges furent épris de lui. Et quand il apparut parmi eux tous, il les embrasa. Comme à partir d’une lampe on en allume plusieurs, et bien que cette lumière soit unique, la lampe ne faiblit pas, de cette façon aussi Éros se répandit parmi toutes les créatures du chaos et il ne faiblit pas. De la même façon qu’à partir de l’espace intermédiaire situé entre la lumière et les ténèbres se manifesta Éros — par l’intermédiaire des anges et des hommes fut accomplie l’union d’Éros — de la même façon, en bas sur la terre germa la première volupté. La femme suivit la terre et le mariage suivit la femme, l’engendrement suivit le mariage, la dissolution suivit l’engendrement.

Après cet Éros-là , le cep de vigne germa du sang qui avait été répandu sur la terre. C’est pourquoi ceux qui en boivent conçoivent le désir de s’accoupler. Après le cep de vigne, un figuier et un grenadier germèrent sur la terre avec le reste des arbres selon leur espèce, portant en eux leur semence, issue de la (110) semence des autorités et de leurs anges.

Les arbres du paradis ou la voie de l’immortalité Alors la Justice créa le beau paradis au-delà de la sphère de la lune et de la sphère du soleil, sur la terre de délices qui est à l’orient, au milieu des pierres. Et le désir est au milieu des arbres beaux et appétissants. Et l’arbre de la vie immortelle, comme il a été manifesté dans la volonté de dieu, est situé au nord du paradis, afin de rendre immortelles les âmes des saints, qui sortiront à la fin des temps des modelages de la pauvreté. Or la couleur de l’arbre de vie est comparable au soleil et ses branches sont belles, ses feuilles sont comme celles du cyprès, son fruit a l’éclat d’une grappe de raisins, son faîte atteint le ciel.

Et près de lui se trouve l’arbre de la connaissance, doté de la puissance de dieu. Sa gloire est comparable à l’éclat de la pleine lune et ses branches sont belles, ses feuilles sont comme les feuilles du figuier, son fruit est semblable aux dattes bonnes et appétissantes. Et celui-ci, c’est au nord du paradis qu’il est placé, pour éveiller les âmes de l’oubli des démons, afin qu’accédant à l’arbre de vie, elles mangent de son fruit et condamnent les autorités et leurs anges.

L’influence de cet arbre est décrite dans le Livre Saint : C’est toi l’arbre de la connaissance Situé dans le paradis, Celui dont a mangé le premier homme Et qui a ouvert son intellect. Il a aimé sa co-ressemblance, Il a condamné (111) les autres ressemblances étrangères, Il les a prises en dégoût. Et après cela l’olivier a germé en vue de la purification des rois et des grands-prêtres de la Justice qui apparaîtraient dans les derniers jours, puisque l’olivier est apparu dans la lumière du premier Adam en vue de l’onction qu’ils allaient recevoir.

Or la première âme s’éprit d’Éros qui était avec elle. Elle répandit son sang sur lui et sur la terre. Et à partir de ce sang, la rose se mit à fleurir sur la terre, sur l’épineux, pour la joie de la lumière, qui allait se manifester dans le buisson. Et puis encore, les belles fleurs odorantes s’épanouirent sur la terre selon leur espèce, nées de chaque vierge parmi les filles de la Providence. Celles-ci, s’étant éprises d’Éros, avaient répandu leur sang sur lui et sur la terre. Ensuite toutes les plantes germèrent sur la terre selon leur espèce, portant la semence des autorités et de leurs anges. Puis, à partir des eaux, les autorités créèrent toutes les bêtes, selon leur espèce, et les reptiles et les oiseaux selon leur espèce, possédant la semence des autorités et de leurs anges.

Retraite d’Adam-Lumière

Or avant tout cela, mais après qu’il fût apparu au premier jour, il demeura sur la terre environ deux jours. Il plaça la Providence inférieure dans le ciel et il monta vers sa lumière. Et aussitôt les ténèbres couvrirent le monde (112) entier. Mais quand la Sagesse qui est dans le ciel inférieur le voulut, elle reçut de Foi le pouvoir de créer de grands luminaires et toutes les étoiles. Elle les plaça dans le ciel pour éclairer la terre. Et ils marquent repères temporels et moments, années et mois, jours et nuits, instants et tout le reste. C’est donc ainsi que fut ornée toute la surface du ciel. Mais quand Adam-Lumière voulut réintégrer sa lumière, c’est-à-dire l’Ogdoade, il en fut incapable à cause de la pauvreté qui était mélangée à sa lumière. Alors il se créa un grand éon, et dans cet éon, il créa six éons, et leurs mondes au nombre de six, sept fois supérieurs aux cieux du chaos et à leurs mondes. Et tous ces éons et leurs mondes se trouvent dans l’infini situé entre l’Ogdoade et le chaos qui est sous elle. C’est avec le monde qui appartient à la pauvreté qu’ils sont comptés. Si tu désires connaître leur disposition, tu la trouveras décrite dans le Septième monde de Hiéralias le Prophète.

Engendrement de l’homme avorton

Le complot des archontes

Mais avant qu’Adam-Lumière ne se fût retiré du chaos, les autorités le virent. Elles se moquèrent du Grand Géniteur parce qu’il avait menti en disant : « Je suis Dieu, il n’y a personne avant moi. » S’étant approchées de lui, elles dirent : « Ne serait-ce pas là le dieu qui a détruit notre ouvrage ? » Il répondit disant : « Oui, si vous voulez qu’il ne puisse plus détruire notre ouvrage, allons, faisons un homme à partir du sol, d’après l’image de notre corps et à la ressemblance (113) de celui-là, et qu’il s’attache à notre service, de telle sorte que celui-là, voyant cette ressemblance, en soit épris, et qu’il ne détruise plus notre ouvrage. Et de ceux qui seront engendrés de la lumière, nous ferons nos serviteurs pour toute la durée de cet âge. » Or c’est conformément à la providence de Foi que tout ceci arriva afin que l’homme se manifestât dans sa ressemblance et qu’il les condamnât depuis leur modelage, et que leur modelage devînt un rempart pour la lumière.

Création de l’Instructeur

Alors les autorités reçurent la connaissance pour créer l’homme. Sagesse-Vie les précéda, celle qui est auprès de Sabaoth, et elle se moqua de leur dessein parce qu’elles sont aveugles. C’est sans le savoir qu’elles l’ont créé contre elles-mêmes , ignorant ce qu’elles allaient faire. Voilà pourquoi elle les précéda et elle créa d’abord son homme afin qu’il instruisît leur modelage de la manière de les mépriser et qu’ainsi il en soit délivrée.

Or c’est ainsi que se produisit la naissance de l’Instructeur. Sagesse ayant laissé tomber une goutte de lumière, elle s’écoula sur l’eau. Aussitôt apparut l’homme, androgyne. Cette goutte, elle commença par lui donner la forme d’un corps femelle, puis, dans le corps, elle lui donna forme à la ressemblance de la mère qui était apparue. Elle l’acheva en douze mois. Un être androgyne fut engendré, que les Grecs appellent « Hermaphrodite », et sa mère, les Hébreux l’appellent « Ève-Vie », c’est-à-dire l’instructrice de la vie. Et son fils est la génération seigneuriale. Puis les autorités (114 ) l’appelèrent la « Bête » pour qu’il induise en erreur leurs modelages. Le véritable sens de « la Bête », c’est « l’Instructeur » car il fut trouvé plus sage que tous.

L’homme seigneurial

Ève est donc la première vierge, elle qui, sans mâle, a engendré pour la première fois ; c’est elle qui s’est soignée elle-même. C’est pourquoi on rapporte à son sujet qu’elle a dit : C’est moi la partie de ma mère Et c’est moi la mère C’est moi la femme C’est moi la jeune fille C’est moi la femme enceinte C’est moi la sage-femme C’est moi la consolatrice des douleurs de l’enfantement C’est mon époux qui m’a engendrée Et c’est moi sa mère Et c’est lui mon père et mon seigneur C’est lui ma force Ce qu’il veut, il le dit clairement Je nais Mais j’ai enfanté un homme seigneurial.

Cela fut révélé dans l’intervalle aux âmes de Sabaoth et de son Christ, qui sont venues dans les modelages des autorités. Et c’est à leur intention que la voix sainte a dit : « Multipliez-vous et soyez beaux, dominez toutes les créatures », de sorte qu’elles ont été faites prisonnières, chacune suivant le sort fixé, par le Grand Géniteur. Ainsi donc, elles ont été emprisonnées dans les modelages … à la fin des temps.

Engendrement de l’homme avorton

Le moment venu, le Grand Géniteur donna à ceux qui étaient avec lui un ordre au sujet de l’homme, et chacun d’eux éjacula sa semence au milieu du nombril de la terre. Ce jour-là, les sept archontes ont façonné l’homme, son corps d’après leur corps, et son aspect d’après l’homme qui leur était apparu — ils le façonnèrent membre par membre : leur aîné créa le cerveau et la moelle —, si bien qu’il apparut comme … avant lui. Cet homme naquit (115 ) doté d’une âme et il fut appelé « Adam », c’est-à-dire « père », d’après 3le nom de celui qui lui est antérieur.

Or quand Adam 4 fut achevé, son créateur l’abandonna comme un vase inerte car il avait pris forme tel un avorton, dépourvu d’esprit. À ce propos, quand le grand Archonte se souvint de la parole de Foi, il craignit que l’Homme véritable n’entrât dans la créature qu’il avait façonnée et ne la dominât. C’est pourquoi il laissa sa créature quarante jours sans âme ; il se retira et l’abandonna.

