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Cultes étrangers à Rome

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 20:57

Cultes étrangers à Rome

La religion à Rome : une " affaire d'État "

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A Rome, religion et vie publique sont si intimement liées qu'on aurait pu supposer que les religions d'origine étrangère n'auraient pas pu, comme cela est arrivé ailleurs à d'autres époques de l'histoire, s'implanter dans la cité.

    En effet, l'observance rigoureuse des différents rites publics est liée à la sécurité et aux succès de l'État : 

l'enjeu de la pratique religieuse est donc de taille. Cette pratique religieuse officielle est aussi liée à une appartenance : à une famille, à une gens, à une cité ; la référence en la matière reste le mos majorum, la coutume des ancêtres. Le Sénat encadre strictement le culte : seuls les citoyens peuvent y jouer un rôle, les étrangers sont a priori, sauf autorisation, exclus ; aucun sanctuaire étranger n'est autorisé à s'installer sans l'accord du Sénat à l'intérieur du pomerium, l'enceinte sacrée de la ville. De plus, dès le début de l'Empire, la pratique du culte impérial est un gage de fidélité à l'empereur. 
     
L'introduction de religions orientales pourrait donc être perçue comme une remise en cause des fondements mêmes de l'État.

L'introduction officielle de cultes étrangers

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La religion romaine n'est cependant pas une religion " close " sur elle-même : si les circonstances l'exigent, des dieux, essentiellement d'origine grecque, sont introduits à Rome.
     
C'est le cas par exemple d'Esculape (Asclépios pour les Grecs), lors de la peste de 293 avant J.-C., de Dis et Proserpine (Pluton et Perséphone) aux environs de 249 av. J.-C. Dans ces deux cas, les livres sibyllins ont été au préalable consultés, et la démarche est officielle. " L'ouverture religieuse romaine avait surtout une valeur politique et diplomatique - au demeurant conforme à l'essence même de la religio : elle tendait à assurer le succès de la République et à intégrer fortement les Italiotes dont la fidélité était l'enjeu de la guerre d'Hannibal. " (John Scheid, Religion et piété à Rome, Éditions de la Découverte, 1985, p. 99)

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De même, en 204 av. J.-C., l'arrivée de Cybèle, adorée en Phrygie, est également précédée de la consultation des decemviri ( collège de prêtres chargés de la consultation des livres sibyllins et des cultes étrangers) et donne lieu à des cérémonies on ne peut plus officielles ; en 191 av. J.-C. a lieu la dédicace de son temple sur le Palatin, à l'intérieur du pomerium. Même si ce culte inquiète rapidement les magistrats romains qui le confinent, sauf lors des fêtes officielles, dans son temple et interdisent aux citoyens romains de faire partie de son clergé, il n'en fait pas moins partie de la religion officielle. 

  Par ailleurs, les Romains - et cela favorise leurs intérêts - acceptent assez généralement que les cultes des peuples soumis continuent, sur place, à exister et à prospérer : une religion ancrée dans une nation, liée à des traditions, est en soi respectable dans la mesure où elle ne dépasse pas les limites géographiques qui sont les siennes ; par contre, le " mélange " est, dans la pensée antique, considéré comme dégradant, comme une altération de la pureté d'origine, ce qui explique le mépris envers les convertis. 

Cicéron affirme cette tolérance... pourvu que Rome conserve sa religion traditionnelle :

" Sua cuique ciuitati religio, Laeli, est, nostra nobis."
" A chaque cité sa religion, Laelius, et à nous la nôtre." (Cicéron, Pour Flaccus, 69)


 Qu'en est-il donc des religions qui n'ont pas de reconnaissance officielle, et dont l'introduction à Rome sera le fait d'individus, sur le plan privé : étrangers installés dans la ville, ou Romains " convertis " qui pratiquent un culte étranger ???. 

Car Rome fait preuve à leur égard d'une certaine bienveillance (des sanctuaires dédiés à Isis s'installent dans les villes, que ce soit à Rome ou à Pompéi ; les mithréums, lieux de culte à Mithra, se multiplient, les empereurs eux-mêmes montrent leur intérêt…), mais aussi manifeste son rejet : bannissement des juifs, persécution des chrétiens… Et c'est ce degré de tolérance qu'il est intéressant d'étudier : les Romains de la fin de la République et du début de l'Empire vont-ils accueillir, assimiler ou repousser, voire persécuter, ces croyances venues d'ailleurs ???. Et pourquoi ??? 

Le succès des religions venues d'Orient

    Nombreux sont les dieux d'origine orientale qui vont être vénérés à RomeNous avons choisi d'analyser la diffusion de quatre religions qui ont connu une extension et une faveur certaines à partir de la fin de la République : le judaïsme et le christianisme, les cultes des divinités égyptiennes et celui de Mithra. Leur succès est dû à plusieurs facteurs.


Rome, ville cosmopolite

Tout d'abord, Rome devient peu à peu une cité cosmopolite : étrangers vivant à Rome (pérégrins), esclaves et affranchis sont dans les murs de la ville. Les Romains eux aussi voyagent : soldats, administrateurs, commerçants sont en contact avec l'Orient. L'extension des conquêtes romaines multiplie en effet les occasions, qu'elles soient d'ordre militaire, administratif, économique… Les juifs de la diaspora sont présents à Rome comme dans tout le bassin méditerranéen, les soldats et les commerçants introduisent le culte de Mithra, et le commerce avec l'Égypte hellénisée - grand fournisseur de blé - est déjà bien établi. Les échanges ne sont font pas à sens unique : si Rome a conquis le bassin méditerranéen, elle est à son tour influencée par des croyances, des pratiques religieuses d'abord perçues comme étrangères puis peu à peu intégrées - non sans heurts - à la vie de la cité.


Individualisation des croyances

Par ailleurs, la religion officielle connaît un certain discrédit : les troubles politiques, voire les défaites militaires, sapent la confiance des Romains dans le " pacte " établi avec les dieux, et ce d'autant plus que les hommes d'État utilisent auspices et célébrations religieuses pour leur propre compte. Cicéron, pourtant sévère gardien de la tradition, dit lui-même qu'un haruspice ne peut voir un autre haruspice sans rire…

" Vetus autem illud Catonis admodum scitum est, qui mirari se aiebat, quod non rideret haruspex, haruspicem cum vidisset." (Cicéron, De divinatione, II, 51) 
" On connait bien ce bon mot, déjà ancien, de Caton : il disait s'étonner qu'un haruspice pût regarder sans rire un autre haruspice. "


La religion publique, avec son ritualisme rigoureux, ne peut satisfaire aux aspirations individuelles qui se font jour - et ce n'est d'ailleurs pas son objectif. L'inquiétude religieuse pousse les Romains à se tourner vers d'autres pratiques, plus proches d'une relation personnelle avec la divinité. Le christianisme, les cultes égyptiens et celui de Mithra ont en commun d'allier, même si c'est de manière fort différente, l'idée de mort et de régénération. 

Déjà en contact, par l'hellénisation progressive du monde romain, avec des religions à mystères, les Romains vont être attirés vers des rites qui font passer l'initié d'une mort symbolique à une vie nouvelle ; l'immortalité promise comble les aspirations à un au-delà bienheureux absent de la religion romaine.

Ces religions permettent aussi une pratique personnelle et vont se montrer, à des degrés divers, accueillantes à des catégories souvent rejetées à la marge des pratiques traditionnelles

femmes, esclaves, petites gens… En même temps, la régularité du culte, quotidien par exemple pour Isis, va permettre au croyant d'avoir le sentiment d'appartenir à une communauté - communauté qu'il peut, s'il est soldat ou commerçant, retrouver dans de nombreuses villes de l'Empire où ces cultes sont installés.


Mélange culturel

Les religions venues d'Orient ne sont pas toutes arrivées à Rome en même temps, ni par les mêmes voies. Mais elles ont un point en commun : toutes ont d'une manière ou d'une autre subi l'influence de l'hellénisme. Les inscriptions des catacombes de Rome nous apprennent que bien des juifs portent des noms grecs, le culte d'Isis vient d'une Égypte où l'influence hellénistique est grande.

A ce titre, plusieurs villes du Moyen Orient actuel (et en particulier Alexandrie) jouent le rôle de creuset culturel d'où s'exportent, par le biais d'orientaux hellénisés, des croyances nouvelles pour les Romains. Car les cultures orientale, grecque, romaine se transforment au contact les unes des autres, et les croyances religieuses ne sont pas à l'écart de ces transformations. Par exemple, statues et peintures placées dans les temples portent, pour ce qui concerne Isis et Mithra, la trace de ces influences réciproques.


Objectifs du dossier

Religio ou supertitio ?

Devant l'influence grandissante de ces religions orientales, les Romains vont osciller, suivant les cas, entre tolérance et rejet, voire répression. Nous en avons gardé le témoignage à travers les décisions politiques ou judiciaires, ainsi que par les œuvres des écrivains romains.

Ces derniers opposent souvent la religio, la religion officielle, établie, par laquelle les hommes passent avec les dieux un contrat qui établit la sécurité de l'État, à la superstitio, qui relève de la croyance individuelle, de pratiques non répertoriées. Certains Romains traditionalistes tolèrent mal des religions importées par des étrangers, esclaves de surcroît. Tacite met ainsi dans la bouche d'un sénateur les propos suivants :

" Suspecta maioribus nostris fuerunt ingenia seruorum, etiam cum in agris aut domibus i[s]dem nascerentur caritatemque dominorum statim acciperent. Postquam uero nationes in familiis habemus, quibus diuersi ritus, externa sacra aut nulla sunt, conluuiem istam non nisi metu coercueris. " (Tacite, Annales, XIV, 44)
" Nos ancêtres redoutèrent toujours la nature même des esclaves, alors que, nés dans leurs champs ou sous leurs toits, ils apprenaient à chérir leurs maîtres en recevant le jour. Mais depuis que nous avons dans nos foyers toutes les nations, dont chacune a ses rites, et ses cérémonies d'origine étrangère, ou qui n'a n'en a pas, nous ne contiendrons ce vil et confus assemblage que par la crainte."


Properce, évoquant la Rome primitive, regrette les temps anciens où

" Nulli cura fuit externos quaerere divos
Cum tremeret patrio pendula turba sacro. " (Properce, Elégies, IV, I, 17-18) 
" On ne se souciait pas de chercher des dieux étrangers; alors, la foule suspendue au culte de ses pères tremblait. "


Ces réactions négatives n'empêchent pas ces religions de connaître un grand succès. Car le rapport des Romains à ces religions étrangères est complexe. La fascination coexiste avec les expulsions, voire les persécutions. En effet, s'ils sont ressentis comme un trouble à l'ordre public, si un monothéisme rigoureux remet en cause le fondement même de l'État comme c'est le cas pour les chrétiens qui refusent le culte de l'empereur, la répression ne se fait pas attendre. On verra ainsi les empereurs hésiter entre le maintien d'une orthodoxie latine et le recours à des divinités étrangères. 

Points de vue romains

Le présent dossier présente l'introduction dans le monde romain de religions venues d'Orient, et les principales caractéristiques de deux d'entre elles qui ont disparu de notre monde contemporain 

(culte des dieux égyptiens et de Mithra) mais il se donne surtout comme objectif de rassembler des documents qui permettent d'étudier des points de vue : ceux de Romains confrontés à des religions étrangères, qui se développent dans la ville de Rome, mais qui n'ont pas donné lieu à une reconnaissance officielle au sein du panthéon romain.

Dans un monde où le débat sur les religions fait souvent la une des journaux, il peut être intéressant de se demander comment ailleurs, en un temps différent, les choses se sont déroulées, et quels regards d'autres hommes ont porté sur l'arrivée dans leur cité de pratiques et de croyances venues d'ailleurs.

Certes, les témoignages écrits que nous en avons sont largement issus d'une classe sociale lettrée, cultivée : ils ne donnent donc qu'une vision partielle et partiale des réactions des Romains - le cas du mithriacisme faisant exception : peu de témoignages littéraires nous sont parvenus, l'essentiel de la documentation consistant en des inscriptions et en des lieux de culte, les mithréums.

Cette étude partira du IIème siècle avant notre ère - époque où, avec le scandale des Bacchanales, en 186 av. J.-C., apparaît de manière manifeste le rejet d'un groupe religieux -, pour s'arrêter dans la première moitié du IIIème siècle ap.J.-C. En effet, en 212, l'édit de Caracalla accorde la citoyenneté à tous les habitants de l'Empire, ce qui gomme, au moins juridiquement, les différences entre citoyens et habitants étrangers. Cette décision prend acte, implicitement et même si ce n'est pas son objectif principal, de la diversité culturelle et des profondes mutations qu'a entraîné l'extension territoriale de l'Empire : Rome a changé. Une autre étape sera franchie un siècle plus tard, en 313, date de l'édit de Milan : 


" Cum feliciter tam ego {quam} Constantinus Augustus quam etiam ego Licinius Augustus apud Mediolanum conuenissemus atque uniuersa quae ad commoda et securitatem publicam pertinerent, in tractatu haberemus, haec inter cetera quae uidebamus pluribus hominibus profutura, uel in primis ordinanda esse credidimus, quibus diuinitatis reuerentia continebatur, ut daremus et Christianis et omnibus liberam potestatem sequendi religionem quam quisque uoluisset, quod quicquid 
diuinitatis in sede caelesti. " (Lactance, De la mort des persécuteurs, XLIII)
" Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Licinius Auguste, réunis heureusement à Milan, pour discuter de tous les problèmes relatifs à la sécurité et au bien public, nous avons cru devoir régler en tout premier lieu, entre autres dispositions de nature à assurer, selon nous, le bien de la majorité, celles sur lesquelles repose le respect de la divinité, c'est-à-dire donner aux Chrétiens comme à tous, la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix, afin que tout ce qu'il y a de divin au céleste séjour puisse être bienveillant et propice, à nous-mêmes et à tous ceux qui se trouvent sous notre autorité. " (Trad. J. Moreau, Paris, 1954, cité par le site de l'université de Grenoble.)


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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 20:57

Le judaïsme à Rome

La diaspora à Rome

    Dans la Rome antique vivent des communautés formées de juifs de la diaspora. Ce mot, dont la racine grecque veut dire " dispersion ", évoque la situation des juifs hors de leur pays d'origine.     

     Très tôt dans leur histoire, et pour des raisons diverses, économiques et politiques, des juifs ont quitté la Judée. Dès la fin du IVème siècle avant J.- C., ils s'installent dans la partie orientale du bassin méditerranéen, en Égypte, en Mésopotamie, en Syrie, en Asie Mineure d'abord ; à l'époque hellénistique, des communautés se constituent en Grèce, en Italie. Les conflits entre Rome et la Judée - la conquête par Pompée, en 63 avant J.-C, la guerre de 66 - 74, menée par Titus puis Vespasien, celle de 132 - 135 sous Hadrien - font affluer vers Rome nombre de juifs, prisonniers, esclaves ou émigrés volontaires.

   La première attestation de l'existence de juifs à Rome remonterait à 139 av. J.- C., date à laquelle, s'il faut en croire l'auteur Valère Maxime, le préteur Cornelius Hispanius s'insurge contre le culte de Jupiter Sabazius ( une confusion s'établissant entre la divinité originaire d'Asie Mineure Sabazios et le dieu des juifs Yahvé Sabaoth) :

" Idem Iudaeos qui Sabazi Iovis cultu Romanos inficere mores conati erant, repetere domos suas coegit. " (I, 3, 3.)
" Le même préteur força des juifs, qui s'efforçaient de corrompre les mœurs romaines par l'introduction du culte de Jupiter Sabazius, à retourner chez eux. "


Leur présence est véritablement assurée au Ier siècle avant J.-C. : Cicéron, quand il prononce la plaidoirie du Pour Flaccus en 59, évoque leur importance numérique ; même s'il est porté, dans ses discours, à exagérer pour les besoins de la cause qu'il défend, il parle de la "turba", de la "foule" des juifs qui assistent au procès, en soulignant qu'ils forment un groupe uni. Philon d'Alexandrie, auteur juif qui écrit en grec, évoque au début du Ier siècle après J.- C. leur présence dans le quartier du Trastévère (Legatio ad Gaium, 155). Il reste difficile d'estimer leur nombre, quoique certains historiens modernes avancent le chiffre de 30 000 à la fin de la République - la population totale de la ville étant estimée à un million d'habitants environ.
     
La littérature garde trace de la présence juive dans la vie quotidienne de la Ville. Horace et Ovide évoquent sur le mode plaisant une certaine familiarité de la société romaine avec les pratiques juives. Le premier, alors qu'il raconte une anecdote (Satires, Livre I, IX, 60 - 74), ne trouve pas utile de préciser ce qu'est le sabbat ; Ovide se gausse des femmes qu'attire la religion juive : si l'on veut rencontrer une belle, il ne faut pas manquer d'assister aux cultes auxquels elles se rendent ; ainsi conseille-t-il aux séducteurs :

" Nec te praetereat [...] culta Iudaeo septima sacra Syro." (Ovide, Ars amatoria, 1, 75-76)
" Ne laisse pas échapper les cérémonies du septième jour célébrées par le Juif syrien."


