Sceau d'un roi ammonite

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Sceau d'un roi ammonite

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:46

Sceau d'un roi ammonite
 

Ammon et Moab règnent sur des territoires situés à l'est du Jourdain (actuelle Jordanie). Pour l'ancien Israël, ce sont des voisins turbulents. Les Ammonites surtout lui opposent une résistance armée. L'histoire du malheureux Jephté, qu'un vœu imprudent contraint d'immoler sa fille unique (Jg 10,6 à 12,7), est au cœur de cette lutte.
     Ammonites et Moabites, hostiles aux Israélites, accusent pourtant des airs de cousinage avec eux, car leurs langues sont apparentées à l'hébreu. Ce lien de « parenté » s'explique aussi par leurs origines légendaires. Ammonites et Moabites ne sont-ils pas issus de l'union incestueuse d'un père ivre (Gn 19,30-38), Lot, avec ses filles? Souvenons-nous que Lot était le neveu d'Abraham (Gn 11,27). Un incident qui donne aussi le sens des noms : Moab et Ammon. Le premier signifie « issu du père »; le second, « mon parent ».
Sur fond de guerre
     Deux drames marquants de l'histoire politique et religieuse d'Israël illustrent les rapports tendus entre Israélites et Ammonites. Le premier se joue au temps du roi David. Alors que les Ammonites lui font la guerre, il commet l'adultère avec Bethsabée, femme d'un certain Urie et future mère de Salomon (2 S 11). Il faut lire et relire l'émouvant discours du prophète Natân au roi David, grandi par son repentir (2 S 12,1-13).
     Un deuxième événement se situe au temps de Jérémie. En 586 av. J.-C., Nabuchodonosor détruit Jérusalem et déporte une bonne partie du peuple. Il nomme un certain Godolias gouverneur du pays dévasté. Mais un complot se trame contre celui-ci : Ismaël assassine Godonias (2 R 25,22-25), fils d'Ahiqam, protecteur et grand ami de Jérémie (Jr 26,24). Pas étonnant, donc, que l'assassinat de Godolias soit rapporté en détail dans le livre même du prophète (Jr 40,13 à 41,3).
     Le livre de Jérémie nous apprend, entre autres faits, que l'assassin, Ismaël, agissait sous les ordres d'un certain Baalis, roi des Ammonites (40,14) qui tenait Godolias pour un collaborateur de l'ennemi!
Qui est Baalyisha?
     Cette introduction sur les Ammonites n'est pas inutile. En dehors de l'Ancien Testament, rares sont les renseignements sur eux. Voici que tout récemment, à Londres, un trafiquant jordanien vend un sceau à un collectionneur. Celui-ci s'empresse de le porter à la connaissance des historiens, vu son grand intérêt.
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     Nous pouvons lire le sceau sans difficulté. L'objet est taillé dans une agate brune, striée de lignes blanches. Une perforation permet de le porter au doigt, comme une bague ou au cou, suspendu par une chaînette. Le motif se présente en trois régistres, séparés par des doubles lignes. Un sphinx (lion ailé à tête humaine) occupe le centre. Les anciens l'appellent « chérub » ou chérubin (pluriel), nom d'un génie associé aux trônes divins ou royaux. Le mot melek (roi) s'intercale entre le Baalyisha (nom propre) de la première ligne de l'inscription et lebené Ammon (Ammonites) de la troisième. Des éclats sont disparus dans le coin gauche en haut, et sur le bas, mais il reste suffisamment de traces des lettres manquantes pour justifier la lecture que nous proposons.
     Impossible d'en douter : le propriétaire de ce sceau, Baalyisha, est le Baalis du récit de Jérémie. Sous cette forme tronquée, le nom n'a aucun sens. L'auteur semble éviter une allusion à Baal sauveur (Baalyisha), car qui peut sauver sinon Yahveh? D'ailleurs, dans la traduction grecque du livre de Jérémie, on lit Belisa, ce qui laisse supposer un Baalyisha ou le dieu « Baal sauve ». En effet « Baal » devient « Bel » en grec, et le son sh devient s! Exactement ce que nous lisons sur le sceau.
     Tenir en main le sceau personnel d'un roi ammonite tragiquement impliqué dans l'histoire d'Israël, vers 580 av. J.-C., ça vaut son pesant d'or!
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Re: Sceau d'un roi ammonite

