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« L’HOMME QUI PARLAIT AVEC LES PIERRES ».

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« L’HOMME QUI PARLAIT AVEC LES PIERRES ».

Message  Arlitto le Sam 26 Mar - 9:43

« L’HOMME QUI PARLAIT AVEC LES PIERRES ».JEAN MALAURIE. L’HOMME DU THEOREME ET L’HOMME DU POEME.

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Pourtant, à côté de l'homme de science il y a aussi chez Malaurie, le « nocturne », le rêveur, nourri des Philosophes De La Nature et Romantiques allemand, qu'il retrouve dans la pensée des Inuits ;
là encore pour le comprendre, il faut se référer à Bachelard
On sait qu'on ne doit pas lire celui-ci comme le pur théoricien de la formation de l'esprit scientifique qui, par la coupure épistémologique, épurerait l'esprit des illusions de l'imaginaire au profit de la science prégnante à notre époque.
 Il n'en est rien et Bachelard refuse toujours toute rigidité : s'il y a bien deux voies de l'esprit, elles ne veulent pas dire séparation artificielle,
hiérarchie et mutilation l'œuvre de Bachelard doit être comprise comme l'éthique de l'homme intégral .L 'homme du poème complète l'homme du théorème et le révèle.
« Les deux chemins, à leur manière se joignent : il s'agit, dans les deux cas, de s'ouvrir à un monde nouveau, notre monde ».
 L'imaginaire poétique et mythique sont la source ontologique de l'esprit humain, celle de sa liberté créatrice, de la pensée ouverte qui s'exprime aussi bien dans le mouvement de la pensée scientifique comme philosophie du Non ,
 à l'égard de modèles académiques et artificiels, que du foisonnement des images qui naissent par exemple de la confrontation avec la matière .Jour et nuit ne sont pas contradictoires mais symbolisent le travail de la connaissance :
« il y a toujours une obscurité dans l'esprit le plus clair, une obscurité personnelle » « il y a de la nuit en nous dans nos jours les plus clairs ». C'est pourquoi « nous sommes des travailleurs, nous devons être des travailleurs,
nous devons être conscients de l'actualité de notre travail. La nuit est en nous, nous ne sommes jamais en plein éveil, et naturellement nous ne savons jamais si nous serons en pleine lumière ».
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Pour Bachelard « la pensée est une force, ce n'est pas une substance ». C'est donc en termes de fonctions qu'il faut considérer l'activité psychique. S'il distingue fonction du réel et de l'irréel,
les différencie et les fait opérer dans des domaines précis ; cela n'implique pas clivage ou fragmentation : la pensée qu'on appellera plus tard sauvage est bien une pensée. 
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Mais Bachelard se méfiera toujours du privilège donné à la vision dans la culture occidentale, qu'on a appelé l'ocularisme. L'imagination n'est pas pour lui une perception simplement reproduite « l'analogon » sartrien,
ce n'est pas non plus une simple imagination des formes qui réduirait l'homme à la contemplation d'un spectacle il exaltera au contraire un imaginaire matériel, substantiel retrouvant d'une autre façon les leçons de l'animisme.
 Il écrit ainsi dans L'eau Et Les Rêves :
« Mais outre les images de la forme, si souvent évoquées par les psychologues de l'imagination, il y a-nous les montrerons - des images de la matière, images directes de la matière.
La vue les nomme, mais la main les connaît. Une joie dynamique les manie, les pétrit, l'allège. Ces images de la matière, on les rêve substantiellement, intimement, en écartant les formes périssables, les vaines images, le devenir des surfaces. Elles sont un poids, elles sont un cœur. »
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Il retrouve ainsi à l'encontre du philosophe et de la tradition philosophique et scientifique accordant le privilège à la vision,
les intuitions de la pensée sauvage et la thématique d'un Merleau-Ponty soulignant la prééminence de la multi sensorialité, du chiasme perceptif.
Il retrouve le corps sentant qui vit, se meut, travaille et se heurte à la matière. L'imaginaire sera ainsi dynamique et résultera du choc des forces et du corps à corps avec le monde.
 Les analyses que fait le sage de Bar sur Aube de la terre sont d'abord, dans une conception artisanale,
celle de la main qui pétrira la pâte ou malaxera l'argile, taillera la pierre, activant en même temps tout un monde imaginaire de rêveries qui se matérialiseront dans la poétique, les mythes,
les légendes et les contes. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Mais Bachelard, s'il ne parle jamais d'ethnologie, fait référence constamment à l'alchimie , aux romantiques allemands, à Fichte ou à
Schlegel ce qui le mène en fait bien plus loin dans les correspondances avec la pensée des peuples premiers qu'il semble pourtant ignorer.
