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Panorama des Églises orthodoxes et orientales

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Panorama des Églises orthodoxes et orientales Empty Panorama des Églises orthodoxes et orientales

Message  Arlitto Dim 22 Jan - 11:40

Allemagne : un panorama des Églises orthodoxes et orientales

Par Jean-François Mayer, 20 décembre 2016

Il y aurait aujourd'hui quelque 2 millions de chrétiens appartenant à des Églises orthodoxes et autres Églises orientales en Allemagne. La plupart d'entre eux sont des immigrés ou descendants d'immigrés, amenés en Allemagne par suite de turbulences politiques ou de la recherche de nouvelles perspectives professionnelles et économiques. Les Allemands convertis à l'Église orthodoxe, par suite de mariages ou de quêtes spirituelles, ne représentent probablement que 1% de la population orthodoxe du pays. La grande majorité des orthodoxes vivant en Allemagne y sont arrivés au cours des vingt-cinq dernières années.

Panorama des Églises orthodoxes et orientales 12_orthodoxie_deutschland_buchSur cette composante non négligeable du nouveau paysage religieux en Allemagne, les informations sont les bienvenues pour les observateurs de la société allemande. Sans pouvoir remplacer ce que pourrait être une véritable synthèse, un nouveau volume apporte un recueil de descriptions et des éléments d'analyse. Plus de vingt auteurs ont participé à l'ouvrage collectif à l'ouvrage collectif Orthodoxie in Deutschland, sous la direction de Thomas Bremer, Assad Elias Kattan et Reinhard Thöle (Münster, Aschendorff Verlag, 2016). Le livre couvre à la fois l'histoire et des thèmes actuels transversaux ; les quatre derniers chapitres sont consacrés aux anciennes Églises orientales (préchalcédoniennes).

Comme le notent les coordinateurs du volume en introduction, les Églises orthodoxes se trouvent dans une étape particulièrement intéressante de leur histoire en Allemagne (comme dans les autres pays occidentaux) : le transfert de leurs traditions dans un autre environnement en s'efforçant de les préserver tout en répondant aux attentes des prochaines générations.

« Les identités ecclésiastiques nationales se transforment en une identité orthodoxe en Allemagne, qui en arrive même à poser la question d'une orthodoxie allemande. Un indicateur est fourni par l'approche des langues liturgiques, des langues maternelles et de la langue allemande dans le culte et dans la vie des communautés. » (p. IX)

Des princesses russes aux réfugiés syriens ou aux étudiants serbes, « l'histoire de l'Orthodoxie [en Allemagne] est une histoire de la migration dans ses différentes formes », observe le P. Constantin Miron (Cologne) (p. 204). S'il existe maintenant des communautés orthodoxes de langue allemande dans plusieurs diocèses, il reste à voir si l'on peut déjà réellement parler de communautés orthodoxes allemandes, ajoute-t-il.

L'établissement progressif des différentes juridictions orthodoxes en Allemagne
La partie historique évoque cette présence orthodoxe russe dès le XIXe siècle: c'est d'abord une présence de milieux russes nobles ou aisés, qui conduit à la création d'églises ou chapelles dans des représentations diplomatiques, dans des lieux de villégiature ou dans des palais (lors d'unions entre un souverain allemand et une princesse russe ; puis les turbulences politiques du XXe siècle conduisent à une émigration russe avec l'implantation de structures paroissiales et ecclésiales. Les circonstances politiques entraînèrent aussi des divisions au sein de l'Église russe : dans les années 1930, pas moins de quatre juridictions russes étaient en concurrence pour obtenir en Allemagne un statut de droit public (p. 24). Il fallut attendre la fin du communisme et le XXIe siècle pour voir ces divisons largement résorbées : l'Archevêque Marc, à la tête de l'Église orthodoxe russe hors-frontières (séparée du Patriarcat de Moscou) en Allemagne joua d'ailleurs un rôle crucial dans les efforts qui aboutirent en 2007 à la réconciliation entre les deux branches de l'Église russe, rappelle le P. Nikolai Artemoff.

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L'église orthodoxe russe à côté du château de Bad Ems rappelle une présence orthodoxe dès le XIXe siècle, mais très différente de celle que nous observons aujourd'hui.

La fin du communisme a ouvert la voie à l'arrivée d'un nombre beaucoup plus important de Russes orthodoxes : en 1988, année du millénaire du baptême de la Russie, on en dénombrait environ 10.000 sur le territoire de la République fédérale d'Allemagne ; aujourd'hui, ils seraient 300.000. Le Patriarcat de Moscou a ouvert de nombreuses nouvelles paroisses au cours des dernières années : il y aurait aujourd'hui une centaine de paroisses du Patriarcat de Moscou et une cinquantaine de l'Église russe hors-frontières (l'acte d'union de 2007 ayant prévu qu'elle conserverait ses propres structures autonomes).