Ovide propose dans le vers suivant de se rendre aussi au temple d'Isis, mettant les deux religions sur le même plan : par leur exotisme, elles attirent les femmes - à l'évidence, des cibles plus crédules !

    Après le IIème siècle de notre ère, les textes ne nous éclairent plus guère sur la situation des juifs. Mais les vestiges archéologiques attestent de la présence dans Rome et dans ses environs de plusieurs synagogues. La mieux conservée est celle du port d'Ostie.

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Synagogue d'Ostie


Synagogue d'Ostie

A Rome, des inscriptions découvertes dans les catacombes donnent aussi de précieux renseignements sur l'identité et le métier des juifs qui y sont enterrés : beaucoup, par exemple, portent des noms grecs - les juifs de la diaspora sont largement hellénisés et leur langue est souvent le grec. Ces catacombes juives sont modestes et sans luxe - aussi modestes que le sont les métiers notés sur les inscriptions funéraires. Les juifs sont souvent des esclaves, des affranchis, des pérégrins ou appartiennent à la plèbe. Au Ier siècle déjà, Juvénal avait évoqué à deux reprises (Satires, VI, 542 - 547) la misère des juifs installés à la Porte Capène :

" Nunc sacri fontis nemus et delubra locantur
Iudaeis, quorum cophinus fenumque supellex. " (Satires 3, 13-14) 
" Aujourd'hui les bosquets de la source sacrée et le sanctuaire sont loués à des juifs, dont le mobilier se réduit à une corbeille et à du foin. "



Attitudes officielles

Fin de la République et début de l'Empire

Comme tous les peuples de l'Empire, les juifs - ou plutôt, pour les Romains, des Iuadaei, "Judéens", habitants de la Judée - ont le droit de respecter leurs coutumes et de pratiquer leur religion, quand elles ne sont pas en contradiction avec les lois romaines. Les pérégrins - c'est-à-dire, les étrangers vivant à Rome - ont la même possibilité. De plus, certaines mesures dérogatoires permettent aux juifs de respecter les impératifs de leur foi et de leurs pratiques cultuelles.


César et Auguste

César et Auguste reconnaissent aux juifs un statut officiel qui leur assure la liberté de pratiquer leur culte et de vivre selon leurs coutumes : ils peuvent se réunir, respecter le repos du sabbat, collecter un impôt cultuel pour le temple de Jérusalem, et font l'objet de mesures spécifiques quand leur religion leur interdit de suivre les modes de vie romains - par exemple, pour les distributions gratuites de blé se déroulant le jour du sabbat. Flavius Josèphe précise en effet :

" Lorsque Caius César, notre général en chef, a interdit par ordonnance la formation d'associations à Rome, les juifs sont les seuls qu'il n'ait pas empêché de réunir de l'argent ou de faire des repas en commun." (Antiquités judaïques, XIV, 147)

Il parle ailleurs de la " bienveillance des Romains " de cette époque, qui s'est manifestée par de nombreux décrets. Les Romains respectent là une religion dont ils reconnaissent l'antiquité. Suétone confirme ces propos :

" Cuncta collegia praeter antiquitus constituta distraxit. " (Vie des Douze Césars, César, 42).
"[César] fit dissoudre toutes les associations, sauf celles dont l'institution était antique."


Et Philon d'Alexandrie met l'accent sur la bienveillance d'Auguste (Legatio ad Gaium, 154 - 158) et ne constate pas d'incompatibilité entre la pratique religieuse juive et " la piété envers la famille d'Auguste " (In Flaccum, 49). Les juifs ne sont pas soumis à l'obligation de rendre un culte à l'empereur dans leurs temples même, mais font des sacrifices en son honneur.

Les préoccupations de politique extérieure ne sont sans doute pas étrangères à cette tolérance : respecter les coutumes juives à Jérusalem, comme celles des autres peuples ailleurs, permet d'éviter les conflits armés et d'étendre la paix romaine, la pax romana.

Selon Suétone, les juifs montrent d'ailleurs publiquement leur chagrin à la mort de César :

" In summo publico luctu exterarum gentium multitudo circulatim suo quaeque more lamentata est praecipueque Iudaei, qui etiam noctibus continuis bustum frequentarunt. " (Vies des Douze Césars, César, LXXXIV).
" Une foule d'étrangers prit part à ce grand deuil public, manifesta à qui mieux mieux sa douleur, chacun à la manière de son pays. On remarqua surtout les juifs, lesquels veillèrent même, plusieurs nuits de suite, auprès de son bûcher."

Et l'une des synagogues de Rome porte le nom de Synagogue des Augustenses.


Tibère

Tibère pratique une politique plus hostile aux religions orientales ; craignant le prosélytisme, il ne souhaite pas voir se convertir des membres de la haute société romaine et prend des mesures qui concernent aussi bien les cultes égyptiens que le culte juif ( Textes parallèles sur le bannissement des juifs ; Suétone, Vie des douze Césars, Tibère, XXXVI ; Tacite, Annales, II, 85. Sénèque, Lettres, CVIII ). En 19, il fait expulser les juifs pérégrins et enrôle de force quatre mille affranchis pour lutter en Sardaigne contre les brigands, peut-être à la suite d'un scandale. 


Caligula

Caligula, obsédé par le désir d'être déifié de son vivant, donne l'ordre de placer sa statue dans tous les temples et donc dans toutes les synagogues. Des Grecs de Césarée, hostiles aux juifs, lui font savoir que tel n'est pas le cas dans le temple de Jérusalem - dans le " Saint des Saints ". Cet acte aurait été particulièrement sacrilège aux yeux des juifs. La réaction de Caligula risque de provoquer une crise majeure selon Philon d'Alexandrie - qui précise :

" L'enjeu n'était pas mince, en effet : il y allait du bouleversement, de l'asservissement et de la ruine complète non seulement pour les juifs qui habitent la Terre Sainte mais pour ceux du monde entier." (Legatio ad Gaium, 330).

Le gouverneur de Syrie, comprenant les dangers de cette décision, fait volontairement traîner les choses en longueur, et l'empereur est assassiné avant que son projet ne puisse aboutir. Son successeur ne reconduira pas ces excès.


Claude

Claude adopte en effet une attitude plus mesurée. En 41, il écrit aux Alexandrins en conflit avec les juifs de la cité égyptienne ; certes, la situation des juifs à Alexandrie est très différente de celle des juifs de Rome - les antagonismes religieux y sont nombreux et virulents -, mais la lettre est révélatrice de l'état d'esprit de l'empereur et de son souci de maintenir la paix en préservant et les pratiques traditionnelles des juifs - tout en limitant l'accroissement de leur population dans la ville - et les intérêts de ceux qui s'opposent à eux. 

La même année cependant, il prend à leur encontre un décret d'expulsion, comme en témoignent à la fois Suétone, et un texte du Nouveau Testament, les Actes des Apôtres, qui précise que " Claude avait ordonné à tous les juifs de quitter Rome ". On se demande toutefois si cet arrêté ne concerne pas en fait les Chrétiens issus du judaïsme, et si cette décision n'a pas eu un effet limité. 

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 20:58

L'influence des conflits en Palestine

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Nicolas Poussin, L'empereur Titus 
détruit le temple de Jérusalem


Les multiples mouvements de révolte qui ensanglantent la Judée, le soulèvement de 66 après J.-C., la guerre qui suit et aboutit à la prise de Jérusalem par Titus en 70, ont sans doute eu une influence sur les rapports entre juifs et Romains, et, on peut le supposer, sur la vie des juifs de Rome. 

Avec la destruction du temple de Jérusalem - qui suit la prise de la ville en 70 -, symbole de la présence du Dieu des juifs, c'est un élément de l'identité juive et de la cohésion entre les membres de la diaspora qui s'effondre.

     Pour les Romains, la nation juive devient une nation vaincue ; leur victoire s'affiche sur les murs de la ville : les objets du culte juif sont représentés comme prises de guerre sur l'arc de triomphe construit en l'honneur de Titus. 

Par ailleurs, le succès militaire conforte les Romains dans le sentiment de leur supériorité et de leur bon droit : s'ils ont vaincu, c'est que les dieux sont de leur côté, et que le dieu des juifs a abandonné ses fidèles - point de vue courant que l'on retrouve dans l'antiquité non seulement chez les auteurs païens, mais aussi, pour d'autres raisons, chez les auteurs chrétiens.

   Le conflit ne semble pas avoir conduit à l'abolition de la liberté religieuse, ni des droits spécifiques aux juifs en vigueur depuis César et Auguste ; mais la violence des affrontements militaires n'est sans doute pas étrangère à la virulente animosité de Tacite envers les juifs et leurs coutumes. 

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Arc de Titus

Les juifs ne peuvent plus collecter d'argent pour le temple de Jérusalem ; ils sont astreints à un versement obligatoire, le fiscus Iudaicus. A la fin du Ier siècle, Domitien retient contre des convertis de la haute société, en particulier un consul et un membre de sa propre famille, le grief d'athéisme, et les fait condamner à la mort ou à l'exil, ainsi qu'à la confiscation de leurs biens : ces conversions dans l'entourage de l'empereur lui-même ne plaisent guère. 
     
De 132 à 135, sous le règne d'Hadrien, une nouvelle révolte éclate en Judée ; elle fait suite à la décision de reconstruire Jérusalem et de la transformer en une colonieCette rébellion est durement réprimée ; Jérusalem, désormais interdite aux juifs - ainsi que la Judée - , est rebaptisée Aelia Capitolina ; un temple païen y est construit : à l'évidence, la puissance romaine veut mettre fin à l'existence, en Orient, d'une nation rebelle à l'ordre qu'elle veut instaurer.

     A la même époque, Hadrien aurait fait interdire la circoncision. Toutefois, cette mesure ne concerne pas seulement les juifs, mais tous ceux qui, dans l'Empire, pratiquent cette coutume rituelle, les prêtres égyptiens par exemple. Les Romains ressentent en effet cet acte comme une véritable mutilation, qu'ils assimilent à la castration. Antonin le Pieux rétablira la légalité de cette pratique au profit des seuls juifs et de leurs descendants (ce qui exclut la possibilité de circoncision de convertis) :

" La circoncision (est) regardée comme une mutilation contraire aux lois établies et permise aux seuls juifs." Origène, Contre Celse, II, 13

" Circumcidere Iudaeis filios suos tamtum rescripto diui Pii permittitur : in non eiusdem religionis qui hoc fecerit, castrantis poena irrogatur. " Digest. XLVIII, 8, 8, II
" Le rescrit du divin (Antonin) le Pieux autorise les juifs à circoncire leurs fils seulement : quant à celui qui l'aura fait sur quelqu'un qui n'est pas de la même religion, on lui infligera la peine réservée aux castrateurs."



Regards d'écrivains

Intérêt et méconnaissance

   Que savaient les Romains de la religion juive ? Des écrivains grecs et romains - les Romains cultivés pratiquent les deux langues - s'intéressent au pays d'origine des juifs de la diaspora, à l'histoire ou à la géographie de la Judée, aux coutumes juives : Strabon (Géographie) par exemple, ainsi que Plutarque (Propos de table) en grec, Pline l'Ancien (Histoire Naturelle), et Tacite (Histoires) en latin. Ils reconnaissent aussi que le judaïsme est une religion fort ancienne, et - idée courante dans l'antiquité - que cette ancienneté même la rend respectable (Origène, Contre Celse, V, 25).

     Mais les Romains interprètent les pratiques juives en fonction d'une culture gréco-romaine, et leurs sources d'informations sont plus souvent des textes grecs que des textes juifs ou des témoignages directs qu'ils ne semblent pas avoir sollicités : dans les Propos de table, un convive assimile les cérémonies juives à des fêtes en l'honneur de Dionysos. Tacite, qui exprime des doutes sur ce rapprochement entre le dieu juif et Dionysos, affirme cependant que les juifs ont dressé dans leur Temple l'effigie d'un animal qui les avait guidés dans le désert. Selon Suétone, l'empereur Auguste prend le sabbat pour un jour de jeûne : 

" Ne Iudaeus quidem […] tam diligenter sabbatis ieiunium seruat quam ego hodie seruaui." (Vie des Douze Césars, Auguste, 76).
"Il n'y a pas un Juif qui observe mieux le jeûne du sabbat que je ne l'ai fait aujourd'hui."


    Bien peu de textes latins concernent le contenu même de la foi juive. Tacite est le plus explicite sur le sujet (Histoires, Livre V, 4 et 5) :

" Iudaei mente sola unumque numen intellegunt : profanos qui deum imagines mortalibus materiis in species hominum effingant ; summum illud et aeternum neque imitabile neque interiturum. "
" Les Juifs ne conçoivent Dieu que par la pensée et n'en reconnaissent qu'un seul. Ils traitent d'impies ceux qui, avec des matières périssables, se fabriquent des dieux à la ressemblance de l'homme. Le leur est le dieu suprême, éternel, qui n'est sujet ni au changement ni à la destruction. "


Le monothéisme juif interdit toute image de la divinité. Pour un Romain entouré en permanence de portraits de ses ancêtres, de bustes des empereurs et de statues des dieux, sans parler des fresques mythologiques qui ornent les maisons, cette absence a de quoi surprendre. Un dieu qui n'a ni nom ni représentation ne peut être qu'un dieu inconnu, un "deus incertus", (Lucain, Pharsale, II, 592). Juvénal traduit cette immatérialité ainsi:

" Nil praeter nubes et caeli numen adorant. " (Satires, XIV, 97)
" Ils n'adorent que les nuages et la divinité des cieux. "



Stéréotypes

  Les Romains ont une vision parfois bien stéréotypée des peuples étrangers avec lesquels ils cohabitent ; ces représentations sont souvent liées à des récits légendaires sur l'histoire de ces peuples : dans l'Antiquité, les mythes des origines ont une importance certaine. Cette vision se fonde aussi sur les particularismes les plus visibles, répétés au point d'en devenir caricaturaux : les Gaulois sont chevelus, les Germains sont des guerriers redoutables, les Alexandrins sont efféminés ... Les juifs n'échappent pas à ce point de vue réducteur.

   Une version gréco-alexandrine de l'Exode. Les Romains ne portent pas un regard neuf sur le judaïsme. Ils ont subi, en cette matière comme en beaucoup d'autres, l'influence de la Grèce hellénistique, en particulier alexandrine. En effet, une légende attestée à de nombreuses reprises chez des auteurs grecs, pour beaucoup originaires d'Égypte, du IIIème siècle avant J. -C. jusqu'au Ier siècle après J. -C., donne une version, souvent d'une hostilité manifeste envers les juifs, du récit biblique de l'Exode : ces derniers auraient été chassés d'Égypte car ils étaient impurs, ou atteints de la lèpre, puis seraient partis habiter une région où ils auraient fondé la ville de Jérusalem, se tenant à l'écart des autres peuples et rejetant toute forme de religion hormis la croyance en un dieu unique. Les auteurs grecs formulent à leur encontre des accusations de misanthropie et d'impiété. On retrouve chez Tacite (Histoires, V), des échos de ces récits et des griefs qui y sont énoncés.

   Les coutumes rituelles juives - abstinence du porc, repos du sabbat, circoncision - laissent les Romains perplexes ou enclins à la satire ( chez Sénèque, Pétrone, Perse, Quintilien, Martial, Juvénal, etc). Par exemple, l'interdiction de manger du porc leur semble des plus étranges - cette viande constituant une part importante de leur propre alimentation carnée. Et l'on sent toute l'irritation d'un Philon d'Alexandrie qui doit avoir entendu bien des fois des remarques à ce sujet quand il rapporte son entrevue avec Caligula :

" [Caligula] nous posa la grande et fameuse question : Pourquoi vous abstenez-vous de manger de la viande de porc ? " De nouveau, à cette interrogation ce fut un grand éclat de rire chez nos adversaires. " (Legatio ad Gaium, 361).

Cette incompréhension est liée à l'ignorance de la signification religieuse de tel ou tel rite. Un des convives, dans les Propos de table de Plutarque, émet l'hypothèse que le porc soit un animal sacré chez les juifs … 
Quant au repos du sabbat, il est assimilé par Juvénal à de la paresse (Satires, XIV, 96 - 106) :

" Pater […] cui septima quaeque fuit lux ignava et partem vitae non attigit ullam." (Satires, XIV, 105-106)
"Un père qui le septième jour s'adonne à l'inactivité et ne fait rien de cette partie de sa vie."


La circoncision paraît difficilement explicable, et dégradante ; Pétrone constate qu'un de ses esclaves serait parfait, s'il n'avait deux défauts : " il est circoncis et il ronfle." (Satiricon, 68). 
Souvent - à l'exception notable de Tacite - les auteurs romains ne mènent pas des attaques en règle, mais font, au détour de leurs écrits, des remarques à la visée satirique évidente.