Entre l'espace subjectif et l'espace objectif des sciences, se placerait un « espace transitionnel », selon la formulation qu'en donnera Winnicott , espace de « jeu » ou espace « imaginaire »,
 l'espace cosmopoétique . Celui-ci permettrait à partir des propriétés premières mais surtout à partir de grands archétypes liés aux matières fondamentales et qu'il actualise, d'explorer les dimensions possibles du monde,
 sa topographie multiple , les multivers comme variations différentielles « On ne rêve pas profondément avec des objets. Pour rêver profondément, il faut rêver avec des matières » écrit Bachelard .
 Par la confrontation avec les matières dont les matières primordiales comme le montrent toutes les mythologies et ce qui fut l'intuition des présocratiques, l'eau, la terre ,l'air et le feu ,
l'imaginaire nous permet de faire corps avec le monde, de nous situer à l'échelle du cosmos comme totalité.
Il ne s'agit pas comme on pourrait le penser d'images subjectives et fantasmatiques qu'on projetterait sur le cosmos :
 l'imagination « cosmophore » se nourrit du monde des structures matérielles pour y trouver ce qui fait le fondement de l'être. Bachelard n'est pas dans la problématique de la mimésis,
 l'imaginaire reproducteur de la perception. c'est plutôt ce que les grecs appelaient « methexis », la participation comme relation de consubstantialité, de connaturalité.
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Le lien entre l'homme diurne et l'homme nocturne, la philosophie du non et le rêve de matière , c'est ce dynamisme de l'imagination,
 (« l'être imaginant est la première forme du psychisme » en tant que pouvoir créateur capable de saisir dans la perception de la pierre, des forces ,
 des rythmes,(pour la physique quantique également la matière est énergie vibratoire) des dialectiques, qui la libèrent des pesanteurs aussi bien matérielles qu'intellectuelles ; ce pouvoir de l'imaginaire ,
c'est la quête d'un cosmos ouvert et en perpétuel mouvement,

parcouru par ses rythmes énergétiques
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                                                                  Ainsi Bachelard médite sur le cristal    dans La Terre Et Les Reveries De La Volonté :
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]« Comme nous l'indiquions dans notre livre L'Air et les Songes, il ne va pas de soi que la contemplation des belles formes cristallines trouvées dans la terre ou minéralisées par de longues manipulations alchimiques
 soit une contemplation nécessairement terrestre, désignant par son choix une imagination terrestre. Au contraire, à propos des cristaux et des gemmes qui sont les solides les plus naturels, les mieux définis, les solides qui ont une dureté en quelque manière visible,
on peut faire la preuve de l'étonnant foisonnement des images les plus variées. Tous les types de l'imaginaire viennent ici trouver leurs images essentielles. Le feu, l'eau, la terre, l'air lui-même viennent rêver dans la pierre cristalline.
Par le fait même qu'une rêverie intense les personnalise, une classification complète des cristaux et des gemmes fournirait une psychologie générale de l'imagination de la matière. Aussi nous nous exercerons, par la suite,
à parcourir sur un même cristal des lignes d'images qui nous feront passer d'un élément matériel à un autre. Nous pourrons ainsi mesurer les mobilités extrêmes de l'imagination. En particulier,
nous montrerons qu'on peut traiter le même objet, le même cristal, d'une manière terrestre et d'une manière aérienne. Devant ce merveilleux objet qui est la cause occasionnelle d'une si libre activité imaginaire, nous apprendrons alternativement à briller et à durcir,
 dégageant toutes les puissances de la clarté pure et solide. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Nous verrons se réunir, dans une synthèse extraordinaire, les images de la terre profonde et les images du ciel étoile ;
nous trouverons l'étonnante unité de la rêverie constellante et de la rêverie cristalline. Comment mieux prouver qu'on doit se déprendre des intérêts de la description objective si l'on veut suivre dans leur indépendance toutes les activités du sujet imaginant,
en plaçant les images à leur rang, au rang des phénomènes primitifs ?