L'immigration serbe en Allemagne était insignifiante avant la Seconde Guerre mondiale. Mais 100.000 à 150.000 Serbes, dont 50 prêtres au moins, se retrouvèrent prisonniers de guerre en Allemagne. La plupart ne voulurent pas rentrer ensuite dans leur patrie, passée sous le joug d'un régime communiste. Dans le sillage de débuts d'organisation d'une vie religieuse dans les camps où ils avaient été détenus, de premières communautés paroissiales s'organisèrent à Munich, Osnabrück, Lingen, Hanovre et Düsseldorf, raconte le P. Radomir Kolundzic. Au début des années 1960, sept prêtres encadraient la vie religieuse de quelque 10.000 fidèles serbes en Allemagne. Par la suite, des migrants serbes en quête de travail vinrent les rejoindre : au milieu des années 1970, on comptait quelque 800.000 immigrés yougoslaves en Europe occidentale, dont 500.000 en Allemagne, et probablement la moitié de ceux-ci étaient-ils serbes (p. 46), même s'ils étaient loin d'être tous orthodoxes pratiquants. En 1969 fut érigé un diocèse serbe d'Europe occidentale, dont le siège se trouva d'abord à Londres, puis à Düsseldorf dès 1971. Avec un nombre croissant de paroisses, le diocèse fut divisé en deux en 1990, avec un nouveau diocèse pour l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse, et finalement un diocèse pour l'Allemagne seule en 2011.

Les conflits des années 1990 dans l'ex-Yougoslavie entraînèrent de nouvelles vagues migratoires (80.000 à 100.000 Serbes) et de nouvelles créations de communautés. De plus, par suite de l'éclatement du pays et de l'effondrement du système politique qui l'avait dominé, de nouvelles interrogations et aspirations spirituelles se firent jour : un nombre croissant de Serbes se tournèrent à nouveau vers l'Église orthodoxe. 42 prêtres desservent 26 paroisses serbes en Allemagne aujourd'hui, avec un nombre de fidèles estimé à 300.000 au moins.

Chez les Russes comme chez les Serbes, les immigrés politiques de la période communiste ne constituent plus qu'une petite minorité des fidèles, remarque Nikolaj Thon (p. 53).

En plus petit nombre, les orthodoxes roumains dépendirent d'abord (dès 1949) d'un diocèse d'Europe occidentale et centrale, avant l'organisation d'une Métropole pour l'Allemagne et quelques autres pays en 1993.
En 1960, un accord fut signé entre le Royaume de Grèce et la République fédérale d'Allemagne pour permettre aux travailleurs grecs l'accès à des emplois en Allemagne. Cela entraîna une rapide augmentation de la population grecque. Un diocèse orthodoxe grec d'Europe centrale fut érigé en 1963 : les orthodoxes grecs sont aujourd'hui au nombre de 400.000 en Allemagne, avec 150 lieux de culte. C'est le diocèse «le plus grand, le mieux organisé et le mieux établi» (p. 60).

Le siège du diocèse bulgare d'abord établi à Budapest déménagea à Berlin en 1994. Il existe également une Église ukrainienne à l'étranger reconnue par le Patriarcat de Constantinople depuis 1995. Quelque 13.000 immigrés géorgiens ont donné naissance à des paroisses géorgiennes, avec leur propre diocèse d'Allemagne et d'Autriche depuis 2014. Il faut encore y ajouter les orthodoxes arabophones dépendant du Patriarcat d'Antioche : la fuite de chrétiens de Syrie est récemment venue étoffer leurs rangs, et ils rassemblent maintenant quelque 15.000 fidèles.

L'organisation de la vie orthodoxe en Allemagne
Dix diocèses orthodoxes existent aujourd'hui sur territoire allemand, en parallèle, puisqu'ils relèvent chacun d'une Église dont le siège se trouve dans un pays de tradition orthodoxe. Cependant, des structures se mettent en place en vue de permettre une coopération.

Une Commission des Églises orthodoxes (puis : de l'Église orthodoxe en Allemagne vit le jour en 1994 et pava la voie à la Conférence des évêques orthodoxes, mise sur pied en 2010. Chaque évêque orthodoxe conserve cependant sa liberté d'action, répondant à son Église mère autocéphale.