Fascination

   Il n'en reste pas moins que le monothéisme juif exerce, pendant les deux premiers siècles de notre ère, une séduction réelle, y compris dans les couches supérieures de la société, qui ont vraisemblablement accès à la Bible traduite en grec - cette traduction grecque, commencée à Alexandrie au IIIème siècle avant J.-C. s'appelle la Septante. Les conversions au judaïsme n'ont rien d'exceptionnel. Horace note - à propos de poètes - que les juifs peuvent, comme eux, exercer un pouvoir d'attraction certain :

"  [Nam multo plures sumus], ac veluti te
Iudaei cogemus in hanc concedere turbam." (Horace, Satires, I, 4, 142-143)
"[Car nous (les poètes) sommes la grande majorité, et] , comme les juifs, nous te forcerons à entrer dans notre groupe."


Le Nouveau Testament atteste d'ailleurs la présence, dans le monde méditerranéen, de sympathisants d'origine païenne non circoncis, qu'on appelle les " craignant-dieu ". 


Inquiétudes identitaires et réactions de rejet

    Face à ce phénomène, dans une ville qui devient de plus en plus cosmopolite, l'élite intellectuelle et politique romaine manifeste son inquiétude. 
    Cicéron, en 59 av. J.- C., prend la défense de Lucius Tiberius Flaccus, accusé d'avoir détourné l'or collecté par les juifs de la province d'Asie pour le temple de Jérusalem. Lors de ce procès, il présente les juifs de Rome comme un véritable groupe de pression ( Pour Flaccus, 66 - 69). Faut-il voir dans ses propos un antijudaïsme affirmé, une exagération oratoire, ou l'écho du conflit qui l'oppose à César, populaire parmi les juifs ? Toujours est-il qu'il présente le culte juif comme une "superstition barbare".
C'est une peur plus nette encore qui se manifeste chez Sénèque (cité par Saint Augustin, La cité de Dieu, VI, 11), quand il affirme, reprenant un lieu commun qu'Horace avait appliqué aux Grecs :

" Cum interim usque eo sceleratissimae gentis consuetudo conualuit, ut per omnes iam terras recepta sit : uicti uictoribus leges dederunt. " 
" Les coutumes de cette nation détestable se sont propagées avec tant de force qu'elles sont reçues parmi toutes les nations ; les vaincus ont fait la loi aux vainqueurs."


  Tacite et Juvénal condamnent les conversions des " craignant-dieu ", considérées comme des trahisons, et plus encore ceux qui décident de se faire circoncire, car ce rite fait entrer ces derniers dans le peuple juif. Les convertis sont doublement coupables à leurs yeux, non seulement parce qu'ils abandonnent les coutumes de leurs ancêtres au profit d'une communauté que les préjugés présentent comme misanthrope et refermée sur elle-même, mais aussi car ils mettent en danger les mœurs traditionnelles : religion, respect des lois, patriotisme, famille. Les Romains, pas plus que les Grecs d'ailleurs, ne comprennent le caractère exclusif de la loi juive.

" Transgressi in morem eorum idem usurpant, nec quicquam prius imbuuntur quam contemnere deos, exuere patriam, parentes liberos fratres uilia habere ". (Tacite, Histoires, V). 
" Leurs prosélytes pratiquent, comme eux, la circoncision, et les premiers principes qu'on leur inculque sont le mépris des dieux, le renoncement à leur patrie, le sentiment que leurs parents, leurs enfants, leurs frères sont des choses sans valeur."


La peur de voir se diluer une identité ressentie comme menacée - en particulier chez les membres de la nobilitas - est une des causes de la violence des propos nettement antijuifs de ces deux auteurs. Juvénal écrit des vers plus que méprisants. Mais l'on constate qu'il profère des critiques acerbes sur tout ce qui lui semble étranger à la romanité ; il fait ainsi preuve d'une xénophobie virulente envers les Grecs (Satires, 58-85) aussi bien qu'envers tout ce qui vient d'Orient. Les textes les plus agressifs sont ceux de Tacite. Ce dernier porte, au cours de son récit du siège de Jérusalem par Titus, ce jugement sans appel - qui concerne un peuple qui résiste avec acharnement contre la romanisation et les valeurs qu'elle véhicule :

" Gens superstitioni obnoxia, religionibus adversa. " (Tacite, Histoires V, 13, 1)
" Nation soumise à la superstition, ennemie des pratiques religieuses. "


La condamnation est brutale : mœurs et coutumes religieuses juives, qu'il qualifie de "absurdus sordidusque" (Histoires, Livre V, 4 et 5), lui paraissent radicalement étrangères, et en tant que telles, condamnables.

Outre les accusations d'immoralité sexuelle - qui apparaissent de manière récurrente chez les Romains quand il s'agit d'une religion nouvelle ou venue d'ailleurs -, il rejette en bloc les pratiques juives, à l'exception du jeûne, de la pratique du repos du sabbat et de l'interdiction du porc, justifiés par le fait qu'ils sont anciens - vision caractéristique d'un Romain pour qui l'antiquité fonde le droit :

" Profana illic omnia quae apud nos sacra, rursum concessa apud illos quae nobis incesta. " (Tacite, Histoires V). 
" Là est profane tout ce qui chez nous est sacré, et à l'inverse, ils tiennent pour légitime ce qui pour nous est impur. "



Conclusion

  Les Romains furent-ils antisémites ? Le terme en lui même constitue un anachronisme ; les Romains ne manifestent pas leur hostilité en se fondant explicitement sur des critères raciaux. Leur animosité, telle qu'elle s'exprime à travers des textes littéraires, s'appuie sur des raisons religieuses et politiques - les révoltes juives pour libérer la Judée de l'emprise de Romains n'y sont pas pour rien -, sur le rejet de ce qui est étranger, ou sur la crainte de voir leur identité menacée dans un monde en pleine transformation. On ne constate pas, à Rome, de rejet institutionnel durable, d'interdiction politique de la pratique religieuse juive, ni de persécutions (persécutions qui sont effectives ailleurs dans l'Empire romain). Les mesures prises à la fin de la République et au début de l'Empire prennent en compte la foi et les rites juifs. Les mesures plus tardives ont plutôt comme visée de contenir une religion qui, pour certains, a trop de succès.

  Ainsi l'attitude des Romains envers le Judaïsme est-elle complexe :

"Commençant par Cicéron et Sénèque et atteignant son apogée avec Juvénal et Tacite, il y a ambivalence entre l'aversion et la peur, la critique et le respect, l'attraction et la répulsion, une ambivalence qui répond à la combinaison particulière d'exclusivisme et pourtant de succès, qui, aux yeux des auteurs romains, caractérise le judaïsme. 

La menace, profondément ressentie, que la superstition juive pourrait réussir à détruire, finalement, les valeurs culturelles et religieuses de la société romaine, est l'essence même de l'hostilité des Romains envers les juifs." ( Peter Schäfer, Judéophobie, attitudes à l'égard des juifs dans le monde antique, Cerf, p.342.)

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 20:59

Les dieux égyptiens à Rome

Pratiques religieuses
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Le goût pour l'Égypte: l'égyptomanie

Croyances et pratiques des dévots isiaques en Italie centrale sont assez bien connues. Les sources archéologiques, épigraphiques, littéraires, sont nombreuses. L'éruption du Vésuve a permis de disposer d'une abondante documentation : lieux de culte, fresques, statues, objets... Apulée, écrivain du IIème siècle après J.-C., dans son roman les Métamorphoses, raconte l'histoire de Lucius, qui a eu le malheur d'être changé en âne, et qui va vivre des aventures rocambolesquesMais le ton change à la fin de l'ouvrage : Isis rend à Lucius son apparence humaine, et il devient un dévot d'Isis et d'Osiris. 

Certes, Lucius est grec, et bien des cérémonies auxquelles il participe se situent en Grèce, mais il se sent chez lui quand il arrive à Rome et fait ses dévotions dans le temple d'Isis situé au Champ de Mars, car il est, dit-il, membre d'une communauté cultuelle qui dépasse les frontières :

" Fani quidem advena, religionis autem indigena", Apulée, Métamorphoses, XI, 26
" Étranger certes dans ce sanctuaire, mais chez moi par la religion."


On peut penser qu'Apulée souligne là un des attraits communs aux cultes orientaux : les commerçants ou les marins qui parcouraient la Méditerranée pouvaient retrouver en de nombreux lieux un rite familier et une communauté accueillante.


Origines

Mythologie égyptienne

     Isis et Osiris, ainsi que leur fils Horus, figurent parmi les dieux principaux du panthéon égyptien.
     
Selon la légende, Osiris et sa sœur-épouse, Isis, régnaient sur l'Égypte. Seth, jaloux de leur pouvoir, voulut s'emparer du trône. Usant de ruse, il persuada son frère Osiris de s'allonger dans un coffre qu'il referma avant de le jeter dans le Nil. Isis partit alors à la recherche de son époux défunt, qu'elle retrouva sur le rivage phénicien, et rapporta en Égypte. Seth s'empara des restes d'Osiris, qu'il dépeça en plusieurs morceaux, qu'il fit disperser. Isis se lança alors dans une deuxième quête, à la suite de laquelle elle put, grâce à ses talents de magicienne, rendre brièvement la vie à son mari. Elle conçut avec lui un fils, Horus, avant qu'Osiris ne gagne le monde des enfers. Elle protégea ensuite son enfant - nommé Harpocrate par les Grecs - et l'aida à reconquérir le pouvoir usurpé par Seth.
     Aucun récit complet de cette légende et datant de l'Égypte ancienne n'a été conservé. Des épisodes fragmentaires nous sont parvenus ; le seul texte que nous possédions, Isis et Osiris, est celui de Plutarque… auteur grec.

     En Égypte même, Isis est assimilée à d'autres déesses dont elle emprunte les attributs : elle est ainsi représentée avec un serpent, ou portant une coiffe à doubles cornes enserrant le disque du soleil. Les Égyptiens accordent à ces deux dieux de nombreux pouvoirs : Osiris, lié à l'eau bienfaitrice du Nil, est le dieu de la fécondité, celui du monde des enfers aussi ; Isis, à la fois épouse et mère, incarne la maternité, la fertilité, elle est victorieuse de la mort.

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Triade du roi Osorkon II, Égypte, 874-850 av. J.-C.


Influence hellénistique

    Ce culte n'est pas parvenu tel quel dans le monde romain. Déjà, en Égypte, la dynastie des Ptolémées - fondée par un général d'Alexandre le Grand - a transformé la religion traditionnelle à son profit, en l'hellénisant. Les Ptolémées vont aussi promouvoir, au IIIème siècle avant J.-C., Sérapis, qui est à la fois le dieu taureau Apis et Osiris. Il est représenté, tel Zeus, barbu et chevelu. Ils font construire à Alexandrie un sanctuaire, le Serapeum, dont la renommée s'étend dans le bassin méditerranéen. 

Tacite raconte, dans les Histoires (Livre IV, 83 et 84) l'origine légendaire de ce culteIsis, qui n'est plus représentée dans une position hiératique, mais d'une manière plus proche de la statuaire grecque, est assimilée à des déesses du panthéon grec : Déméter, Aphrodite… ; sa légende est liée à celle d'Io, jeune fille dont Zeus est tombé amoureux, qu'il a transformée en génisse blanche pour la soustraire à la jalousie d'Héra, et qui fuira la colère de l'épouse courroucée de Zeus jusqu'en Égypte. Osiris et Sérapis sont, eux, identifiés à Dionysos.
     
Ces cultes se répandent dans le monde grec, d'autant plus facilement qu'Isis est à la fois la protectrice du phare d'Alexandrie et celle des marins (Isis-Pharia et Isis-Pelagia): au IIIème et IIème siècle avant J.-C., des sanctuaires d'Isis sont construits dans de nombreux ports et villes grecs, en particulier à Délos.

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Reine en Isis, prêtre / période ptolémaïque


Croyances

    Isis est, parmi les dieux et déesses égyptiens, la plus vénérée dans le monde romain. Souvent associés à elle, Sérapis, mais aussi Osiris, Anubis et Harpocrate sont révérés en Italie, quoique dans une moindre mesure. 

     Isis présente de multiples facettes, et son culte prend des formes aussi bien mystiques que populaires. Symbole de l'amour conjugal et maternel, elle est une déesse secourable, dont on attend réconfort et guérison. Déesse de la fertilité et de la fécondité, nourricière, elle est aussi, comme à Alexandrie et en Grèce, la protectrice des marins. Magicienne puissante, elle fait des miracles.

C'est cet aspect universel qui la fait nommer la " déesse aux mille noms " : elle est la déesse qui est toutes les déesses à la fois - sans que l'on puisse parler de monothéisme, elle est pourtant la divinité qui transcende toutes les autres (Plutarque, Isis et Osiris, 53, et Apulée, Métatamorphoses, XI, 5) :

" […] summa numinum, regina manium, prima caelitum, deorum dearumque facies uniformis […] cuius numen unicum multiformi specie, ritu uario, nomine multiiugo totus ueneratus orbis. " (Apulée, Métamorphoses, XI, 5)
" […] divinité suprême, reine des Mânes, la première entre les habitants du ciel, forme universelle des dieux et des déesses, […] puissance unique adorée sous autant d'aspects, de visages, de cultes et de noms qu'il y a de peuples sur la terre. "



Cette idée est d'ailleurs déjà exprimée dans des textes gravés en grec en Égypte, au Fayoum, au Ier siècle avant J.-C. Puissante, Isis est souvent appelée Fortuna car elle peut modifier le destin - que les dieux romains ne maîtrisent pas :

" In tutelam iam receptus es Fortunae, sed videntis, quae suae lucis splendore ceteros etiam deos illuminat. " (Apulée, Métamorphoses, XI, 5)
" Tu es désormais sous la garde d'une Fortune qui, elle, n'est pas aveugle, et qui illumine les autres divinités de la splendeur de sa lumière ".



Son pouvoir n'est pas limité à cette vie : à son culte est lié l'espoir d'une vie dans l'au-delà. A travers les rites, les fidèles revivent la quête d'Isis et recherchent ainsi la vie éternelle.

     Toutes ces fonctions sont attestées dans les noms qui lui sont attribués : Isis Reine (Regina), Souveraine (Domina), Victorieuse (Victrix), Triomphante (Triumphalis), Celle qui sauve (Salutaris). C'est donc une déesse à la fois tutélaire, puissante, mais aussi proche, avec laquelle les Romains peuvent établir une intimité que la religion officielle ne développe pas.
     Osiris est évoqué comme un dieu lié à l'eau, à l'humidité génératrice de vie - et donc à l'agriculture (Tibulle, Élégies, VII, 23 - 48), à une promesse d'immortalité. 

    Sérapis est honoré davantage par des étrangers d'origine gréco-orientale. Assimilé à Zeus ou à Dionysos (Tacite, Histoires, IV, 84), il est une divinité puissante mais plus lointaine : on lui attribue les qualificatifs de Seigneur (Dominus), d'Invaincu (Invictus), de Grand (Magnus). Il est parfois même assimilé au Soleil.


Sanctuaires - des temples à la fois exotiques et familiers

En Campanie

    Même s'il est loin d'être le seul sanctuaire de Campanie, le temple le mieux conservé est l'Iseum de Pompéi. Le premier Iseum pompéien, qui datait de la fin du IIème siècle avant notre ère, fut détruit par le tremblement de terre de 62 avant J.-C. et reconstruit peu après, alors que, dans la même ville, aussi bien le forum et des temples ne le seront encore que partiellement lors de l'éruption du Vésuve. Entouré par une enceinte, le temple est dissimulé aux yeux des passants, qui ne peuvent accéder à l'intérieur que par une porte étroite ; il diffère en cela des temples romains qui s'ouvrent directement sur les places. Le temple lui-même, situé sur un podium, contient les statues d'Isis et d'Osiris ; autour sont disposées plusieurs pièces, qui servent aux banquets sacrés (ecclésiastérion), au dépôt des objets sacrés (sacrarium), au logement des prêtres. A l'intérieur de l'enceinte on accède également par un escalier à un lieu souterrain où se trouve l'eau lustrale. Cette disposition des lieux correspond aux indications données par Apulée (Métamorphoses, XI: 19, 1 / 20, 3-4 / 24, 2). Des fresques, des stucs, décorent les bâtiments, comme c'est aussi le cas dans des maisons privées où les murs gardent trace des croyances personnelles de leur propriétaire ; ils représentent les cérémonies, les prêtres, des objets cultuels, des animaux (crocodile, cobra...).

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Temple d'Isis, Pompéi


Les légendes peintes sur les murs évoquent un univers à la fois exotique (instruments du culte, serpent) et familier (légende gréco-romaine d'Io, représentation des figures féminines dont l'apparence rappelle plus celle d'une jeune femme romaine que d'une égyptienne....). 