Animation d’Adam : la vraie et la fausse maternité

Ève, la mère des vivants

Le quarantième jour cependant, Sagesse-Vie envoya son souffle sur Adam, qui était sans âme. Il se mit à se mouvoir sur la terre 1 mais ne put se lever. Or quand les sept archontes vinrent et l’aperçurent, ils furent très troublés. Ils s’approchèrent de lui et le saisirent. Et il dit au souffle qui était en lui : « Qui es-tu ? » et « D’où es-tu venu jusqu’ici ? » Il répondit : « C’est de la puissance de l’homme que je suis venu pour la destruction de votre ouvrage ». À ces mots, ils le glorifièrent parce qu’il leur avait donné le repos de la crainte et du souci dans lesquels ils se trouvaient. Alors ils appelèrent ce jour-là « repos » car ils se sont reposés d’un labeur. Mais quand ils virent qu’Adam ne pouvait pas se lever, ils se réjouirent. Ils le prirent, le placèrent dans le paradis et se retirèrent dans leurs cieux.

Après le jour du repos, Sagesse envoya Vie, sa fille appelée Ève, comme instructrice pour qu’elle fît se lever Adam — celui qui est sans âme — afin que ceux qu’il engendrerait devinssent des réceptacles pour la lumière. Quand] (116) Ève vit sa co-ressemblance gisante, elle en eut pitié et dit : « Adam, sois vivant, dresse-toi sur le sol. » Sa parole se réalisa sur-le-champ et Adam, s’étant levé, ouvrit aussitôt les yeux. L’ayant aperçue, il dit : « Toi, on t’appellera « mère des vivants », car c’est toi qui m’as donné la vie. »

La première mère ou l’assujettissement à la Fatalité

On apprit alors aux autorités que la créature qu’elles avaient façonnée était vivante et s’était dressée. Elles furent très troublées et envoyèrent sept archanges pour voir ce qui s’était passé. Ils s’approchèrent d’Adam. Quand ils aperçurent Ève parlant avec lui, ils se dirent entre eux : « Qui est cette femme de lumière ? C’est bien à cette forme qui nous est apparue dans la lumière qu’elle ressemble. Allons donc, emparons-nous d’elle et éjaculons en elle notre semence, de sorte qu’étant souillée, elle ne puisse plus remonter dans sa lumière ; en outre ceux qu’elle engendrera nous seront soumis. Toutefois, ne disons pas à Adam qu’elle n’est pas issue de nous, mais faisons tomber sur lui un sommeil et instruisons-le dans son sommeil, de sorte qu’il croie que c’est de son côté qu’elle est issue, afin que la femme soit soumise et qu’il la domine. »

Ève, qui est puissante, se moqua de leur dessein. Elle obscurcit leurs yeux, plaça subrepticement son sosie auprès d’Adam, entra dans l’arbre de la connaissance et y demeura. Ils la suivirent. Elle leur parut être entrée dans l’arbre, s’être faite arbre. Pris d’une grande crainte, ils s’enfuirent, aveugles. Puis, recouvrant leurs sens, ils s’approchèrent d’Adam et voyant ce sosie d’Ève (117) près de lui, ils se hâtèrent, croyant que c’était la véritable Ève. Et ils osèrent s’approcher d’elle. Ils la saisirent et éjaculèrent leur semence en elle. Ils firent cela avec fourberie, la souillant non seulement selon la nature, mais abominablement, puisqu’ils souillaient l’empreinte de sa voix qui leur avait dit auparavant : « Il y a quelqu’un avant vous », pour que soient souillés ceux qui disent à la fin des temps que par la parole, c’est par l’Homme véritable qu’ils sont engendrés. Ils s’égarèrent donc, ne sachant pas que c’était leur corps qu’ils souillaient. C’est le sosie que souillèrent les autorités de toutes les façons avec leurs anges. Elle conçut d’abord Abel du premier Archonte ; et le reste de ses enfants, c’est par les sept autorités et leurs anges qu’elle les engendra.

Or tout ceci advint conformément à la Providence du Grand Géniteur, afin que la première mère engendrât en elle toute semence mélangée et assujettie à la Fatalité du monde avec ses figures et à la Justice. Une disposition fut prise au sujet d’Ève afin que les modelages des autorités devinssent des remparts pour la lumière ; alors celle-ci les condamnera à travers leurs modelages.

Sommaire anthropogonique

Ainsi donc, Le premier Adam de la lumière est spirituel. Il apparut le premier jour. Le deuxième Adam est psychique. Il apparut le six]ème jour, auquel on donne le nom d’Aphrodite. Le troisième Adam est terrestre, c’est l’homme-de-la-loi qui est apparu le huitième jour, après le repos (118 ) de la pauvreté, celui qu’on appelle « jour du soleil ». Or la postérité de l’Adam terrestre se multiplia et parvint à maturité. Elle conçut en elle toutes les histoires au sujet de l’Adam psychique ; néanmoins, tous étaient dans l’ignorance.

Commandement des archontes et la réponse du serpent

Je dirai encore ceci : Voyant que lui et sa compagne erraient dans l’ignorance comme des bêtes, les archontes se réjouirent beaucoup. Quand ils comprirent que l’Homme immortel leur échapperait encore et qu’ils auraient aussi à craindre celle qui s’était faite arbre, ils furent troublés. Ils dirent : « Ne serait-ce pas l’Homme véritable qui nous a obscurci la vue et qui nous a fait croire que celle que nous avons souillée lui ressemblait, afin que nous soyons dominés ? »

Ils réunirent alors le conseil des sept, s’approchèrent d’Adam et d’Ève de manière à les effrayer et dirent à Adam : « Tous les arbres qui sont dans le paradis, c’est pour vous qu’ils ont été créés, afin que vous mangiez de leur fruit. De l’arbre de la connaissance toutefois, gardezvous et n’en mangez point, car si vous en mangez, vous mourrez. » Leur ayant causé une grande frayeur, ils se retirèrent auprès de leurs autorités. Alors survint le sage entre tous, celui qui a été appelé la « Bête » et lorsqu’il vit le sosie de leur mère Ève, il lui dit : « Que vous a dit Dieu ? de ne pas manger de l’arbre de la connaissance ? » Elle répondit : « Il a dit « Non seulement n’en mange pas, mais n’y touche pas afin de ne point mourir. » » Il leur dit : « Ne craignez point, de mort vous ne mourrez pas. Il sait en effet que si vous en mangez, (119 ) votre intellect se dégrisera et vous deviendrez comme des dieux, puisque vous connaîtrez 3 la différence qui existe entre les hommes mauvais et les bons. En effet, c’est parce qu’il est jaloux qu’il vous a dit cela, afin que vous n’en mangiez pas. »

Transgression d’Adam et Ève

Adam et Ève passent de l’ignorance à la connaissance

Or Ève eut confiance dans les paroles de l’Instructeur. Elle regarda vers l’arbre, vit qu’il était beau et appétissant, et le désira. Elle prit de son fruit, en mangea, en donna également à son époux. Il en mangea. Alors leur intellect s’ouvrit. Quand ils eurent mangé, en effet, la lumière de la connaissance les illumina. Ils comprirent alors que c’est lorsqu’ils se couvraient de honte qu’ils étaient nus de la connaissance. Quand ils furent dégrisés, ils virent qu’ils étaient nus et s’aimèrent d’un amour mutuel. Et voyant que leurs créateurs avaient forme animale, ils les prirent en dégoût et comprirent beaucoup de choses.

Les archontes passent d’un savoir à un non-savoir

Lorsque les archontes surent qu’ils avaient transgressé leur commandement, ils entrèrent dans le paradis avec un fracas de tremblement de terre et grande menace, jusqu’à Adam et Ève, pour voir l’influence de l’Aide. Adam et Ève, grandement bouleversés, se cachèrent sous les arbres qui sont dans le paradis, et les archontes ne surent pas où ils se trouvaient. Ils dirent à Adam : « Où es-tu ? » Il répondit : « Je suis ici, mais par crainte de vous je me suis caché, honteux. » Et ils lui dirent, dans leur ignorance : « Quel est celui qui t’a parlé de la honte dont t’es couvert, si ce n’est que tu as mangé de cet arbre ? » Il dit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’en a offert, et j’ai mangé. » Alors ils dirent à celle-ci : (120 ) « Qu’as-tu fait ? » Elle répondit en disant : « C’est l’Instructeur qui m’a tentée et j’ai 3 mangé. » Alors les archontes s’approchèrent de l’Instructeur mais leurs yeux furent obscurcis par lui et ils ne purent rien faire. Ils le maudirent, impuissants. Puis ils s’approchèrent de la femme et la maudirent avec sa descendance. Après la femme, ils maudirent Adam et la terre à cause de lui, avec ses fruits. Et tout ce qu’ils avaient créé, ils le maudirent. Il n’y a nulle bénédiction chez eux. Il est impossible de produire le bien à partir du mal. Ce jour-là, les autorités comprirent qu’il y avait vraiment plus puissant avant elles. Elles ne savaient rien, sinon qu’ils n’avaient pas gardé leur commandement. Une grande jalousie fut introduite dans le monde, uniquement à cause de de l’Homme immortel.

