Un seul Coran unique et incréé ???.

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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 20:57

Les néo-musulmans depuis "Ahmed Deedat" aiment à dire que la Bible est falsifiée sans toutefois chercher vraiment à savoir si cela est vrai ou non et surtout sans jamais le démontrer, ni le prouver.

Le prophète de l'Islam n'a jamais osé critiquer la Bible, il reprochait aux Juifs et aux chrétiens de son époque de ne pas appliquer ce qui était écrit dans les écritures, mais il a confirmé la Bible comme étant vraie, il n'accusait pas les Juifs et les chrétiens d'avoir falsifié la Bible qui était pour lui, la parole de Dieu qu'il a confirmé par le Coran, mais d'avoir inventé des doctrines non bibliques comme la trinité et le culte marial pour les "chrétiens"...

Le problème, c'est que cette histoire de Coran unique et incréé tombe en ruine avec les nouvelles découvertes.

Tariq RAMADAN attaque le CORAN dans un documentaire anglais 



Soyons très précis, prenons, dans cette vidéo, juste le cas des houris évoquées de nombreuses fois dans le Coran, et de façon très concrète, par exemple en disant qu'elles seront vierges car "ni un homme ni un djinn ne les aura touchées auparavant" [55:74]. Toute la sunnah a pris cela au pied de la lettre, et d'ailleurs l'imam à 13:09 est intraitable sur ce point. Il a raison.
Que va dire Tariq Ramadan ? Tout le contraire de l'imam. 13:29 : "Je crois que nous comprenons tous que c'est symbolique, que nous devons aller au-delà des images. Vous savez, on ne nous demande pas de considérer cela de façon littérale : "ça, c'est ça". On ne sait pas." Autrement dit, les houris n'existeraient pas réellement, ce serait juste le symbole du plaisir au ciel.
Maintenant, dites-moi quelle école de jurisprudence défend ce genre de position ? Je note d'ailleurs que Tariq Ramadan se garde bien de partager ses "audaces" interprétatives devant un parterre de musulmans. Et il y aurait encore beaucoup d'autres choses à dire.
Ce qui m'a intéressé dans cette vidéo, ce n'est pas la contestation de l'existence des 72 houris, mais de voir que Tariq Ramadan demande aux musulmans de lire le Coran de la façon dont les chrétiens lisent la Bible (par exemple, l'eau du Paradis est symbole de l'Esprit Saint -- Christ lui-même fit cette comparaison). Le problème, c'est que le Coran et la Bible ne sont pas similaires, comme le rappelait l'imam : l'un est dit dicté par Dieu ; l'autre est dite inspirée par l'Esprit Saint.
D'où les 3 questions que j'aimerais poser à Tariq Ramadan :
- croit-il que le Coran a été dicté par Dieu ou simplement inspiré par Lui ?
- pourquoi le discours qu'il tient dans la vidéo ne le tient-il pas ailleurs, devant des musulmans ? Par exemple, ici, il s'en tient à une vision très traditionnelle : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
- En proposant cette façon de lire, n'innove-t-il pas ? D'ailleurs, son interprétation du paradis me semble en rupture avec tous les commentateurs de référence (Ibn Kathir, Al-Tirmidhi...) qui l'ont précédé.

Tariq Ramadan sur les Journées de retrait de l'école (JRE) et le gender (article Wikipedia)
Le 17 avril 2014, dans l'émission Bourdin Direct, diffusée simultanément sur BFM TV et RMC, Tariq Ramadan déclare : « Oui, moi je suis absolument contre cette façon de faire [des JRE], je pense que ça ne résout rien, je pense que la question du genre il faut la poser. [...] J'ai entendu même qu'au nom de ce qui se passe à l'école, on retire les enfants. Mais non ! [...] Aujourd'hui, sur la question du genre, quand [à] moi, on me pose cette question-là, je dis : "mais même du point de vue de la référence musulmane, de toutes les références religieuses d'ailleurs (chrétiennes, juives...), qu'est-ce qu'on dit ? On dit : il y a des différences dans l'essence, dans la biologie, et puis il y a des constructions qui sont des constructions culturelles. Aujourd'hui, en tant que musulman, j'ai un vrai problème, moi, avec la construction culturelle des sociétés patriarcales qui font de ma religion une lecture plus patriarcale qu'effectivement islamique. »48.
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 20:58

Histoire de la Fabrication-Falsification du Coran par les Califes : la preuve par les manuscrits 



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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 20:58

"Le calife Uthman" a brûlé 31 versions différentes des Corans qui tournés à l'époque !. 


Sous le califat de `Uthman, troisième calife (644 - 656), le territoire musulman s'est considérablement agrandi et de nouveaux problèmes surgissent : quatre types de divergences apparaissent à propos du texte du Coran. Le calife Uthman décide alors d'officialiser un type unique d'écriture du texte coranique et d'établir une classification unique des sourates les unes par rapport aux autres. 


C'est à cette fin qu'il charge une commission de préparer plusieurs copies (mus'haf) du Coran. Et cela se passait en l'an 25 de l'hégire, soit quinze ans après la mort du Prophète. Ces copies préparées, `Uthman les fait envoyer en différents points importants du territoire musulman. 


Tous ces éléments sont rapportés par Al-Bukhârî, no 4 702. Les copies du Coran écrites de nos jours suivraient toujours mot pour mot et lettre pour lettre cette écriture des copies d'Uthman, écriture nommée « ar-rasm al-uthmanî ». Quelques-unes de ces copies existeraient encore aujourd'hui, l'une se trouverait à Istanbul (Turquie), l'autre à Tachkent (Ouzbékistan).


Après avoir envoyé ces copies dans chaque région, `Uthman fit détruire toutes les copies précédentes, dont celle d'Ali, gendre de Mahomet, celle d'Ubai b. Ka'b ainsi que celle d'Ibn Mas`ud. Bien que ce dernier ait refusé de détruire sa copie de son vivant, elle fut brûlée par la suite.



Le Kallif othman ibn afan a brûlé toutes les 31 versions du coran pour garder sa version qui circule aujourd'hui, c’est pourquoi il y a un seul coran.



Mais on trouve quelques versions qui circulent toujours comme : 


1)Coran version Hafess en Égypte
2)Coran version Warche au Maroc
3)Coran version Kaloun en Tunisie


Ref:


Dairat el maaref el islamiya, livre 26 page 8177 à 8194
Al masahef de Iben Daoud al Cijistani page 21
Fehrest de Iben al nadim
Le plus grand auteur arabe Dr Taha Houssen dans son livre al fetna al koubra partie 1 page 160 a 183 a critiqué l'islam
Al Tabari



Le Coran d'Othman ou de Mohammed ? 


