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Message  Yacoub le Lun 11 Juil - 10:52

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La capitale Juba, qui devait fêter samedi le cinquième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud, est déchirée par les combats. Le gouvernement d’union nationale menace de voler en éclats et le pays de replonger dans la guerre civile


Trois hommes, enfermés dans une salle de réunion du palais présidentiel à Juba, au Soudan du Sud, ont tenté, pendant une longue soirée, d’éviter le suicide de leur pays. Le président, Salva Kiir, ses deux vice-présidents, Riek Machar et James Wani Igga, étaient en réunion à «J1», surnom du bureau présidentiel, le bâtiment le plus protégé de la capitale, lorsque les premiers coups de feu ont éclaté, à environ deux cents mètres, selon des témoins. Ce n’étaient pas des tirs isolés de soldats indisciplinés ou querelleurs. Des chars ont été déployés, les tirs se sont étendus à d’autres parties de la capitale.

A la veille de la date anniversaire de l’indépendance, est-ce que l’étincelle capable de tout embraser venait de se produire? A vrai dire, les trois hommes qui sont supposés, à la tête d’un gouvernement d’union nationale de transition, ramener le Soudan du Sud à la paix et à la raison, n’en savaient rien. Il devait y avoir une conférence de presse, des journalistes étaient donc déjà sur place. Un appel au calme a été lancé.
Pillage et rivalités

On ignore le bilan. Certains témoins, dans la nuit, ont avancé que des civils auraient été touchés dans l’enceinte du camp des Nations unies. Puis le silence s’est fait. Riek Machar a même pu traverser la ville pour rentrer dans sa nouvelle résidence, à la périphérie, sans être obligé de se frayer un chemin en combattant avec sa garde rapprochée. La guerre entre les siens et les unités fidèles au président, Salva Kiir, n’a pas commencé à l’aube de l’anniversaire de l’indépendance, ce jour si particulier au Soudan du Sud.

Il y a cinq ans, on dansait dans les rues de Juba, avec une allégresse qui claquait aussi fort que le nouveau drapeau, fièrement hissé. Le Soudan du Sud, le 9 juillet 2011, accédait à l’indépendance en faisant sécession après une guerre civile avec le «Nord», les forces de Khartoum. Des générations avaient souffert si longtemps pour en arriver là. Bien sûr, durant la longue guerre civile, des «sudistes» de différents groupes s’étaient battus entre eux. Il restait des rancœurs, des vengeances inassouvies, des déséquilibres dans ce pays ravagé. Mais, en ce jour d’indépendance, nul ne voulait y songer. La fête semblait ne jamais devoir se terminer.

Ce samedi 9 juillet, on ne danse plus à Juba. Le gouvernement avait déjà décidé d’annuler les célébrations au cours des dernières semaines, afin de faire preuve de bonne volonté en matière de gestion, prétendant qu’économiser les 150 000 dollars du budget des festivités pourrait avoir un effet salutaire sur une économie en train de couler à pic.

Il y a quelque chose qui va très mal au Soudan du Sud. Le pillage des ressources pétrolières a vidé les caisses. Les rivalités politiques ont conduit à un conflit, cette fois entre «sudistes», qui a éclaté en décembre 2013 à Juba et donné lieu, par contamination ethnique, à une guerre civile complexe et meurtrière. Puis est venue la sécheresse. Et la chute des cours du pétrole, 98% des recettes de ce pays qui ne vend rien d’autre à l’extérieur.
Crise alimentaire

L’inflation atteint 300%, la livre sud-soudanaise a perdu 90% de sa valeur. Le pays ne peut nourrir ses habitants, dont 4,8 millions (sur 13 millions) seront bientôt dépendants de l’aide humanitaire pour survivre. «La détérioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition est due avant tout à l’insécurité des personnes, à la crise économique, et aux stocks déjà consommés de la dernière récolte», a expliqué Lam Akol, le ministre de l’Agriculture. Il aurait pu préciser que «l’insécurité» est un euphémisme qui englobe les atrocités commises par des soldats de tous bords, les viols, les meurtres de civils, les pillages, les récoltes volées ou détruites, l’impossibilité de planter.

Le Soudan du Sud ne sait plus avec certitude s’il est encore un pays en devenir ou une faillite en marche. Seul espoir: les deux camps qui s’étaient affrontés à partir de décembre 2013, celui de Salva Kiir et de Riek Machar, ont fini par céder aux pressions de la région pour signer un plan de paix. Après trente mois de conflit, ils se sont ensuite retrouvés à Juba, la capitale. C’était le 29 avril. Avec tout à reconstruire, dans un climat de méfiance exacerbé.

L’espoir a vite été douché. Les ennemis de la veille «se préparent de plus en plus activement à un conflit de grande ampleur», avertissaient il y a quelques semaines les analystes de l’International Crisis Group (ICG). Les foyers de violence se sont multipliés dans des zones qui avaient été épargnées lors de la phase de conflit précédente. Le 24 juin, des soldats de l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA), des loyalistes du camp du président Salva Kiir à forte composition du groupe ethnique dinka, ont mené une opération meurtrière à Wau, dans le Bahr el-Ghazal. Le gouvernement, à Juba, a mis en cause une mystérieuse rébellion islamiste.
Des milices constituées

Or, tout est plus confus, plus local, et sans doute plus grave. Plusieurs points du pays voient s’allumer des conflits sur la base de facteurs multiples: rivalités locales, convoitises pour les terres, vengeances, manipulations diverses. Le même phénomène apparaît dans le Haut Nil, près des zones pétrolifères, où des opérations sanglantes sont menées par un groupe ethnique (Padang Dinka) pour chasser de la rive est du Nil blanc un autre groupe (Shilluck), et accaparer ce territoire.

Dans le chaos ambiant, Salva Kiir veut changer le découpage d’un pays au bord de l’explosion en passant de dix Etats à vingt-huit. Cela semble un détail. C’est celui qui peut tout faire basculer, en brassant contre leur gré des populations désormais arc-boutées sur leurs appartenances ethniques, faute de structures étatiques.

Pendant ce temps, Juba, la capitale, attend la suite. Il y a cinq ans, on prévoyait de dépenser dix milliards de dollars pour créer, avec l’aide d’un promoteur de Séoul, des villes en forme d’animaux sauvages. Juba aurait été redessinée pour ressembler, vue du ciel, à un rhinocéros. Aujourd’hui, la capitale ressemble plutôt à un baril de poudre.

Chaque camp coexiste dans la tension. Les forces antagonistes auraient dû être cantonnées. Elles ne l’ont pas été. Des milices ont été constituées: il n’existe pas de décompte fiable à leur sujet. Vendredi soir, ces miliciens, armes blanches ou automatiques à la main, patrouillaient dans Juba. Sinistre présage. En décembre 2013, les premiers incidents avaient entraîné un immense pogrom contre le groupe des Nuer, celui de Riek Machar, qui avait échappé à la mort de justesse. Il y a quelques jours, le général Chayot Manyang, un des poids lourds des forces du vice-président, a agité la menace d’une nouvelle vague de massacres, et averti: «S’ils nous exterminent, ici à Juba, les Nuer à l’extérieur devront reconstituer une génération (pour se venger)».

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