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Lors d'une célébration liturgique en 2007 à Cologne, six évêques orthodoxes, entourés du clergé (source: Paroisse orthodoxe serbe de Cologne).

Dans la pratique, bien des prêtres orthodoxes liés à une Église nationale se trouvent amenés à offrir des services pastoraux également à des orthodoxes d'autres origines. Les rencontres interorthodoxes représentent une réalité au quotidien dans bien des paroisses, ou entre paroisses — parfois, d'ailleurs, comme conséquence de la participation aux dialogues œcuméniques, remarque le P. Constantin Miron (p. 206). Dans plus d'un lieu, des conférences pastorales rassemblant les prêtres orthodoxes de plusieurs juridictions ont vu le jour, permettant également une représentation commune face aux partenaires civils et religieux.

Parmi les questions importantes se trouve celle de la traduction des textes liturgiques en des langues occidentales. Le P. Peter Sonntag note que cela est devenu un objet de controverses, et que les expressions de scepticisme face à ces traductions s'expriment tant dans les pays orthodoxes (face aux traductions en langue moderne) que dans les pays occidentaux. Même si les premiers efforts de traduction en allemand remontent au XIXe siècle,ce n'est que tardivement que le caractère souhaitable d'un effort commun en vue de traductions en langue allemande s'est affirmé (p. 88). Sous l'égide de la Conférence des évêques, une commission pour la traduction de la Divine Liturgie et des sacrements s'est mise au travail en 2010 (p. 98).

Il est vrai que les écueils à éviter ne manquent pas : d'un côté le risque de traductions si proches de la langue courante qu'elles en perdraient leur caractère sacré, artistique, poétique ; d'autre part, le danger d'un style si proche de la syntaxe de la langue d'origine qu'elle en deviendrait pratiquement incompréhensible à l'audition (p. 89). Une traduction « philologiquement et sémantiquement juste » n'est pas encore une prière... (p. 92)

Le P. Peter Sontag remarque qu'un effort de traduction aujourd'hui soulève inévitablement aussi des questions de fond, par rapport aux sensibilités contemporaines sur certains sujets ( par exemple le « langage inclusif ») ou en lien avec le dialogue œcuménique (stigmatisation de certains « hérétiques » vénérés par les Églises préchalcédoniennes, variations de traduction du Notre Père) (pp. 98-99).

En ce qui concerne l'enseignement religieux orthodoxe dans les écoles publiques, celui-ci existe depuis 1956 en Bavière (pour les élèves russes orthodoxes), depuis 1985/86 en Rhénanie du Nord-Wetsphalie (pour les élèves grecs orthodoxes, mais conçu comme s'adressant en fait à tous les élèves de confession orthodoxe indépendamment de leur origine nationale). Cet enseignement existe aujourd'hui en Bavière, en Rhénanie du Nord-Westphalie, en Hesse, en Basse-Saxe et (depuis l'année scolaire 2016/17) en Bade-Wurtemberg. Les partenaires des communautés orthodoxes sont les ministères compétents de chaque Land. Une seule formation spécifique existe pour les catéchètes orthodoxes, depuis 2011, à l'Université de Munich. Il existe peu de matériaux de catéchèse orthodoxe en langue allemande adaptés pour un usage scolaire, mais l'élaboration de tels outils pédagogiques a commencé.

Comme l'explique Kerstin Keller (coordinatrice de l'enseignement religieux orthodoxe en Rhénanie du Nord-Westphalie), cet enseignement s'adresse à des enfants issus de différents groupes de migrants. « Le macrocosme de l'Orthodoxie universelle se reflète ainsi dans le microcosme de la salle de classe »   et l'enseignement doit transmettre la notion qu'il y a une foi orthodoxe et une Église orthodoxe qui se manifeste dans la diversité des expressions nationales (pp. 108-109). Leur socialisation religieuse (familiale, communautaire) s'effectue le plus souvent dans la langue du pays d'origine, tandis que l'enseignement se fait en allemand.

Dans le cadre universitaire, Athanasios Vletsis (professeur de théologie orthodoxe à l'Université de Munich) rappelle que la première chaire de théologie orthodoxe en Allemagne fut celle occupée par le professeur Anatasios Kallis à Münster, de 1979 à sa retraite en 1999, puis depuis 2005 par le professeur Assaad Elias Kattan.. Comme celle de Münster, la chaire de Munich vit le jour dans le contexte d'une faculté de théologie catholique. Cet Institut de théologie orthodoxe a compté quatre professeurs, puis trois par suite de mesures d'économie, dont l'enseignement est complété par différents chargés de cours, afin d'offrir une formation académique complète en théologie orthodoxe, couronnée par un diplôme. Il existe également un enseignement sur le christianisme orthodoxe dans le cadre de la science des religions à l'Université d'Erfurt (professeur Vasilios Makrides).