Voici une liste de corans qui ont été brûlé par Othman.


Le Coran d'Abdullah Bin Amre Ibn Al-Ass
le Coran d'Abdullah Ibn Abbas
le Coran d'Abdullah Ibn Al Zoubir
le Coran d'Abe Baker Al Sedeek
le Coran d"Abe Mosa Al Asharee
le Coran de Abu Zaied
le Coran d' Aïcha,
le Coran d'Akrama
le Coran d'Al Asoad Ibn Yazid 
le Coran d'Al Hajaj Ibn Yousef Al Thakafy
le Coran d'Anes Bin Malek
le Coran d'Ata' Abe Rabeh
le Coran d'Hafsa
le Coran de Moaaz Bin Gabel
le Coran de Moujahid
le Coran de Muhammad Bin Abe Mosa.
le Coran d'Obaid Bin Omeir Al-Laithy.
le Coran d'Othman Ibn Affan
le Coran de Qualown /Abu Mosa Ibn Mina
le Coran de Saeed Bin Gabber 
le Coran de Salem Maola Abe Hozaifa
le Coran de Suleiman Ibn Mahran
le Coran de Talha
le Coran de Waresh
le Coran de Zaied Ibn Thabet
etc...



De toutes ces anciennes versions du Coran qui ont été détruites, seuls deux manuscripts ont survécu jusqu'à notre époque : le Codex de Samarcande (daté de 654) conservé au musée Doktary à Istamboul et le Codex de Londres (daté de 772) conservé au British Museum. Chacun contient environ 750 divergences par rapport au Coran actuel (on remarque que c'est souvent le Coran actuel qui semble avoir ajouté des mots ou des phrases au texte primitif).




Al Tabry, au 10ème siècle, l'avouait carément : 

"Le texte du coran n’était pas fixé à mon époque." 


Et l'Imam Ja'far, pour résumer la situation, allait plus loin encore :

"Le véritable Coran n'existe pas !"


Selon As-Suyuti (mort en 1505) Ibn ’Umar al Khattab aurait dit :

"Que personne d’entre vous ne dise qu’il a acquis le Coran entier, car qu’en sait-il ? Beaucoup du Coran a été perdu ! Alors qu’il dise : J’ai acquis ce qui était disponible. "
(As-Suyuti, Itqan, partie 3, page 72). 


Jabir a rapporté que l'Imam Bar a dit :

"Personne ne peut affirmer avoir rassemblé tout le Coran tel qu'il a été révélé par Allah, si ce n'est un menteur ! Le Prophète dit alors : c'est ainsi que le démon m'a envoyé ses deux serviteurs à l'instant Abu Bakr et Omar". (Commentaire de bas de page de la traduction de Maqbool : Sourate "Hajj": 674)


Un grand nombre d'exemple de modification du Coran. En voici un.


L’Imâm Al-Bukhârî et Ibn Jarîr disent que, selon Ubayy Ibn Ka`b et Anas b. Malik, ces paroles ont été révélées dans la Sourate 102 "At-Takâthur" (La course aux richesses) : 
"Le Prophète (paix et bénédiction d’Allâh sur lui) a dit : 'Si le fils d’Adam avait deux vallées de richesses, il souhaiterait que lui en fût échue une troisième. Rien ne peut remplir le ventre du fils d'Adam sauf la terre (= la mort), mais Dieu revient vers celui qui revient à Lui' ...". 


-----> Pourtant on ne retrouve plus ce passage dans la sourate 102 (qui ne contient que 8 versets) du coran actuel. Il a donc été enlevé.

 Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime son semblable a accompli [la] loi. 
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 20:58

Les 3 visages du Coran: origines, construction et remaniements d'un livre humain. 



Interview de Leila Qadr pour son ouvrage "Les 3 visages du Coran" aux éditions de Paris (2014) co écrit avec Arrun Amine Saad Edine, faisant le point sur les dernières recherches historiques, archéologiques, scripturaires, expliquant la construction du Coran. La construction progressive du livre a compilé des bribes de la Bible, d'apocryphes chrétiens, de midrash juifs, de fabliaux tribaux. Chaque récit coranique trouve sa source dans des textes pré existants. Le nom de Muhammad (Le Loué) est présent seulement 3 fois sans parenthèses. Le Loué désigne dans la Bible le prophète Daniel entre autre...
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 20:59

Aux origines du Coran

Comment est né le texte sacré de l'islam

Jusqu'aux alentours de l'An Mil, les commentaires autour du Coran furent innombrables, en liaison avec une grande effervescence intellectuelle. Une école réformiste proposa en particulier de distinguer le Coran incréé, parole de Dieu, restée près de Dieu, dénuée de toute équivoque, et le Coran créé, celui-là même qui est sorti de la bouche de Mahomet et se doit d'être analysé et interprété.

En l'an 1019, le calife Al Qadir, craignant que la libre discussion ne mène à de nouvelles scissions, fit lire au palais et dans les mosquées une épître dite «épître de Qadir» (Risala al-qâdiriya) par laquelle il interdit toute exégèse nouvelle et ferma la porte à l'effort de recherche personnel des musulmans (l'ijithad).

Aujourd'hui, à la lumière des travaux accomplis sur les textes chrétiens, des chercheurs abordent l'étude du Coran avec un regard historique, archéologique et philologique. Le magazine Le Monde de la Bible fait le point sur ces travaux d'une grande portée scientifique et nous offre ci-après un entretien passionnant et lumineux avec l'islamologue Claude Gilliot. 



Aux origines du Coran» 

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Le Monde de la Bible (juin-juillet-août 2012) Est-il possible d'appliquer au Coran les méthodes d'analyse critique déjà utilisées sur la Bible et les textes chrétiens depuis plus d'un siècle?

Que sait-on de l’Arabie préislamique et de Mahomet lui-même ? Que peut-on dire du processus de mise par écrit du Coran et des plus anciens textes connus ?

Quels rôles ont pu jouer des juifs et des chrétiens dans ce processus ? Existe-il un Coran des origines différent de celui que nous connaissons aujourd’hui ? Que dit le Coran des pierres, ces graffiti laissés par les pèlerins vers La Mecque, dès les premiers temps de l’islam?

C’est à toutes ces questions que répond ce numéro du Monde de la Bible (été 2012), en bousculant un certain nombre d’idées.