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:46

Un sceau et son énigme
 

Il contemple l'objet insolite... Son authenticité est assurée mais, évidemment, le lieu de la découverte, inconnu. Nous sommes au début des années 60, chez un antiquaire de Jérusalem, et le riche touriste se trouve en présence d'un sceau, unique en son genre, dont il s'empresse de faire l'acquisition.
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Le sceau (dessous et profil)

     La pièce a la forme d'un scarabée, comme la majorité des sceaux anciens; elle a été taillée dans une cornaline rouge veinée de blanc. Son état de conservation serait parfait, sans cette petite cassure au coin droit. L'inscription du nom du propriétaire est très claire et se lit LcZRYW HGBH, ce qui signifie À cAzaryô HGBH, le dernier mot étant laissé intraduit, car c'est là une partie de l'énigme! Sous le nom, on a incisé avec beaucoup de précision l'image d'une sauterelle, ce qui complète l'énigme! Seule la forme des lettres permet de dater ce sceau, vu que nous ne connaissons pas le contexte de la trouvaille; sur ce point, il ne fait pas de doute qu'il remonte à la fin du VIIIe siècle avant J.-C.
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Reproduction de l'empreinte du sceau

     Le nom du propriétaire est cAzaryô, ce qui signifie « Yahvé a aidé ». Ce nom est fréquent dans toute l'histoire d'Israël, jusqu'au seuil du Nouveau Testament, puisque le nom de « Lazare » en est l'évolution directe. Sa forme la plus commune est cAzaryahu; ces deux façons différentes d'abréger le nom de Yahvé présentent un intérêt pour l'historien, car la forme -yahu est la seule connue en Juda, au sud, alors que la forme -yô se rencontre souvent dans le royaume du nord, Israël. Une telle particularité linguistique, propre à l'un des royaumes, donne à penser que les divergences culturelles expliquent, au moins en partie, leur schisme à la mort de Salomon en 931 avant J.-C. Cette séparation politique a marqué le reste de l'histoire du peuple de Yahvé.
     Le deuxième nom inscrit est pour le moins mystérieux : HGBH. D'après la formule classique de ces inscriptions sur sceaux, ce mot doit correspondre au nom du père du propriétaire; on écrit parfois le mot ben (fils) devant ce deuxième nom, mais on l'omet tout aussi souvent. Dans le cas présent, ce mot ne peut représenter un nom propre de personne, car il comporte l'article défini H (le/la); le substantif étant défini (GBH) peut alors référer soit à une fonction, soit à un quelconque qualificatif du personnage.
     L'idée que GBH puisse correspondre à une fonction n'est pas retenue, car aucun sens de la racine du mot ne permet une telle hypothèse. On se tourne donc vers l'idée d'un qualificatif d'cAzaryô. En lisant le mot comme ha-gôbâh « le grand », on suppose alors que le personnage était de taille imposante! Mais pourquoi alors utiliser un adjectif très rare pour désigner le concept de grandeur? On est donc hésitant à proposer une telle solution au problème.
     Il semble donc qu'il nous faille songer à y voir l'expression d'un surnom, pour les raisons suivantes. Tout d'abord, pourquoi le propriétaire du sceau a-t-il voulu y faire inciser ce joli motif de sauterelle, qui ne figure que très rarement sur ce genre d'objet? On peut y voir là une intention calculée. En effet, un des mots pour désigner la sauterelle est gôbay (hébreu) et gôbâ(araméen) : d'après les lois de la langue hébraïque, on pourrait aussi bien avoir un gôbâh, qui ne serait qu'une différence dialectique, entre le sud (Juda) et le nord (Israël); n'est-ce pas sur le nord que l'influence de l'araméen a été la plus forte? Ajoutons qu'au IVe siècle avant .J-C. des judéens portent justement le nom de Gôbâ, au temps où la langue araméenne est omniprésente en Syrie-Palestine (Esd 2,45-46; Ne 7,48; etc.).
     Ainsi, il est proposé de voir dans cette « sauterelle », à la fois sous sa forme écrite et sous sa forme graphique, le surnom d'cAzaryô, pour une raison que l'énigme continuera à nous cacher. Ne serait-il pas possible d'y voir tout simplement un nom de famille? La tentation est forte de le proposer, mais à une date si éloignée cette coutume n'est pas encore connue. Pour l'heure, contentons-nous de l'hypothèse d'un surnom, que le propriétaire a, de plus, choisi comme emblème personnel! L'énigme n'est donc levée que partiellement.
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Re: Sceau d'un roi ammonite

