Le Coran de Sana'a

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Le Coran de Sana'a

Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 16:29

Le Coran de Sana'a

Le «palimpseste de Sana'a» ou la folle histoire d'un autre Coran


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En 1972, des ouvriers yéménites ont déterré par hasard un des plus vieux Coran du monde. Des spécialistes ont alors découvert qu'on avait écrit par-dessus une version plus ancienne, bien différente du Coran que nous connaissons.
En 1972, un pan du faux plafond d’une très ancienne mosquée de Sana’a, la capitale du Yémen, s’effondre. Des ouvriers, présents sur les lieux, découvrent une cache remplie d’un fatras de manuscrits en très mauvais état. Ils les chargent dans vingt sacs à patates et les déposent dans une montée d’escalier du bâtiment. Ces parchemins auraient très bien pu rester à l’ombre encore longtemps si les autorités yéménites n’avaient pas eu le nez creux. Pressentant que les travailleurs ont peut-être fait par inadvertance une trouvaille, elles appellent des spécialistes allemands à la rescousse.
Ceux-ci leur donnent raison. En analysant ces lignes, ils découvrent parmi les plus anciennes versions retranscrites des sourates du prophète Mahomet. Surtout, ils se rendent compte qu’on n’a pas simplement mis la main sur un manuscrit mais sur un palimpseste, c’est-à-dire sur un ouvrage où chaque ligne d’écriture en recouvre une autre, plus ancienne. 
Plus surprenant encore, en se penchant sur la couche d’écriture la plus vieille, qui date de la seconde moitié du VIIe siècle après J.C (c’est-à-dire le Ier siècle selon le calendrier musulman), ils relèvent de nombreuses variations par rapport à la tradition officielle du Coran. L’anecdote est lourde de sens dans la mesure où le Coran, parole de Dieu par excellence, n’est pas censé s’empêtrer dans ce genre de contradictions et contestations.

L’islam, ça se passe d’abord à l’oral
A son origine, l’islam a d’ailleurs entretenu une relation complexe avec l’écriture. Si le Coran se retrouve dans les étals des libraires et sur les étagères des bibliothèques depuis plus de mille ans, la doctrine musulmane est avant tout affaire d’oralité. C’est par la voix que Mahomet dit avoir recueilli le message divin. Par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, Dieu lui délivre, directement en arabe, les préceptes de la nouvelle religion au compte-gouttes, sourate après sourate.

C’est pourquoi le Coran est considéré comme l’ouvrage parfait jusqu’à la moindre virgule, inimitable, inaltérable et inchangé depuis toujours: Dieu fait livre. C’est d’ailleurs une différence majeure avec les Évangiles, par exemple, qui ne sont, officiellement, «que» les témoignages d’apôtres, ayant certes côtoyé Dieu à travers Jésus, mais n’étant pas moins des hommes, sujets aux erreurs, variations etc.

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Mahomet reçoit sa première révélation de l'ange Gabriel. Manuscrit du Jami al-Tawarikh de Rachid al-Din, 1307.

Oralité aussi, car Mahomet n’a pas rédigé le Coran. Il a récité inlassablement ses sourates à La Mecque d’abord, puis à Médine après l’Hégire, puis de nouveau à La Mecque. Les premiers musulmans, sur son exemple, en mémorisent le texte par cœur ou, plus rarement, en écrivent des passages sur ce qui leur tombe sous la main. A la mort de Mahomet, il n’existe pas d’édition complète du Coran., professeur au Collège de France et dépositaire de la chaire d’Histoire du Coran, explique qu’il n’existe alors que quelques versions fragmentaires: «Nous savons par la tradition que des morceaux écrits circulent, mais c’est tout. Des témoignages qui nous racontent que telle personne dispose de tel passage.»
Une situation qui finit par inquiéter les anciens compagnons du prophète, d’autant plus que les musulmans sont, à l’époque, nombreux à mourir au combat. On craint qu’à ce rythme, il n’y ait bientôt plus grand monde pour se souvenir des paroles de Dieu., le premier calife, se laisse convaincre d’en commander une version intégrale et charge l’ancien scribe de Mahomet, , de mener cette tâche à bien. Zayd consigne l’ensemble dans des feuillets qu’il confie à son souverain. Mais celui-ci meurt et l’œuvre de Zayd revient à, une des veuves de Mahomet.