Quant aux efforts œcuméniques entre Églises historiques en Allemagne et partenaires orthodoxes, ils commencèrent dans les années 1960 et 1970, avec la croissance de la présence orthodoxe et le sentiment que celle-ci serait plus qu'une manifestation passagère. Cela inclut à la fois les contacts bilatéraux entre orthodoxes et catholiques ou protestant, et la participation à la communauté de travail des Églises chrétiennes en Allemagne (ACK). Différents diocèses orthodoxes sont également représentés dans des groupes de travail à l'échelle de Länder : dans ces cas, la liste établie par Marina Kiroudi montre que ce sont les diocèses particuliers qui sont représentés, et non des structures interorthodoxes (pp. 123-124).

Ces échanges œcuméniques portent aussi sur des aspects pratiques : par exemple les cadres régissant les mariages entre conjoints de confessions différents, avec des documents pastoraux à ce sujet publiés tant en coopération avec les catholiques (1993) qu'avec les protestants (pp. 117-118).

Il importe de souligner un autre aspect des relations entre immigrés orthodoxes et les Églises majoritaires en Allemagne : l'hospitalité accordée aux orthodoxes dans des lieux de culte et autres locaux protestants ou catholiques, courante jusqu'à la fin des années 1990, remarque le théologien protestant Martin Illert (Hanovre). Cela rappelle que les décennies immédiatement postérieures à la 2e guerre mondiale furent placées sous le signe de l'aide et du soutien aux migrants orthodoxes, souvent déplacés par la tourmente de la guerre et ses conséquences politiques. Mais depuis la fin des années 1990, alors que la population orthodoxe augmente tandis que le nombre des pratiquants catholiques et protestants diminue en Allemagne, ce n'est plus simplement la mise à disposition d'espaces pour le culte orthodoxe qui est proposée, mais de plus en plus la cession de lieux de culte reconvertis en églises orthodoxes. Les réseaux œcuméniques ont joué ici un rôle important (pp. 182-183).

Un chapitre porte sur les médias orthodoxes en Allemagne (Nikolaj Thon). À ce propos, on découvre aussi des remarques inattendues dans l'article du P. Georgios Basoudis (Mannheim) sur l'intégration des Églises orthodoxes en Allemagne, qui évoque « Internet comme facteur d'intégration » (pp. 176-177). Selon lui, pour une Église qui ne dispose pas de solides structures administratives en Allemagne et dans laquelle beaucoup de responsabilités reposent finalement sur les épaules du prêtre, le travail serait beaucoup plus difficile à réaliser sans l'existence d'Internet : les réseaux sociaux virtuels permettent une rapide circulation de l'information ainsi qu'une communication. Internet contribuerait ainsi notablement à renforcer la perception de la présence des communautés orthodoxes en Allemagne.

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L'église orthodoxe russe de Wiesbaden (Miss Passion Photography).

D'autres Églises d'origine orientale en Allemagne
Outre des chapitres sur quelques autres sujets particuliers, la dernière et plus courte partie du volume s'intéresse aux Églises orientales non byzantines (et pas en communion avec ces dernières), également présentes en Allemagne.
Un court chapitre (3 pages) du P. Youkhana Patros, qui dessert une paroisse de cette Église à Essen, résume la situation de l'Église assyrienne d'Orient. Ses premiers fidèles seraient arrivés vers 1970. Ils seraient aujourd'hui 5.000 à 7.000 en Allemagne, avec cinq communautés (mais chacune comprend également plusieurs lieux de culte secondaires). L'évêque responsable de l'Europe occidentale réside à Stockholm, qui est un pôle pour la migration assyrienne en Europe. Les quatre prêtres présents en Allemagne sont originaires d'Irak. Deux ont étudié à Rome, ce qui reflète les bonnes relations développées entre cette Église et l'Église catholique romaine. L'accueil assuré par les communautés chrétiennes allemandes est vital pour cette Église, qui n'est propriétaire que d'un seul lieu de culte en Allemagne.

Les coptes comptent pour leur part 12.000 fidèles en Allemagne, rapportent  Fouad et Barbara Ibrahim. Les premiers étaient arrivés dès les années 1950, sans véritable vie communautaire ou lieu de culte, avec des rencontres sporadiques dans un cadre privé. Aujourd'hui, l'Église copte compte en Allemagne deux évêques, deux monastères qui attirent des fidèles venus parfois de loin, et même un institut de formation théologique. Plus de la moitié des coptes résidant en Allemagne ont acquis la nationalité de ce pays (p. 231).