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:47

Une signature royale

Dans l'Antiquité, des particuliers autant que des personnages officiels authentifiaient leurs documents par l'impression d'un sceau sur des pastilles de glaise (bulles). Nous en connaissons des centaines en Israël, certains ayant appartenu à des personnages de l'Ancien Testament. Parfois on a retrouvé le sceau lui-même, grande convoitise des collectionneurs. Récemment, à New York, un de ces sceaux a été vendu à prix d'or (des milliers de dollars). Il s'agit, de toute évidence, du sceau du premier ministre d'Osée, le dernier roi d'Israël (732-724 av. J.-C.).
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Le sceau (à gauche) et son empreinte

L'homme en marche
     Observons les différents motifs du sceau finement taillé dans une calcédoine orange. Au centre, un homme en marche esquisse un geste de la main droite alors que, de la gauche, il tend une sorte de sceptre à fleur de lotus. Il coiffe une perruque. Son port et son vêtement, une jupe, sont de style égyptien, ce qui est fréquent à cette époque, même en Israël. Sous ses pieds, un soleil ailé, autre motif égyptien. De nombreux artistes étaient alors influencés par cet art merveilleux du pays voisin, au sud. L'identification du propriétaire est en bel hébreu typique de la deuxième moitié du VIIIe siècle (750-700 av. J.-C.). Le nom et le titres inscrits se lisent facilement aussi bien derrière le personnage (malgré une échancrure) que devant: « À Abdi », une forme abrégée pour Abdiyo, signifiant « Serviteur de Yahweh », un nom courant à l'époque, et « Serviteur (ebed) d'Osée (Hoshéa) ». Le mot serviteur, présent sur d'autres sceaux, désigne un ministre royal, une sorte de « premier ministre ». Le nom propre qui suit (Osée) doit donc être celui de son roi. Et le dernier roi d'Israël ne portait-il pas ce nom (tout comme un prophète du VIIIe siècle)?
Osée
     L'Ancien Testament et des textes assyriens nous apprennent du personnage qu'il prit le pouvoir par un coup d'état, en 732 (2 Rois 15,30), avec l'appui du roi d'Assyrie. Celui-ci exige cependant d'Israël un lourd tribut si bien que, vers 727, Osée s'allie au roi d'Égypte pour s'affranchir du joug assyrien. Salmanasar, nouveau roi d'Assyrie, après l'avoir emprisonné (2 Rois 17,3-4), assiège la ville de Samarie (en 724). Ce malheureux Osée mourut en captivité, sans que nous sachions si ce fut avant ou après la chute de Samarie qui entraîna la disparition du royaume d'Israël (en 721).
     C'est donc bien émouvant de lire, sur un sceau, le nom de ce dernier roi de la plus grande partie de la terre promise au peuple de Yahweh!
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Re: Sceau d'un roi ammonite

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:47

Le sceau de Yerahméel, fils du roi
L’objet d’une chroniques antérieure avait porté sur la découverte de l’empreinte d’un sceau, inscrit au nom d’un certain [ltr]Baruk, fils de Nériah, le scribe[/ltr]. D’après la forme des lettres, le sceau doit être daté vers la fin du VIIe siècle ou au début du VIe, donc au temps du prophète Jérémie; il se pourrait donc que nous soyons en présence du sceau de ce Baruk, scribe et ami de Jérémie, qui fut celui qui a copié la première collection des oracles du prophète (Jr 36,4ss).
     Cette empreinte faisait partie d’un lot de bulles découvert en Judée, mais sans plus de précision sur sa provenance. On appelle « bulle » une petite boule de glaise qui a servi à sceller les ficelles d’un rouleau de parchemin ou de papyrus : on voit très bien les traces de ces ficelles et des fibres du papyrus sur un des côtés de la glaise, et l’empreinte du sceau sur l’autre côté. La présente chronique veut attirer l’attention sur une autre bulle qui faisait partie du même lot.
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L’empreinte du sceau