Comment et dans quelles circonstances le Coran fut-il mis par écrit? C’est à cette question que répond Claude Gilliot, professeur émérite à l’université de Provence, a bien voulu répondre en sa qualité de spécialiste d’études arabes et d’islamologie.

Il nous précise, entre tradition musulmane et recherche historique, le long processus de la canonisation des textes coraniques aux premiers siècles de l’Hégire. Nous l’avons également interrogé sur les questions linguistiques que posent les plus anciens documents connus du Livre saint des musulmans


Entretien de Claude Gilliot avec Le Monde de la Bible

Le Monde de la Bible: Existe-il un Coran originel contemporain du Prophète?

Claude Gilliot: Selon la tradition musulmane, à la mort de Muhammad [Mahomet] en 632 de notre ère, il n’existait pas d’édition complète et définitive des révélations que le Prophète avait livrées. Des sources arabo-musulmanes nombreuses l’attestent. 

Il est dit que ses Compagnons les avaient mémorisées, en les apprenant et en les récitant par cœur. Certaines, toutefois, avaient été transcrites sur divers matériaux, telles des feuilles de palme ou des omoplates de chameaux. Une première mise par écrit «complète» aurait été faite à l’instigation d’Omar qui craignait que le Coran ne disparût parce que ses mémorisateurs mouraient au combat. Il convainquit le calife Abû Bakr (632-634) de faire consigner par écrit ce que les gens en savaient et ce qui en avait été écrit sur divers matériaux. Ce travail de collecte fut dirigé par l’un des scribes de Muhammad, ?le Médinois Zaïd b. Thâbit. À la mort d’Abû Bakr, ces premiers feuillets du Coran furent transmis à Omar, devenu calife (634-644), puis à sa fille Hafsa, l’une des veuves de Muhammad.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]


MdB : Et c’est ce recueil des versets coraniques qui s’imposa d’emblée?

C. G.: Non, on ne peut pas dire cela. D’abord parce que nous n’avons pas de traces matérielles de cette collecte. Ensuite parce que l’objectif d’Omar était probablement de disposer d’un corpus et non de faire une «édition» définitive. C’est sous le califat suivant, celui d’Othman (644-656), qu’on prit conscience de divergences dans la façon de réciter le Coran. Othman reprit le corpus détenu par Hafsa et le fit compléter par d’autres personnages, toujours sous la direction de Zaïd b. Thâbit. Il fit ensuite détruire tous les matériaux originels, imposa une première version «canonique» du Coran en l’adressant aux métropoles les plus importantes du jeune Empire. Mais s’imposa-t-il à tous? La tradition musulmane affirme que oui, mais nous observons que l’idée même de collecte avait rencontré des oppositions dont celle d’Ibn Mas’ûd, compagnon du Prophète (m. 633), et que, d’autre part, les récits sur la collecte du Coran comportent de nombreuses contradictions qui contestent cette affirmation.


MdB : Cela signifie-t-il que d’autres variantes du Coran aient pu subsister et êtres récitées à cette époque?


C. G.: La tradition musulmane reconnaît une quinzaine de textes pré-othmaniens principaux et une douzaine de textes secondaires. Nous ne possédons aujourd’hui aucune de ces variantes de la «vulgate» othmanienne. Mais nous savons par ailleurs qu’en 934 et en 935, les exégètes Ibn Miqsam et Ibn Shannabûdh furent condamnés pour avoir récité des variantes non approuvées. Ce qui montre que celles-ci ont circulé longtemps.

Il convient également de remarquer que le texte diffusé par Othman pouvait lui-même susciter différentes lectures et interprétations. Et cela pour deux raisons. La première est que le texte ne comportait pas de voyelles brèves et pas toujours les longues, ce qui induit des choix dans l’interprétation des mots. Deuxièmement, l’écriture arabe primitive n’était pas dotée des points diacritiques qui fixent la valeur exacte des signes et qui distinguent une consonne d’une autre. 

Des vingt-huit lettres de l’alphabet arabe, seules sept ne sont pas ambiguës et dans les plus anciens fragments du Coran, les lettres ambiguës constituent plus de la moitié du texte.

C’est sous la période omeyyade, et le règne d’Abd al-Malik (685-705) plus précisément, que l’on peut placer la troisième phase de l’histoire du Coran. Certains attribuent au redoutable gouverneur de l’Irak, al-Hajjâj b. Yûsûf (714), plusieurs modifications apportées au texte coranique, mais à ce propos, les sources sont contradictoires. Pour les uns, il aurait seulement remis en ordre les versets et des sourates et rectifié des lectures déficientes; pour les autres, il aurait précisé l’orthographe en introduisant des points. En dépit des contradictions, le califat d’Abd al-Malik constitua un moment déterminant pour la constitution des textes qui nous sont parvenus


MdB: Sur quels points portaient principalement les oppositions musulmanes à la version othmanienne que vous évoquiez précédemment?

C. G.: Ces critiques viennent de savants musulmans qui soulevèrent des objections durant les trois premiers siècles de l’islam. Cela commença avec des compagnons du ?Prophète qui avaient leur propre texte, nous dit-on. D’autres sont allés jusqu’à considérer certains textes comme inauthentiques pour des raisons théologiques et éthiques. Ils visaient notamment les versets 111,1-3 contre Abu Lahab, l’un des grands adversaires de Muhammad; et 74,11-26. Des théologiens de Bassora mirent en doute l’authenticité de ces passages, tout comme certains kharijites pensaient que la sourate 12 (sourate de Joseph) ne faisait pas partie du Coran, car, selon eux, ce conte profane ne pouvait avoir sa place dans le Coran.


On trouve les accusations les plus vigoureuses de falsification du Coran dans les sources chiites avant le milieu du Xe?siècle. 

Pour ces derniers, seul Ali, successeur légitime de Muhammad, détenait les authentiques révélations faites au Prophète. Cette version avait été rejetée par les ennemis d’Ali, Abû Bakr et Omar notamment, parce qu’elle contenait des hommages explicites à Ali et à ses partisans et des attaques contre leurs adversaires.


MdB: De quels textes anciens disposons-nous aujourd’hui?

C. G.: Nous ne possédons aucun autographe du Prophète ni de ses scribes. Les plus anciennes versions complètes du Coran dateraient du IXe siècle. Des fragments, très rares, pourraient remonter à la fin VIIe siècle ou du début du VIIIe. L’un des plus anciens, daté du VIIe?siècle, est conservé à la Bibliothèque nationale de France (voir p. 32). Mais, en l’absence d’autres manuscrits antérieurs au IXe siècle, la datation de ce recueil d’une soixantaine de feuillets ne peut être estimée que par des critères paléographiques.