Quant aux chrétiens syriaques venus du Tur Abdin, dans l'Est de la Turquie, ils seraient aujourd'hui 80.000 en Allemagne, explique Simon Birol (Université de Bochum). Si les premiers arrivèrent dès les années 1960, ils rentraient au pays pour les grandes fêtes religieuses et fréquentaient des paroisses d'autres confessions chrétiennes durant le reste de l'année. Un premier prêtre fut ordonné pour desservir les fidèles en Allemagne en 1971. Comme pour toutes les autres communautés évoquées dans ce livre, le prêt de lieux de culte catholiques ou protestants pour permettre la célébration des services religieux syriaques a été important. Un monastère a ouvert ses portes à la frontière germano-néerlandaise, à côté duquel se trouve le seul cimetière orthodoxe syriaque en Europe (pp. 242-243). Un autre monastère a été fondé en Allemagne, à Warburg, dans les locaux d'un ancien couvent dominicain. Consacré en 2012, l'évêque qui y réside aujourd'hui et porte la responsabilité du diocèse d'Allemagne est le premier évêque orthodoxe syriaque né dans la diaspora. L'instruction religieuse pour les orthodoxes syriaques a été instituée dans cinq Länder, même si la formation d'enseignants pose des défis (p. 248).

Quant aux Arméniens, leur présence en Allemagne est plus ancienne, rappelle Harutyun Harutyunyan. De 1925 à 1945, un premier prêtre arménien exerça son ministère au service des fidèles de la région de Berlin, puis de Stuttgart jusqu'en 1952. Plusieurs années s'écoulèrent ensuite sans présence permanente de prêtres arméniens en Allemagne. Une organisation de la vie religieuse commença à se mettre en place à partir du milieu des années 1960 et dans les années 1970, accompagnant une croissance progressive de la population arménienne, qui s'élevait déjà à 20.000 au début des années 1990. Aujourd'hui, l'Église arménienne compte en Allemagne 15 paroisses (dont trois seulement possèdent leur lieu de culte), avec 2.300 fidèles actifs. Mais le manque de prêtres est aigu : il n'y en a que 5 pour toute l'Allemagne, ce qui les contraint à de constants déplacements.

Des communautés en transition
Par l'importance des communautés et leur variété, l'Allemagne représente un champ d'observation révélateur des évolutions de la présence orthodoxe en Europe occidentale. Il souligne une fois de plus – si l'on considère notamment l'importance de ces populations et leur évolution rapide — le besoin de développer plus de recherches sur ces communautés religieuses dans les pays de l'Europe occidentale, et également des recherches sous l'angle des sciences sociales des religions : la plupart des contributions contenues dans ce volume viennent plutôt d'auteurs ayant une formation théologique.

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L'église de la paroisse orthodoxe russe hors-frontières de Francfort-sur-le-Main (© 2014 J.-F. Mayer).

Ce résumé d'un livre contenant de nombreuses informations ne permettait pas d'entrer dans les détails : dans certaines communautés, l'adaptation à un nouvel environnement s'est aussi accompagnée de tiraillements ou controverses internes, qu'évoquent certains chapitres. Ainsi, la communauté arménienne connaît des tensions par suite de la décision d'imposer des tarifs fixes pour différentes cérémonies (mariages, funérailles, etc.) aux personnes qui ne sont pas des membres cotisants d'une paroisse (ces derniers bénéficiant de la gratuité) (p. 267). Cet exemple très concret illustre les aménagements qu'entraîne l'organisation de la vie religieuse dans un nouvel environnement.

Même si le contenu des chapitres varie beaucoup, ils montrent tous des communautés fortement marquées par des vagues d'immigration récentes, et donc encore en voie d'organisation durable. Les structures déjà mises en place sont un début : elles répondent tant aux besoins des communautés qu'aux attentes de la société allemande. Elles ne représentent sans doute pas encore le stade définitif. Le cadre allemand offre des conditions favorables à certains égards : les Églises historiques, solidement établies, se montrent accueillantes envers ces communautés chrétiennes migrantes ; le cadre scolaire allemand ouvre des possibilités de catéchisme dans le cadre scolaire. Il sera intéressant de voir comment les différents groupes chrétiens orthodoxes et orientaux trouveront, dans les décennies à venir, l'équilibre entre la préservation de leur héritage et l'insertion dans le contexte allemand.
Jean-François Mayer

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Message  Arlitto Sam 10 Avr - 14:13

Les orthodoxes

La religion orthodoxe est une religion chrétienne orientale qui s’est séparée de la religion chrétienne occidentale (romaine), ou catholique, il y a environ mille ans. Les orthodoxes sont estimés à près de 200 millions dans le monde, en particulier en Grèce, en Roumanie, en Bulgarie, en ex Yougoslavie et surtout en ex URSS où ils représentent 50%.