     L’empreinte laisse bien voir un sceau allongé comportant deux lignes d’écriture séparées par une double ligne, comme il arrive souvent sur les sceaux israélites du VIIIe au VIe siècles. L’écriture est très nette et ne présente aucune difficulté pour sa lecture : le sceau est inscrit au nom de Yerahméel, fils du roi.
     Le titre « fils du roi » est bien connu dans l’Ancien Testament, comme désignation générale d’une classe élevée de la société israélite; par contre, seuls quatre personnages précis en sont qualifiés (1 R 22,26; Jr 36,26; 38,6; 2 Ch 28,7). Actuellement le titre est attesté sur six sceaux israélites, dont celui de Yerahméel. On est d’accord, en principe, pour voir là la désignation d’un prince, sans pouvoir pour autant préciser la fonction politique que de tels personnages exerçaient au sein du royaume.
     Le nom propre « Yerahméel », qui signifie Dieu aime ou a compassion, est aussi bien connu dans l’Ancien Testament, mais une fois seulement un personnage ainsi nommé est aussi qualifié de « fils du roi », dans les termes exacts de notre sceau. Il s’agit de ce « Yerahméel, fils du roi » que le roi Joiaqim envoie pour arrêter Jérémie et son fidèle ami, « [ltr]Baruk, fils de Nériah , le scribe[/ltr] » : « Joiaqim ordonna à Yerahméel, fils du roi, à Serayahu, fils de Azriel, à Shelemyahu, fils de Abdéel, de saisir Baruk, le scribe, et Jérémie, le prophète. » (Jr 36,26) Une chronique antérieure avait donné les raisons qui nous invitaient à identifier le Baruk du sceau avec le Baruk de Jérémie 36. Comme le sceau de Yerahméel a été trouvé avec celui de Baruk, nous sommes donc encore fortement enclins à voir le même personnage dans ces deux instances. Il faut ajouter que la forme des lettres du sceau de Yerahméel est de la même époque que celle du sceau de Baruk, soit à la fin du VIIe ou au début du VIe siècle. Il est donc passionnant de trouver ainsi deux empreintes de sceaux authentifiant des documents israélites vers la fin de la monarchie, dont les propriétaires se trouvent réunis dans un même verset du livre de Jérémie, et définis par les mêmes titres.
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Re: Sceau d'un roi ammonite

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:47

Le sceau d’un scribe bien connu
Ces dernières années, on a fait la découverte d’un nombre étonnant d’empreintes de sceaux israélites de la période pré-exilique. La présente chronique en a signalé quelques-unes, dont celles de deux personnages qui ont joué un rôle important dans l’incident du rouleau des prophéties de Jérémie que le roi Joaiqîm a fait brûler (Jr 36) : il s’agit de [ltr]Baruk, scribe et ami de Jérémie[/ltr], qui inscrivit le rouleau sous la dictée du prophète lui-même et de [ltr]Yerahméel, fils du roi[/ltr], qui avait reçu l’ordre d’arrêter Jérémie. Ces deux sceaux faisaient partie d’un même lot de 255 empreintes provenant d’un site inconnu de Juda, apparu à la fin des années 70.
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La bulle ou empreinte du sceau de Gemaryahu