Expulsion d’Adam et Ève hors du paradis

Or quand les archontes virent que leur Adam avait accédé à une connaissance différente, ils voulurent le mettre à l’épreuve. Ils rassemblèrent tous les animaux et les bêtes de la terre et les oiseaux du ciel et les amenèrent à Adam pour voir comment il les appellerait. Quand il vit leurs créatures, il leur donna un nom. Ils furent bouleversés car Adam était libéré de toute angoisse. Ils se réunirent en conseil et dirent : « Voici qu’Adam 7 est devenu comme l’un d’entre nous, de sorte qu’il connaît la différence entre la lumière et les ténèbres. Maintenant, de crainte qu’il ne soit trompé comme pour l’arbre de la connaissance et qu’il ne s’approche aussi de l’arbre de la vie, qu’il n’en mange et ne devienne immortel, qu’il ne nous)domine et nous méprise, qu’il ne nous dédaigne avec notre gloire entière et qu’ensuite il ne nous condamne avec notre monde, allons, expulsons-le (121) du paradis, en bas sur la terre, le lieu d’où il a été tiré, afin qu’il ne puisse désormais rien connaître au-delà de nous. » Ainsi donc jetèrent-ils Adam hors du paradis avec sa femme. Et ce qu’ils avaient fait ne leur suffit point mais ils furent pris de crainte. Ils s’approchèrent de l’arbre de la vie, l’entourèrent de grands épouvantails, des êtres de feu appelés « chérubins », et ils placèrent en leur milieu un glaive ardent tournoyant sans arrêt de façon à inspirer la terreur, afin que nul parmi les hommes terrestres ne pénétrât jamais en ce lieu-là.

Abrégement de la vie humaine par les archontes jaloux

Par la suite, les archontes, jaloux d’Adam, voulurent réduire la durée de leur vie. Ils ne le purent pas à cause de la Fatalité établie depuis le début. En effet, la durée de leur vie à chacun avait été fixée à mille ans d’après la course des luminaires. Les archontes, donc, ne purent réaliser cela mais chacun de ceux qui font le mal enleva dix années, de sorte que cette durée passa à neuf cent trente années au total, et cela dans la tristesse et la faiblesse, et dans de vils soucis. Ainsi donc, depuis ce jour-là, la durée de la vie a décliné jusqu’à la fin des temps. Alors voyant que les archontes des ténèbres avaient maudit ses co-ressemblances, Sagesse-Vies’emporta, et sortant du premier ciel avec toute puissance, elle chassa ces archontes hors de leurs cieux et les précipita dans le monde pécheur afin qu’ils y demeurassent sous la forme des démons mauvais sur la terre. ....(122) que les mille ans qui étaient dans le paradis devinssent dans leur monde un être vivant appelé « phénix » qui se mît à mort lui-même et se redonnât la vie pour attester à leur jugement qu’ils ont fait injustice à Adam et à sa descendance jusqu’à la fin des temps.

Signes d’Égypte

Il y a trois hommes, « et à ses descendants jusqu’à la fin du monde », le spirituel de ce monde, le psychique et le terrestre, comme il y a trois palmiers (phoinikes) du paradis : le premier est immortel, le deuxième dure mille ans ; quant au troisième, il est écrit dans le livre saint qu’on en mange. Ainsi y a-t-il également trois baptêmes : le premier est spirituel, le deuxième est feu, le troisième est eau. Tout comme le phénix (phoinix) rend un témoignage concernant les anges, tel est aussi le cas des vases d’eau qui sont en Égypte : ils rendent un témoignage concernant ceux qui descendent dans le baptême de leur Homme véritable.

Les deux taureaux qui sont en Égypte ont un sens caché : le soleil et la lune. C’est un témoignage à propos de Sabaoth qu’ils rendent, à savoir que la Sagesse du monde a pris le dessus sur eux depuis le jour où elle a créé le soleil et la lune et où elle a scellé son ciel pour l’éternité. Le ver engendré du phénix (phoinix) n’est pas un homme. Il est écrit à son sujet : « Le juste croîtra comme un palmier (phoinix). » Et le phénix apparaît d’abord vivant, et il meurt, puis à nouveau il se dresse, signe de celui qui s’est manifesté à la fin des temps. Ces grands signes, c’est en Égypte seulement qu’ils ont été manifestés, et en nul autre pays, car il est signalé (123) qu’elle ressemble au paradis de dieu.

PREUVE

Revenons aux archontes dont nous avons parlé afin d’en fournir la démonstration : c’est qu’ayant été expulsés hors de leurs cieux en bas sur la terre, les sept archontes se créèrent des anges qui sont nombreux démons, pour qu’ils les assistent. Et ceux-ci apprirent aux hommes force erreurs, magies et sortilèges, cultes d’idoles et effusions de sang, autels et temples, sacrifices et libations pour tous les démons de la terre, ayant comme collaboratrice la Fatalité qui advint conformément à l’accord intervenu entre les dieux de l’Injustice et de la Justice. Et dès lors que le monde fut ainsi distrait, il erra pendant toute la durée du temps. Tous les hommes de la terre en effet, ont servi les démons depuis le commencement jusqu’à la fin, les anges la Justice, et les hommes, l’Injustice. Ainsi le monde fut-il dans la distraction, dans l’ignorance et l’oubli, et tous ont erré jusqu’à l’avènement de l’Homme véritable. Que cela vous suffise concernant ces questions. Nous viendrons plus tard à notre monde afin de compléter son organisation et son administration avec exactitude ; alors apparaîtra comment on a trouvé la preuve de ce qui est caché dans ce qui est visible depuis le commencement jusqu’à la fin des temps.

ÉPILOGUE

But de la présence en ce monde de ceux qui appartiennent à l’Homme immortel

J’en arrive donc aux points capitaux qui concernent l’Homme immortel. Je dirai à propos de tous les siens dans quel but ils se trouvent ici-bas. Lorsqu’une multitude d’hommes fut issue..... (124 ) qu’ils ont façonné et de la matière, dès que le monde fut empli, les archontes le dominèrent, c’est-à-dire qu’ils le retinrent dans l’ignorance. Quelle en est la raison ? Voici, c’est que le Père immortel sait qu’il y a une déficience issue de la vérité dans les éons et leur monde. C’est pourquoi quand il voulut réduire à néant les archontes de la corruption par le truchement de leurs modelages, il envoya vos ressemblances dans le monde de la corruption. Ce sont les esprits innocents, les petits bienheureux. Ils ne sont pas étrangers à la connaissance. La connaissance entière en effet est dans leurs anges qui apparaissent devant eux — la chose n’est pas impossible au Père —, pour précisément leur donner la connaissance.

Aussitôt qu’ils apparaissent dans le monde de la corruption, ils doivent rendre visible le type de l’incorruptibilité pour la condamnation des archontes et de leurs puissances. Donc les bienheureux étant apparus dans les modelages des autorités, celles-ci en furent jalouses. Et les autorités, par jalousie, mélangèrent leurs semences avec eux pour les souiller, mais sans y parvenir. Les bienheureux donc lorsqu’ils apparurent au grand jour, manifestèrent leur différence, et chacun, depuis sa terre, dévoila sa connaissance à l’église qui a surgi parmi les modelages de la corruption et dont on a trouvé qu’elle contenait toute semence à cause des semences des autorités qui ont été mélangées [avec elle]. Alors le Sauveur créa u[ne] à partir d’eux tous, et les esprits de ceux-ci élus, étant les bienheureux (125 ) et différents du fait de leurs élections. Et d’autres, nombreux, qui sont sans roi et supérieurs à tous ceux qui les précèdent, de sorte qu’il y a quatre races. Il y en a trois qui sont attribuées aux rois de l’Ogdoade, mais la quatrième race est sans roi et parfaite, car elle est au-dessus de toutes.

Rétribution à venir

Ceux-ci en effet, c’est dans le lieu saint de leur père qu’ils entreront 9 et ils se reposeront dans un repos et une gloire éternels et indicibles et dans une joie sans fin. Et ils sont rois parmi la race mortelle en tant qu’immortels ; ils doivent condamner les dieux du chaos et leurs puissances. Mais le Verbe qui est au-dessus de tous a été envoyé pour cela seulement, proclamer ce qui est inconnu. Il a dit : « Il n’y a rien de caché qui ne soit manifesté et ce qui n’a pas été connu sera connu. » Et ceux-ci furent envoyés pour rendre manifeste <ce> qui était caché, et les sept autorités du chaos et leur impiété, aussi celles-ci les ont-elles condamnés à mort.

Quand donc tous les parfaits firent leur apparition dans les modelages des archontes et quand ils révélèrent la vérité qui n’a pas d’équivalent, toute la sagesse des dieux fut discréditée, leur Fatalité fut mise en procès et leur puissance s’éteignit, leur domination fut renversée et l’inanité de leur Providence et de leur gloire éclata. Avant la fin des temps, le lieu entier sera ébranlé par un grand coup de tonnerre. Alors les archontes seront dans le deuil, pleurant leur (126) mort. Les anges se lamenteront sur leurs hommes et les démons pleureront leurs temps et leurs hommes se lamenteront et crieront sur leur mort.