MdB: Il existe une forte controverse sur la langue originelle du Coran. En quoi consiste-t-elle?

C. G.: Selon la tradition musulmane, le Coran a été écrit dans la langue de Dieu, autrement dit dans l’arabe le plus clair

Hors pour les chercheurs occidentaux, y compris pour ceux qui reprennent la thèse théologique musulmane, les particularités linguistiques du texte coranique font problème et entrent mal dans le système de la langue arabe. Afin de surmonter cette difficulté, plusieurs hypothèses furent proposées, selon lesquelles l’origine de la langue coranique se trouverait dans un dialecte – disons plutôt une «koinè(langue commune) vernaculaire» – de l’Arabie occidentale marqué par l’influence du syriaque, et donc de l’araméen. Le Coran est une production de l’Antiquité tardive. Qui dit Antiquité tardive, dit époque de syncrétisme. La péninsule Arabique, où le Coran est censé être né, n’était pas fermée aux idées véhiculées dans la région. Les historiographes arabes musulmans les plus anciens, soit de la première ou de la deuxième génération de l’islam, disent que La Mecque avait des relations en particulier avec la ville d’al-Hira, capitale de la tribu arabe des Lakhmides, où vivaient des païens, des chrétiens monophysites et des manichéens. Elle aurait été un des lieux de passage pour l’apprentissage de l’écriture de l’arabe primitif. Quand Muhammad livrait ses premières prédications, un de ses premiers opposants objectait qu’il avait déjà entendu cela à al-Hira. Dans un autre passage du Coran, il est reproché à Muhammad de se faire enseigner par un étranger qui parlait soit un mauvais arabe soit une autre langue.

Il est vrai qu’un grand nombre d’expressions réputées obscures du Coran s’éclairent si l’on retraduit certains mots apparemment arabes à partir du syro-araméen, la langue de culture dominante au temps du Prophète.


MdB: Vous rejoignez ainsi les thèses de Christoph Luxenberg qui, par ailleurs, ne fait pas l’unanimité chez nombre d’islamologues?

C. G.: Christoph Luxenberg considère en effet que des pans entiers du Coran mecquois seraient un palimpseste d’hymnes chrétiennes.

Avant lui, Günter Lüling avait tenté d’établir qu’une partie du Coran provenait d’hymnes chrétiennes répondant à une christologie angélique. Cela me paraît trop automatique et trop rapide. En revanche, Christoph Luxenberg m’a convaincu sur l’influence syriaque dans plusieurs passages du Coran, notamment dans la sourate 100 dans laquelle il voit une réécriture de la première épître de saint Pierre (5,8-9)

On reconnaît dans le Coran des traces évidentes de syriaque. À commencer par le mot Qur’an qui, en syriaque, signifie «recueil» ou «lectionnaire». 

Cette influence me semble fondamentale. D’autre part, Angelika Neuwirth [NDLR spécialiste du Coran, université de Berlin] a bien souligné la forme liturgique du Coran. Et des chercheurs allemands juifs ont noté une ressemblance forte entre le Coran mecquois et les psaumes bibliques. Serait-il un lectionnaire, ou contiendrait-il les éléments d’un lectionnaire? Je suis enclin à le penser. 

Sans l’influence syriaque comment comprendre que le Coran ait pu reprendre le thème des sept dormants d’Éphèse qui sont d’origine chrétienne? De plus, la christologie du Coran est influencée par le Diatessaron de Tatien et par certains évangiles apocryphes. On peut penser que le groupe dans lequel le Coran primitif a vu le jour était l’un des rejetons de groupes judéo-chrétiens attachés à une christologie pré-nicéenne, avec aussi quelques accents manichéens. l
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 20:59

Le Coran ou la fabrication de l'incréé


Tout le monde sait depuis toujours que tous les ouvrages de la Bible hébraïque ont des « auteurs », même lorsqu’ils restent anonymes

Quand le nom en est donné dans les textes eux-mêmes, comme pour les prophètes, et même lorsque ceux-ci disent : « Oracle de YHWH ! », ils se racontent aussi en disant « je » ; il y a des relais, des médiations ; il y a des noms d’hommes et de lieux, des événements situés en des temps donnés. Cela est vrai également pour les ouvrages du Nouveau Testament. Les spécialistes en toutes disciplines peuvent travailler, et le lecteur peut garder sa distance et se demander : « Qui agit ? qui parle ? à qui s’adresse-t-il ? quand ? pour qui ? pourquoi ?


Dans le Coran, les choses sont différentes

Nous savons bien, en dépit des affirmations contraires, que ce livre, comme les autres, a des « auteurs », nous dirions aujourd’hui des rédacteurs –, et qu’il a une histoire. Mais cette histoire a abouti à un fait massif significatif de la manière dont le Coran est reçu par les musulmans – la moindre citation qu’ils en font est précédée par un : « Dieu Très-Haut a dit. » Pour connaître l’histoire de cette histoire, il est nécessaire de commencer par ce que disent les textes coraniques sur le Coran.


« Nous l’avons fait descendre… »

Qui parle dans le Coran ? Lorsqu’il s’agit du Coran lui-même – et, par voie de conséquence, de tout ce dont il parle – tout s’y organise autour d’un « Nous » de majesté

Le seul qui parle, c’est « Nous », Allah, qui avons fait descendre cette Écriture.

Nous l’avons fait descendre sur toi ; Nous te l’avons inspirée – le récipiendaire est toujours anonyme. Nous l’avons fait descendre durant la Nuit de la destinée. Nous l’avons répartie pour que tu la récites aux gens sans te précipiter. À Nous appartient de la rassembler et de la réciter. Nous en avons bien détaché les mots et les phrases. Nous l’avons fait descendre en Coran arabe. Humains et djinns associés n’en peuvent point produire de semblable. Il provient de la Mère du Livre. C’est un Coran glorieux conservé sur une Table, auprès de « Nous », etc.


Comme pour les dix commandements de la Loi de Moïse « inscrits du doigt de Dieu sur les Tables de pierre », selon le livre de l’Exode (31, 18), nous pourrions dire : dans le Coran, nous avons affaire, aussi, à un langage métaphorique et symbolique. Certes. Mais, outre que c’est nous qui disons cela en tant que lecteurs extérieurs, et non les exégètes ou le commun des musulmans, la question n’est pas là.