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La Déesse Isis recevant Io




A Rome et à Ostie

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A Rome, tout édifice dédié à Isis ou aux autres dieux égyptiens est pendant longtemps prohibé dans le pomerium. Plusieurs sanctuaires s'installent donc à l'extérieur ; un des temples les plus importants est l'Iseum du Champ de Mars. Sont parvenues jusqu'à nous deux statues de grande taille qui ont été trouvées sur le site de ce temple : sous des traits masculins, du Nil (Musée du Vatican), et le Tibre (Musée du Louvre) - qui rappellent le pouvoir d'Isis sur les eaux, et correspondent à des représentations figurées des fleuves que les Romains ont l'habitude de voir.


Le culte : rites, cérémonies, initiation

Les traces des cérémonies dont nous avons connaissance laissent à penser que les rituels isiaques ont frappé les Romains et ne leur ont pas été indifférents.

Les rites quotidiens

     Tous les jours, la porte du temple est ouverte lors d'une célébration matinale. Les prêtres seuls pénètrent dans la cella pour procéder à l'habillement rituel des statues (vêtements, bijoux). Les portes du temple sont ouvertes et les effigies des dieux présentées à la vénération des fidèles, qui peuvent les voir depuis l'extérieur. 

Cette pratique - déjà en usage à Alexandrie - n'est pas celle de l'Égypte ancienne où la statue, sacrée, ne peut être vue que par un prêtre, mais pas non plus la pratique romaine. Apulée évoque un long moment de vénération ( Métamorphoses, XI, 20). Plus tard dans la journée, à la huitième heure, les portes de la cella sont refermées jusqu'au lendemain (Tibulle, Élégies, I, III, 21 - 24). 

     Les rites sont accompagnés de musique, celle du sistre en particulier. L'eau joue un rôle essentiel, purificateur ; certaines cérémonies utilisent celle du Nil. Une hydrie - vase contenant ce liquide - est représentée comme l'émanation même d'Osiris (Métamorphoses, XI, 11).
     
Le clergé, hiérarchisé, est organisé sur le modèle égyptien ; les différents prêtres accomplissent des tâches spécialisées. Certains, dont l'aspect frappe les Romains, sont vêtus d'une jupe de lin blanc et ont le crâne rasé ; les prêtresses sont habillées comme la déesse, d'une tunique de lin, d'un châle (ou manteau) noué sur la poitrine, et chaussées de sandales ; les desservants du culte sont soumis à des restrictions alimentaires, à des règles de chasteté. Si l'on en croit Apulée, ils s'occupent des consciences et ont un rôle de conseil auprès des dévots - rôle qui n'est nullement celui de la religion romaine officielle. Dans la hiérarchie viennent d'abord les prêtres, puis les initiés, et enfin les simples croyants.


Les cérémonies

     Les deux fêtes principales sont le Navigium Isidis et l'Inventio Osiridis.     

Le Navigium Isidis, qui rappelle le voyage d'Isis, se déroule le 5 mars et marque le début de la navigation de printemps : après des mois d'hiver trop dangereux, les marins peuvent reprendre la mer. Cette solennité, qui est décrite assez longuement par Apulée ( Métamorphoses, XI, 5 puis de 8 à 12), donne lieu à un cortège très vivant et très animé, où défilent des personnages déguisés, les prêtres portant des objets symboliques, les initiés et des dévots, qui vont jusqu'au bord de la mer lancer un bateau richement décoré.
    
L'Inventio Osiridis, qui dure plusieurs jours à la fin du mois d'octobre et au début de novembre, retrace le destin d'Osiris. Ces festivités permettent de laisser éclater au grand jour les sentiments les plus vifs : la douleur de la mort d'Osiris, la joie et la célébration de son pouvoir revivifiant (Juvénal, Satire VI, 522 - 541).


L'initiation

     On sait peu de choses sur l'initiation, l'archéologie ne donnant guère d'informations sur ces cérémonies secrètes. Ne devient pas initié qui veut, il faut être appelé par la déesse au cours d'un songe ; plusieurs jours d'abstinence sont destinés à la préparation du futur adepte. Apulée, qui est une source d'information intéressante sur les préparatifs, précise… qu'il n'en dira rien de plus (Métamorphoses, XI, 23, 5-7). Même si le déroulement exact des rites nous échappe, l'initiation symbolise la mort et la renaissance du fidèle. 

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Cérémonies et instruments du culte


Les représentations des divinités

    Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir de nombreuses représentations de dieux et de déesses d'origine égyptienne, en particulier Isis - pour plus de la moitié - et Sérapis. Juvénal précise même, en évoquant les ex-voto de tous ceux qui ont connu la tempête et les dangers de la navigation, que c'est Isis qui constitue le fond de commerce des peintres :

" Pictores quis nescit ab Iside pasci ? "
" Qui ne sait qu'Isis nourrit les peintres ? " (Juvénal, Satire XII, 28)


Ces représentations sont largement influencées à la fois par les statues grecques de la période hellénistique, mais aussi, à partir d'Hadrien, par une mode " à l'égyptienne ", plus statique.
     
On aime à représenter Isis avec divers attributs symboliques, qui, pour certains, sont aussi ceux de la Fortuna : la corne d'abondance (fécondité), un gouvernail (Isis dirige le monde et est déesse des marins) ; sur sa tête sont posées une fleur de lotus, ou, à l'égyptienne, deux cornes enserrant un soleil ; elle adopte aussi parfois le modius (mesure à grain) propre à Déméter. Elle tient à la main un vase qui symbolise l'eau du Nil et Osiris, ou un sistre. Le nœud isiaque sur la poitrine (lié à ses pouvoirs magiques), des cheveux bouclés permettent de la distinguer d'autres figures féminines ; reine de l'au-delà, elle est parfois vêtue d'une robe noire. Dans les Métamorphoses, Apulée donne de la déesse une description à la fois spectaculaire et poétique (Métamorphoses, XI, 3 -4); que confirme Plutarque:

" Les vêtements d'Isis sont teints de toutes sortes de couleurs bigarrées, parce que son pouvoir s'étend sur la matière qui reçoit toutes les formes et qui subit toutes les vicissitudes, puisqu'elle est susceptible de devenir lumière, ténèbres ; jour, nuit ; feu, eau ; vie, mort ; commencement et fin." (Plutarque, Isis et Osiris, 77, traduction M. Meunier, 1924, G. Trédaniel éditeur).

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 Dans la littérature comme dans les représentations, elle est souvent associée à d'autres dieux - Harpocrate, Anubis à la tête de chien - ou d'autres personnages. Il n'est parfois pas simple pour les archéologues d'analyser ces représentations : les enfants qui sont représentés, en Italie, coiffés avec une mèche plus longue sur le côté du crâne (dite " boucle d'Horus ") suivent-ils une simple mode " à l'égyptienne " ou s'agit-il d'enfants isiaques ? Sérapis, quant à lui, fait aussi l'objet de représentations en série qui le montrent sous la forme d'un dieu barbu et chevelu dont la posture évoque celle de Jupiter, mais qui présente des particularités qui le distinguent du roi des dieux.

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Mithra à Rome

Origines


Un dieu originaire d'Asie

    Mithra est un dieu d'origine indo-iranienne. Son nom - mitra en védique, langue religieuse ancienne de l'Inde - signifie "ami", "contrat". C'est un dieu bienveillant, qui protège la justice et veille à l'ordre du monde ; c'est aussi le dieu du serment, de l'alliance. Le premier texte connu qui mentionne cette divinité est un traité conclu entre des rois orientaux - dans des régions qui correspondent à l'Asie Mineure et à la Mésopotamie - vers 1380 av. J. -C.
     
Malgré le succès des conceptions de Zarathoustra, réformateur religieux iranien, qui affirme au VIème siècle avant notre ère l'existence d'un dieu souverain et suprême (Ahura Mazda) qui s'oppose à l'esprit du mal et qui bannit les « anciens » dieux, assimilés à des démons, Mithra continue à être honoré ; lié à la lumière, il est le protecteur aussi bien des troupeaux que de ceux qui défendent leur territoire, et donc des soldats.
    
Chez les Perses, au VIème siècle avant J. -C., Mithra est vénéré de manière officielle, en tant que divinité tutélaire du souverain. Après la chute de l'empire perse - à la suite de conquête d'Alexandre -, d'autres royaumes, ceux d'Arménie, du Pont par exemple, pratiquent le culte de Mithra. Ainsi les rois du Pont prennent-ils le nom de Mithridate, "donné par Mithra". Au premier siècle avant J.- C., des éléments de la mythologie gréco-romaine se mêlent aux légendes concernant Mithra, faisant de ce dernier un dieu hellénisé : on rapproche par exemple Mithra du dieu solaire Hélios - Apollon.
    Comment cette croyance d'origine asiatique a-t-elle pu se répandre dans des régions plus occidentales ? Il est difficile de le dire. Nous avons peu de connaissances sur la transition entre le dieu iranien et la divinité gréco-romaine. On ignore en particulier comment ce culte est devenu dans le monde romain une religion à mystères, caractéristique qu'elle ne possédait pas auparavant.


Culte

Un "geste" raconté en image

  Ce que nous savons sur le mithriacisme est fondé sur l'iconographie, sur des peintures et surtout des sculptures, car quasiment aucun texte sacré n'est parvenu jusqu'à nous. Cette religion se présente comme un livre d'images sans commentaires et sans explications qui permettent d'en décrypter la doctrine.

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Dans l'interprétation qu'en donnent les Romains, le mithriacisme repose sur une conception mythique de l'histoire de l'univers. A l'origine, un dieu, Saturne, sort du chaos. Puis il désigne un successeur, Jupiter, à qui il remet l'insigne du pouvoir absolu : la foudre. Pour combattre le mal, présenté sous la forme d'une sécheresse qui détruit la vie, naît Mithra, qui surgit d'un rocher tenant une torche et un glaive. C'est à lui de veiller sur l'ordre du monde, d'assurer sa survie en luttant contre les esprits mauvais, en le sauvant de la sécheresse, de la soif, de la mort des troupeaux ; il va en effet procurer l'eau en faisant miraculeusement jaillir une source d'une paroi rocheuse.

Puis il se met à la poursuite du taureau dont le sacrifice redonnera au monde la force vitale. Il capture la bête, la maîtrise et l'égorge dans une caverne, comme il en a reçu l'ordre du Soleil, par l'intermédiaire d'un corbeau messager. Les représentations romaines de cette scène sont très nombreuses : Mithra est vêtu d'un bonnet perse, d'un pantalon phrygien. Il est figuré en pleine action, dans une scène très dynamique, où le vent gonfle son manteau. Autour du dieu et du taureau sacrifié, on note la présence d'autres animaux, un chien, un serpent ; un scorpion (ou/et un crabe) mordent les parties génitales du taureau - autant de figures et d'actes symboliques. Le sang qui jaillit de la blessure, comme le sperme de l'animal, sont des principes vitaux qui vont permettre la régénération du monde.

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Cette victoire est célébrée par un grand banquet où sont présents le Soleil et Mithra. Ce dernier, devenu Sol invictus, Soleil à la fois invaincu et invincible, monte vers le ciel en char solaire. Le mythe semble alors faire apparaître la prédominance de Mithra sur le Soleil.

     Mithra est souvent accompagné, dans l'iconographie, par le Soleil et la Lune, placés de part et d'autre du dieu. Deux personnages sont également présents : Cautès, placé à gauche, sous le Soleil, porte une torche levée, et Cautopatès, à droite, sous la Lune, baisse la sienne vers le sol. L'un est le soleil levant, l'autre le soleil couchant, Mithra occupe la place intermédiaire : il tient symboliquement une position médiane (Plutarque, Isis et Osiris, 46) . Ces figures renvoient au déroulement du temps et rappellent l'importance des astres, et, par delà, de l'astrologie dans la religion mithriaque, où ils jouent un rôle positif.

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Les influences hellénistiques se font sentir dans les diverses représentations du groupe statuaire ; par exemple, le Soleil est figuré - avec plus ou moins d'adresse suivant l'habileté de l'artiste ou de l'artisan - monté sur un le char tiré par quatre chevaux (celui de la Lune l'étant par des bovidés). Ces scènes, destinées à l'enseignement des fidèles, sont très stéréotypées et on y retrouve des composants similaires.

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Certaines sont situées sur des stèles pivotantes, permettant ainsi de montrer aux adeptes deux épisodes différents au cours d'une cérémonie.


Le mithréum

    Le culte de Mithra est intimement lié au sanctuaire où se retrouvent les adeptes : le mithréum, aucune cérémonie n'ayant lieu à l'extérieur. Ce lieu représente une grotte qui renvoie au mythe de Mithra tauroctone et symbolise le cosmos. De taille restreinte, pouvant contenir une trentaine d'adeptes environ, il est situé dans des maisons privées, des dépendances, souvent à proximité de casernes.

      Les plans de ces temples présentent des caractéristiques communes : pièce d'accès pour revêtir les habits rituels, salle cultuelle en contrebas avec des banquettes en maçonnerie inclinées comme celles d'un triclinium et placées le long des murs, stèle représentant Mithra sacrifiant le taureau, niche avec statue au fond de la pièce, plafond voûté qui représente le ciel étoilé et les planètes. Cette disposition s'avère bien différente de celle d'un temple romain.

     Le rituel qui se déroule dans le mithréum doit, suppose-t-on, comprendre un premier temps d'instruction qui prend appui sur une iconographie abondante, puis un repas rituel. Ce banquet sacramentel commémore et réactualise celui de Mithra et du Soleil. La nourriture prise permet une régénération aussi bien physique que spirituelle. Il est probable que la cérémonie comprenait des sacrifices d'animaux, et que l'eau et le feu y jouaient un rôle important.

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Le mithréum, sous l'église Saint Clément, Rome


Religion du salut, religion à mystères

    Mithra est ainsi un dieu sauveur - sur le plan matériel aussi bien que spirituel, et son geste d'immolation du taureau a une dimension cosmique : " Le sacrifice est le fait non des hommes, mais des dieux, et c'est un acte de création : le sacrifice fonde le monde. " (R. Turcan, Mithra et le mithriacisme, p.103). 

    Le culte de Mithra, en passant de l'Orient à l'Occident, est devenu, à l'instar d'autres cultes grecs, une religion à mystères. Lors de son initiation, le futur adepte (le néophyte), passant de l'obscurité à la lumière, meurt symboliquement, puis renaît à une vie autre. Les rites initiatiques exigent courage et endurance physique. C'est peut-être à la rudesse de ces épreuves que fait allusion le texte, sujet à caution, de l'Histoire Auguste :

" Sacra Mithriaca homicidio uero polluit, cum illic aliquid ad speciem timoris uel dici uel fingi soleat. " Histoire Auguste, Commode, IX, 5.
" Il [Commode] profana par un sacrifice humain réel le culte de Mithra ; habituellement on se contente d'y raconter ou d'y simuler quelque scène capable d'inspirer l'effroi. "

Les cérémonies s'achèvent sur une poignée de main avec le Pater, manifestation physique du pacte, du serment qui lie les mithriastes. Les initiés s'élèvent graduellement dans la hiérarchie, selon une "échelle" codifiée de sept grades, qui les conduit à remplir différentes fonctions :

Grades.................................................... Planète tutélaire.............................................. Signification symbolique, attributs 

Corax,Corbeau ...................................................Mercure......................................................... messager caducée (attribut du dieu messager Mercure), gobelet

Nymphus, fiancé, épousé........................... Vénus............................................................alliance lampe, torche nuptiale, diadème

Miles, soldat.........................................................Mars..............................................................l'adepte est combattant, soldat de Mithra casque, pilum, sac 

Leo, Lion.............................................................Jupiter............................................................feu céleste, force purificatrice pelle à feu, sistre, foudre (attribut de Jupiter) 

Perses, Perse.......................................................lune................................................................fécondité, gardien des fruits faucille, croissant de lune 

Héliodromus, Messager du soleil.................soleil...............................................................courrier du soleil couronne radiée, flambeau, fouet du soleil 

Pater, père.............................................................Saturne........................................................... commandement, autorité bonnet phrygien de Mithra, serpe de Saturne, baguette du commandement

Ces sept degrés sont représentés graphiquement, à Ostie, dans le mithréum de Felicissimus, comme autant de " portes " symbolisant le chemin que parcourt l'âme. Chaque initié porte une tenue cultuelle spécifique, très colorée. En effet objets et rites participent à la réactivation d'un mythe compliqué et ont une forte charge symbolique. La doctrine est complexe, mais elle donne à l'adepte une explication globale et cohérente du monde : il peut se situer dans le temps comme dans l'espace, dans une histoire du monde comme dans un univers où l'astrologie joue un rôle prépondérant. Il s'inscrit dans la dynamique d'un salut apporté par un dieu sauveur qui agit pour les hommes, et dans la lutte (suivant un principe dualiste hérité des origines orientales) entre le bien et le mal. Une inscription trouvée dans le mithréum de Sainte Prisca, à Rome, souligne cet aspect :

" Et nos seruasti (a)eternali sanguine fuso. " (la lecture du mot (a)eternali est difficile et sujette à discussion)
" Et nous, tu nous as sauvés en répandant le sang porteur d'éternité. " AE 1941, 0076 = 1946, 0084.