Apocatastase finale jusqu’à la dissolution de la première réalité

Alors débutera l’âge à venir et ils seront jetés dans le trouble. Ses rois seront ivres de l’épée ardente et ils se feront la guerre entre eux de sorte que la terre sera enivrée du sang versé et que les mers seront ébranlées par ces combats. Alors le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat, les étoiles du ciel dévieront de leur course. Et il y aura un grand coup de tonnerre venant d’une grande puissance qui est au-dessus de toutes les puissances du chaos, là où se trouve le firmament de la femme. Ayant créé la première oeuvre, elle déposera le feu sage de l’intelligence et revêtira la colère insensée. Puis elle poursuivra les dieux du chaos qu’elle a créés, ainsi que le Grand Géniteur. Elle les précipitera dans l’abîme. Ils seront supprimés à cause de leur injustice ; ils seront en effet comme ces montagnes embrasées et ils s’entre-dévoreront jusqu’à ce qu’ils soient détruits par leur Grand Géniteur. Lorsqu’il les aura détruits, il se retournera contre lui-même et se détruira jusqu’à ce qu’il périsse. Et leurs cieux s’effondreront les uns sur les autres et leurs puissances brûleront. Leurs éons aussi seront bouleversés. Et son ciel s’effondrera et se fendra en deux. Son ........ tombera sur la terre........pouvoir les soutenir. Elles tomberont dans l’abîme et l’abîme sera renversé. La lumière .......la ténèbre et la fera disparaître. Elle (127) sera comme ce qui n’a jamais existé, et l’oeuvre que la ténèbre a suivie se dissoudra. Puis la déficience sera extirpée à la racine, en bas dans la ténèbre et la lumière se retirera en haut dans sa racine. Et la gloire de l’Inengendré apparaîtra et emplira tous les éons

Seuls les parfaits entreront dans la non-royauté

…dès lors que la prophétie et l’histoire de ceux qui sont rois seront dévoilées et qu’elles seront accomplies par ceux qui sont appelés « parfaits ». Quant à ceux qui ne sont pas devenus parfaits dans le Père inengendré, ils recevront leurs gloires dans leurs éons et dans les royaumes immortels, mais ils n’entreront jamais dans la non-royauté. Il convient en effet que chacun retourne au lieu d’où il est sorti car chacun, par son agir et sa connaissance, dévoilera sa nature.


Notes sur l’écrit sans titre : traité sur l’origine du monde

(NH II,5 et XIII,2 et Brit. Lib. Or. 4926[1])

Le cinquième écrit du codex II, qui nous est parvenu sans titre, est un véritable traité didactique sur l’origine du monde. Il veut persuader des destinataires non-gnostiques, probablement juifs, d’embrasser les croyances gnostiques relatives à la création du monde, afin de discréditer dans leur esprit le dieu des Écritures juives, les disposant ainsi à adhérer à une doctrine supérieure, celle de l’existence d’un dieu transcendant, supérieur au démiurge et maître du monde matériel. C’est du moins ce que l’on peut supposer à la lumière de l’analyse de la disposition du traité et des matériaux utilisés dans chacune de ses parties. Après un prologue prétendant réfuter la théorie de la primauté du chaos, bien fait pour rallier des lecteurs juifs ou chrétiens, le maître gnostique propose un long exposé de la cosmogonie et de l’anthropogonie gnostiques. Il utilise pour cela une ou des sources gnostiques également citées dans l’Hypostase des archontes et peut être, dans l’Apocryphon de Jean.

Ces sources présentent le dieu créateur du monde matériel comme un dieu ignorant et envieux, qui blasphème en se prétendant le seul dieu. Par mode de captatio benevolentiae sans doute, l’auteur fait toutefois de Sabaoth, un des fils du démiurge Ialdabaoth, un exemple de conversion gnostique, proposant ainsi en modèle à ses destinataires le Dieu des Écritures juives. Dans son exposé anthropogonique, il présente encore Ialdabaoth, le dieu créateur, comme ignorant et jaloux, alors qu’Adam et Ève, tout comme Sabaoth, deviennent des modèles à imiter, qui accèdent à la vraie connaissance en désobéissant à leur créateur.

Une fois cet exposé terminé, l’auteur en propose comme démonstration non pas un argument tiré de quelque système gnostique, mais la croyance, bien attestée dans la littérature intertestamentaire juive, selon laquelle cultes idolâtres, pratiques magiques et sortilèges ont été enseignés aux hommes par des anges déchus, qu’il s’empresse d’identifier aux archontes de son exposé. Le traité se conclut sur un épilogue qui résume l’exposé et conclut le tout par un vibrant appel à la conversion, une promesse de récompense ou de châtiment éternel. Les parentés littéraires observées entre cet écrit sans titre et celui qui nous est connu sous le titre Eugnoste le Bienheureux permettent de croire que ces deux traités formaient à l’origine les deux volets d’un dyptique, le premier consacré à l’origine du monde et le second au dieu transcendant. Ces deux écrits ont par la suite connu des trajectoires différentes au cours desquelles ils ont subi un certain nombre de transformations.
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Re: L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 20:39

L’Hypostase des Archontes

« De l’Origine des Puissances »

CODEX II, 5

Traduction : André Wautier Extrait du Tome V-VI des textes de Shenesêt : Thot-Hermès et les Séthiens suivi de Nôréa, fille d’Adam, Editions Ganesha.


1. Inspiré par l’esprit du Père de la vérité et se référant aux « puissances des ténèbres » , le grand Apôtre nous a dit que « nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les puissances maîtresses de ce monde de ténèbres, contre les esprits pervers. » C’est pourquoi je vous ai mandé ceci, puisque vous vous êtes interrogés au sujet de la réalité de ces puissances.

2. Leur chef est aveugle. Poussé par son pouvoir, son ignorance et sa vanité, il déclara avec arrogance : « C’est moi qui suis Dieu. Il n’y en a pas d’autre que moi. » Disant cela, il pécha contre l’Univers . Or, son discours fut perçu par l’lncorruptible, et il vint une voix émanant de l’incorruptibilité, qui dit : « Tu te trompes, Samaël » ce qui veut dire : « Dieu des aveugles. »

3. Ses pensées s’enténébrèrent. Et, ayant par le blasphème qu’il avait proféré laissé échapper de lui sa puissance, il la poursuivit, à l’instigation de Pistis Sophia, en descendant vers le Chaos et vers l’Abysse sa mère, qui établit les enfants de celui-là, chacun selon son pouvoir, sur le modèle des éons qui sont dans la hauteur : car c’est, à l’origine, à la ressemblance du monde invisible que le monde visible a été conçu à partir de celui qui est caché.

4. Lorsque l’lncorruptibilité abaissa son regard vers la région des eaux, son image apparut dans les eaux et les maîtres des ténèbres en devinrent amoureux . Mais, du fait de leur faiblesse, ils ne purent s’approprier cette ressemblance qui leur était apparue dans les eaux : les psychiques, en effet, ne peuvent comprendre les Pneumatiques , car ils sont d’en bas, alors qu’elle était d’en haut. C’est pourquoi l’lncorruptibilité regarda en bas vers la région des eaux en vue d’unir, selon la volonté du Père, le Tout à la Lumière.

5. Les archontes firent des projets et dirent : « Allons, faisons un homme qui soit de la poussière de la terre. » lls modelèrent leur créature comme si elle était entièrement de terre. Or, le corps dont sont faits les archontes est femelle, c’est un avorton d’apparence animale. Ayant pris de la poussière de la terre, ils modelèrent leur homme d’après leurs propres corps et à la ressemblance de l’image du dieu qui (leur) était apparue dans les eaux ). Ils dirent : « Allons ) façonnons-le conformément au modèle que nous avons perçu, en sorte qu' il puisse voir sa […] et que nous l’emprisonnions dans la forme que nous avons façonnée », n’ayant pas compris, vu leur impéritie, la puissance de Dieu. Ce dernier souffla dans son visage, et l’homme acquit une âme sur la Terre pour de longs jours .

6. Toutefois, étant donnée leur impéritie, ils n’arrivèrent pas à le faire se tenir debout . Ils s’obstinèrent à souffler tels des vents de tempête , tentant de capter cette ressemblance qui leur était apparue dans les eaux, mais dont ils ne comprenaient pas le pouvoir.

7. Tout cela cependant était arrivé par la volonté du Père du Tout. Peu après, I’Esprit aperçut sur le sol l’homme pourvu d’une âme. Et l’Esprit sortit du Monde adamantin, il descendit et vint en lui, et l’homme devint une âme vivante. Il lui donna le nom d’Adam parce qu’il l’avait trouvé rampant sur la terre .

8. Une voix sortit de l’lncorruptibilité en vue d’une aide à Adam et les archontes rassemblèrent toutes les bêtes de la terre, ainsi que les oiseaux du ciel, pour voir comment Adam les dénommerait, pour qu’il donne un nom à chacun des oiseaux et à toutes les bêtes .Ensuite, les archontes prirent Adam et ils le placèrent dans un verger pour qu’il le cultive et en assure la garde. Ils lui donnèrent un ordre, disant : « Tu mangeras de (ous les arbres dans le verger, mais de I’arbre de la connaissance du bien et du mal, n’en mange pas ; n’y touche pas non plus, car le jour où vous en mangeriez, vous péririez de mort. » Mais ils lui dirent cela sans bien comprendre ce qu’ils lui avaient dit. Car, par la volonté du Père, ils le lui dirent de telle sorte qu’ils pouvaient en réalité) en manger, afin qu’Adam les voie comme s’il était un homme d’une nature uniquement hylique .

9. Les archontes se concertèrent et dirent : « Allons, faisons tomber sur Adam un profond sommeil. » Et il s’endormit. Or, ce sommeil qu’ils firent tomber sur lui pour le faire dormir, c’est l’ignorance. Ils tranchèrent alors dans son côté, celui qui était pareil à une femme vivante, puis ils reconstituèrent ce coté en mettant de la chair à la place .