Elle est dans l’envahissement total de l’activité et du champ de la proclamation et de la transmission du Coran par ce « Nous » souverain, qui ne donne une place à un autre qu’en lui ordonnant : Dis !, et en lui dictant à la lettre ce qu’il faut dire. Lorsque, dans un texte, apparaît un mode d’expression qui semble échapper à cet envahissement, les commentateurs autorisés, s’appuyant sur les traditions attribuées à Mahomet, les hadith, ont tôt fait d’y ramener les lecteurs. S’étant soumis eux-mêmes à la logique d’ensemble de l’écriture coranique, ils ont raison en ce sens que c’est bien là l’atmosphère constante et dominante dans laquelle son mode d’expression plonge le lecteur. Le caractère répétitif d’affirmations à la fois péremptoires et enveloppantes est plus efficace, pour justifier l’adhésion de celui qui veut croire, faire croire ou laisser croire, que tout raisonnement distancié sur la métaphore et le symbole.
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 21:00

Expression symbolique ou stratégie ??? 


En effet, en examinant l’entourage textuel de chacune des affirmations concernant le Coran, on peut constater que, bien plus que d’une intention métaphorique ou symbolique, laquelle n’est pas exclue pour autant, ce mode d’expression procède d’une stratégie argumentative. Celle-ci vise à abolir chez l’auditeur ou le lecteur toute distanciation par rapport à ce qui est dit. 

Aucune narration ne vient jamais en fournir le contexte dans une situation donnée, ni n’évoque jamais, à une exception près (47, 2), un acteur humain qui soit nommé par son nom. 

Le seul à garder sa distance, c’est Allah qui sait ce que vous ne savez point. Quant au lecteur croyant, il ne peut éventuellement prendre du recul qu’avec crainte et tremblement, car, selon le texte lui-même, il a affaire à un Coran noble – Dans un Écrit caché – Ne le touchent que les purifiés – Descente (de la part) du Maître de l’Univers (56, 77-80).

Enfin, dans la majorité des cas, les affirmations concernant la descente du Coran sont polémiques : Allah, directement ou en enjoignant à son messager de « dire », condescend, à rompre des lances avec les dénégateurs. Mais ceux-ci ne sont jamais explicitement nommés : Ils disent…, alors dis… ! Qui étaient ces « ils » ? 

Quand parlaient-ils ? Où étaient-ils ? À qui, même, s’adresse l’injonction : Dis ! Rien, dans le texte, ne permet au lecteur de le savoir

Il est alors tributaire d’opinions extérieures au Coran, véritable maquis de données contradictoires, promues au rang d’« interprétations » par les spécialistes des traditions de Mahomet, que les orientalistes appellent « traditionnistes ». Les commentateurs, en juxtaposant ces opinions, semblent aussi souvent dépassés que les lecteurs ordinaires par l’opacité savamment entretenue des textes coraniques. 

Mais cela ne les gêne pas outre mesure : de toute façon, "Allâh" Très-Haut n’a-t-il pas dit dans son Livre : Allah sait bien mieux ce qu’il fait descendre (16, 101) ? Le raisonnement reste circulaire : quelles qu’en furent les circonstances, les versets descendaient alors sur l’envoyé d'Allâh", conférant au contenu des affirmations, à leur mode de proclamation, de transmission et enfin d’écriture, une force sacrale, allant, pour l’impression générale qu’elle provoque, bien au-delà de l’effet littéraire d’une expression métaphorique.


Entre les deux plats de la couverture 


Cependant, à un certain moment, il fallut bien descendre d’un cran

Dans le courant du VIIIe siècle, des récits commencèrent à circuler parmi les musulmans concernant ce qu’on appelait la collecte du Coran

Non que l’on mît en doute, au moins apparemment, que le Coran fût le Livre "d'Allah". Mais on se demandait au moins par qui et comment avait été transmis et rassemblé ce qui était écrit entre les deux plats de la couverture du livre, selon une formule qui fera fortune plus tard. 

À partir de la fin du VIIIe siècle, et surtout au cours du IXe, de nombreuses informations sur ce sujet, attribuées à des informateurs divers, furent consignées par des compilateurs

Ceux-ci, à l’instar des maîtres juifs, commentateurs de la Tora, et pour garantir l’authenticité de ce qu’ils rapportaient, citaient en tête de chaque information le nom de l’informateur dont ils la tenaient, puis celui de l’informateur de l’informateur, et ainsi de suite en remontant le plus haut possible dans la suite des transmetteurs jusqu’à la source supposée initiale. Ce procédé était nommé l’isnad, « l’appui », que représentait la chaîne des garants. Il n’a cessé de poser, depuis toujours, de nombreux problèmes critiques sur lesquels je ne m’étendrai pas. Quant aux compilateurs, derrière cet appareil qui, avec le temps, deviendra une véritable langue de bois, ils se révèlent souvent des auteurs implicites passés maîtres dans l’art de sélectionner, d’agencer et d’orienter les éléments d’information qu’ils possèdent, à moins qu’ils ne se cantonnent dans de prudents silences. Ils avaient sans nul doute une intention historique. Ils voulaient donner un reflet de l’histoire vraie, mais ils canalisaient les données dont ils avaient connaissance en fonction des enjeux qu’ils pensaient avoir à préserver.


Pour les traditionnistes du IXe siècle, en particulier, l’objectif était surtout de mettre en place, en la matière, une doctrine orthodoxe qui, par contrecoup, authentifierait comme venant du prophète les lois, les rites et la jurisprudence dont ils créaient ou organisaient les corpus, c’est-à-dire les recueils de hadith, en complément du Coran. 

Quant aux informateurs dont les historiographes citaient les propos, ils étaient surtout, et c’est ainsi qu’il convient de les considérer avant tout, les témoins d’un questionnement insistant sur différents points : qui étaient les gens qui avaient transmis les textes coraniques ? Quelle autorité garantissait que ceux-ci venaient bien du prophète ? Qui les avait composés par écrit ? Pourquoi y avait-il des différences dans les collections qui circulaient ? En fonction de quoi la répartition des textes avait-elle été effectuée ? Enfin, compte tenu de leur fonction à la fois législative, rituelle et liturgique, comment devait-on les comprendre, les lire et les réciter étant donné les incertitudes d’une graphie arabe défective, c’est-à-dire sans points diacritiques permettant de distinguer les lettres de même forme graphique, et sans signes vocaliques permettant de distinguer la fonction syntaxique d’un mot dans une phrase ?
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 21:00

Boukhari : la fabrication d’une version canonique

Abou Bakr : 632-634 ; Omar : 634-644 ; Othman : 644-656.