Si les enseignements de Dieu sont sauvegardés, on ne peut toujours pas parler d’un Coran, en tout cas tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est ici qu’intervient le calife , qui règne de 644 à 656. Il s’aperçoit qu’il existe plusieurs manières de réciter le texte. Il emprunte donc à Hafsa son exemplaire, en fait une recension et ordonne de brûler les autres. Il n’y aura plus d’autre façon de réciter (le nom de Coran signifie par ailleurs «récitation») que celle-ci. Le premier Coran officiel est né. 
Othman en expédie d’ailleurs des copies dans les villes de son Empire. «C’est cet envoi du Coran dans les grandes villes qui constitue l’originalité de la recension d’Othman. Et puis, il publie un texte qui jusque-là était entièrement dans le cadre privé. On peut déjà parler de canon même si le Coran voulu par Othman n’est pas aussi fermé, fixe qu’il le deviendra à compter du IXe siècle», analyse François Déroche.
Le palimpseste de Sana’a va faire les frais de ce qu’on appelle la vulgate othmanienne. Pour une raison bien compréhensible, les hommes du Calife ont cherché à en effacer le texte avant d’écrire une mouture plus orthodoxe du Coran par-dessus. En effet, la couche scripturaire la plus ancienne présente en plusieurs points des distances avec le canon othmanien. Vous avez dit hérésie, polémique intellectuelle ou simple erreur de scribe?

Variations sur le même islam

Le palimpseste de Sana’a n’est pas le seul à présenter des différences avec le texte officiel. La tradition musulmane reconnaît jusqu'à quatorze lectures différentes du Coran, ou variantes (mais le texte de base reste le même), chacune recevant le nom de «Qira’at». Mais les particularités qui truffent le texte de Sana’a sont totalement inédites.
Alors, que trouve-t-on de si original sur ces fameux parchemins? Peu de choses, peut-être, aux yeux du commun des mortels, mais beaucoup du point de vue des spécialistes et de la tradition. On remarque l’ordre différent des sourates, quelques embellissements dans la forme, des divergences en termes d’orthographe, mais surtout des changements dans le texte, des phrases entières formulées très différemment du codex d’Othman. Le verset 33 de la sourate 24, dite de «La Lumière» fournit un exemple des libertés que prend le texte par rapport au canon. Là où le Coran officiel prescrit «Donnez-leur quelque peu de ces biens que Dieu vous a accordés», le palimpseste de Sana’a lui ne renvoie qu’un écho déformé…et plus concret: «Donnez-leur une partie de l’argent que Dieu vous a donné.»
Il peut s’agir là de la part de création que les scribes ont parfois pris en couchant le Coran sur le papier, ou plutôt sur le parchemin. Ou plutôt, chercheuse auprès du département des études coraniques de, et l’une des grandes spécialistes du palimpseste, le scribe de Sana’a fixe probablement ce qu’il faut entendre par certains mots du livre sacré, jugés trop obscurs. François Déroche fait partie des très rares experts à avoir eu l’occasion d’examiner le palimpseste:

«Ce qui est remarquable, ici, de toutes les variantes coraniques, c’est que dans l’ouvrage de Sana’a, on constate une continuité textuelle là où ailleurs, les différences n’apparaissent que comme des pics saillants, isolés, dans un texte autrement identique au canon. On a cette fois-ci un ensemble. Peut-être qu’au moment de la rédaction sur ces vieux parchemins retrouvés à Sana’a, la conception du texte différait légèrement, qu’on y incorporait des gloses, directement intégrées dans le texte, jouxtant des enseignements du Prophète. Il ne s’agit pas d’une simple corruption du Coran d’Othman mais d’une forme indépendante. Quand on compare les deux versions, on a l’impression de deux traditions qui se chevauchent et le manuscrit de Sana’a montrerait la fin de l’une d’entre elles.»


Le palimpseste est donc bien un objet unique dans la tradition musulmane mais il ne faut cependant pas exagérer la portée de son originalité. Autant que les chercheurs et les archéologues aient pu déchiffrer le texte depuis les années 70, ils n’y ont rien trouvé de révolutionnaire sur le plan du dogme.
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Un des plus vieux Coran du monde, datant du règne d'Othman. Photo Mohamed Adil. 