10. Alors, Adam ne fut plus entièrement qu’une âme. Et la femme pneumatique vint vers lui et elle lui parla, disant : « Redresse-toi, Adam ! » Et, lorsqu’il l’eut vue, il dit : « C’est toi qui m’as donné vie : tu seras appelée Mère des vivants. Car c’est elle qui est ma mère , elle est l’accoucheuse et la femme et celle qui a présidé à la naissance. »

11. Alors, les archontes s’approchèrent de leur Adam. Et, quand ils virent sa contre-partie féminine parler avec lui, un grand émoi les saisit et ils la désirèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! jetons en elle notre semence » et ils la poursuivirent. Mais elle se rit d’eux à cause de leur stupidité et de leur aveuglement, et elle se changea en arbre devant eux tous. Elle étendit devant eux le reflet de son ombre, qui lui ressemble et c’est celle-ci qu’ils souillèrent abominablement, polluant ainsi l’empreinte qu’elle lui avait imprimée : c’est ainsi qu’en s’en prenant à l’image qu’elle avait dessinée en même temps que la leur, ils provoquèrent eux-mêmes leur propre condamnation.

12. Alors, le principe féminin pneumatique s’introduisit dans le Serpent, l’lnstructeur , qui se

mit à les enseigner, disant : « Que vous a-t-on dit ? Était-ce : de tous les arbres du jardin, vous en........

11 Image reprise de l’orphisme, selon lequel ce serait par la violence de tourbillons aériens que les âmes sont contraintes de s’incarner dans des corps.

12...... mangerez, mais de l’arbre de la connaissance du mal et du bien, n’en mangez pas ? » La femme de chair dit : « Non seulement on a dit : n’en mangez pas, mais même : n’y touchez pas, car le jour où vous en mangeriez, vous péririez de mort. » Le Serpent, l’lnstructeur, dit alors : « Vous ne périrez pas de mort. C’est par jalousie qu’on vous a dit cela. Au contraire, vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme les dieux, distinguant le bien et le mal. » Mais le principe instructeur féminin se retira alors du Serpent et le quitta, ne laissant derrière lui qu’un être de terre.

13. La femme de chair prit alors du fruit de l’arbre et en mangea, puis elle en donna à son mari comme à elle : et ces êtres psychiques mangèrent. Alors, leur déficience devint patente, vu leur manque de connaissance, et ils s’aperçurent qu’ils avaient été dépouillés de l’esprit pneumatique. Ils prirent des feuilles du figuier et s’en ceignirent les reins.

14. Alors, le grand Archonte arriva et il dit : « Adam, où es-tu ? » car il ne savait pas ce qui s’était passé . Adam répondit : « J’ai entendu ta voix et j’ai pris peur, parce que j’étais nu, et je me suis caché. » L’Archonte dit : « Pourquoi t’es-tu caché ? sinon parce que tu as mangé du seul arbre dont je t’avais ordonné : n’en mange pas. Alors, tu en as mangé ? » Adam dit : « La femme que tu m’as donnée, elle m’en a présenté et j’ai mangé. » L’Archonte arrogant, alors, maudit la femme. La femme dit : « C’est le Serpent qui m’a poussée et j’ai mangé. » lls se tournèrent vers le Serpent et maudirent son ombre, en sorte qu’elle devint impuissante, ne sachant pas qu’elle n’était que l’image d’eux-mêmes (qu’ils avaient) dessinée. Depuis lors, le Serpent est sous la malédiction des archontes : jusqu’à ce que vint l’Homme parfait, cette malédiction a pesé sur le Serpent.

15. Alors, ils se tournèrent vers leur Adam, ils le prirent et ils le jetèrent hors du verger avec sa femme : car il n’y a pas en eux de bienfaisance, du fait qu’ils sont eux-mêmes plus bas que la malédiction. Bien plus, ils tourmentèrent l’homme par de grandes tribulations et une vie pleine de soucis, afin que l’humanité soit accaparée par la vie matérielle et n’ait pas la possibilité de se consacrer à l’Esprit saint .

16. Dans la suite, elle enfanta Caïn, leur fils. Et Caïn cultiva la terre. L’homme connut à nouveau sa femme, qui devint grosse une nouvelle fois et enfanta Abel. Et Abel fut pasteur de moutons .

17. Or, Caïn présenta des fruits de son champ, tandis qu’Abel présentait un sacrifice de ses agneaux. Dieu regarda les offrandes d’Abel, mais il n’agréa pas les offrandes de Caïn. Et Caïn, I’homme charnel, abattit son frère Abel. Alors, Dieu dit à Caïn : « Où est Abel, ton frère ? » Il répondit, disant : « Suis-je donc le gardien de mon frère ? » Dieu dit à Caïn : « Écoute ! la voix des sangs de ton frère crie vers moi. Tu as péché par ta bouche. Cela se retournera contre toi. Cependant, quiconque tuerait Caïn déchaînerait sept vengeances. Tu vivras donc en gémissant et en tremblant sur la terre. »

18. Alors, Adam connut sa ressemblance féminine, Eve, et elle devint grosse, et d’Adam elle enfanta Seth Et elle dit : « J’ai enfanté un autre)homme de par Dieu, en place d’Abel. »

19. Eve devint grosse à nouveau et elle enfanta Nôréa. Et elle dit : « Il a été conçu en moi une vierge comme une aide pour beaucoup de générations de l’humanité. » Cette vierge, les archontes ne l’ont pas souillée.

20. Alors, I’humanité se mit à se multiplier et à croître. Les archontes prirent conseil les uns des autres et dirent : « Allons ! provoquons un déluge de nos propres mains et anéantissons toute chair, hommes et animaux. »

21. Mais, quand l’Archonte des Forces apprit leur résolution, il dit à Noé : « Fais-toi une arche d’un bois imputrescible et cachez-vous en elle, toi et tes enfants, avec les animaux et les oiseaux du ciel, du plus petit au plus grand, et fabrique-la sur la montagne de Sir. »

22. Alors, Oréa vint à lui pour monter dans l’arche. Mais, comme il ne la laissait pas monter, elle souffla sur l’arche et fit en sorte qu’elle soit détruite par le feu. Il construisit alors l’arche une deuxième fois.

23. Les archontes vinrent à sa rencontre avec l’intention de l’abuser. Leur chef suprême lui dit : « Eve, ta mère, est venue à nous. » Mais Noréa , se tournant vers eux, leur dit : « C’est vous qui êtes les gouverneurs des ténèbres ? Vous êtes maudits et vous n’avez pas connu ma mère, mais c’est votre équivalent féminin que vous avez connu. Aussi ne suis-je pas issue de vous : c’est, bien au contraire, du monde d’en haut que je suis venue. » L’archonte arrogant fit appel à tout son pouvoir et son apparence devint pareille à [ … ] noir. Il lui dit, dans sa présomption : « Il te faut nous rendre service (comme l’a fait) ta mère Eve, car on m’a […]. »

24. Mais Noréa se tourna, grâce à la puissance de [ … ] cria d’une grande voix vers le Saint, le Dieu du Tout : « Protège-moi des archontes d’iniquité et sauve-moi de leur emprise ! »

25. Alors, un ange descendit des cieux et lui dit : « Pourquoi cries-tu vers Dieu ? Pourquoi te montres-tu aussi téméraire envers l’Esprit saint ? » Nôréa dit : « Qui es-tu ? » Les archontes d’iniquité s’étaient éloignés d’elle. Il répondit : « Moi, je suis Elelêth l’avisé , le grand ange qui se tient debout en présence de l’Esprit saint. J’ai été envoyé pour m’entretenir avec toi et pour te délivrer des griffes de ceux qui sont sans loi. Et je te ferai connaître tes racines. » Or, cet ange, je ne suis pas capable de dire sa puissance. Son apparence est comme de l’or fin et sa vêture comme la neige. Vraiment, ma bouche n’est apte, ni à exprimer sa puissance, ni à décrire son visage.

26. Elelêth, le grand ange, me parla : « Moi, dit-il, je suis intelligence ; je suis l’un des quatre illuminateurs qui se tiennent debout en présence du Grand Esprit invisible . Crois-tu que ces archontes aient quelque pouvoir sur toi ? Aucun d’eux ne pourra prévaloir contre la racine de la vérité, car c’est à cause d’elle que s’est produite ces derniers temps la Manifestation et ces autorités seront vaincues. Et elles ne pourront pas te souiller, pas plus que cette génération, car votre place est dans l’lncorruptibilité, là où habite l’Esprit virginal , lequel domine les autorités du Chaos et leur monde. »

27. Alors je dis : « Seigneur, instruis-moi des capacités (de) ces autorités. Comment sont-elles venues à l’existence ? et à partir de quelle origine et en quelle matière ? et qui les créa, elles et leur pouvoir ? »

28. Et le grand ange Éleleth, I’lntelligence, me parla : « Dans les éons sans limite réside l’incorruptible Sophia, encore appelée Pistis . Elle voulut créer seule quelque chose, sans son conjoint , et elle produisit un être céleste. « Entre le Monde d’en haut et les éons d’en bas, il y a un voile, et une ombre se dessina sous ce voile. Cette ombre devint matière et cette ombre fut projetée plus bas. Et ce qu’elle avait produit devint un être matériel semblable à un avorton. Mais il reçut une forme façonnée comme provenant de l’ombre et il devint une bête arrogante ressemblant à un lion .