C’est à Boukhari, traditionniste et auteur d’un grand recueil de hadith dont la composition se situe entre 850 et 870, date de sa mort, que nous devons une version synthétique de la collecte du Coran qui deviendra la base d’une sorte de catéchisme sur le sujet

Son principal souci, tel qu’il apparaît à travers l’agencement d’une sélection qu’il effectue dans une masse d’informations que nous connaissons par d’autres, est de dire que le Coran est le résultat d’une transmission littérale ininterrompue depuis ceux qui, ayant entendu le Coran de la bouche du prophète, l’avaient mémorisé, en passant par la collecte aboutissant à l’écriture réalisée par étapes sous l’autorité de ses successeurs immédiats, les califes Abou Bakr, Omar et Othman, les grands compagnons

C’est là, en quelque sorte, l’isnad du Coran, son « appui ». Selon Boukhari, le travail de collecte et d’écriture est entrepris sous les deux premiers califes, Abou Bakr et Omar. Il en résulte un premier recueil, conservé confidentiellement par la fille du calife Omar, veuve du prophète ; on en reste là un certain temps. Puis, sur cette base, et, semble-t-il, dans l’urgence, le travail est réalisé définitivement, sous le califat d’Othman.


Selon le récit unique sélectionné par Boukhari, l’urgence est de couper court aux variations importantes que l’on a constatées chez les hommes de troupe en territoires de conquête, dans leur manière de réciter le Coran – en quoi consiste ce Coran qui n’est pas encore un livre ? Rien n’en est dit. Voulant remédier à la situation, Othman décide de faire établir un texte officiel qui soit la référence écrite de toute récitation correcte.


Ce texte est établi sous la responsabilité technique d’un scribe, Zaïd, un Médinois, assisté de trois notables mecquois chargés de vérifier que la langue en est bien celle de la tribu du prophète à La Mecque, les Qoraïch. 

Le calife Othman envoie des exemplaires du Coran officiel dans les grands centres des territoires de conquêteet il ordonne de détruire toute les autres collections.Boukhari ne parle de ces collections que de façon incidente, sans dire aucunement en quoi elles consistaient. En somme, on ne peut en parler qu’à partir du moment où elles n’existent plus.


Cette synthèse orientée, résultat à la fois d’une sélection drastique et d’un habile « couper-coller »fera autorité, en dépit des autres informations qui continueront à circuler. 

On parle toujours aujourd’hui, de la « vulgate othmanienne », du « codex d’Othman », qui serait le Coran écrit tel que nous l’avons maintenant. 

Pour les musulmans croyants, c’est devenu presque un dogme. Pour les savants extérieurs, c’est devenu une désignation commode. Pour d’autres, c’est un langage diplomatique.

Pourtant, la version de Boukhari est débordée de toutes parts. Nous savons, à la fois par maints récits traditionnels d’un côté, par les études paléographiques modernes de l’autre, que l’introduction des points diacritiques et des voyelles syntaxiques dans la graphie coranique fut bien plus tardive que l’époque d’Othman, et même que l’époque dont on peut dater les plus anciens fragments coraniques manuscrits que nous possédons (fin du VIIe ou première moitié du VIIIe siècle). 

Ces derniers, en effet, ne comportent ni points diacritiques ni voyelles, et cette situation durera longtempsUn codex officiel du temps d’Othman ne pouvait prétendre, à partir d’un texte réalisé dans une graphie tout aussi défective et incertaine, servir de référence pour garantir une lecture unique et une récitation correcte. 

Les collections qui furent détruites, devaient donc contenir autre chose que de simples variations de prononciation, de lexique ou de syntaxe dues au caractère défectif de l’écriture.


De plus, et en ce qui concerne précisément le recueil qui aurait été conservé par la fille d’Omar, il est dit que celle-ci ne fit que le prêter au calife Othman pour un temps limité. Ce n’était donc pas le Coran indéterminé qui, en Irak ou ailleurs, donnait lieu, dit-on, à tant de fautes de récitation. 

Ce recueil si jalousement gardé aurait d’ailleurs lui-même été détruit dès la mort de sa détentrice, en 665, sur la décision impérative du gouverneur de Médine, cousin germain d’Othman et futur calife, pour ne pas donner lieu à des contestations. Cette information, que Boukhari passe totalement sous silence, est des plus étranges, car pourquoi détruire ces feuillets s’ils avaient été à la base du codex d’Othman ?
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 21:00

Ibn Saad : un flou généralisé 


Ibn Saad (784-845), de Bagdad, auteur du Livre des grandes générations, est notre source première pour l’histoire de la transmission des traditions religieuses islamiques, histoire qu’il présente à travers les biographies des transmetteurs depuis les temps anciens jusqu’à son époque. 

Or, chez lui, l’histoire de la mise du Coran par écrit est floue, et la réalité d’une éventuelle collecte, incertaine. Il donne l’impression de ne vouloir aborder le problème de la mise par écrit que le moins possible

Rien n’est évoqué sur ce sujet pour le temps d’Abou Bakr, ni même, et c’est le plus curieux, pour le temps du calife Othman, ni, à plus forte raison, sur un rôle quelconque qu’aurait joué Zaïd, le scribe médinois mis en valeur par Boukhari. 

Pour Ibn Saad, Zaïd est un expert que l’on consulte en matière de droit ; il n’en dit rien d’autre. Quant au calife Omar, il aurait été le premier à entreprendre une collecte dans les feuilles ; mais son assassinat aurait coupé court à l’entreprise. C’est la seule fois où l’auteur parle de collecte dans les feuilles, donc de l’écrit. Habituellement, il entretient l’ambiguïté sur le terme collecte. Dans le langage des traditionnistes, en effet, le sens en est souvent subverti et interprété comme désignant une mémorisation complète du Coran transmis par la voie orale. En dépit de ce flou généralisé, Ibn Saad nous livre pourtant une information essentielle, concernant une époque plus tardive.



Sayf et Ibn Chabba : les collections concurrentes 


Nous disposons encore de compilations d’informations effectuées sur le sujet par deux historiographes irakiens, Sayf ben Omar de Koufa (mort vers 786), auteur d’un Livre des conquêtes, et Ibn Chabba de Bassora (789-876), auteur d’une Histoire de Médine. 