Le terme « orthodoxe » vient du grec ortos (orthos) qui signifie droit, juste et doxa (doxa) qui signifie croyance, opinion. Donc cela signifie la vraie croyance. Il fut employé pour désigner les Églises demeurées fidèles à la foi des premiers conciles œcuméniques.

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Église orthodoxe

Origines et contexte historique de l’orthodoxie
Au IVe siècle, la religion chrétienne, longtemps persécutée, fut d’abord tolérée par l’Édit de Constantin en 313, puis elle devint la religion d’État sous Théodose entre 380 et 390.

A la mort de Théodose, l’Empire romain (appelé aussi Romania) se divisa en deux parties : l’Empire d’Occident, centré sur Rome et parlant le latin, et l’Empire d’Orient, centré sur Constantinople et parlant le grec. En 330, l’empereur Constantin transporte le siège de l’empire de Rome à Byzance.

La nouvelle capitale, Constantinople (aujourd’hui Istanbul), devient le foyer intellectuel et religieux du christianisme oriental.
Le christianisme occidental devient de plus en plus centralisé, avec à sa tête, le pape, évêque de Rome.

Au cours des IVe et Ve siècles s’élabore une culture chrétienne. Elle est partagée par toutes les Églises orientales qui ont un fort sentiment d’appartenance commune. Sur les cinq patriarcats primitifs -Jérusalem, Alexandrie, Antioche, Constantinople et Rome- un seul est situé à l’ouest ! L’Église et l’État sont liés, favorisant le développement de la culture chrétienne : la basilique Sainte-Sophie à Constantinople, par exemple, est construite par l’empereur Justinien en 538.

Une crise éclate au 8ème siècle au sujet des icônes dans les Églises (L’iconoclasme, ou Querelle des Images),. L’empereur Léon III interdit le culte des images et entre en conflit avec les moines, farouches défenseurs des icônes. La querelle des images menace le culte de l’Église d’Orient, sur lequel reposent un art de vie et une croyance.

Le schisme entre les Églises d’Orient et d’Occident se produit en 1054, Rome et Constantinople s’excommuniant mutuellement. Les papes de l’époque (IXe-Xe siècles) tentaient de transformer une primauté d’honneur, une « présidence d’amour » au sein des Églises locales, en un pouvoir juridique direct sur toutes les Églises, au mépris des droits traditionnels des évêques et des patriarches des autres Églises.

Le mot schisme vient du grec « scismos » (schismos) qui signifie la séparation d’un groupe en deux parties.

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Schisme en 1054 entre l’Église d’Orient et d’Occident

L’Église de Rome s’est développée sans trop se soucier des autres. Or, chaque Église, petite ou grande, doit savoir où est la « tête ».

Les patriarches de Constantinople critiquaient les « innovations romaines » comme l’usage du pain azyme, la discipline du jeûne, le baptême réduit par les Latins à une simple immersion (3 pour les Grecs), le célibat ecclésiastique, ou l’insertion du mot filioque dans le Credo. Le pape Léon IX se heurte à Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople.

Le 16 juillet 1054, le cardinal Humbert, à la tête d’une légation papale, dépose la bulle d’excommunication de Michel Cérulaire sur l’autel de la cathédrale Sainte-Sophie.

Le 24 juillet 1054, le Synode permanent byzantin réplique en jetant l’anathème sur les légats pontificaux. La grande majorité des peuples slaves épouse alors la foi orthodoxe et se rattache à l’Église d’Orient. L’orthodoxie slave gagne la Russie qui adopte les pratiques des monastères grecs du mont Athos.

Ces anathèmes réciproques n’ont été levés que le 7 décembre 1965 par le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier. La rupture entre les Églises d’Orient et d’Occident existe toujours.

Rites et rituels chez les orthodoxes

La base de la foi orthodoxe est la communion fondamentale avec Dieu, présente à chaque moment de la vie. Le but de l’Église est de mettre en valeur cette communion, but de toute église chrétienne et non réservée aux orthodoxes d’ailleurs.