29. « Il était androgyne, puisqu’il était, je viens de le dire, sorti de la matière. Ouvrant les yeux, il aperçut la matière vaste et étendue, et il devint arrogant, il dit : Moi, je suis Dieu et il n’y en a pas d’autre que moi. Disant cela, il pécha contre le Tout. Mais il sortit d’au-dessus de l’Eon suprême une voix qui dit : Tu te trompes, Samaël c’est le dieu des aveugles . « Mais il rétorqua : S’il existe quelqu’un d’autre d’antérieur à moi, qu’il se montre à moi ! Aussitôt, Sophia étendit son doigt et elle fit parvenir la lumière au sein de la matière, et elle la suivit jusqu’en bas, dans les régions du Chaos. Puis, elle partit en remontant dans sa lumière. L’obscurité, à nouveau, envahit alors la matière .

30. « Cet Archonte, qui est androgyne, se bâtit un autre domaine, d’une grandeur sans limite, et il résolut de susciter de lui des enfants. Il créa pour lui-même sept enfants, androgynes comme leur auteur, et il dit à ses enfants : ‘Je suis le Dieu du Tout’. « Mais Zoé, la fille de Pistis Sophia, lui dit en criant : Tu fais erreur, Saclas (un nom occulte pour laldabaôth . Elle lui souffla au visage et son souffle devint pour elle un ange de feu, et cet ange lia laldabaôth et le précipita dans le Tartare au fond de l’abîme .

31. « Alors, lorsque son enfant Sabaôth eut vu le pouvoir de cet ange, il fut retourné et il condamna son père, ainsi que sa mère, la matière. Il prit celle-ci en aversion, et il célébra Sophia et sa fille Zoé. « Aussi Sophia et Zoé l’enlevèrent-elles pour l’établir sur le septième ciel, en dessous du voile qui se trouve entre la hauteur et les bas-fonds. On l’appela le Dieu des Forces, Sabaôth , parce qu’il est supérieur aux Forces du Chaos, du fait que Sophia l’y a établi. « Après (tout) cela, il se fabriqua un grand char à quatre faces de chérubins , avec pour l’assister un nombre immense d’anges (porteurs) de harpes et de cithares.

32. « Et Sophia emmena sa fille Zoé pour la faire asseoir à sa droite en vue de lui enseigner ce qu’il y a dans l’Ogdoade, et elle plaça à sa gauche l’ange de la colère. Depuis ce jour, on appela sa droite Vie, tandis que la gauche fut le modèle de l’iniquité issue de l’Eon du pouvoir suprême d’en haut. C’est avant ton temps qu’ils sont venus à l’existence.

33. « Mais, lorsque laldabaôth le vit établi dans cette grande gloire et à cette hauteur, il en devint jaloux et cette envie devint un être androgyne . C’est là l’origine de l’envie, et l’envie engendra la mort, et la mort engendra des enfants, à chacun desquels elle attribua un ciel, et tous les cieux du Chaos furent emplis de leur multitude .

34. « Or, c’est en conformité avec la volonté du Père du Tout que tout cela se produisit, à l’exemple de toutes les choses d’en haut, afin que tout le Chaos puisse être empli.

35. « Voici donc que je t’ai instruite de l’histoire des archontes et de la matière en laquelle ils ont été créés, et aussi de leur auteur et de leur monde. »

36. Mais je dis : « Seigneur, suis-je, moi aussi, faite de leur matière ? » « Toi, de même que tes descendants, vous êtes issus du Père primordial. C’est d’en haut, de la Lumière impérissable, que sont venues leurs âmes. Aussi les autorités ne pourront-elles s’approcher d’eux, grâce à l’Esprit de vérité présent en eux, et tous ceux qui ont acquis la connaissance de ce chemin sont immortels parmi les hommes mortels. Cependant, cette semence ne se manifestera pas aujourd’hui. Après trois générations toutefois, elle se manifestera et elle rejettera loin d’elle le joug d’erreur des autorités. »

37. Alors, je dis : « Dans combien de temps, seigneur ? » Il répondit : « Lorsque l’Homme vrai révélera, au moyen d’une image modelée, l’existence de l’Esprit de vérité que le Père aura envoyé. « C’est lui alors qui les instruira de toutes choses. Et il les oindra du chrême de la vie éternelle, qui lui aura été remis par la génération autonome . « Alors, ils seront affranchis de la pensée aveugle et ils fouleront aux pieds la mort issue des puissances. Et ils monteront dans la Lumière sans limite, là où repose cette semence. « Dès lors, les puissances délaisseront leurs éons et leurs anges pleureront sur leur destruction, tandis que leurs démons lamenteront leur mort. « Alors, tous les enfants de la Lumière connaîtront vraiment la vérité et leur racine, ainsi que le Père du Tout et l’Esprit saint. Tous, ils diront d’une seule voix : La Vérité du Père est juste et le Fils règne sur le Tout. »

38. Et tous clameront, dans les siècles des siècles : « Saint, saint, saint ! Amen. »


L’Hypostase des archontes. Traité gnostique sur l’origine de

l’homme, du monde et des archontes (NH II,4)

Les personnes qui s’intéressent au gnosticisme sont souvent frappées par l’appropriation des textes bibliques par certains auteurs gnostiques. Ces récits sont souvent revisités, transformés et réinterprétés afin de leur donner de nouvelles valeurs. Cependant, certaines fois, le texte en question peut être simplement soumis à une exégèse audacieuse et non conventionnelle. Quelle qu’en soit l’approche, le livre de la Genèse paraît être une source extrêmement privilégiée, particulièrement en ce qui concerne ses premiers chapitres. Dans son introduction à l’Hypostase des archontes, le professeur Barc soutient que l’auteur de ce texte a utilisé comme source une version réécrite de la Genèse ; source également utilisée par les auteurs de l’Écrit sans titre sur l’origine du monde, et de l’Apocryphon de Jean, deux autres textes découverts eux aussi à Nag Hammadi.

L’Hypostase des archontes est le quatrième traité du codex II de Nag Hammadi. Il est précédé de l’Apocryphon de Jean, l’Évangile de Thomas et l’Évangile de Philippe, et est suivi de l’Écrit sans titre sur l’origine du monde et de l’Exégèse de l’âme. Ce texte est très bien conservé, avec quelques lacunes mineures. Il est rédigé en sahidique, un dialecte copte, mais l’original aurait été écrit en grec. Le professeur Barc soutient que ses liens avec la pensée de Philon permettent de rattacher cet écrit à la communauté juive d’Alexandrie. Quant à la date, il y a lieu de faire une distinction entre la première rédaction, témoin d’une gnose encore purement juive, et qui a pu être rédigée dans la première moitié du deuxième siècle et la rédaction christianisée (deuxième rédaction) qui peut être datée de la deuxième moitié du IIe siècle.

Le traité enseigne la vérité sur les puissances qui possèdent le pouvoir et qui ont autorité sur le monde. Le récit commence par l’affirmation du démiurge, le chef des archontes, qui s’attribue les mots prononcés par le Dieu de la Bible : «Je suis Dieu, il n’y en a pas d’autres». Cependant il existe un autre pouvoir que le sien, mais il l’ignore. Ce pouvoir blâme le démiurge et le fait tomber dans le chaos. À cet instant, «l’incorruptibilité» regarde vers les eaux primitives et «son image apparut dans les eaux, et les puissances des ténèbres la désirèrent, mais ne purent saisir cette ressemblance» (87,14-25).

Les archontes créèrent alors un homme à son image, Adam, qui reçut aussi l’esprit venant du royaume supérieur. Après lui avoir amené tous les animaux et tous les oiseaux pour qu’il les nomme, ils l’amenèrent au jardin d’Éden, où ils essayèrent de lui retirer l’essence divine qu’il avait reçue. Or, cette essence devint une femme «la mère des vivants» (89,15). Les puissances la désirèrent et voulurent la violenter, mais elle se transforma en arbre, et leur présenta seulement son ombre. Cette ombre devint «la femme charnelle» (90,2), l’Ève biblique, la femme d’Adam. La femme spirituelle pris la forme du serpent et, sous cette forme, instruisit Ève sur le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Ève et Adam croquèrent le fruit de l’arbre, malgré l’interdiction des archontes. Ils furent chassés du jardin d’Éden comme dans la Genèse. Cependant, le chef des archontes est présenté ici comme un être ignorant, jaloux et effrayant. Le récit se poursuit avec l’histoire de Caïn et Abel, après qu’Ève eu donné naissance à Seth. Contrairement à la version «canonique» de la Genèse, elle met également au monde une fille, Noréa. Les archontes fous de jalousie essayèrent de détruire l’espèce humaine. Noréa chercha alors refuge chez Noé. À cet instant-là, l’archonte essaya de la posséder, elle cria pour demander de l’aide (93,1-2). L’ange Eleleth descendit des cieux pour se porter à son secours. À partir de son arrivée, Noréa s’exprime désormais à la première personne et le texte prend la forme d’un discours de révélation. Elle interroge Eleleth sur la nature et l’origine des archontes, sur sa propre nature et sur le temps qu’il reste avant la libération des «fils de la lumière» (97,14). L’ange raconte à Noréa la création de Samæl (le démiurge) par Sophia et son abandon. Il raconte aussi les actions de Zoé (vie), la fille de Sophia, et la repentance du fils de Samæl, Sabaoth. Le professeur Barc souligne que ces dernières révélations proviennent d’une source différente de celle du début du texte et que ces deux sources ne sont pas complètement en accord l’une avec l’autre. Le récit prend fin avec la discussion de la venue de «l’Homme véritable» (96,33-34) qui enseignera la vérité et libérera les élus, qui «monteront vers la lumière illimitée» (97,8).