Ni chez l’un ni chez l’autre il n’est question d’une première collecte qui aurait eu lieu au temps du premier successeur de Mahomet, le calife Abou Bakr. Mais, pour eux, il s’est bien passé quelque chose à Médine au temps du calife Othman. 

Les informations en sont nombreuses, voire foisonnantes, et c’est à partir de là que nous pouvons mesurer à quel point la version de Boukhari en constitue une sélection systématique. Limitons-nous ici à la question, récurrente chez l’un et l’autre de nos deux auteurs, des collections coraniques écrites concurrentes.


Ces collections sont réalisées et circulent dans différents centres des territoires de conquête au Proche-Orient. 

C’est, chaque fois, un compagnon du prophète, le plus souvent très proche de lui, qui en a pris l’initiative, et qui est nommé par son nom et situé en un centre géographique donné :Damas et Homs en Syrie, Bassora et Koufa en Irak. 

Les variations qui existent entre les corpus ne sont pas dans la récitation d’un Coran unique que l’on prononcerait différemment. Ce sont les contenus mêmes qui en sont différents. Certaines choses existent chez les uns qui ne figurent pas chez les autres. On ajoute et on supprime. 

L’un de ces recueils a même une sorte de titre littéraire particulier. Les partisans respectifs de ces collections s’anathématisent les uns les autres. Et cela se passe dans un environnement de populations conquises qui ont leurs propres écritures, et qui revendiquent de connaître la Tora ou l’Évangile mieux que les partisans de la nouvelle religion.


Tout cela donne à penser que le travail d’écriture battait son plein à l’époque de l’expansion militaire arabe au Proche-Orient, mais que Médine, la Ville du prophète, non seulement n’en était pas le pôle unique, mais encore n’en fut peut-être pas le premier pôle, qu’elle réagit tardivement et dans l’urgence, et qu’elle était débordée par les autres capitales du nouvel empire. 

Le Coran, c’était plusieurs livres, et toi tu les as réduits à un seul, tel est le reproche qui aurait été lancé au calife Othman par les insurgés venus d’Égypte et d’Irak en 656 en vue de l’assassiner… pour des raisons beaucoup plus prosaïques. 

Mais, étant donné l’insistance de nombreux récits sur la destruction de documents, à plusieurs reprises jusqu’à la fin du VIIe siècle, pour asseoir l’autorité d’un corpus unique, il est douteux que l’unification et l’officialisation de ce corpus aient pu avoir lieu à l’époque d’Othman.
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 21:00

Le premier Coran officiel 

Malik ben Anas (±706-796)


Selon une personnalité de poids de la seconde moitié du VIIIe siècle, l’imam de Médine Malik ben Anas, ce fut le gouverneur omeyyade Hajjaj ben Youssouf qui, le premier, envoya des exemplaires officiels du Coran dans les grands centres de l’Empire. 

Ceci revient à enlever au calife Othman la primeur d’une telle décision, et à dater cette officialisation de la fin du VIIe ou du début du VIIIe siècle. 

Hajjaj, en effet, fut, en tous les domaines, le pilier du règne du calife de Damas Abd el-Malik (685-705), au cours duquel furent réalisées, non seulement une nouvelle version du Coran, mais encore la construction du Dôme du Rocher à Jérusalem. Il est significatif que les premiers témoins datés de fragments d’écritures coraniques sont ceux qui figurent en mosaïques sur le pourtour intérieur de ce monument, dont l’inscription de fondation porte, avec le nom d’Abd el-Malik, la date de 72 de l’hégire (691-692 de notre ère).


L’un des éléments externes les plus notables qui appuient ces données figure dans la biographie consacrée à Abd el-Malik par l’ouvrage d’Ibn Saad dont il a été question plus haut

Il s’agit d’un discours adressé par ce calife en l’année 695 aux gens de Médine, à l’occasion du pèlerinage rituel. 

Les Médinois, antérieurement à son règne, avaient été en rébellion ouverte contre les Omeyyades de Damas et avaient connu une répression impitoyable. Le grand massacre dont ils avaient été les victimes en 683 était dans toutes les mémoires. Abd el-Malik, en 695, prononce son discours alors qu’il a enfin triomphé du califat rival de La Mecque, dont Médine avait dépendu (683-692). Il est donc en position de force et peut jouer l’apaisement. Intransigeant sur le plan politique, il compose avec ses auditeurs médinois dans le domaine des textes religieux. Il laisse apparaître dans ses propos la part qu’il prend lui-même à ce domaine. 

Le point important pour notre sujet est qu’il évoque l’existence, à Médine, de deux corpus d’écritures distincts : d’un côté votre codex coranique, autour duquel Othman, vous a rassemblés, dit-il aux Médinois ; et, de l’autre, un corpus de prescriptions légales, qui provient de Zaïd, scribe expert et conseiller particulier d’Othman en la matière. Le calife apaise les Médinois en leur assurant qu’il serait tenu compte de l’un et de l’autre pour l’islam, et en honorant la mémoire du calife Othman qu’il ne désigne jamais autrement que par l’expression l’imam injustement traité, sans citer son nom personnel.


On peut penser que de nombreux éléments du corpus coranique propre aux Médinois figurent dans le Coran actuel. Mais, faute d’un document existant de façon autonome, et compte tenu du caractère fragmentaire et dispersé des textes actuels, nous ne pouvons pas savoir lesquels, ni quelle était la configuration d’ensemble propre au codex médinois. 

Quant au corpus de prescriptions légales mis sous le nom de Zaïd, on peut faire l’hypothèse qu’un certain nombre d’éléments en furent sélectionnés pour figurer dans le Coran officiel au même titre que les éléments provenant du codex. Plusieurs historiens attribuent en effet au calife Abd el-Malik l’affirmation qu’il avait collecté le Coran un mois de ramadan. Enfin, selon d’autres sources, islamiques ou chrétiennes, rapportant les événements comme des faits bien connus, ce fut le gouverneur Hajjaj qui procéda à de nombreux aménagements textuels, puis qui envoya la nouvelle version du Coran dans les grandes villes de l’empire, et fit détruire toutes les collections antérieures, y compris le codex propre à Médine. 

Quant à la mise de l’opération d’unification du Coran définitif sous le label d’Othman, à la fois en tant que compagnon et successeur du prophète et en tant qu’ancêtre éponyme de la dynastie omeyyade se réclamant de son patronage, c’est un procédé d’attribution après coup bien connu ailleurs, et à propos duquel on ne s’émeut plus aujourd’hui.
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 21:01

Le regard extérieur 


À ces données provenant des sources islamiques vient s’ajouter le regard de deux témoins extérieurs. 