Le Christ est considéré comme le trait d’union permettant à l’homme de renouer avec la grâce divine. En revenant sans cesse à sa passion, l’orthodoxie invite l’homme non seulement à méditer sur son propre sort, mais aussi à se métamorphoser, à transcender son vécu quotidien pour ranimer la flamme de sa nature profonde, qui est divine.

Le rite orthodoxe met les fidèles en condition de grande réceptivité dans une atmosphère mystique, associant prières répétitives, jeux de lumière des cierges et candélabres, et symbolique des icônes. C’est un rite incarné, le corps étant partie prenante.

Panorama des Églises orthodoxes et orientales Jakx
Cérémonie orthodoxe

Les manifestations orthodoxes les plus importantes au cours d’une année


  • Le cycle de Pâques, qui commence 10 semaines avant Pâques et continue jusqu’au dimanche après Pentecôte (Toussaint orthodoxe),
  • L’Octoèque (pendant 8 semaines) après Pâques,
  • Le cycle des fêtes fixes, variable suivant les pays, comme Noëll’Assomption et quelques fêtes de la Vierge.


Les autres rituels orthodoxes


  • Le baptême est pratiqué par immersion totale dans l’eau à trois reprises, mais aussi sans immersion aujourd’hui.
  • La chrismation pratiquée le même jour par onction du saint chrême permet à tout âge de recevoir l’eucharistie.
  • L’eucharistie (qui se fait sous les deux espèces et pour lequel on demande le jeûne), Ces deux éléments, le pain et le vin sont appelés les « saints dons » parce qu’ils rendent la vie spirituelle comme un don. Le prêtre, qui se tient devant l’iconostase, met dans la bouche du communiant qui s’approche, une cuillerée du mélange pain-vin puisée dans le calice. Si l’Eucharistie est présentée tous les dimanches, en général on ne communie que 3 à 4 fois dans l’année, les moments forts étant le Jeudi saint, le 15 août (appelé Dormission), et Noël.



  • Les sacrements d’initiation sont donnés en même temps (baptême, chrismation et eucharistie à la première messe qui suit). L’eucharistie, le mariage, la confession et l’onction des malades ressemblent, à quelques particularités près, aux sacrements pratiqués par l’église catholique. Le Sacrement du mariage est donné uniquement par le prêtre et non par les jeunes fiancés comme chez les Catholiques. Le baptême et l’eucharistie sont les sacrements par excellence parce qu’ils constituent les instruments de la régénération intérieure de l’homme.


L’ordination des prêtres

En grec papas (papas) qui signifie père et qui a donné improprement le mot pope.
L’ordination est conférée à un seul candidat à la fois et se déroule dans la paroisse où il sera affecté. L’ordination comprend une triple procession autour de l’autel par le candidat, l’imposition de la main droite de l’évêque sur la tête de l’ordinant, la remise des ornements liturgiques accompagnée de l’approbation de l’assemblée « il est digne ».

Un évêque est ordonné par trois évêques et les prêtres orthodoxes peuvent être mariés. Le célibat n’est pas une condition nécessaire à l’ordination d’un prêtre, au contraire. Le prêtre doit choisir sa femme avant l’ordination (« Matouchka » = femme d’un prêtre). Pratiquement tous les prêtres sont mariés.

L’orthodoxie a une grande vénération pour Marie, mais la conception « immaculée » n’est pas un dogme comme chez les catholiques. On ne parle pas d’Assomption d’ailleurs mais de Dormission.
Toute la théologie orthodoxe est résumée dans cette phrase d’Athanase : « Le Christ est devenu chair, pour que nous devenions divins ».

Gestes et symboles chez les orthodoxes

Le Symbole de Nicée-Constantinople

Plus long, débutant par la phrase «Je crois en un seul Dieu» a été rédigé lors du concile de Nicée (325) et complété à Constantinople en 381. Il est plus théologique, plus complexe que celui de Rome, mais il est plus précis et plus dogmatique. Les églises orthodoxes ne reconnaissent que le symbole de Nicée.

Le signe de croix

A noter que les orthodoxes font le signe de croix en partant du haut, en descendant, et en passant à droite avant d’aller à gauche.

On s’est signé avec trois doigts en Occident jusqu’au XIIe siècle et le pape Innocent III (1198-1216) écrivait encore que le signe de croix se faisait avec trois doigts et de droite à gauche. Puis, au XIIIe siècle, l’usage actuel chez les catholiques s’est imposé, sans que personne ne donne d’explication ou de justification particulière à ce changement. Peut-être voulait-on à tout prix se séparer des orthodoxes sur tous les plans?