Former des images vraiment mutuelles où s'échangent les valeurs imaginaires de la terre et du ciel, les lumières du diamant et de l'étoile, voilà bien, comme nous l'annoncions, une démarche qui va à l'envers du processus de conceptualisation.
Le concept chemine de proche en proche, unissant des formes prudemment voisines. L'imagination franchit d'extraordinaires différences. En unissant la pierre précieuse à l'étoile, elle prépare « les correspondances »
 de ce qu'on touche et de ce qu'on voit et ainsi le rêveur porte en quelque manière ses mains dans les amas d'étoiles pour en caresser les pierreries. Contemplant les terrassiers au travail, un Mallarmé peut s'écrier (Divagations, Conflit, P- 53) :
« Quelle pierrerie, le ciel fluide ! ». Quatre plans de rêve sont réunis dans ces cinq mots : la pierre, le ciel, l'immobilité et la fluidité. Un logicien peut y trouver à redire, un poète n'a qu'à admirer
. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Et si alors on rêve de telles images mutuelles en se laissant aller à la séduction des origines, descendant en quelque manière vers le gîte des pierres précieuses et en montant en quelque sorte jusqu'à la sphère des astres, on donne tout son prix à la parole le Novalis qui voyait dans les mineurs
« à peu près des astrologues renversés » (Henri d'Ofterdingen, trad., p. 128). Les gemmes sont les étoiles de la terre. Les étoiles sont les diamants du ciel. Il y a une terre au firmament ; il y a un ciel dans la terre.
 Mais on ne comprend pas cette correspondance si l'on n'y voit qu'un symbolisme général et abstrait. « 
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[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Pour sa part, et comme dit plus haut J.Malaurie a toujours écrit qu'il avait eu par une sorte de « prescience » l'intuition qu'il devait commencer ses travaux par la pierre
et en faire le thème principal de ses recherches  d'où le nom donné par les Inuits « l'homme qui parlait avec les pierres »Dans son travail scientifique sur les éboulis, Il conclut à l'idée d'une « vie » et d'un ordre de la matière
 y compris lorsqu'elle a l'aspect confus et instable .Il distingue ainsi éboulement et éboulis, le premier s'étant transformés au fils des âges géologiques en éboulis ordonné, régulé avec des couches successives.
Paradoxe, l'éboulis aurait ainsi une sorte de vie « une personnalité et une histoire géomorphologique » et la recherche y découvre une jeunesse , une senescence et une fin de vie sous forme des « glaciers rocheux » ou rock glacier.
 Pour J. Malaurie c'est tout un système de régulation de la terre qui est à l'œuvre, un système d'homéostasie. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] La pierre, serait la mémoire, de cette régulation par les forces
de la nature, notamment par sa dimension et sa forme. On comprend que dans un tout autre langage, symbolique cette fois, on n'est pas si éloigné de l'animisme inuit et du chamanisme pour qui qui il y a des forces vivantes
 de la roche, des « esprits » et qui parlent au chaman. « Pierre et homme ont été, l'un et l'autre, dans leur dialogue constant, mes maîtres d'une ouverture à cette « poétique » de sensations vives. Inspiré ce que je pourrais appeler l'animisme chamanique des peuples arctiques ;
 un terme moins poétique pourrait qualifier cette approche d'anthropogéographie. »
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Re: « L’HOMME QUI PARLAIT AVEC LES PIERRES ».

Message  Arlitto le Sam 26 Mar - 9:44

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[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]A Partir de cette considération, toute une dynamique de l'imaginaire une ouverture à la poétique peut se déployer au contact de la pensée animiste et des mythes inuit
qui rejoignent celles des Philosophes De La Nature allemand et le vitalisme d'un Bergson, terres nourricières de l'esprit de J.Malaurie et comme on l'a vu la poétique de l'espace de Bachelard et sa conception de l'imaginaire.
La Philosophie De La Nature en particulier celle de F.Baader repose sur plusieurs principes, qui ne sont pas si éloignés de la pensée « sauvage » des Aborigènes ou des Inuits, en particulier que :
« La Nature tout entière est un vivant tissu de correspondances à déchiffrer ». Cela parce que son histoire serait la résultante, le chiffre, du divin ou Esprit qui animerait son mouvement ;
ce qu'exprimeraient en particulier les mythes» mais aussi les choses qu'il faudrait lire comme des symboles .