Le dieu ne promet pourtant pas à ses adeptes une existence exempte de difficultés : la vie est grave, rude, et la lutte requiert la fraternité cultuelle des adeptes, ainsi qu'en témoignent les inscriptions du mithréum de Sainte Prisca :

" Nubila per ritum ducatis tempora cuncti. "
" Les temps sombres comme les nuages, passez-les dans l'accomplissement des rites, ensemble. "
" Dulcia sunt ficata avium, sed cura gubernat. "
" Délectables sont les foies de volaille, mais ce sont les soucis qui tiennent le gouvernail. "


    La doctrine même reste cependant obscure sur bien des points. On ne peut par exemple avoir de certitude sur ce qui était révélé à l'initié à l'issue de ces épreuves, ni sur ce qu'il lui était permis d'espérer pour une vie dans l'au-delà : on ne peut affirmer que les adeptes aspiraient à l'immortalité ; peut-être avaient-ils adopté la croyance en un retour cyclique du temps.

Diffusion

De l'Orient à Rome

     Il est difficile de dire avec précision comment le culte de Mithra - déjà hellénisé  - est arrivé en Italie. Plutarque raconte que des pirates, combattus par Pompée entre 78 et 67 av. J. -C., auraient trouvé refuge en Cilicie ; ils auraient alors, lors de réunions secrètes, pratiqué des rites occultes : dans la clandestinité à laquelle ils étaient contraints, puisqu'en conflit armé contre Rome, ils auraient développé une religion à mystère prenant appui sur un dieu à la fois guerrier et sauveur, de surcroît garant des serments. Capturés puis réduits en esclave, ils auraient répandu leurs croyances en Italie.

" Et ils célébraient des mystères secrets, entre autres ceux de Mithrès, qui se sont conservés jusqu'à nos jours, et qu'ils avaient, les premiers, fait connaître. " (Plutarque, Vie de Pompée, XXIII. Traduction D. Ricard, 1863)

     La première attestation de la présence de Mithra à Rome remonte au premier siècle de notre ère. Le roi Parthe Tiridate, qui en 66 est couronné à Rome, aurait, selon Pline l'Ancien, initié Néron au "repas des mages", et l'aurait honoré du nom de Mithra.

" Magos secum adduxerat, magicis etiam cenis eum initiaverat. " (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXX, 18)
"  [Tirade] avait amené avec lui des mages, et avait initié [Néron] au repas des mages."

Avant la fin du 1er siècle de notre ère, on ne connaît aucun sanctuaire dédié à Mithra - on n'a ainsi retrouvé aucune trace de ce culte à Pompéi, enfouie sous les cendres en 79.

     Le mithriacisme va avoir une influence grandissante après 150, avec une période d'expansion maximale au milieu du IIIème siècle. Les mithréums se multiplient alors, et jusqu'au IVème siècle. On estime qu'il dut s'en construire plus d'une centaine à Rome, et on en a recensé plus d'une vingtaine à Ostie. Les témoignages archéologiques témoignent certes de cet engouement, mais il faut prendre en considération le petit nombre d'adeptes que peut accueillir chaque sanctuaire : une trentaine en moyenne.


Une religion de soldats ?

     Les soldats romains engagés dans des conflits en Orient, ceux aussi qui font partie des légions et sont originaires de ces régions - les troupes indigènes - ont été en contact avec le culte mithriaque, particulièrement lors des campagnes militaires contre les Parthes entre 114 et 117, puis entre 162 et 165. Ils en ont répandu les croyances au gré de leurs affectations et de leurs cantonnements successifs : l'ère géographique de propagation du culte est très importante. En effet, on a retrouvé en effet grand nombre de mithréums sur le limes - c'est-à-dire aux limites de l'empire où de nombreuses légions veillent sur les frontières -, par exemple sur le Rhin et le Danube, dans les ports, ou aux carrefours des voies de circulation, le long des fleuves. 


     Il n'est pas surprenant que les témoignages archéologiques montrent que de nombreux adeptes soient des soldats - et progressivement les plus gradés - et que, à Rome même, de nombreux sanctuaires aient été découverts près de casernes, de thermes, de lieux de spectacles, ainsi qu'en atteste cette inscription :

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Petram genetricem / Aur(elius) Bassinus aedituus / principiorum cast(rorum) pereg(rinorum) /dedicavit hoc in loco et d(ono) d(edit) / antistante A(ulo) Caedicio / Prisciano eq(uite) R(omano) patre AE 1980, 0048.
La pierre génitrice, Aurélius Bassinus, surintendant du camp des pérégrins, l'a dédiée en ce lieu et en a fait don, avec comme témoin Aulus Caecidius Priscianus, chevalier romain, qui a le grade de Père.


D'autres catégories sociales sont gagnées par ce culte : des esclaves - comme pour d'autres religions, ils ont dû eux aussi répandre leurs convictions sur le lieu de leur servitude -, des affranchis, mais aussi des commerçants, ou des étrangers d'origine orientale.
Cette extension reste cependant limitée géographiquement, car le monde rural n'est pas gagné au mithriacisme, et socialement, par une exclusion d'importance : les femmes ne sont pas admises à ce culte viril.


Points de vue romains

Attitudes officielles


Si le mithriacisme n'est pas reconnu comme religion officielle à Rome, il va peu à peu se diffuser dans les sphères proches du pouvoir, et bénéficier de la bienveillance des gouvernants ; jamais il ne suscitera de réaction négative chez les dirigeants romains.
Commode, qui règne de 180 à 192, fut sans doute initié aux mystères, mais à titre privé. Sous Septime Sévère, à la fin du deuxième siècle et au début du troisième, une inscription atteste qu'un affranchi de la maison de l'empereur, la domus augustana, fut sacerdos invicti Mithrae, prêtre de Mithra l'invincible. Les successeurs de Septime Sévère, Caracalla et Geta, se montrèrent aussi favorables à cette religion.

Pro salute et reditum / et victorias imp(eratorum) Caes(arum) / L. Septimi Severi Pii Pertin(acis) Aug(usti) Ara(bici) Adzab(enici) Part(hici) Max(imi) / et M. Aurel(i) Antonin(i) Aug(usti) et P. Sept(imi) Gethe Caes(aris) fil(ii) et fratris Augustorum n(ostrorum) / totiusque domus diuninae deum inuict(um) Mithr(am) / Aurelius Zosimion et Aurelius Titus Aug(ustorum) lib(erti) / suis impendiis conlo/caverunt item antrum / suis sumptibus / exstructum fecerunt / item consummatum / consacraverunt.(CIMRM, 407)
Pour le salut, le retour et les victoires des empereurs Césars L. Septime Sévère Pieux Pertinax Auguste Arabique Adiabénique Parthique Maxime, et M. Aurelius Antoninien Auguste, et P. Septimus Geta César, leur fils et frère, nos Augustes, et de sa famille divine toute entière, Aurelius Zosimion et Aurelius Titus, affranchis des Augustes, ont, à leur frais, installé (la statue) du dieu Mithra l'invincible, et de même ont construit son antre sur leur argent, et de même l'ont consacré après son achèvement.


Cependant, même si le mithriacisme bénéficie de l'intérêt de la maison impériale (CIL, VI, 2271), il ne devient pas un culte public en tant que tel. Certes, Aurélien promeut le culte de Sol invictus et fait édifier en 274 un temple au Soleil sur le Champ de Mars, mais rien ne permet l'assimilation entre les cérémonies secrètes des adeptes de Mithra et ce culte solaire. Il faudra attendre le tout début du quatrième siècle, vers 307 ou 308, pour que Dioclétien, Galère et Licinius attribuent à Mithra le nom de fautor imperii sui, c'est-à-dire protecteur de l'Empire. Encore n'est-ce pas à Rome, mais à Carnuntum, capitale de la province de Pannonie. Ces empereurs s'assuraient ainsi de la fidélité des légions.


Les raisons du succès

Le mithriacisme prône des vertus qui correspondent à des valeurs romaines : la fides, c'est-à-dire la loyauté, le respect de la parole donnée. Le courage physique aussi, manifesté lors des épreuves initiatiques, le sens de la discipline au sein d'une stricte hiérarchie trouvent des échos au sein de l'armée :

" Le mithriaste est, comme le stoïcien, partout chez lui dans l'univers et dans la société, notamment dans la société romaine impériale et cosmopolite, où la fidélité au prince et la conscience de servir, chacun à son poste, s'accordaient foncièrement avec une religion de " soldats " et du serment, sacramentum. A bien des égards, le mithriacisme sacralisait certaines valeurs constantes de romanité. " (R. Turcan, Les religions orientales, p. 234).
Ces éléments permettent de comprendre pourquoi ce culte n'a fait l'objet d'aucune forme de rejet officiel ou d'ordre privé : il ne remet en cause ni l'ordre établi ni la structure sociale de la société romaine.

Plus encore, sont intégrées aux pratiques religieuses les divinités du panthéon romain, et ce d'autant mieux qu'elles sont des divinités planétaires, l'astrologie tenant une place grandissante dans les préoccupations religieuses romaines. Les légendes gréco-romaines concernant Saturne et Jupiter, les représentations d'Apollon comme dieu solaire s'insèrent dans le mythe de Mithra.

D'autres divinités d'origine orientale y trouvent aussi leur place, ainsi qu'en attestent les données archéologiques. 0n a, par exemple, retrouvé dans le mithréum de Sainte Prisca deux têtes représentant Vénus et Sérapis.


Regards antiques

Il est impossible de déterminer ce que les auteurs latins pensèrent du développement du culte de Mithra, pour une raison très simple : ils n'en parlent pas. Très rares sont en effet les textes littéraires antiques qui font ne serait-ce qu'une allusion au sujet. Stace évoque rapidement, en deux vers, la scène centrale de la geste de Mithra, la plus représentée aussi :

" [...] seu te roseum Titana uocari
gentis Achaemeniae ritu, seu praestat Osirim
frugiferum, seu Persei sub rupibus antri
indignata sequi torquentem cornua Mithram. "
(Stace, Thébaïde, I, 716-720. Stace termine ainsi, à la fin du chant 1, une invocation à Phébus.)
" Soit je t'invoque sous le nom vermeil de Titan, suivant l'usage du peuple achéménide, soit tu préfères celui d'Osiris, dieu de la fécondité, ou celui de Mithra qui, sous les rocs de l'antre persique, tord les cornes du taureau rétif. "



Les seules sources qui soient accessibles sont les inscriptions. Mais celles-ci, dans leur grande majorité, sont des dédicaces rédigées de manière très stéréotypée, et qui, si elles nous renseignent sur l'identité du donataire et les qualificatifs attribués à Mithra, ne donnent que bien peu d'informations sur la perception qu'ont les Romains, dans leur ensemble, de cette divinité.

Il faudra attendre les auteurs chrétiens pour pouvoir lire quelques lignes sur le sujet. Et ces derniers ne ménagent pas leurs critiques envers des pratiques religieuses qu'ils perçoivent comme inspirées par le démon, et d'autant plus blasphématoires qu'elles présentent de dangereuses ressemblances avec leurs propres rites et croyances :

par exemple le repas sacramentel où l'on partage pain et vin, un dieu sauveur qui régénère le monde grâce au sang répandu...(Tertullien, Traité de la prescription contre les hérétiques, XL).

Cette animosité se manifestera également, plus tardivement, par la destruction volontaire des sanctuaires à Mithra et des représentations du dieu, clairement attestée par les fouilles archéologiques : le christianisme, en lutte contre le paganisme, veut éradiquer le culte de Mithra.

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Romains 13:8 
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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 21:00

Le christianisme à Rome

La diffusion du christianisme

Des origines mal connues

    Contrairement au judaïsme et aux autres cultes orientaux dont l'origine remonte à un passé lointain, la religion chrétienne s'ancre dans un élément fondateur situé dans le temps - mais qui a laissé fort peu de témoignages historiques : la naissance de Jésus (entre 7 et 4 avant J.-C., l'erreur de datation remontant au sixième siècle), sa vie publique et sa crucifixion à Jérusalem, vers l'an 30. Il est en effet accusé d' "empêcher de payer les impôts à César" et de "se dire le roi des juifs" ( Évangile de Luc, 23, 2).

Un seul texte antique, écrit par Flavius Josèphe, relate l'événement - et c'est un texte contesté, le passage pouvant avoir été ajouté tardivement (Flavius Josèphe, Les antiquités juives, XVIII, 63-64). On peut supposer que pour l'immense majorité des Romains d'Italie centrale, cet événement dut passer totalement inaperçu : Jésus n'est qu'un des nombreux agitateurs, qui, à leurs yeux, sèment le désordre en Palestine, trouble de l'ordre public que le gouverneur romain alors en fonction - Ponce Pilate - se doit de réprimer.

    On ignore de quelle manière le christianisme arrive à Rome, mais sa présence y est attestée dès les années 40 après J.- C. Au Ier et au IIème siècles, le poids et l'influence des chrétiens sur la vie romaine sont encore faibles. La christianisation reste lente jusqu'à la fin du deuxième siècle, puis connaît un essor plus rapide. La diffusion de cette religion dans la capitale de l'Empire est mal connue, et nous possédons peu de traces probantes de son développement :

Il n'existe pas de vestiges archéologiques, ni en Italie centrale ni ailleurs : les chrétiens se réunissent dans les synagogues, puis dans des maisons particulières.

A Rome, les fouilles n'ont pas mis à jour d'iconographie ou d'épigraphie avant celles des catacombes datées du IIIème siècle, en particulier la catacombe de Callixte à Rome. En effet, les chrétiens des deux premiers siècles suivent pour une grande partie les coutumes juives qui interdisent toute représentation de la divinité: ils " évitent d'édifier des statues, des autels et des temples. " (Celse, Discours vrai, vers 180 après J. -C. , cité par Origène, Contre Celse, VIII, 17)


D'autre part, les textes d'auteurs romains sont peu nombreux. En effet, les écrits qui attestent de la naissance du christianisme sont pour l'essentiel des textes chrétiens, qui ont été écrits non pour fournir des renseignements historiques, mais pour diffuser un message, une " nouvelle " : en grec, le mot évangile signifie " bonne nouvelle ".

    Nous en sommes donc largement réduits aux hypothèses pour expliquer la christianisation progressive du monde romain. Certes, et comme toutes les religions orientales, ce culte bénéficie du caractère cosmopolite de l'Empire et du besoin d'une vie religieuse moins formelle, plus individuelle que celle des cultes officiels. On peut supposer que le christianisme est alors en mesure de combler des aspirations mystiques, par une doctrine du salut qui montre l'action directe de dieu dans le monde. Le sacrifice du Christ, ressuscité et donc vainqueur de la mort, ouvre la perspective d'une vie éternelle, aussi bien pour l'individu que sur le plan eschatologique (c'est-à-dire qui concerne la fin de l'histoire et du monde). La résurrection des justes fait suite à une existence terrestre où la relation personnelle avec dieu est présentée comme une priorité et conduit à adopter des règles morales dont la société romaine, en des temps bouleversés, semble avoir ressenti la nécessité. Les communautés de croyants - que le voyageur peut retrouver lors de ses déplacements - offrent en outre la possibilité, à l'issue d'un enseignement progressif, de participer à leurs rites, et cela sans restriction de sexe, de fortune, de culture ou de classe sociale : les adeptes, au nom d'un idéal de fraternité, s'y appellent frères et sœurs. Le christianisme n'est pas une religion à mystères, fermée sur elle-même et accessible aux seuls initiés, mais ce n'est pas non plus une religion " visible " dans la période qui nous occupe : pas de processions spectaculaires (comme pour les religions orientales), pas de temples, pas de statues de dieu... Ce qui peut expliquer à la fois sa progression et le silence des auteurs latins sur cette croyance nouvelle.


Juifs ou chrétiens ?

     Dans les premiers temps, la diffusion du christianisme se fait au sein de la communauté juive de la diaspora, dans les synagogues, puisque disciples et apôtres sont d'origine juive - Pierre, avant sa rencontre avec le Christ s'appelle Simon, et Paul est issu d'une famille juive de Tarse en CilicieLes Romains assimilent les chrétiens aux juifs, le christianisme étant pour eux un des multiples courants spirituels qui traversent les communautés juives - un parmi d'autres.

Si l'on en croit ce qui se passe ailleurs dans le monde méditerranéen, les rapports entre juifs et judéo-chrétiens sont très vite problématiques, en particulier lorsque les chrétiens commencent à accueillir parmi eux des païens incirconcis qui ne respectent pas la loi juive, en particulier les interdits alimentaires ; ainsi l'apôtre Paul, qui, par ses voyages et ses lettres, diffuse la foi chrétienne, préconise d'annoncer le Christ à tous sans distinction :

" Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : [/u]il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus." (Epître de Paul aux Galates, III, 27, traduction Bible de Jérusalem)

Peu à peu, suivant une chronologie difficile à déterminer, les communautés chrétiennes acquièrent une autonomie et une identité propres, et une hiérarchie se met en place en leur sein.


Importance de Rome

    Dans le courant du IIème siècle, l'église de Rome voit grandir son prestige dans les communautés chrétiennes disséminées dans l'Empire romain.