Il s’agit de deux écrits chrétiens du début du VIIIe siècle : d’une part, la discussion d’un moine anonyme d’Irak de langue syriaque avec un interlocuteur musulman, sous la forme littéraire d’un dialogue irénique ; d’autre part, le livre Des hérésies de Jean Damascène, Syrien de culture grecque et Père de l’Église ; dans ce livre, le chapitre sur « L’hérésie n° 100 », traite de la religion des Ismaélites, c’est-à-dire des Arabes descendants d’Ismaël. 

Le ton polémique de Jean, très habituel chez lui lorsqu’il pourfend n’importe laquelle des hérésies auxquelles il s’attaque, n’obère pourtant pas son témoignage sur les écrits de Mahomet qu’il décrit, car, avant de devenir moine, il avait été, à la suite de son père Sarjoun ben Mansour, fonctionnaire aux finances de l’État omeyyade entre 700 et 705, c’est-à-dire dans les dernières années du règne d’Abd el-Malik, et il semble bien connaître ce dont il parle.


La manière dont chacun des deux témoins, sans aucune connexion entre eux, parle des écrits du prophète qu’il connaît indique de façon concordante que le corpus coranique, à leur époque, n’était pas encore stabilisé dans sa structure définitive et dans son contenu même. 

Le moine irakien parle d’un Coran – Quran –, à côté d’autres écrits distincts de lui, parmi lesquels on reconnaît, par son intitulé La Génisse, le titre d’une sourate qui fait maintenant partie du corpus définitif (la sourate 2). La discussion porte précisément sur des prescriptions légales qui ne figurent pas dans le Quran, mais qui se trouvent, entre autres, dans cet écrit de La Génisse, lequel est évoqué comme nettement distinct du Quran.


Nous retrouvons chez Jean Damascène la même distinction entre un Biblos de Mahomet, d’un côté, et, de l’autre, des écrits divers, nantis de titres particuliers, notamment l’écrit de La Génisse, mais aussi l’écrit de La Chamelle de Dieu, qui ne correspond à aucun titre actuel de sourate ; le contenu qu’il évoque pour ce dernier se trouve, pour une part, actuellement dispersé en des endroits différents du Coran, une autre part ne figurant plus que dans des commentaires ultérieurs. Cela laisse penser qu’une opération de sélection dans un ensemble d’écrits encore en chantier, puis une mise au point dans un corpus coranique final, furent effectuées postérieurement à ce qu’en avait connu Jean lorsqu’il était fonctionnaire omeyyade.


En somme, ces deux témoins extérieurs rejoignent ce qu’indiquait déjà le discours d’Abd el-Malik aux gens de Médine dont j’ai parlé plus haut.
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Message  Arlitto le Mar 8 Mar - 21:01

Coran créé ou incréé 


Ce fut à Bagdad, dans la première moitié du IXe siècle, qu’éclata la controverse autour de la nature du Coran : était-il créé ou incréé ? 

Du questionnement sur l’histoire du texte, le problème se déplaçait et abordait le domaine spéculatif à partir de notions philosophico-théologiques. C’était le temps où le calife abbasside Ma’moun, à Bagdad, donnait une impulsion vigoureuse à la grande bibliothèque impériale appelée Maison de la Sagesse. Cette institution rassemblait surtout des ouvrages de philosophie et de sciences hérités de l’Antiquité grecque, persane ou indienne, qui avaient été traduits en arabe par des voies diverses, et elle était ouverte à l’élite intellectuelle et aux savants.


Ce fut dans ce contexte intellectuel marqué par le développement des sciences dites « rationnelles » (philosophie, médecine, astronomie, etc.) que se développa le courant appelé « mu’tazilite ». Le discours mu’tazilite, utilisant les concepts philosophiques ambiants, les mettait au service d’une apologétique religieuse dirigée non seulement contre les adversaires extérieurs de l’islam, mais encore contre différents courants propres au monde intellectuel et politique musulman. 

Opposant l’exercice de la raison individuelle à la soumission à des traditions orales transmises et comprises littéralement, les mu’tazilites méprisaient les traditionnistes, qu’ils qualifiaient de discoureurs oiseux. Tout cela s’accordait avec l’intérêt éprouvé par le calife Ma’moun pour les sciences nouvelles, et avec sa politique générale en tant que prince soucieux de défendre l’unité de son empire contre les mouvements centrifuges, et d’en conforter les bases religieuses, dont il se voulait, en tant que calife, le seul garant.


Les mu’tazilites défendaient la thèse selon laquelle le Coran était créé par Dieu, et non éternel comme lui. 

La controverse était liée au problème des attributs de Dieu (sa parole, sa science, sa puissance, etc.) et à la question de savoir si ces attributs sont de véritables substances, des entités éternelles, comme Dieu lui-même, ou de simples qualifications que l’on ne pouvait ni dissocier de lui, ni envisager de façon anthropomorphique. Selon les mu’tazilites, attribuer à Dieu une parole éternelle, c’est postuler un éternel à côté et distinct de lui, et donc se rendre coupable de lui associer un autre être, alors que le premier principe à défendre est celui de l’unicité absolue de Dieu, affirmée contre la conception d’une sorte de Logos hypostasié distinct de Dieu. Dieu est « parlant », il produit, donc crée sa parole. À plus forte raison le Coran, simple substrat matériel, lettres mises en ordre, et sons fragmentés, selon leur expression, est-il le résultat d’une création, et n’a pas l’attribut de l’éternité.


Les traditionnistes, qui n’ignoraient pas les enjeux intellectuels et religieux de ce langage, évoluaient dans un univers mental radicalement différent de celui des sciences rationnelles étrangères et intruses, comme ils les qualifieront. Nous ne voulons savoir rien d’autre que ce que "Allâh" lui-même a dit dans son Livre, et, à sa suite, les Saints Anciens, répliquaient-ils donc : le Coran est littéralement Parole d'Allâh. Il est donc éternel, et incréé ; et, ajoutaient les plus ardents, est incréé même ce qui se trouve écrit entre les deux plats de la couverture du livre, c’est-à-dire les exemplaires écrits du Coran, avec les lettres, l’encre et le papier. Même la récitation quotidienne du texte par les croyants n’est pas distincte de la parole d'Allâh éternelle et incréée. Chose curieuse, c’étaient les traditionnistes qui, en somme, postulaient l’existence d’une sorte de Logos éternel auprès de Dieu, le Coran.
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