On ne peut pas toujours non plus écarter la possibilité d’inattentions ou d’erreurs bien humaines dans l’écriture car si la parole divine est parfaite, il y a toutes les chances pour que la main des scribes le soit moins. Et leurs fautes de transcriptions sont nombreuses dans l’histoire du Coran. L’islamologue que le sacro-saint Coran othmanien ne l’était pas tant que ça selon des exégètes anciens qui accusaient certains termes d’être des «fautes de scribes» et voulaient donc leur en substituer d’autres. 
Les tenants d’une secte musulmane de l’époque allaient même plus loin, jusqu’à contester la présence dans le Coran de la sourate 12, qu’ils estimaient trop profane car elle dépeint une histoire d’amour pour le moins tourmentée entre Joseph (fils de Jacob dans l’Ancien testament) et une femme mariée.
L’hypothèse scolaire

Si on y voit un peu plus clair, on ne peut toujours pas statuer sur la nature de ce texte presque totalement effacé, recouvert par d’autres lignes d’écritures. Asma Hilali, qui a longuement scruté la partie immergée de l’iceberg comme sa partie émergée, a noté un détail capital au début de la sourate 9, inscrite dans la phase la plus ancienne du parchemin.
Ici, elle commence par ce que les musulmans ont appelé la Basmala, c’est-à-dire cette formule composée des mots suivants «Au nom de Dieu, clément et miséricordieux» et qui ouvre tous les chapitres du Livre… ou presque, car justement, la sourate 9 est la seule exception. L’erreur n’est pas passée inaperçue, à l’époque, car un peu plus bas, on lit cette correction:«Ne dis pas: –Au nom de Dieu»

Ce coup de règle sur les doigts a mis la puce à l’oreille de l’islamologue: l’écriture la plus récente, la plus lisible, présenterait bien les fragments d’un Coran fait pour le culte et la foi tandis que l’autre, plus ancien, qu’on a voulu effacer, n’aurait été peut-être qu’un «support pédagogique», un exercice scolaire qui aurait plus ou moins mal tourné pour son auteur et qui aurait fini par laisser sa place au texte saint. «Oui, c’est visiblement une notation à usage pratique», confirme François Déroche, qui demeure cependant réservé quant à cette hypothèse: «Je ne suis pas convaincu par l’idée du support pédagogique, car la matérialité du manuscrit est semblable à celle des Coran des mosquées. Et puis c’est un in-quarto, bien que la qualité du manuscrit ne soit pas d’une qualité extraordinaire, sa taille représente en soi un investissement conséquent.»
Écrit il y a plus de 1.300 ans, le Coran de Sana'a conserve toujours son unicité comme son mystère. Comme quoi, on en trouve des histoires au fond des sacs à patates.

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Re: Le Coran de Sana'a

Message  musulman34 le Ven 15 Avr - 16:15

Salut.

Tu n'as pas beaucoup de fans dans tes sujets.
Pas beaucoup de réponses.
Peut être parce quand c'est long à lire on ne prend pas le temps d'aller plus loin.
Faudrait résumer tes pensés.

musulman34

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Re: Le Coran de Sana'a

Message  Arlitto le Dim 13 Nov - 13:44

Salut,

C'est difficile de résumer en quelques mots une telle découverte qui met à mal le prétendu Coran unique et incréé !

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Re: Le Coran de Sana'a

Message  Arlitto le Dim 13 Nov - 13:46

☪ Histoire de la Fabrication-Falsification du Coran par les Califes : la preuve par les manuscrits   



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Re: Le Coran de Sana'a

Message  Marmhonie le Mar 7 Fév - 14:33

Les premiers corans contredisent l'hypothèse tardive d'un prophète arabe à la Mecque


Voici du nouveau et du meilleur selon Elisabeth Puin in "Ein früher Koranpalimpsest aus Şan'ā', Teil I, in Inârah 2-5", Berlin, Schiller, 2008.
"Les Chrétiens arabes n’ont jamais parlé de l’Esprit Saint qu’avec la formule ar-Rūḥ al-Qudus, qui comprend l’article al devant le substantif et qui est biblique (רוּחַ  קָדְשׁו  – rūaḥ qadəš-ū, son Esprit Saint, Is 63:10.11 ; Sg 1:5 ; 9:17 ; רוּחַ  קָדְשׁך  – rūaḥ qadəš-kā, ton Esprit Saint, Ps 51:11 ; Mt grec ou araméen 1:18.20 etc. – sinon le sens serait différent : l’esprit du Saint). La présence de l’article serait facultative. Cette expression "al-Masiḥ ‘Īsā" se lit quatre fois dans le Coran (le titre de "Masiḥ" apparaissant onze fois en tout et toujours à propos de Jésus)."