     
Pour les chrétiens, Rome est en effet la ville qui aurait vu la mort des apôtres Pierre, le premier des douze disciples de Jésus, et Paul, sous le règne de Néron, entre 64 et 67 ; cette tradition est attestée dès l'Antiquité, mais les textes qui racontent la crucifixion du premier et la décapitation du second sont trop tardifs pour être probants.

On raconte que, sous son règne [celui de Néron], Paul eut la tête coupée à Rome même et que semblablement Pierre y fut crucifié, et ce récit est confirmé par le nom de Pierre et de Paul qui jusqu'à présent est donné aux cimetières de cette ville. " (Eusèbe de Césarée (265-340), Histoire ecclésiastique, II, XXV, 5)

Quoi qu'il en soit, cette tradition perdurera à travers les siècles puisque la basilique Saint-Pierre de Rome a été construite au-dessus du lieu où auraient été transportées les reliques de Pierre, et où se trouve effectivement un cimetière chrétien primitif. Pierre et Paul seront dès le deuxième siècle considérés comme fondateurs de l'église de Rome, ce qui va concourir à l'autorité qu'elle acquerra peu à peu.

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Par ailleurs, Rome est un lieu où se rencontrent, voire s'affrontent divers courants d'idées : au milieu du IIème siècle, des théologiens y viennent de différentes régions de l'Empire : Justin, arrivé de Naplouse, Tatien, né en Assyrie, Valentin, originaire d'Alexandrie … Les débats sont vifs et le partage difficile entre la " vraie foi " et l'hérésie. Ce bouillonnement d'idées conduit dans certains cas à des ruptures.

Ainsi, vers 135, Marcion, né à Sinope, dans le Pont, oppose le dieu chrétien, bon, sauveur, au dieu vengeur et jaloux de Moïse, créateur mais imparfait - et cherche à couper la religion chrétienne de ses racines juives. Ses divergences de vues le conduisent à fonder une nouvelle église, l'église marcionite, qui se répand rapidement à travers l'Empire.

Un autre courant, le gnosticisme, tente d'expliquer - à travers des mythes complexes - la présence du mal dans le monde. A Rome, la figure la plus marquante de ce mouvement est Valentin, qui est arrivé dans cette cité vers 140. Cette doctrine met l'accent sur la connaissance (gnôsis en grec) qui procure le salut. Les gnostiques seront rapidement considérés comme hérétiques


Attitudes officielles

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L'attitude des Romains face aux chrétiens ? Une image quelque peu caricaturale a été largement répandue, en particulier au dix-neuvième siècle et au début du vingtième : celle d'une arène où un fauve met en pièces un croyant en prière, symbole des persécutions endurées par les chrétiens. Flaubert se moque d'ailleurs de cette tendance dans le Dictionnaire des idées reçues :

" MARTYRS : Tous les premiers chrétiens l'ont été. "

Dans les deux premiers siècles de notre ère, avant les persécutions du IIIème siècle, la situation est plus complexe ...


Premières sanctions

    Suétone donne la première indication connue, à propos de l'expulsion des juifs de Rome ordonnée par Claude, qui a lieu en 41-42 ou en 49 :

"Iudaeos impulsore Chresto assidue tumultuantis Roma expulit."(Suétone, Vie des Douze Césars, Claude, XXV).
"Il expulsa les Juifs qui causaient des troubles constants à l'instigation de Chrestus. "


Ce texte signale au sein de la communauté juive une agitation que l'on peut peut-être attribuer à la présence de chrétiens. Ce mot "Chrestus" a fait en effet couler beaucoup d'encre : si certains historiens pensent qu'il s'agit d'un agitateur juif présent à Rome (christos n'est pas à l'origine un nom propre et veut dire "oint" en grec), d'autres voient le signe de dissensions au sein de la communauté juive, dues à la présence de chrétiens. Que des judéo-chrétiens aient été contraints à l'exil est confirmé par les Actes des Apôtres, un des livres du Nouveau Testament. L'apôtre Paul rencontre en effet à Corinthe deux artisans chrétiens d'origine juive, Aquilas et Priscille, qui ont dû quitter Rome " à la suite d'un édit de Claude qui ordonnait à tous les juifs de s'éloigner de Rome. " (Actes des Apôtres, 18, 2)


Néron persécuteur des Chrétiens

    Tacite évoque la persécution très cruelle infligée aux chrétiens par Néron - la première rapportée par les historiens romains. L'empereur, après l'incendie de Rome en 64, tente d'en rejeter la responsabilité sur les chrétiens ; on peut supposer que l'opinion publique ne leur est déjà guère favorable - on ne choisit pas de bouc émissaire dans un groupe apprécié -, et le seul fait de pratiquer une religion étrangère les place déjà dans l'illégalité. Tacite a fort mauvaise opinion des chrétiens, mais il souligne la bestialité de Néron et note que

" ... tamquam non utilitate publica, sed in saevitiam unius absumerentu [...]" (Tacite, Annales, XV, 44)
" ... on se disait que ce n'était pas en vue de l'intérêt public, mais pour la cruauté d'un seul qu'on les faisait disparaître [...]. "


L'épisode est également raconté par Suétone, très brièvement (Suétone, Vie des douze Césars, Claude, XXV).
     
Sans doute quelques années après (il est difficile d'établir une date précise), Paul, arrêté en Palestine, demande à être jugé non devant les instances locales, mais à Rome, et il est conduit dans la capitale de l'Empire car il bénéficie des droits attachés à son statut de citoyen romain. Cette attitude tend à montrer que l'apôtre crédite le droit romain d'une certaine impartialité pour trancher le conflit qui l'oppose aux juifs.
Nous ne savons rien de certain sur le sort des chrétiens de Rome après la persécution néronienne jusqu'au début du IIème siècle, même si certains, peut-être même des membres de la haute société, ont sans doute été poursuivis sous Domitien (81 - 96) pour des motifs religieux.


Les " rescrits " de Trajan et d'Hadrien

    Une lettre de Pline le Jeune, en 112 -113, interroge l'empereur Trajan sur la manière de traiter les chrétiens, ce qui laisse supposer qu'il n'existe pas alors de loi spécifique antérieure à cette date (Pline le Jeune, Lettres, X, 96). Nous possédons la réponse de Trajan, un " rescrit ", texte faisant par la suite jurisprudence (Pline le Jeune, Lettres, X, 97). Il s'agit en l'occurrence des chrétiens de Bithynie, province dont Pline est gouverneur, et non de ceux qui vivent à Rome ou en Italie. Cette missive donne cependant une indication précieuse : ce n'est pas sous l'impulsion du pouvoir central que se font les persécutions, mais à partir de pressions populaires et de dénonciations ; l'hostilité de l'opinion publique contre eux est manifeste.

Hadrien, vers 125, confirme lui aussi, dans une lettre (citée par Justin, Apologie, LXVIII, 6-10), l'essentiel des dispositions de Trajan ; son courrier protège en un sens les chrétiens dans la mesure où il interdit toute action violente et toute dénonciation anonyme, mais n'empêche nullement qui le désire de les poursuivre en justice et de les faire condamner à mort pour leurs pratiques religieuses. Cependant, aucun martyr n'est attesté sous son règne.


Les derniers Antonins

    Sous le règne de Marc-Aurèle, empereur philosophe mais peu enclin à sympathie envers la foi de ceux qui suivent le Christ, l'hostilité envers les chrétiens ne va cesser de croître ; on les rend responsables des malheurs qui menacent l'Empire : épidémie, famine, dangers d'invasion… La foule les agresse, de véritables " pogroms " ont lieu, à Antioche, à Lyon, où, en 177, ils sont martyrisés en nombre. Ces flambées de violence sont particulièrement brutales dans les cités d'Orient. A Rome même, le philosophe Justin est mis à mort vers 165, avec d'autres coreligionnaires.

Le début du troisième siècle

    Dans la première moitié du IIIème siècle, diverses mesures font peser, à terme, des menaces sur la situation des chrétiens : Septime Sévère interdit en 202 les prosélytismes juif et chrétien ; Caracalla, en 212, accorde la citoyenneté à tous les habitants libres de l'Empire. Cette décision leur impose, par voie de conséquence, le culte des dieux officiels romains - que les chrétiens refusent. Si des violences continuent, particulièrement à Alexandrie ou en Afrique, on ne constate pas encore de volonté politique manifeste et déterminée de venir à bout des chrétiens. La politique de Dèce (249 - 251) sera tout autre, et cet empereur déclenchera la première persécution systématique en obligeant tous les habitants de l'Empire à sacrifier aux dieux.

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 21:01

Pourquoi des persécutions ?

  Même si les persécutions, du moins dans les deux premiers siècles, furent moins étendues qu'on le croit d'ordinaire, il n'en reste pas moins que l'on constate à la fois une expansion continue de la nouvelle religion et une hostilité grandissante à son égard.

   Tout d'abord, le christianisme, monothéisme rigoureux, conduit ses fidèles à ne participer à aucun culte public. Alors que bien des religions étrangères ont été tolérées, voire acceptées au début de l'Empire, le refus chrétien est interprété comme une mise en cause des fondements politiques et religieux de l'état romain.

En effet, le chrétien va à l'encontre de la coutume des ancêtres, le mos majorum.

Faire des sacrifices, c'est vouloir le bien de la cité en réactivant le contrat qui lie celle-ci aux dieux : la citoyenneté est ainsi indissociable des cultes officiels. Par ailleurs, le culte impérial est considéré comme un des ciments de l'Empire. La conséquence logique de cette " impiété ", de cet " athéisme ", pour un Romain, c'est la répression, car celui qui n'accepte pas de prouver ainsi son attachement à la cité et à l'Empereur adopte une attitude égoïste et séditieuse - même si par ailleurs son comportement personnel est d'une moralité irréprochable, ainsi que le constate Pline dans sa lettre à Trajan. Dans la répression du christianisme, motifs religieux et motifs politiques s'entremêlent.

     La religion chrétienne conduit aussi ses adeptes à se tenir à l'écart de la vie quotidienne, qui reste imprégnée, en bien des occasions, de rites religieux païens ou, aux yeux des chrétiens, moralement condamnables : fêtes familiales ou publiques, représentations théâtrales, jeux du cirque et de l'amphithéâtre (Minucius Felix, Octavius, XII, 4 - 6).

Au marché même, on vend des viandes issues de sacrifices, et que les chrétiens ne peuvent consommer.

Pour ceux qui suivent le Christ, le mariage avec un païen reste prohibé, servir dans l'armée pose problème, occuper fonctions publiques et magistratures aussi. Tertullien, écrivain chrétien considéré cependant comme adoptant des positions trop tranchées par ses coreligionnaires, rapporte ainsi avec admiration qu'en 211, un soldat refuse, car c'est contraire à ses convictions, le port d'une couronne lors de la remise d'une gratification impériale (Tertullien, Sur la Couronne, I, 1 - 4).

Aux yeux de la multitude, le grand tort des chrétiens était de s'isoler et de se vouloir autres : c'est une tendance habituelle que de haïr ce qui est différent de soi, et, dans une collectivité, ceux qui se mettent à l'écart. […] L'isolement auquel les réduisait leur strict exclusivisme religieux faisait d'eux des dissidents dans leurs cités et, en les mettant à part de la communauté civique, il les faisait suspecter de misanthropie." (Claude Lepelley, dans Histoire du christianisme, Tome 1, p. 248). Cette remarque éclaire le jugement brutal de Tacite qui affirme que leur crime est " la haine du genre humain - odium humani generis ". (Annales, XV, 44)

    Les rites chrétiens restent également mystérieux, mal connus ; ils ont lieu dans des maisons particulières ; seuls ceux qui ont été baptisés sont admis à participer à l'eucharistie, c'est-à-dire à la commémoration du dernier repas et du sacrifice du Christ. Ce secret alimente les peurs :

la rumeur publique a vite fait d'accuser les chrétiens de crimes abominables et de faire retomber sur eux la responsabilité des catastrophes naturelles. Tertullien souligne les méfaits des bruits qui courent et qui ont vite fait de dénaturer la vérité :

" Quae ne tum quidem, cum uera defert, a libidine mendacii cessat, ut non falsa veris intexat adiciens detrahens uarietate confundens."
"La renommée ? mais lors même qu'elle apporte la vérité, elle ne renonce point à la fantaisie du mensonge, mêlant le faux avec le vrai, ajoutant, retranchant, confondant et dénaturant toutes choses. " (Tertullien, Ad nationes, I, VII)



    Plusieurs œuvres littéraires se font l'écho des calomnies suscitées par la haine populaire : meurtre - en particulier meurtres rituels d'enfants -, anthropophagie, inceste, débauche ...

On trouve à ces accusations quelques explications dans des croyances et pratiques chrétiennes déformées : l'appellation de frères et sœurs entre les adeptes conduit au soupçon d'inceste, l'eucharistie - partage du pain et du vin qui, pour les croyants, sont le corps et le sang du Christ - à celui d'assassinat et de cannibalisme.

On blâme aussi les chrétiens de vénérer une divinité moitié homme - moitié animal, car on leur fait l'étrange reproche d'adorer un dieu à tête d'âne. Un graffiti découvert en 1856 à Rome, sur la colline du Palatin, dans le Paedagogium (peut-être l'école des serviteurs du palais) montre un crucifié à tête d'âne ; à sa gauche, un homme adopte une attitude propre à la prière.

Une inscription à la graphie maladroite affirme, en grec : " Alexaménos adore dieu ". Plusieurs auteurs latins font référence à cette croyance, réfutée par les chrétiens, en particulier par Tertullien, qui la qualifie de " ridicule invention ".

" Nam, ut quidam, somniasti caput asininum esse deum nostrum : hanc Cornelius Tacitus suspicionem fecit. "
" Certains, parmi vous, ont rêvé que notre Dieu était une tête d'âne. Tacite est le premier auteur de cette ridicule invention." (Tertullien, Ad nationes, I, XI).


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  Enfin, la religion chrétienne est dès l'origine une religion missionnaire : dans le Nouveau Testament apparaît à plusieurs reprises ce souci d'aller porter la " bonne nouvelle ". Contrairement au judaïsme, qui est ancré dans une terre d'origine, de souche antique, et donc respectable aux yeux des Romains, les chrétiens ne font pas partie d'une nation à laquelle on reconnaît le droit de conserver ses pratiques religieuses.

Leur prosélytisme actif et visible d'une religion nouvelle, cosmopolite, intransigeante, sans respect pour les hiérarchies sociales établies, est perçu comme dangereux pour le monde gréco-romain.


Regards d'écrivains

Les auteurs latins

    Dans les deux premiers siècles de notre ère, le corpus de textes latins écrits par les auteurs païens, à propos des chrétiens, est extrêmement restreint. Faut-il y voir un signe de mépris envers ce qui est quantité négligeable, ou le fait que la communauté chrétienne ne joue à Rome qu'un rôle encore peu important et se distingue mal aux yeux des Romains de la religion juive ?
     
En tout cas, les quelques écrivains romains qui parlent du christianisme le font dans des termes très péjoratifs: " race adonnée à une superstition nouvelle et coupable, genus hominum superstitionis nouae ac maleficae " (Suétone), " superstition pernicieuse, exitiabilis superstitio " (Tacite), " superstition déraisonnable et sans mesure, supertitio prava et immodica "

(Pline le Jeune) : cette croyance nouvelle ne peut que nuire au peuple romain. Elle apparaît aussi comme une religion irrationnelle, à laquelle manque le sens de la mesure - bien éloignée des idéaux philosophiques cultivés par l'antiquité gréco-romaine. Pline la qualifie d'amentia, de folie, de ce qui est privé d'intelligence, de capacité de réflexion.

L'acceptation du martyr par les chrétiens, le fait que leur théologie fasse une victoire de ces morts ignominieuses, à l'imitation du Christ, est considéré, non comme un signe de fidélité à ses convictions, mais comme un fanatisme irraisonné. Marc-Aurèle voit dans leur courage devant la mort non le fruit d'un jugement personnel, mais un " simple esprit d'opposition " (Marc Aurèle, Pensées, XI, 3).


Celse    

    Même si les auteurs latins des deux premiers siècles n'évoquent que fort peu le contenu de la religion chrétienne, un ouvrage qui développe un regard païen sur le christianisme nous est cependant parvenu de manière indirecte : le Discours Vrai, rédigé vers 180 par Celse, un auteur dont la vie nous est pratiquement inconnue. Cet ouvrage est désormais perdu, mais on peut le reconstituer à travers les écrits d'un écrivain chrétien de langue grecque, Origène, qui, vers 248, rédige un Contre Celse, pour réfuter, les unes après les autres, les accusations et les objections de Celse. Ces dernières offrent l'intérêt de présenter le point de vue d'un homme cultivé, habitant de l'Empire, et imprégné de culture grecque.
      A l'évidence, Celse connaît les textes juifs et chrétiens et ne limite pas son jugement, comme nombre de Romains, à une rapide appréciation négative ou des à ragots insultants. Son argumentation permet de dégager ce qui, en tant qu'héritier d'une tradition philosophique, religieuse et politique gréco-romaine, le choque dans la religion chrétienne - même s'il lui dénie par ailleurs toute pensée novatrice.