     L’archéologue israélien Y. Shiloh découvrit 51 nouvelles empreintes en 1982 au pied de la citadelle de David, à Jérusalem, lors d’une campagne de fouilles. Il est incontestable que ce nouveau lot date de la même période que le premier, soit fin du VIIe et début du VIe siècle. Cette date est confirmée de façon assurée par le fait que ces empreintes étaient réunies sur le sol d’une maison incendiée en 587, lors de la conquête de Jérusalem par Nabuchodonosor; les documents scellés ont brûlé, mais le feu a durci les pastilles de glaise sur lesquelles les sceaux étaient apposés.
     Une de ces empreintes porte le nom de Gemaryahu fils de Shafan qui doit correspondre à un troisième personnage de l’incident du rouleau de Jérémie, en 605. En effet la première lecture du rouleau fut faite par Baruk dans le bureau d’un certain « Gemaryahu, fils de Shafan, scribe » (v. 10). Ce Shafan est identifié avec raison au scribe du même nom qui lut à Josias le rouleau de la loi deutéronomique découvert par le prêtre Hilqiyyahu, en 622, et qui fut actif dans la réforme religieuse qui s’ensuivit (2 R 22). Son fils Gemaryahu est parmi ces dignitaires de Joiaqîm qui s’émeuvent à la lecture des oracles de Jérémie (vv. 11-20) et tâchent d’empêcher le roi de les lacérer et de les jeter au feu (vv. 21-25). Le père et le fils étaient donc favorables à la politique réformatrice de Josias et sans doute troublés par l’infidélité notoire de son fils et successeur, Joiaqîm. On comprend facilement que Jérémie a été bien vu par Shafan, puisqu’il appuya sans équivoque la réforme de Josias; le fils de Shafan, Gemaryahu, se révèle aussi un solide appui à Jérémie dans sa critique de Joiaqîm et tenta même de lui faire éviter l’arrestation. Il est donc remarquable qu’en moins de dix ans on ait fait la découverte des empreintes de sceaux personnels de trois dignitaires mêlés à un événement capital dans la vie du prophète Jérémie.
     Avec ces empreintes, Shiloh a pu recueillir plusieurs vases de céramique éparpillés sur le sol. Deux de ces vases, hauts de 30 et 35 cm, ont la forme d’une cruche à la panse passablement arrondie et avec une base en trompette : c’est là un nouveau type de jarre encore inconnu. Une autre caractéristique de ces jarres : des trous ont été pratiqués, avant cuisson, à la base de la panse. Ces trous font donc partie du dessein premier de leur fabrication : ils remplissent une fonction volontaire. L’archéologue Shiloh croit que ces jarres servaient à la conservation des documents roulés et scellés; les trous permettaient à l’air de circuler et contribuaient ainsi à garder les parchemins et papyrus dans un milieu plus sec, propice à la conservation de tels matériaux.
     D’ailleurs une telle pratique est clairement mentionnée dans un texte de Jérémie (ch. 32). Quelques mois avant la chute de Jérusalem, en 587, Jérémie achète un champ à un cousin dans son village natal, Anatot. Le prophète demande à son fidèle ami, Baruk, de rédiger l’acte officiel d’achat qu’il doit sceller, sans doute, avec son sceau personnel de scribe. Puis Jérémie donne à Baruk cet ordre précis : « Prends ces documents, cet acte d’acquisition, l’exemplaire scellé comme la copie ouverte, et mets-les dans un vase de terre, de façon qu’ils se conservent longtemps. » (v. 14)
      Ainsi, on pourrait facilement penser que la maison au pied de la citadelle de David, sur laquelle était construit le palais du roi, pourrait bien être la résidence d’un de ces scribes officiels, où certains documents d’usage privé pouvaient être conservés, comme chez un notaire. Les documents officiels de l’État étaient conservés dans des archives, à proximité des cours du temple.
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Re: Sceau d'un roi ammonite

Message  Arlitto le Mer 2 Mar - 15:47

Le sceau du maître des chœurs?
Le professeur F.M. Cross, bien connu des savants du Proche-Orient ancien, a publié un sceau israélite que possède le Harvard Semitic Museum (Boston). On ne sait pas très bien comment il est arrivé dans cette collection, et personne ne s’était encore intéressé à sa valeur. Pourtant, il s’agit d’un objet tout à fait unique par plus d’un trait, et d’un témoin d’une fonction encore inconnue dans ce type de documents que sont les sceaux, instruments de signatures officielles et autorisées.
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À gauche, première face du sceau permettant une lecture directe avant l’utilisation.
À droite, seconde face du sceau, inscrite en négatif, permettant de sceller les documents.