Voici le problème historique en détail. Dans la sourate 3, verset 144, les feuillets 6v du Paris BNF arabe 328a ont écrit
wa mā Muḥammad ila rasūl
à comparer avec le Codex de Sarmacande, sourate 3, verset 144,
Muḥammad ila rasūl
Autrement dit, on constate que plus le statut d'un messager Mahomet se discutait sérieusement au 10e siècle, plus on se rapproche de l'apparition du premier coran écrit au moins 3 à 4 siècles avant ! C'est dire s'il y a décalage entre l'intérêt à inventer, issu du judaïsme messianique des tous premiers siècles, un prophète biblique qui soit arabe pour une fois, et décalage avec cet immense patrimoine de corans syriaques qui décrivent une géographie en bord de mer, aux terres généreuses, à des princes guerriers et des paysans, et non au sable de la Mecque. La Mecque, cette ville encore inexistante seulement à l'état d'oasis au 7e siècle.

Voici des livres en lignes gratuits en lecture, sur les 2 écritures superposées de tous les corans anciens, tous d'origine avant le Califat d'Othman, au passage terrifiant et sanguinaire qui brula plus de 30 corans sacrés originaux uniques !
Toujours 2 écritures superposées de tous les corans anciens
et plus difficile :
Les plus vieux corans n'ont pas une écriture sud-arabique ni koufique

Si vous voulez étudier le haut niveau de recherche mondiale, c'est maintenant.

Canonisation d'un Coran tardif trop différent des premiers corans :
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et plus complexe encore :
Altérations et codicologie coraniques

Et voici encore des références très précises sur l'écriture du plus vieux coran au monde conservé :
Ecriture ni mecquoise ni médinoise
Autre source
Un autre de 27 pages


L'origine des sources des plus vieux corans n'a jamais été proposée. Comment travailler les différentes langues non arabes du Coran moderne sans aller constater les originaux dans les plus vieux corans anciens au monde ? Il faut donc constater et étudier sérieusement ce qui n'a pas été fait.

Une prédominance pour le syriaque

Et évidemment, une fois constaté que ce sont des notes savantes de scribes dans leur façon de noter sans besoin des signes diacritiques qui existaient au 7e siècle, cette "sténographie" bien connue du 7e siècle en Arabie doit être étudiée, c'est moins difficile qu'on ne saurait le penser. Cette technique se retrouve sur d'autres documents. Il suffisait d'y penser.
L'absence de signes diacritiques en technique savante

Cette technique sans signes diacritiques, et en syriaque, nous la connaissons. Nous avons des textes du 6e siècle et du 7e siècle originaux dans des musées. Pourquoi personne n'a fait le rapprochement ?
A voir

Ceci n'est pas une page de coran ancien, et c'est pareil techniquement, linguistiquement, et en écriture !
Les anciens corans sont écrits en syro-araméen de façon lectionnaire biblique
"Selon l'un des scribes des révélations échues à Muhammad; Zayd Ibn Thabit, le Prophète lui enjoignit d'apprendre à écrire l'hébreu, l'araméen ou le syriaque. Pourquoi ne pas penser à un renversement de situation ? I1 aurait déjà su l'araméen avant la venue de Muhammad à Yathrib (Médine) ! Le théologien mutazilite Al-Balkhi rapporte que plusieurs spécialistes de la vie du Prophète lui ont affirmé que Zayd Ibn Thabit savait déjà l'une de ces langues avant que Muhammad ne vint à Médine."
D'accord ! Il faut lire cet ouvrage "Exégèse, langue et théologie en islam – L'exégèse coranique de Tabari" de Claude Gilliot, et le relire en mettant en pratique. Cela marche parfaitement.
Un résumé de l'analyse lexico-linguistique
Cet ouvrage complet
A voir

Un autre livre à étudier avec patience :
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Marmhonie

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