En Russie, on a fait le signe de croix à la manière orthodoxe -de droite à gauche- mais avec deux doigts, jusqu’aux corrections liturgiques du patriarche Nikon au XVIIe siècle. Les Vieux-Croyants (ceux qui n’ont pas accepté les corrections faites par le patriarche Nikon) continuent à se signer avec deux doigts, de même que les Arméniens.

Alimentation

Il n’y a pas d’interdit, mais des pratiques propres à chaque pays. On peut être sensible aux prescriptions d’abstinence de viande le mercredi et le vendredi de chaque semaine (période du carême où ils sont plutôt végétariens). L’Église orthodoxe a prescrit de nombreux jeûnes (maîtrise du corps , fêtes où l’on dit adieu à la viande).

Rites du passage de vie à trépas

Présence du pope et la famille lors d’une communion et avec des prières pour le repos de l’âme. Après le décès les bras sont croisés sur la poitrine.

Rites des funérailles

Pendant l’office religieux, fleurs, bougies et prières correspondent à ce qui se passe sur le plan spirituel : l’illumination et l’éclosion de l’âme dans le monde de l’esprit. Traditionnellement le corps est porté à l’église, cercueil ouvert. Autopsie et prélèvements d’organes sont à éviter selon la doctrine orthodoxe.

Les icônes orthodoxes

Partout, des icônes que les fidèles vénèrent (représentation = idée qu’il y a une présence). Lorsqu’un orthodoxe embrasse une icône ou se prosterne devant elle, il ne s’adresse évidemment pas au bois ou à la peinture mais à la personne, à l’événement qui y figure : l’icône n’est pas une idole, mais un symbole que l’on vénère, à l’inverse de l’adoration qui est due à Dieu seul. On pourrait dire que l’icône ne représente pas tant une image mais qu’elle rend présent.

Panorama des Églises orthodoxes et orientales 5mfv
Icône orthodoxe représentant Jésus

Les icônes sont ainsi comme des livres ouverts qui les font se souvenir de Dieu ; elles sont un des moyens que l’Église utilise pour enseigner la foi. L’icône n’est pas tant quelque chose qu’on regarde, mais qu’un être qui vous regarde. La réalisation des icônes est un acte de foi.

Les chants orthodoxes

Le chant est omniprésent dans les célébrations. Certains l’appellent le silence des anges (le chant des chérubins). Lorsqu’ils ont vu le Fils de Dieu prendre nature humaine, les anges qui chantaient inlassablement la gloire de Dieu se sont tus de stupéfaction et les hommes ont pris le relais !

Les saints orthodoxes

Les saints sont des modèles, des intercesseurs qui accompagnent le fidèle dans sa prière ou sur le chemin de son édification. Ce sont ceux qui nous ont précédés dans la foi.

Les fêtes chez les orthodoxes

Présentation des fêtes orthodoxes

Les fêtes orthodoxes sont célébrées soit selon le calendrier grégorien, soit selon le calendrier julien. Cependant il arrive que les dates des deux calendriers coïncident. Les fêtes orthodoxes sont pour la plupart similaires aux fêtes catholiques.

L’année liturgique orthodoxe commence le 1er septembre, huit jours avant la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu (8 sept) et se termine 15 jours après la dormition de Marie (15 août). Les 12 grandes fêtes orthodoxes « encadrent » la Fête de Pâques, qui ne fait pas partie des Douze, mais qui est la Fête des Fêtes.

Concernant les fêtes à date fixe, les dates indiquées sont valables pour les Églises grecque, roumaine et bulgare qui suivent le calendrier civil (grégorien). Pour les Églises russe et serbe qui suivent le calendrier julien, c’est 13 jours plus tard.

Concernant les fêtes à dates mobiles (Rameaux, Pâques, Ascension, Pentecôte), les Églises grecque, roumaine et bulgare suivent le calendrier julien.

Liste des fêtes orthodoxes


  • Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu (8 sept),
  • Exaltation de la Croix (14 sept),
  • Présentation de la Très Sainte Mère de Dieu au Temple (21 nov),
  • Noël – Nativité du Christ (25 déc),
  • Théophanie – Baptême du Christ (6 janv),
  • Sainte Rencontre (2 fev),
  • Annonciation à la Mère de Dieu (25 mars),
  • Dimanche des Rameaux – Entrée du Seigneur à Jérusalem,
  • Pâques (23 avril),
  • Ascension,
  • Pentecôte,
  • Transfiguration (6 août),
  • Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu (15 août),
  • Les fêtes des saints propres à chaque région.

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