Religion et raison.

    Le christianisme paraît à Celse contraire à l'usage de la raison, au logos grec, à la sagesse. Il reproche par exemple aux chrétiens d'affirmer " que la science fait perdre aux hommes la santé de l'âme " (Origène, Contre Celse, III, 75. Traduction : M. Borret, Editions du Cerf, 1967). Le christianisme se coupe des anciens qui sont la référence dans la quête spirituelle de la divinité : hommes illustres, héros, poètes, philosophes. Ce n'est pas une religion de doctes esprits, rompus à la réflexion philosophique : elle est simpliste, comme sont simples ceux auxquels elle s'adresse " les gens les plus incultes et les plus grossiers " (III, 55) - et scandaleuse aussi, puisqu'elle prétend accueillir en son sein et convertir les plus dépravés, " voleur, perceur de muraille, empoisonneur, pilleur de temple ". On retrouve d'ailleurs à plusieurs reprises ce rejet d'une religion qui n'a pas pour pilier une élite intellectuelle et sociale, mais des hommes de toute extraction. Jésus et ses disciples sont dépeints ainsi : " Jésus s'étant attaché dix ou onze hommes décriés, publicains et mariniers fort misérables, s'est enfui avec eux de çà et de là, mendiant sa subsistance d'une manière honteuse et sordide. " (I, 62, id.)


La nature de dieu

     Les fondements même de la religion chrétienne font problème : l'incarnation (Dieu fait homme en la personne de Jésus-Christ) en tant que conception miraculeuse (Jésus-Christ né d'une vierge), et surtout la nature même du Christ, homme et dieu - le débat sur ce sujet est d'ailleurs une question centrale au sein même de l'église primitive :
" Le corps d'un dieu ne saurait être comme le tien. " (I, 69)


Pour Celse, si un dieu se fait homme, il a par là-même perdu sa divinité, la nature de la divinité étant d'être immortelle et immuable. Celse présente les chrétiens comme " attachés au corps " (VII, 36), " rivés à la chair " (VII,42), ne vivant que " pour le corps, c'est-à-dire une chose morte " (VII, 45) :

leur doctrine est incompatible avec les théories platoniciennes, qui sont une référence majeure de la philosophie antique. Par ailleurs, Jésus ne peut être dieu s'il meurt, soumis de surcroît au châtiment le plus dégradant, celui des esclaves : la crucifixion est le signe même de son impuissance devant la mort. Jésus " ne fut donc qu'un homme, tel que la vérité elle-même le montre et la raison le prouve. "(II, 79).

Cette incompréhension profonde, l'apôtre Paul la signale lui aussi:
" Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens. " (Paul, Première épître aux Corinthiens, 23-24. Traduction : Bible de Jérusalem, Cerf ) .


La doctrine du salut.

     Pour Celse, l'annonce de la résurrection du Christ, élément fondamental de la religion chrétienne, relève du charlatanisme : aucune preuve tangible de l'événement ne peut être apportée. Elle est aussi contraire à la pensée philosophique antique :
" Rien n'est immortel de ce qui provient de la matière. " (IV, 61, id.)

Celse nie l'existence d'un dieu providentiel et refuse l'idée d'un salut du monde qui s'inscrit dans l'histoire :

Il ne saurait y avoir ni plus ou moins de mal dans le monde, autrefois, aujourd'hui, à l'avenir : car la nature de l'univers est une et est toujours la même, et l'origine du mal est toujours la même. " (IV, 62, id)
Celse s'oppose en cela à ce qu'on pourrait appeler un " anthropocentrisme " chrétien : l'univers ne fonctionne pas pour l'homme selon un dessein divin, et l'homme n'a pas de supériorité sur la nature, son corps étant de même essence que celui d'un animal. La doctrine chrétienne de la résurrection s'avère par là même, à ses yeux, particulièrement absurde (Origène, Contre Celse, V, 14).


Le monothéisme.

    Celse ne comprend pas pourquoi les chrétiens refusent de vénérer tout autre divinité que la leur. Partageant une opinion commune à son époque, il ne condamne pas le monothéisme, et considère que la divinité suprême englobe toutes les formes divines : " Rendre un culte à plusieurs dieux, c'est rendre un culte à l'un de ceux qui appartiennent au grand dieu et, par là même, lui être agréable ." (VIII, 2,id.)


La politique : religion et ordre établi.

    A la fin du Discours véritable, Celse développe un certain nombre d'arguments qui sont d'ordre politique. Les chrétiens sont, selon lui, mus par un esprit de révolte qu'il condamne. Il enjoint aux chrétiens de participer au fonctionnement de l'état : être soldat, prendre part au gouvernement, etc. A travers son propos perce une crainte : si l'on ne respecte pas les marques de révérence envers l'empereur, on ne reconnaît pas le pouvoir en place, on l'affaiblit donc - et alors " tous les biens de la terre " seront " la proie des barbares très iniques et très sauvages ", on n'entendra plus " parler sur la terre ni de la religion ni de la véritable sagesse. " (Origène, Contre Celse, VIII, 68)

C'est donc une vision très négative du christianisme que celle de Celse, qui assimile volontiers les chrétiens à des imposteurs, charlatans et sorciers pratiquant la magie - mais à des imposteurs dangereux dont il lui faut contrer l'expansion.


Les auteurs chrétiens : les apologistes

    Très tôt, des écrivains chrétiens, que l'on appelle les apologistes, vont prendre la défense de leurs coreligionnaires, en rédigeant des ouvrages où ils vont à la fois réfuter les accusations qui sont portées à l'encontre de ces derniers, et présenter la doctrine chrétienne :[/u] ils prennent conscience de la nécessité de présenter leur foi sous un angle à la fois philosophique et théologique.

Paradoxalement, c'est par l'entremise de ces ouvrages chrétiens que nous pouvons appréhender la vision des Romains sur cette religion nouvelle, et lire le récit des premiers martyres, même s'il est nécessaire, en consultant ces sources, de prendre en considération la visée de ces textes. Les premiers ouvrages sont rédigés en langue grecque, langue usuelle dans les communautés chrétiennes des deux premiers siècles. Ce n'est que dans la seconde moitié du deuxième siècle que va apparaître, avec Tertullien, une littérature chrétienne de langue latine.

Tertullien

   Dans la lignée d'apologistes de langue grecque (Justin, Tatien, Athénagore…) dont il reprend certains thèmes, Tertullien, né à Carthage, utilise la rhétorique classique et sa connaissance de la philosophie et du droit romain pour dénoncer vigoureusement l'injustice faite aux chrétiens. Il n'hésite pas à s'en prendre aux décisions officielles (Apologétique, II, 6 - 9), par exemple celle de Trajan. Deux de ses ouvrages au ton très polémique, l'Apologétique et Aux nations, écrits en 197, s'en prennent ouvertement au mode de vie et de penser romains ainsi qu'à la religion païenne. L'argumentation vise en outre à montrer que les persécutions ne sont pas fondées en droit, qu'elles reposent sur le seul fait d'être chrétien - sur la simple dénomination de " chrétien ", sans qu'aucun acte délictueux ne soit commis :


"Intellegere potestis, non scelus aliquod in causa esse, sed nomen." (Apologétique, II, 18)
"Vous pouvez comprendre que ce n'est pas un crime qui est en cause, mais un nom."


   Il analyse les raisons de la haine suscitée par les chrétiens : ignorance (Apologétique, I, 4 et I, 8 - 9), préjugés, crédit accordé à la rumeur. Il s'attaque, pour en démontrer l'inanité, aux accusations de crime - la religion chrétienne, affirme-t-il, impose une conduite morale très stricte, et donc à l'abri de tout reproche -, réfute l'idée que les chrétiens mènent une vie hors de la cité.
     
Il cherche aussi à contrer le grief d'inculture. Les apologistes, qui ont reçu une solide formation à la culture gréco-latine, ne veulent pas laisser enfermer leurs coreligionnaires dans l'image d'hommes crédules ; ils affirment donc la primauté, de par son ancienneté, de la Bible, qui aurait été à l'origine de toute sagesse et de toute philosophie :

"Auctoritatem litteris praestat antiquitas summa." (Apologétique, XIX, 1)
"Ce qui donne de l'autorité aux écritures, c'est leur antiquité très haute."


Ils opèrent les premiers rapprochements entre la pensée grecque et la foi chrétienne :

" Apud uestros quoque sapientes, logon, id est sermonem atque rationem, constat artificem uideri uniuersitatis. [...] Et nos autem sermonem atque rationem, itemque uirtutem, per quae omnia molitum deum ediximus, propriam substantiam spiritum adscribimus, cui et sermo insit pronuntianti, et ratio adsit disponenti, et uirtus praesit perficienti." (Apologétique, XXI, 10 - 11. Traduction J.P. Waltzing, Librairie Bloud et Gay, 1914)
"Vos philosophes aussi sont d'accord pour dire que c'est le logos, c'est-à-dire " la parole et la raison ", qui est l'auteur de l'univers. [...] Or, nous aussi, nous regardons la parole et la raison, et aussi la puissance par lesquelles Dieu a tout créé, nous l'avons dit, comme une substance propre que nous appelons "esprit": la parole est dans cet esprit quand il commande, la raison la seconde quand il dispose, la puissance l'assiste quand il réalise."

Toutefois, le passage cité ci-dessus révèle une fracture : d'un côté les Romains (chez vous, "apud vestros"), de l'autre les chrétiens (et nous "et nos"). Le christianisme de ces premiers siècles peine à faire une synthèse entre les préceptes qui sont les siens et la culture gréco-romaine où littérature, art et même philosophie sont étroitement liés à une religion considérée comme idolâtre.

" Sed conuersus ad litteras uestras, quibus informamini ad prudentiam et liberalia officia, quanta inuenio ludibria!"
"Mais si je me tourne vers votre littérature, qui vous forme à la sagesse et à vos devoirs d'hommes libres, que de choses ridicules j'y trouve." (Apologétique, XIV, 2. )


Chez Tertullien, la méfiance est manifeste, même s'il n'en emprunte pas moins des modes de pensée et une rhétorique issus d'une culture profane.



Minucius Felix

    A la même époque, à la fin du IIème siècle ou au début du IIIème, Minucius Felix rédige en latin un dialogue, l'Octavius, où il met en scène deux amis, l'un chrétien, Octavius, l'autre païen, Cécilius, qui, en se promenant sur la plage d'Ostie, tentent de convaincre l'autre du bien fondé de sa position. L'auteur est chrétien, et c'est bien sûr Octavius qui finit par l'emporter.
     
Mais les propos que Minucius Felix met dans la bouche des deux personnages permettent de mieux comprendre cette fracture entre deux visions du monde. Par exemple, Octavius, au cours de son argumentation, décrit la religion païenne comme vidée de son sens, réduite à des pratiques rituelles privées de raison (Octavius, XXIV, 11 - 13); ailleurs, il présente les mythes fondateurs comme le récit d'actions criminelles, en les jugeant selon des critères moraux (Octavius, XXVI, 1 - 3). Minucius Felix tente ainsi de convaincre, en un discours émaillé de références à des auteurs classiques, un public cultivé dont il connait le septicisme face au polythéisme traditionnel, et l'attirance pour un monothéisme lié à une réflexion philosophique.



Conclusion

    Dans les deux premiers siècles de notre ère, les Romains considèrent les chrétiens comme une secte nouvelle, peu recommandable certes par son recrutement dans toutes les classes de la société, y compris les plus basses, et par ses croyances qui vont à l'encontre de bien des modes de vie, de bien des éléments de la pensée philosophique antique. Cette altérité provoque des situations de rejet, voire le recours à la violence ; les chrétiens sont à la merci de dénonciations, de mouvements populaires d'hostilité, mais pas d'une volonté d'éradiquer complètement leur religion, dont l'expension numérique au cours de cette période reste mal connue.

     Vers le milieu du IIIème siècle, la situation des chrétiens change. Le monde romain connaît une grave crise. Différents empereurs vont tenter de maintenir coûte que coûte l'unité menacée de l'empire - aux dépends de ceux qui, malgré leur nombre grandissant, sont encore perçus comme un danger. Les persécutions, jusqu'alors sporadiques, prennent dès lors une tournure systématique.

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 21:02

Regards modernes : iconographie de la persécution des chrétiens à Rome


    Le christianisme ayant pris la place que l'on sait, il est intéressant de se demander quelle image s'est peu à peu construite, dans l'iconographie occidentale, des rapports entre les Romains de l'Antiquité et les premiers chrétiens. 
      
Le thème du martyre a dès le Moyen-Âge occupé une place importante ; on a bien sûr continué à représenter des chrétiens mis à mort pour leur foi au long des siècles, mais on note un regain d'intérêt très important pour le sujet au XIXème siècle. C'est à ces deux périodes que cette page est consacrée.
     
Néron, le premier persécuteur, a particulièrement marqué les mémoires. La monstruosité du caractère de l'empereur, responsable de nombreux crimes, a dû jouer un rôle, le fait qu'il ait été le premier à ordonner, à Rome, l'exécution de chrétiens, aussi. Mais l'abondance des représentations est liée en premier lieu au rôle que la légende lui fait jouer dans le martyre des apôtres Pierre et Paul.

Néron, Pierre et Paul : représentations médiévales

    Au Moyen-Âge, les scènes représentées suivent des règles iconographiques précises : gestes, vêtements, objets ont une signification, codée avec précision. Les personnages, les décors, les costumes ne renvoient pas à l'Antiquité mais à l'époque où la peinture est réalisée.

Le mal absolu

    Très tôt, Néron va être dépeint comme un monstre sanguinaire et incarner le mal absolu : on le voit ordonner la mort de Sénèque, faire éventrer le cadavre de sa mère Agrippine (qu'il a fait assassiner), ou se donnant la mort, acte considéré alors par l'église comme le plus inexpiable des crimes.

Crimes de Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 349), France, XVème siècle (BNF, département des manuscrits) sur la même image, morts de Sénèque, d'Agrippine et de Néron.

La comparution de Paul et Pierre devant Néron

    Cette scène est fréquente, parfois accompagnée de la mise à mort de l'apôtre. Paul apparaît souvent seul, mais les deux apôtres sont aussi confrontés ensemble à l'empereur.

Cultes étrangers à Rome ToymCultes étrangers à Rome Dt68
Saint Pierre et saint Paul devant Néron, XIIème siècle


Saint Paul devant Néron, Bible, (cote : Avranches- BM - ms. 0003), vers 1210-1230 (base enluminures)
Cultes étrangers à Rome Sj9k


Saint Paul devant Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 309), France, XVème siècle.
Cultes étrangers à Rome Rc08


Saint Pierre et saint Paul devant Néron, Vie de Saints (cote : Français 183, fol. 14), France, 1er-2e quart du XIVème siècle 
Cultes étrangers à Rome T055


Saint Paul devant Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 314v), France, XVème siècle 
Cultes étrangers à Rome Rc08


(BNF, département des manuscrits)

Mandragore, base des manuscrits enluminés de la BnF 

Cultes étrangers à Rome Ovuk

Les collections de la Bibliothèque nationale de France abritent plusieurs dizaines de milliers de manuscrits dont le décor constitue l’un des plus riches musées de peinture au monde. Par leur grande variété et leur intérêt iconographique, ces images composent aussi une véritable encyclopédie visuelle de leur temps.

En accroissement continu, Mandragore compte aujourd’hui plus de 170.000 notices analysant des œuvres conservées au Département des manuscrits et à la Bibliothèque de l’Arsenal, et dont les plus anciennes remontent à l’Égypte pharaonique et les plus récentes à l’époque contemporaine. Leur indexation repose sur un vocabulaire de plus de 18.000 descripteurs.

Chaque notice comporte de nombreuses données relatives au décor, y compris l’environnement textuel, et les conditions de production, lieu et date, nom d’artiste lorsqu’il est connu. Actuellement plus de 80.000 de ces notices sont accompagnées d’une image numérisée.

La recherche est facilitée par la page d’aide fournissant un certain nombre de précisions, par les index accompagnant la plupart des champs interrogeables et, pour l’iconographie, par le classement thématique des descripteurs.