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L'on retrouve d'une autre manière, le principe de connaturalité du monde et de l'esprit humainentre l'esprit et l'univers, entre esprit et matière. Ces correspondances vont représenter l'un des principaux thèmes de recherche
de la méthode anthropogéographique de j. Malaurie. Dans l'intimité des inuits ,il va métisser deux formes de pensées , la méthode heuristique des sciences avec le panthéisme de ceux ci et leur lecture sensorielle de la nature.
 Pour l'homme de science comme pour le géo poète, la terre a une écriture et une vie dans les veinures de la pierre et les rythmes telluriques. Comme il le dit lui-même il est à la fois »homme de raison et homme de sensation ».
 : « J'ai regardé la pierre d'abord avec curiosité, puis je l'ai analysée en pétrographe ; à l'œil nu, à la loupe ; et enfin en animiste et avec la plus extrême intensité. » il n'y a d'ailleurs pas autant incompatibilité qu'on pouvait le croire ,
 au temps triomphant du positivisme : pour les sciences contemporaines, la mécanique quantique ou la Théorie Des Cordes, la matière-énergie, la matière/espace/temps existe rythmiquement,
en tant qu'existence vibratoire indissociable d'une fréquence : « si un corpuscule cessait de vibrer, il cesserait d'être » écrivait déjà Bachelard. Il n'y a pas une matière indifférente étalée dans un cadre,
 l'espace-temps :La persévérance de chacun dans son être est une persévérance dans son rythme  ; toute déterminationmatérielle est l'attribut d'un rythme régulier.
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« Le devoir de rêver, « le monde comme volonté et représentation », selon l'ouvrage célèbre de Schopenhauer. Ce n'est jamais en homme insensible que j'ai procédé à ces recherches de naturaliste. Je vivais une méditation active ;
 sans vouloir tomber dans le ridicule de l'emphase, j'avais, dans ma solitude de chercheur, le sentiment d'être en recherche d'une force chthonienne et d'un ordre invisible, d'un projet.
La psychologie génétique de l'environnement joue-t-elle un rôle dans l'invention progressive d'un ordre social ? Comment l'environnement inspire-t-il le chamanisme, compte tenu de cette faculté de mutation de l'hommee en oiseau, phoque, loup ? »
JEAN MALAURIE. DE LA VERITE EN ETHNOLOGIE
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Ainsi voyant J.Malaurie « parler avec les pierres » les mesurant, les dessinant, les Inuits retrouvaient leur intuition d'une pierre vivante mémoire des esprits.
 elle renvoyait à Uummaa, l'énergie issue du cosmos, aux atomes de vie qu'ils appellent des Inuat et qui réguleraient l'équilibre universel.
Les initiés en percevraient le murmure par leur sensorialité aiguisée, alors que le chaman y puisait les vibrations source de transe, et ce après une période de préparation ascétique, en s'asseyant sur certaines pierres.
C'est sans doute pourquoi enfin les Inuits suivaient si volontiers l'explorateur qui parlait avec les pierres d'une autre manière qu'eux, « exotique », l'aidant sur les éboulis , lui conseillant certains secteurs d'étude , l
ui apportant des pierres qui présentaient pour leur sens ce murmure particulier.
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[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]« Les peuples premiers, dans leur lecture des signes du cosmos, ont une relation dynamique avec la terre et le ciel.
Ils se sentent comme en dépendance avec cette horloge céleste qu'ils perçoivent dans leur lecture du mouvement des étoiles, qui leur sont familières, alors qu'ils semi-nomadisent sur la toundra ou la banquise;
ils ont une intelligence très particulière des pouvoirs sur l'homme du soleil et de la lune. La lune est le site privilégié de méditation des grands chamans. Par des voyages héroïques à travers sept étages de ciel, ils partent « consulter ».
 Cette intelligence du cosmos est à l'origine d'une science des nombres, dont on découvre des expressions plus ou moins élaborées sur 12000 kilomètres, sur le front de la migration inuit, de la Sibérie au Groenland,
son berceau le plus élaboré étant dans le détroit de Bering. Les monolithes, les cercles, les grottes, les grandes failles sur cette toundra, et plus encore sur leurs caps de la côte et dans leurs montagnes, sont perçus comme une expression du corps humain.
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La morphologie des hauteurs, ces paysages perçus dans leur unité, peuvent rappeler un trait de sa physiologie ; il est des formes qui sont ressenties comme de nature « mâle »; d'autres, plus ondulées, au trait moins marqué, ressenties comme « femelles ».