     Le sceau aurait été trouvé dans une tombe dans la vicinité de Jérusalem. Il est taillé dans un morceau de jaspe rouge veiné de jaspe blanc. Il est de forme ellipsoïdale et bien poli. Une perforation longitudinale permettait à son propriétaire de la suspendre au cou, sans doute.
Plusieurs caractéristiques de ce sceau sont étonnantes. On se serait attendu qu’une bordure encadre l’inscription, comme il est coutumier sur tous les sceaux; normalement une double ligne devrait aussi séparer les deux lignes d’écriture. Un seul sceau connu présente les mêmes traits : il s’agit d’un sceau de la première moitié du VIIIe siècle, au nom d’un certain « Jérémie ».
     Mais ce qui surprend par-dessus tout, c’est que ce sceau est inscrit sur ses deux faces, ce qui est un fait rare, mais dont l’une des inscriptions est au positif, ce qui est un fait unique. Il ne fait pas de doute que cette première face inscrite, que nous appellerons le recto du sceau, ne pouvait pas être utilisée pour sceller un document, car l’impression aurait présenté une inscription au négatif! Elle servait donc uniquement de témoin pour une lecture directe du sceau. La deuxième face inscrite, que nous appelleront le verso du sceau, est bien taillée au négatif, ce qui permet de produire une impression au positif sur le document scellé, ce qui est dans la normalité des choses.
     L’inscription elle-même nous offre des particularités qui méritent d’être soulignées. La première concerne la particule qui précède le nom du propriétaire. À peu près tous les sceaux sont gravés d’un le devant le nom du propriétaire, qui signifie tout simplement à, désignant ainsi la propriété officielle du signataire du document scellé. Cette particule est bien inscrite sur la face au négatif (verso), celle qui servait à sceller, mais elle est omise sur la face au positif (recto), ce qui confirme que cette face ne servait qu’à identifier directement le propriétaire du sceau, mais non à sceller un document quelconque.
     Le nom du propriétaire se lit Miqnêyô, qui signifie : « propriété ou créature de Yahvé ». Le nom n’est mentionné qu’une fois dans l’Ancien Testament, comme le nom de deux chantres que David installa dans le temple de Jérusalem (1 Ch 15,18.21); il est aussi connu sur un sceau et sur une inscription d’Arad au VIIe siècle. Toutefois c’est toujours sous sa forme pleine (Miqnêyahû) qu’il est utilisé, ce qui correspond bien à l’usage en Juda, alors que le Miqnêyô de notre sceau correspond surtout à l’usage du royaume du Nord, Israël!
     La dernière surprise que nous présente ce sceau n’est pas la moindre : il s’agit du titre de ce Miqnêyô : on lit très clairement Ebed Yahweh, « Serviteur de Yahvé ». Il s’agit certainement d’un titre, et non du nom du père du propriétaire qui aurait pu être un « Ebed Yahvé », car un point (.) divise les deux mots, pour qu’aucune confusion ne soit possible.
     À quoi donc peut correspondre ce titre de fonction! Dans l’Ancien Testament, il fait surtout référence à des personnages religieux, comme des prophètes, et surtout ce personnage mystérieux du Deutéro-Isaïe (nous connaissons tous le « Serviteur souffrant »). Jamais le roi ou quelque ministre de ce dernier ne porte un tel titre; quand on spécifie la personne que le propriétaire du sceau sert par quelque fonction il s’agit toujours du roi, jamais de Yahvé! Seuls un sceau araméen du VIIIe siècle et deux sceaux ammonites du VIIe siècle ont un titre semblable : « serviteur de X (nom d’un dieu) ». Jusqu’ici, jamais un tel titre n’était connu en Israël.
     Le professeur Cross écarte le roi et le prêtre, car leurs titres sont bien connus : melek (roi) et cohen (prêtre); aussi on ne les dit jamais serviteur de Yahvé. Je suis tout à fait d’accord avec Cross pour que notre attention se dirige vers quelque fonctionnaire du temple. Le fait de servir directement et officiellement Yahvé nous invite fortement à penser à quelqu’un qui joue un rôle important dans le culte. La référence aux deux chantres installés par David dans le temple (1 Ch 15,18.21) est un indice à prendre au sérieux, car des groupes précis ont tendance à conserver les mêmes noms. Surtout le Psaume 135, dans son invitation d’ouverture à la louange de Yahvé, lors d’une cérémonie au temple, proclame ceci : « Louez le nom de Yahvé, louez, serviteurs de Yahvé, célébrant dans la maison de Yahvé, dans les parvis de la maison de notre Dieu. »
     Chantres et musiciens faisaient partie du personnel cultuel en Israël comme dans tout le Proche-Orient ancien; les psaumes et les livres historiques font très souvent référence à ces ministres d’accompagnement musical. Miqnêyô ne serait-il pas le chef de ces « symphonistes sacrés » (chantres et musiciens), car on ne voit pas pourquoi chacun d’eux aurait eu droit à la possession d’un sceau personnel pour authentifier des documents!
     Comme ce sceau doit être daté du VIIIe siècle, à cause de la forme de l’écriture, nous sommes donc en présence du grand maître des musiciens et choristes de Jérusalem au temps des grands prophètes Isaïe et Michée!
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