Dans son introduction et son commentaire, le professeur Barc souligne que l’Hypostase des archontes serait le résultat d’un travail de synthèse à partir de deux sources principales. Le rédacteur, tout en respectant scrupuleusement le schéma traditionnel d’enseignement sur l’origine de l’homme, enrichit celui-ci en fusionnant avec lui une version gnostique des premiers chapitres de la Genèse. Il la considère comme la forme authentique de la révélation sur les origines, et dont la Genèse canonique ne serait que la version falsifiée. Cette dépendance à la Genèse est si fortement marquée dans l’Hypostase des archontes que certains commentateurs ont cru pouvoir faire de la première partie de cet écrit une paraphrase de la Genèse. Il démontre que les choses sont en fait plus complexes, si le rédacteur se réfère en effet directement à ce texte, il en reproduit cependant une version corrigée. Le professeur Barc présente un schéma anthropogonique de l’Hypostase des archontes, de l’Apocryphon de Jean et de l’Écrit sans titre. Il établi ainsi, grâce à la mise en lumière des éléments communs aux trois écrits, que les rédacteurs des ces traités ont utilisé la même Genèse «véritable».

Le professeur Barc appelle le deuxième texte, qui a inspiré la seconde partie de l’Hypostase des archontes, la source théogonique. La complexité de la situation de l’Apocryphon de Jean rend incertaine l’utilisation par son auteur de cette source, mais il est certain que le rédacteur de l’Écrit sans titre l’a exploitée. Le professeur Barc par sa comparaison de l’Hypostase des archontes avec l’Écrit sans titre, arrive à restituer une partie de la source théogonique. Il la soumet à une analyse détaillée qui lui permet de mieux comprendre l’intention des rédacteurs lorsqu’ils intervenaient pour la remanier. Il démontre les liens existant entre la source théogonique et la philosophie de Philon d’Alexandrie, grand exégète et philosophe juif. Cette organisation bipolaire du monde archontique rappelle, en effet, les spéculations de Philon sur les deux hypostases divines les plus vénérables et les plus anciennes, le Créateur et le Seigneur.

Le Professeur Barc démontre que la présence de contradictions à l’intérieur même de l’Hypostase des archontes peut être imputée au dernier rédacteur, qui aurait retravaillé la première édition. Il confirme que cette première édition serait le produit d’un gnosticisme juif, la deuxième édition serait, quant à elle, l’oeuvre d’un rédacteur chrétien. Ce deuxième rédacteur n’a pas beaucoup altéré la partie du texte dérivant de la Genèse «véritable». Cependant, il a effectué de nombreux changements dans les sections venant de la source théogonique, ce qui reflète ainsi une vue chrétienne de l’histoire.
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Re: L’OGDOADE ET L’ENNÉADE

Message  Arlitto le Lun 29 Fév - 20:39

Nag Hammadiles écrits gnostiques

Bibliothèque de Nag Hammadi


En décembre 1945 fut déterré accidentellement un ensemble de 52 textes religieux et philosophiques caché il y a 1600 ans dans une jarre. Un groupe de paysans découvrit en effet non loin du village de Nag Hammadi en Haute Égypte une véritable bibliothèque, en langue copte, celle là même que parlaient les chrétiens égyptiens, et allant faire l’effet d’une bombe dans les milieux historiques et théologiques.

Parmi ce corpus de 1200 pages, actuellement conservé au Musée copte du Caire, un écrit a particulièrement défrayé la chronique, L’évangile selon Thomas, originellement titré « Paroles cachées de Jésus écrites par Thomas ».

55 ans après cette miraculeuse découverte, la polémique est toujours très vive et l’étude des textes un grand sujet de controverse. Beaucoup d’encre a coulé : des interprétations à tendance rosicrucienne jusqu’à l’accusation d’omerta religieuse, les scientifiques continuent aujourd’hui à s’interroger sur l’impact exact que constitue une telle découverte.

La découverte de la bibliothèque fut localisée au Nord Ouest de Louxor, entre Dendérah et Panopolis. Le corpus y avait été soigneusement placé dans une tombe du cimetière pacômien au pied de la falaise du Djebel el Tarif. Initiation à la Gnose et à la tradition chrétienne, à la lumière des textes de Nag Hammadi

Le contenu des manuscrits de Nag Hammadi L’ensemble des livres se compose de textes religieux et hermétiques, d’ouvrages de sentences morales, d’écrits apocryphes et plus curieusement encore d’une ré-écriture de la République de Platon.

Outre l’intérêt des manuscrits pour l’histoire du livre (ils sont les plus anciens connus à ce jour) et la paléographie copte, ils représentent un témoignage capitale pour l’histoire de la philosophie et du christianisme primitif. Leur analyse est néanmoins très difficile puisque nous ne connaissons ni leurs auteurs, ni les circonstances, ni les lieux de leur rédaction. En revanche, on peut aujourd’hui les considérer comme décisif pour la recherche sur le gnosticisme des premiers temps.

Les écrits gnostiques de Nag Hammadi Les textes religieux, dit "gnostiques", proposent des interprétations et des rituels chrétiens différents de ceux officialisés en 325 et qui avaient été immédiatement rejetés comme hérétiques. C’est pourquoi ils furent rassemblés, protégés et cachés par les communautés dites "déviantes". La gnose signifie la connaissance. Les gnostiques avaient une toute autre relation aux textes sacrés que les chrétiens en ce sens qu’ils ne s’attachaient aucunement à leur historicité mais à leur sens ésotérique. Les gnostiques envisagent donc les choses divines comme une connaissance intérieure et secrète, transmise par la tradition et par l’initiation.

La bibliothèque de Nag Hammadi offre de nombreux témoignages de ces courants gnostiques prétendant contenir un enseignement secret tout en s’inspirant parfois de l’Ancien Testament. Nag Hammadi et l’Hermétisme Parmi le corpus de la bibliothèque se trouvent des livres dits "hermétiques" s’inscrivant dans la tradition du Corpus Herméticum.

Le codex VI est en effet composé d’un traité de titre inconnu et surnommé L’Ogdoade et L’Ennéade, d’une prière d’action de grâce et d’un long fragment du Discours Parfait. Ces deux derniers textes sont en partie repris dans l’Asclépius tandis que le premier est tout à fait inédit.

Ces écrits peuvent être mis à part tant ils s’éloignent des théories gnostiques largement diffusées dans le reste de la bibliothèque. Mais leur intérêt réside surtout dans leur inspiration égyptienne très marquée en comparaison des textes grecs et latins connus à ce jour. Ils ne rejettent d’ailleurs aucunement la religion égyptienne mais propose de la "spiritualiser". Plus qu’un système religieux à la manière chrétienne, l’hermétisme est une "voie". Complémentaires et suffisants, ils exposent à eux trois l’ensemble de la doctrine hermétique, le chemin initiatique devant conduire à "l’illumination divine". Il s’agit d’une des différences fondamentales entre chrétiens et gnostiques ou hermétiques. Si le christianisme se repose sur la vérité historique, les courants gnostiques, hermétisme compris, accordent une place primordiale au symbolisme, voire à l’allégorie.

Un exemplaire des codices découverts en 1945 au pied de la montagne du Gebel el Tarif : la plupart de ces codices étaient protégés par un étui de cuir tel que celui-ci. Histoire d’une grande découverte Le parcours précis des livres de Nag Hammadi est une extraordinaire aventure qui ne fut connue que 30 ans après leur découverte, quand son auteur, Mohammed Ali Samman, accepta de raconter son histoire. Elle fut recueillie par les savants conscients de l’importance des circonstances qui entouraient la mise à jour des manuscrits. Parti à la recherche d’engrais naturel, le sabakh, dans la montagne proche de son village, Mohammed Ali Samman déterra accidentellement une jarre de terre rouge, haute d’un mètre. Hésitant avant de la briser - celle-ci aurait pu être le logement d’un esprit malin - l’appât du gain et la curiosité l’emporta finalement. Mais à la place de l’or tant espéré, il n’y découvrit qu’une douzaine de livres reliés dans des étuis de cuir brun qu’il rapporta chez lui à Al Quasr.

Inconscient de leur valeur inestimable, il les jeta sur le tas de paille destiné à alimenter le four du foyer. Sa mère, Umm-Ahmad, en fit d’ailleurs usage pour entretenir le feu. Selon son témoignage, Mohammed Ali Samman était alors mêlé à une histoire de vendetta à la suite du meurtre de son père. Décidés à le venger, ses frères et lui assassinèrent quelques semaines plus tard Ahmed Ismail, le coupable, de passage dans la région.

Craignant les représailles de la police, il confia le "trésor" au religieux Al- Qummus Basiliyus Abd el Masih qui, frappé par leur originalité, envoya un exemplaire des manuscrits à l’historien égyptien Raghib. Ce dernier, présumant déjà de leur grande valeur, les fit parvenir au Caire.

Rapidement vendus au marché noir, les livres attirèrent l’attention du gouvernement égyptien qui en fit l’acquisition, freinant ainsi leur éparpillement et leur fuite hors des frontières égyptiennes. Déposés au Musée Copte du Caire, il faudra encore attendre quelques années avant que ces livres soient portés à la connaissance des scientifiques.