Le châtiment de tant de crimes

    Sur une même image, les enlumineurs peignent d'une part la mort de Paul, décapité, à laquelle l'empereur assiste, le glaive brandi, et d'autre part l'apparition de Paul ressuscité, tenant d'une main l'épée de justice et montrant le ciel à Néron :

 Saint Paul apparaissant à Néron, Incentius bellovacensis, speculum historiale (cote : Français 50, fol. 315v), France, XVème siècle (BNF, département des manuscrits) 


Car les forfaits de Néron ne restent pas impunis. Pour avoir fait mettre à mort les deux envoyés de Dieu, il est promis à des tourments éternels, livré à des monstres démoniaques :

 Châtiment de Néron, Vie de saint Denis, (cote : 1098, fol. 34), France, milieu du XIIIème siècle (BNF, département des manuscrits)

L'enluminure suivante présente, en haut, le martyre de Pierre, qui, suivant la légende, fut crucifié, mais la tête en bas, car il se jugeait indigne de mourir de la même façon que son dieu. En dessous, Néron est emmené vers les feux de l'enfer :

 Châtiment de Néron, Ivo de sancto dionysio, vita et passio beati dionysii, (cote : Français 2091, fol. 64v), France, XIVème siècle - 1317 (BNF, département des manuscrits)


Des thèmes récurrents au travers des siècles

    Les siècles suivants continuent de trouver leur inspiration dans ces représentations. Ainsi, la confrontation de Pierre et de Néron, peinte au quattrocento - c'est-à-dire à la période de la Renaissance italienne - par Filippino Lippi (Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence), montre une évolution dans la peinture de l'épisode. On note en particulier la volonté de donner de Néron une image qui ressemble aux portraits antiques :

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Saint Pierre devant Néron, Filippino Lippi, XVème siècle

Des monnaies permettent d'apprécier cette ressemblance :

Page présentant les douze césars (voir Néron au bas de la page). Roman Numismatic Gallery.

Liens :

http://www.romancoins.info/12C-JulioClaud.HTML

http://www.romancoins.info/Content.html


 Ces représentations, qu'elles soient médiévales ou plus tardives, de la persécution des apôtres Pierre et Paul sont d'ordre mythique, puisque reconstruites à postériori, transmises par la tradition, et mettant en scène des envoyés de dieu confrontés à la force brutale du pouvoir temporel. 

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Le martyre de Saint Paul, Parmesan, XVIème siècle
La Séparation de Saint Pierre et de Saint Paul allant au martyre, G. Lanfranco, XVIIème siècle



Les martyrs vus par le dix-neuvième siècle

Toucher la sensibilité

    Le XIXème siècle a vu naître un vif regain d'intérêt pour les martyrs chrétiens, particulièrement en France. En effet, des restes trouvés dans les catacombes sont reconnus, sans véritables fondements historiques, comme ceux de saints morts pour leur foi. Ces reliques de corps saints - près de trois cents dans le deuxième quart du siècle en ce qui concerne la France - sont recueillies et transportées dans les paroisses, les couvents : " Le corps saint est une page blanche où s'inscrit librement la piété des fidèles, un itinéraire hagiographique potentiel, celui du martyre, que l'imagination dévote n'a cessé d'avoir retracé. " ( Ph. Boutry, MEFRM, Tome 91-1979-2, p.882). Cette exaltation du thème du martyre a pour but de éveiller la ferveur, de susciter un retour à la foi des origines en affermissant l'attachement à Rome. Le saint - dont souvent on ignore jusqu'au nom, qui lui est attribué par l'église - doit toucher la sensibilité par sa jeunesse, sa beauté, sa pureté ; il sera ainsi à même d'édifier la jeunesse et de lui présenter un modèle de sacrifice de soi. 

      Les représentations qui en sont faites privilégient une esthétique de l'émotion. Le contexte historique importe peu, il s'agit d'évoquer une spiritualité basée sur la sensibilité.

Cultes étrangers à Rome Bs35

La base Joconde (Ministère de la Culture), donne accès aux reproductions et aux notices de plusieurs œuvres (entrer la référence de l'œuvre dans le formulaire de recherche en cochant la case " avec image ") :

 RF 1038 : La jeune martyre, peinture à l'huile, Paul Delaroche, deuxième moitié du XIXème siècle, Paris, Musée du Louvre.
 RF 174 : Tarcisius, martyr chrétien, sculpture, Jean Alexandre Joseph Falguière, fin du XIXème siècle, musée d'Orsay, Paris. Cette oœuvre a connu un grand succès en son temps. Elle a fait l'objet de reproductions grandeur nature, de réductions en plâtre et en marbre. Le musée des Augustins à Toulouse en conserve le plâtre (numéro d'inventaire  : RA 950).

Peindre " l'histoire "

    D'autres représentations du martyre des premiers chrétiens appartiennent au genre de la peinture d'histoire. A ce titre, elle ont tenté les artistes, férus d'anecdotes et de détails pittoresques, que l'on qualifie de pompiers. Ils allient alors, dans une mise en scène dramatisée, une thématique religieuse au goût que le XIXème siècle manifeste pour les sujets antiques. Sur la base Joconde :

 RF 102 : Les martyrs aux catacombes, peinture à l'huile, Jules Eugène Lenepveu, 1855, Paris, musée d'Orsay.
 INV 20042 : Martyrs chrétiens entrant à l'amphithéâtre, peinture à l'huile, Léon Bénouville , 1855, Paris, musée d'Orsay.
 PFH-604 : La communion des premiers chrétiens, peinture à l'huile, Octave Tassaert, 1851, Bordeaux, musée des Beaux-Arts


 La dernière prière des martyrs, Jean-Léon Gérôme, 1883. Ce tableau de grande taille (88x150cm), qui appartient au musée de Baltimore, devient rapidement très célèbre, et est reproduit sous forme d'une carte postale vendue à Rome, en noir et blanc d'abord, puis sous forme de dessin colorié. Aujourd'hui encore, il illustre des pages web consacrées au martyre des premiers chrétiens.

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 21:02

La diffusion du christianisme au Ier siècle ap. J.-C.

Les ressources présentées dans ces pages permettent la construction d'une séquence destinée à des élèves de troisième. Les objectifs sont les suivants :
    - une réflexion sur les sources : examen critique / notion d'historicité ;
     - une appropriation d'éléments culturels de base sur le christianisme (naissance, diffusion) et sur l'attitude du monde gréco-romain vis-à-vis d'une religion nouvelle ;
     - une recherche sur la construction d'un mythe : la persécution des premiers chrétiens, autour des personnages de Pierre, Paul et Néron.

Il est possible de faire appel à des textes latins uniquement, les textes grecs étant donnés en traduction, ou à des textes en grec et en latin. Il peut s'avérer intéressant de proposer les textes bibliques, ou certains textes apocryphes, dans les deux langues en vis-à-vis, dans le cas d'un enseignement conjoint, mais aussi pour faire prendre conscience aux élèves du rôle de chacune de ces langues dans le monde antique et dans la diffusion des textes chrétiens.  


Existence historique de Jésus : les sources

La vie de Jésus : situer géographiquement et historiquement sur une carte et une frise chronologique qui seront complétées tout au long de la séquence.

     Frise chronologique  format pdf ; fiche format rtf. 
Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/activites/frise.rtf


L'étude des textes grecs

     Textes

 Flavius Josèphe, Antiquités juives, XVIII, 63-64 (publié en 93-94) Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/flavius-joseph.pdf

Justin, Première apologie, XLXVIII, 8-10, rescrit d'Hadrien sur les persécutions. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/justin2.pdf 


Activité

Flavius Josèphe, un texte authentique ? format pdf ; fiche format rtf. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/activites/flavius-j.rtf

Ce texte est controversé et son authenticité mise en doute. On gagnera à se référer par exemple à l'introduction de l'Histoire du christianisme (sous la direction de J.-M. Mayeur, Ch. et L. Pietri, A. Vauchez, M. Venard, Desclée, Paris, 2004), pp. 8-22, qui présente une vue synthétique et accessible sur le sujet et qui adopte la position suivante : « La surcharge chrétienne d'un texte original de Flavius Josèphe est toutefois plus probante qu'un faux. » (p. 10). Texte (grec et traduction) indiquant les passages contestés.


L'étude des textes latins

    Textes

Pline le Jeune, Lettre à l'empereur Trajan (vers 111). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/pline1.pdf   et la réponse de Trajan. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/trajan1.pdf

Tacite, Annales, XV, 44 (vers 116-117). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/tacite7.pdf

Suétone, Vie de Claude, XXV, 4 et Vie de Néron, XVI (vers 120). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/suetone3.pdf


Activité

Étude des sources  format pdf ; format rtf. Lien : musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/activites/histoire2.rtf
   
Textes étudiés pour cette étude : extraits au format pdf ; extraits au format rtf. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/activites/histoire.pdf


À ce stade, il est intéressant de faire noter aux élèves que les textes constituent la source principale d'information et que les témoignages archéologiques des premières décennies de la diffusion du christianisme sont peu nombreux. Les chrétiens des deux premiers siècles suivent pour une grande partie les coutumes juives qui interdisent toute représentation de la divinité : ils « évitent d'édifier des statues, des autels et des temples.» (Celse, Discours vrai, vers 180 ap. J. -C., cité par Origène, Contre Celse, VIII, 17) et, dans les premiers temps, ils se réunissent dans des demeures privées.

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Message  Arlitto Ven 4 Oct - 21:04

La diffusion du Christanisme

Les voyages de Paul : rencontre du christianisme naissant avec le monde gréco-romain

Paul diffuse le message chrétien de vive voix, en parcourant l'est du bassin méditerranéen, ou par des Lettres ou "épîtres". Ces dernières s'adressent en général à des communautés chrétiennes dans lesquelles il a séjourné, mais pas toujours, soit que la communauté à laquelle il s'adresse soit plus large qu'une ville, soit que le lien se fasse par un intermédiaire : ainsi la lettre écrite par l'apôtre Paul aux Colossiens aurait été rédigée après sa rencontre avec Épaphras, évangéliste de l'Église de Colosses. 

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Carte des voyages de Paul

Textes

Discours de Paul devant l'Aréopage, Actes des Apôtres, 17, 22-34, texte grec et latin. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/actes-apotres-17.pdf

Le texte offre plusieurs points d'intérêt : présentation de conceptions et de représentations de la religion différentes de celles des païens, affirmation d'une doctrine (dieu tout puissant, jugement dernier, résurrection des morts), attitude des Athéniens face à cette prédication.

Paul, citoyen romain : Actes des Apôtres, 22, 22-29, texte grec et latin. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/actes-apotres-22.pdf
Ce texte, qui fait suite à la harangue de Paul aux Juifs de Jérusalem, permet d'étudier les rapports politiques et religieux entre Juifs, chrétiens et Romains.


Activités

Recherche documentaire sur l'apôtre Paul  format pdf ; format rtf. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/activites/recherche.rtf

Diaporama : lecture des Actes des Apôtres, 22, 22-29 (texte latin)    format ppt : texte au format rtf. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/actes-apotres-22.rtf


Des textes chrétiens en cours d'élaboration

Comparer les textes des évangiles canoniques et des évangiles apocryphes permet de faire prendre conscience d'un processus d'élaboration d'un corpus fermé qui retient certains textes et en écarte d'autres. C'est aussi l'occasion d'apporter des éclairages sur la transmission des textes.

   Textes : récits de la naissance et de l'enfance de Jésus

Le Nouveau Testament : Luc, II, 1-14, la naissance de Jésus, texte latin et grec. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/luc.pdf

Évangile apocryphe : Protévangile de Jacques, XVII,1 à XIX, 2 (lien externe, traduction française). Lien : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/jacques.htm
      Adresse : http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/jacques.htm 

On peut également rapprocher le texte suivant : Luc, 2, 41-52 de l'évangile du Pseudo Thomas, II, 1 à V, 1 (lien externe, traduction française), bien que ce dernier soit plus tardif.
      Adresse : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Apocryphes/pseudoth.html


Liens

Torah, Bible, Coran, livres de parole, exposition virtuelle de la BNF
     Adresse : http://expositions.bnf.fr/parole/index.htm

On peut consulter en particulier :
     - « arrêt sur...» le christianisme (textes fondateurs, transmission, diffusion) ;
     - « gros plans » sur l'écriture latine, et sur la Bible chrétienne (étapes de la rédaction, fixation du canon et transmission)

Texte de la Vulgate de Jérome, sur le site de la Bibliotheca Augustana
      Adresse : http://www.hs-augsburg.de/~harsch/Chronologia/Lspost04/Hieronymus/hie_v000.html 

Lexilogos : des liens vers des versions de la Bible en hébreu, en grec, en latin... Certains sites donnés en lien permettent de comparer différentes versions des textes. 
      Adresse : http://www.lexilogos.com/bible.htm

Eduscol : article sur la formation des textes bibliques, le Nouveau Testament
      Adresse : http://eduscol.education.fr/D0126/fait_religieux_quesnel.htm

Codex Sinaiticus
      Adresse : http://www.codex-sinaiticus.net/en/

Chester Beatty Library (Dublin)
     Adresse : http://www.cbl.ie/Collections/The-Western-Collection/Papyri/Biblical.aspx


Premières persécutions : mythes et réalités

La persécution des chrétiens sous Néron ; le martyre de Pierre et de Paul à Rome

Si Tacite relate la persécution des chrétiens par Néron, c'est la tradition chrétienne qui rapporte que Pierre et Paul furent martyrisés à Rome, puis y furent enterrés.

Le premier texte connu à évoquer leur mort est la Lettre aux Corinthiens de Clément, écrite en grec vers 96. Il est intéressant de montrer aux élèves comment le récit de leur mort s'étoffe au cours du temps.

Les actes apocryphes donnent une version imagée, où le merveilleux tient une place importante, du sort de Pierre et Paul. Ainsi, le Martyre des saints apôtres Pierre et Paul fait état d'une rencontre directe entre Néron, Pierre et Paul, et relate leur confrontation avec le mage Simon, avant leur condamnation par l'empereur. On trouve des récits similaires dans d'autres textes apocryphes : 

le Martyre de Pierre, le Martyre de Paul. Très vite, le rôle personnel de Néron est mis en relief, et l'empereur présenté comme l'Antéchrist.


Textes

Tacite, Annales, XV, 44 (ce texte fait suite à celui étudié plus haut ; un fichier donne les deux passages à la suite). Liens : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/tacite5.pdf http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/tacite6.pdf

Clément, Lettre aux Corinthiens, V (fin du Ier siècle). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/clement.pdf

Tertullien, De la prescription contre les hérétiques, I, 1-5 (vers 200). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/tertullien.pdf

Martyre des saints apôtres Pierre et Paul (Pseudo-Marcellus, première moitié du IIIe siècle ?), texte latin et traduction française. Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/Passio.pdf 

Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, XXV,5 (Eusèbe de Césarée : v. 265 - v. 340). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/textes/eusebe1.pdf

Ernest Renan, L'Antéchrist (1873). Lien : http://www.cndp.fr/archive-musagora/religion/religionfr/sequence-christianisme/textes/renan.pdf


Activités

Chrétiens dans l'arène, carte postale, d'après un tableau de Gérôme, XIXe siècle.

Lecture d'extraits de Quo Vadis, de Henryk Sienkiewicz. Ce dernier s'est inspiré d'un épisode rapporté par Ambroise (Lettres, Sermo contra Auxentium de basilicis tradendis) et par les Actes de Pierre ; figurent dans ce texte les mots de la question « Quo vadis ?» qui a donné son titre au roman et est adressée par Jésus à Pierre. Ce dernier a été porté à l'écran plusieurs fois, en particulier par Mervyn LeRoy, en 1951.


question « Quo vadis ?» qui a donné son titre au roman et est adressée par Jésus à Pierre. Ce dernier a été porté à l'écran plusieurs fois, en particulier par Mervyn LeRoy, en 1951.

   Liens

Ambroise, Sermo contra Auxentium de basilicis tradendis, texte latin Bibliotheca Augustana
      Adresse : http://www.hs-augsburg.de/~harsch/Chronologia/Lspost04/Ambrosius/amb_ep21a.html 

Clément,  Lettre aux Corinthiens : traduction en ligne (éditions du Cerf)
      Adresse : http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/5524/TM.htm

Martyre des saints apôtres Pierre et Paul, texte latin
    Adresse : http://webpages.ursinus.edu/jlionarons/wulfstan/PsMarcellus.html


Pierre et Paul à Rome : des traces dans la ville

    Les sites les plus anciens et les plus connus sont les lieux de sépulture présumés des apôtres : la basilique Saint-Pierre, et Saint-Paul-hors-les-murs.

Article : « Pierre et Paul aux origines de l'Église de Rome »
    Adresse : http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/pierre_et_paul_aux_origines_de_l_eglise_de_rome.asp 

Article : « La tombe de Saint Pierre » (en anglais ; intéressante iconographie)
    Adresse : http://www.stpetersbasilica.org/Necropolis/MG/TheTombofStPeter-1.htm#intro 

    La ville de Rome garde de multiples traces de la tradition qui situe les dernières prédications et la mort de Pierre et de Paul à Rome. En voici quelques exemples :

- la maison qu'ils auraient occupée sur les pentes du Caelius, où l'on peut encore visiter, sous l'église Saint-Jean-et-Paul, des vestiges d'habitat romain ;
- la prison Mamertine, où ils auraient été enfermés ;
- des reliques : les chaînes exposées dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens.

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Inscription, église Saint-Jean-et-Paul, Rome

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Situation de la prison Mamertine, Forum

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Plaque de rue, Rome

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Prison Mamertine, Rome

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Chaines, église Saint-Pierre-aux-Liens, Rome

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