Une pierre dressée a une dimension phallique; un cercle, vaginale. Il est des pierres mâles, d'autres femelles; certaines ont des pouvoirs, des vibrations. Elles peuvent être le siège d'une seconde vie des humains après leur mort. Il est des pierres qui parlent à ceux qui savent les écouter.
 Elles sont parfois habitées par des femmes - telle la célèbre Anoritoq dans le nord du Groenland- qui s'immortalisent dans celles-ci. Le grand voyageur norvégien Johan Adrian Jacobsen, enquêtant sur la côte sud-ouest de l'Alaska, en 1881-1883,
pour le compte du Musée ethnographique royal de Berlin, a observé au cœur du pays yup'ik (à Togiak), au nord de la baie de Bristol, une pierre anthropomorphe très réaliste d'une hauteur de cinq mètres. C'était une femme coiffée d'un chapeau :
« Une femme en pierre, largement vénérée par les Esquimaux », nous dit Jacobsen. Elle est appelée Arningaktak. Était déposé en offrande du saumon séché au pied de la pierre, une autre était enterrée derrière elle,
cependant qu'une troisième offrande était déposée sur le sommet de sa tête. On pouvait voir d'anciennes offrandes : des os de nombreux mammifères marins et d'oiseaux. Le mythe de Nirrivik, jeune fille humiliée, sacrifiée et rédemptrice des hommes, est circumpolaire.
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En Sibérie orientale, chez les Yukaghirs, il y avait un grand rocher. Allant à la recherche de sa plus jeune sœur, une jeune fille courut vers le rivage où elle découvrit que la glace de la banquise s'était brisée et que le rocher était entrouvert par une faille.
 La jeune fille s'approcha du rocher et entendit les pleurs de sa pauvre sœur qui venaient de l'intérieur de la pierre. La jeune fille s'écria : « Rends-moi ma sœur! » Une voix humaine issue de la roche répondit : « Mon amie, je ne te la rendrai pas.
Bien que je sois comme toi une femme, je ne te conseille pas de t'approcher de moi, car je ne ressemble pas tout à fait à un humain et tu serais terrifiée. »
En Sibérie centrale, une dalle de pierre plate haute de trois mètres est révérée, car un visage humain se révèle sur sa tranche (Musée d'ethnographie des peuples de la Russie, Saint-Pétersbourg).
« Pieds nus sur la terre sacrée », vous répètent les Indiens alors que vous progressez avec eux sur la piste. « Respecte donc les esprits. Ils te voient, ils t'écoutent, ils lisent jusqu'à tes pensées intimes. Reste toujours en accord avec la Nature qui est ta propre mère. »
L'Inuit ne se permettrait pas d'un coup de pied dédaigneux d'attenter à l'ordre des pierres sur la toundra. Dans l'île Diomède (détroit de Bering),
un Inuit le faisait remarquer à l'une des trois petites sœurs de Jésus de l'Ordre du père de Foucauld à la suite de son geste primesautier, jugé irrévérencieux ; il ne convenait pas, selon lui, d'être désinvolte avec les pierres, les ossements épars sur la côte.
 « Si elles et ils sont là, c'est qu'il y a une raison supérieure qui échappe à nous, les humains. » II est en effet un projet caché dans l'ordre de la nature et il faut le respecter.
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Une approche anthropogéographique pourrait nous en donner une certaine lisibilité. Un Inuit de Thulé ne siffle pas, ce serait violer la dynamique de l'air qui a sa propre signification.
 C'est ainsi que, pas à pas, on découvre avec ces chasseurs une géographie sacrée, que leur perception sensorielle particulière permet de saisir. Elle vient de plus haut.
 Il est en effet une cosmodramaturgie qui est soutenue dans leur pensée par une lecture orale de cent à deux cents mythes.
 Les recherches les plus récentes des neurologues permettent de conclure qu'il est chez ces peuples des facultés neuronales plus développées que celles dont nous disposons.
Leurs dendrites sont constamment à l'affût, ce qui leur permet d'avoir une perception cognitive très subtile dont nous ne disposons hélas ! plus15.
 Cette conscience immédiate de réa- lité extérieure non visible, et dont les artistes contemporains parfois disposent, leur permet de distinguer, sur ces immenses théâtres du grand nord, des lieux d'énergie, et qui sait peut-être?
 des champs d'impulsion, électriques, magnétiques qui nous échappent. Jean Malaurie Années Des Baleines.p22
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