Un des codices, surnommé aujourd’hui le codex Jung, échappa à l’autorité égyptienne et fut vendu aux Etats-Unis à des collectionneurs privés. Un historien néerlandais, Gilles Quispel, entendit parler de ces mystérieux manuscrits et décida de les acheter par l’intermédiaire de la Fondation Jung de Zurich. Après examen de ce codex isolé, l’historien constate que quelques pages sont manquantes et s’envole pour l’Egypte afin de les rassembler. Il se rend au Musée Copte dès le printemps 1955 afin d’emprunter les photographies des textes. C’est à ce moment qu’il s’aperçoit de la valeur réelle des pages qu’il tenait entre ses mains. Et il ne s’agissait là que de l’un des 52 manuscrits découverts dix ans plus tôt à Nag Hammadi!

Dans sa déclaration, Mohammed Ali Samman admet que certaines pages ont été perdues, brûlées ou jetées. Malgré tout, il avait mis la main sur un fabuleux trésor : des traductions coptes datant du IIe siècle de notre ère de textes religieux et philosophiques encore plus anciens, initialement rédigés en langue grecque, et dont quelques fragments avaient été mis à jour par des archéologues cinquante ans auparavant !

L ’ i n t i n é r a i r e f a b u l e u x d e s m a n u s c r i t s

La première partie des manuscrits fut confiée au religieux Al-Qummus Basiliyus Abd el Masih. Envoyé à l’historien Raghib, cet ensemble devient la propriété du Musée copte du Caire où il est étudié par l’égyptologue français Jean Doresse. De cet examen, mettant en avant la richesse d’une telle découverte, est née la nécessité de retrouver et de réunir la totalité de la collection. La deuxième partie de la bibliothèque passe entre les mains d’un hors-la-loi, Bahij Ali, du village de Samman. Vendue à Phocion Tano, un antiquaire du Caire, le gouvernement égyptien tente de la racheter. L’antiquaire affirme qu’ils sont dorénavant la possession d’une collectionneuse italienne, Mademoiselle Dattari, habitant la capitale égyptienne. Lorsqu’en 1952, les manuscrits sont déclarés bien national par le ministère de l’Education Public, la collection Dattari devient la propriété du Musée Copte du Caire.

La dernière partie des manuscrits, aussi vendue au marché noir, est achetée par l’antiquaire Albert Eid. Celui-ci, refusant de remettre le codex 1 aux autorités de son pays, le fait passer en fraude hors des frontières l’Egypte. Resté invendu aux Etats-Unis, il le dépose dans un coffre fort en Belgique. A son décès, sa femme poursuit la vente illicite du livre. C’est alors qu’il est remarqué par le professeur Gilles Quispel qui en fait l’acquisition par l’intermédiaire de la fondation Jung de Zurich afin d’être offert comme cadeau d’anniversaire au psychanalyste Carl-Gustav Jung.

L a d é c o u v e r t e d e N a g H a m m a d i

En décembre 1945, près de la ville de Nag Hammadi, des paysans égyptiens déterraient fortuitement une jarre contenant treize codices de papyrus, des volumes reliés à plat comme nos livres et recouverts de cuir. Ils venaient de faire l’une des plus formidables découvertes de manuscrits anciens du XXe siècle. Dans un état de conservation variable, les 1156 pages inscrites renferment 54 oeuvres différentes, la plupart inconnues par ailleurs, dont le fameux Évangile selon Thomas, un recueil de paroles de Jésus. Il s’agit de textes religieux, généralement décrits comme gnostiques. D’abord rédigés en grec, vraisemblablement au cours du IIe siècle, ces textes ont ensuite été traduits en copte, la langue de l’Égypte de cette époque, puis copiés vers le milieu du IVe siècle dans des codices qui ont par la suite été enfouis dans une jarre, probablement au début du Ve siècle.

Cette découverte est d’un intérêt inestimable, que ce soit pour l’histoire du livre, dont les codices de Nag Hammadi constituent les plus anciens spécimens, pour l’histoire de la langue et de la paléographie coptes, ou pour celle de la philosophie et du christianisme naissant.

Ces textes ressuscitent en effet pour nous des formes du christianisme primitif que la tradition postérieure a combattues et s’est efforcée de faire disparaître, mais qui jouèrent néanmoins un rôle essentiel dans sa formation. Leur édition, leur traduction dans des langues modernes et leur étude, qui en est encore à ses débuts, ouvrent donc une fenêtre nouvelle sur la période du IIe siècle, si importante dans la formation du christianisme. Toutefois, l’interprétation de ces textes nouveaux est particulièrement difficile. On ignore en effet l’identité de leurs auteurs, les lieux, dates et circonstances de leur rédaction en grec, de leur transmission, de leur traduction en copte, de leur copie dans les codices mis au jour en 1945. De laborieuses recherches permettent néanmoins de les situer dans leur contexte et d’en tirer de nombreux renseignements qui éclairent l’histoire des premiers siècles chrétiens sous un jour nouveau. Ainsi, pour ne donner qu’un seul exemple, l’Évangile selon Thomas est devenu une pièce maîtresse de la recherche sur le personnage historique de Jésus de Nazareth et sur les origines du christianisme.

En 1952, 12 codices et demi se trouvent réunis au Musée Copte du Caire et une grande partie du 13e placée dans un coffre à Zurich. Mais selon le témoignage de Samman, des pages ont été perdues, brûlées ou jetées. Par ailleurs, on ne sait pas si la bibliothèque retrouvée en 1945, est aujourd’hui complète et si aucun livre supplémentaire ne se promènerait pas encore dans la nature.

Table des Matière de la Bibliothèque de Nag Hammadi

La bibliothèque se compose de 13 livres, appelés codex d’après le nom scientifique donné à tout assemblage de feuilles pliées en deux et cousues ensemble. Ces livres représentent les spécimens les plus anciens que nous possédons aujourd’hui.

Codex I (Codex Jung) pages

1. Prière de l’apôtre Paul A-B

2. L’Épître apocryphe (ou livre secret) de Jacques 1-16

3. L’Évangile de Vérité 16-43

4. Le Traité sur la Résurrection 43-50

5. Le Traité Tripartite 51-138

Codex II

1. L’Apocryphon (ou livre secret) de Jean 1-32

2. L’Évangile selon Thomas 32-51

3. L’Évangile selon Philippe 51-86

4. L’Hypostase des archontes 86-97

5. Écrit sans titre : traité sur l’origine du monde 97-127

ou Symphonia de l’hérésie 40 du Panarion d’Épiphane

6. L’Exégèse de l’âme 127-137

7. Le Livre de Thomas [l’Athlète] 138-145

Colophon 145

Codex III

1. L’Apocryphon (ou livre secret) de Jean 1-40

2. L’Évangile égyptien (ou des Égyptiens) 40-69

ou le Livre sacré du grand esprit invisible

3. Eugnoste le Bienheureux 70-90

4. La Sagesse (ou Sophia) de Jésus-Christ 90-119

5. Le Dialogue du Sauveur 120-147

Codex IV

1. L’Apocryphon (ou livre secret) de Jean 1-49

2. L’Évangile égyptien (ou des Égyptiens) 50-81

ou le Livre sacré du grand esprit invisible

Codex V

3. Eugnoste le Bienheureux 1-17

4. L’Apocalypse de Paul 17-24

5. Apocalypse de Jacques 24-44

6. Apocalypse de Jacques 44-63

7. L’Apocalypse d’Adam 64-85

Codex VI

1. Les Actes de Pierre et des douze Apôtres 1-12

2. Le Tonnerre, Intellect Parfait – la Brontè 13-21

3. Authentikos Logos 22-35

4. Le Concept de notre Grande Puissance 36-48

ou Aisthesis Dianoia Noèma

5. Fragment de la République de Platon, 588b-589b 48-51

6. [Discours sur] l’Ogdoade et l’Ennéade 52-63

7. La Prière d’action de grâce 63-65

8. Fragment du Discours Parfait (ou de l’Asclépius) 65-78

Codex VII

1. La Paraphrase de Sem (ou Séem) 1-49

2. Le Second Traité du grand Seth 49-70

3. L’Apocalypse de Pierre 70-84

4. Les Enseignements de Silouanos 84-118

5. Les Trois Stèles de Seth 118-127

Colophon 127

Codex VIII

1. Zostrianos – Zostrien 1-132

2. La Lettre de Pierre à Philippe 132-140

Codex IX

1. Melchisédek 1-27

2. La Pensée de Noréa 27-29

3. Le Témoignage Véritable (ou de la Vérité) 29-74

Codex X

1. Marsanès 1-68

Codex XI

1. L’Interprétation de la Gnose (ou Connaissance) 1-21

2. Exposé[s] valentinien[s] 22-44

3. [Révélations reçues par] l’Allogène 49-69

4. Hypsiphronè 69-72

Codex XII

1. Les Sentences de Sextus 15*-34*

2. L’Évangile de Vérité (fragment central) 53*-60*

3. Fragments [non identifiés]

Codex XIII

1. La Protennoia Trimorphe 35*-50*

2. Écrit sans titre (fragment du 5e traité du Codex II) 50*

Berolinensis Gnosticus 8502

Codex conservé à Berlin qui contient deux traités dont on trouve des parallèles

dans la collection de Nag Hammadi. Début du Ve siècle.

1. L’Évangile selon Marie 7-19

2. L’Apocryphon de Jean 19-77

3. La Sagesse de Jésus-Christ 77-127

4. L’Acte de Pierre 128-141
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