La place du sexe dans le Coran

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La place du sexe dans le Coran

Message  Arlitto le Lun 25 Avr - 10:49

La place du sexe dans le Coran: "Deux codes moraux contradictoires" 

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Si la théologie musulmane évoque la sexualité, elle n'est jamais allée jusqu'à explorer le désir, rappelle l'anthropologue et essayiste Malek Chebel.
Quelle place le sexe tient-il dans le Coran et la tradition musulmane? 

"J'ai aimé de votre monde: les femmes, les parfums et la prière", a dit [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], illustrant ce qu'il y avait de plus humaniste et éclairé dans l'islam des origines. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et la tradition, néanmoins, n'abordent à aucun moment le sexe autrement que sous l'angle de la reproduction. Il évoque la question de la sexualité comme thème spécifique dans les sourates II (187, 222), IV (15-16, 21) et XV (68).  


Les thèmes sont extrêmement variés, allant de la chasteté prémaritale à la débauche et à la froideur sexuelle, en passant par l'interdit de l'homosexualité ou de l'adultère. Mais il ne dit rien du désir ou de la satisfaction sexuelle. Les trois siècles de la théologie musulmane, c'est-à-dire les VIIIe, IXe et Xe siècles, n'ont rien fait d'autre que de graver dans le marbre la double attribution sexuelle de l'homme et de la femme, celle de deux êtres reproducteurs. 

Que dit l'islam de l'avortement et de l'adultère? 

Dans l'état actuel des dispositions acceptées par toutes les écoles théologiques, l'avortement est interdit dans le principe même, l'islam étant nataliste comme le judaïsme et le christianisme. Quant à l'adultère, il est stigmatisé à l'extrême. Celui de la femme est condamné sans retenue, l'usage extrémiste en Arabie saoudite ayant déteint sur la plupart des législations nationales. En revanche, l'homme échappe très régulièrement à la condamnation morale qui flétrit l'honneur de la femme. 

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La pudeur est une notion essentielle dans le Coran. Comment s'est-elle conciliée avec la culture arabe du libertinage, que vous avez explorée dans vos livres? 
Ces notions relèvent de plusieurs niveaux différents: le premier est préislamique. En ce temps-là, la pudeur et la chasteté de la jeune femme étaient des vertus essentielles, et constituaient son capital moral. Avec l'arrivée de l'islam, toutes ces questions ont été réévaluées à l'aune de nouveaux mécanismes matrimoniaux - c'est le deuxième niveau. Aujourd'hui, nous fonctionnons avec ces deux codes moraux en même temps. Ce qui provoque des contradictions flagrantes et parfois inextricables, comme c'est le cas en particulier avec [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

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Malek Chebel, ici à Paris en 2006.

AFP PHOTO FRED DUFOUR

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L'islam a-t-il parlé plus crûment du sexe que les autres monothéismes? 
Non. Toutes les questions liées à la sexualité ont été surdéterminées par l'attitude et surtout la mentalité des premiers théologiens. En revanche, des intellectuels arabes et persans, souvent laïcs, ont effectivement évoqué sans fard ce thème, notamment dans Les Mille et Une Nuits ou dans d'autres contes ou récits poétiques mettant en scène l'amour courtois, voire le libertinage. On peut citer Al-Jahiz (Ephèbes et courtisanes), au VIIIe siècle, pour l'homosexualité; les écrits d'Ibn Fulayta, un haut fonctionnaire yéménite du XVe siècle; ou encore le cheikh Mohammed Nefzaoui et son Jardin parfumé, un manuel érotique rédigé, en 1547, pour stimuler la libido du grand vizir de Tunis. On se retrouve en fait face à deux corpus constitués, l'un théologico-moraliste et l'autre moderniste, concret et résolument émancipateur. Selon les périodes et les lieux, c'est l'un ou l'autre qui l'a emporté. 

Est-ce encore le cas à l'époque actuelle? 
Absolument. En Tunisie, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], l'une des premières tentations du mouvement a été de chercher à contrôler l'émancipation féminine. En Egypte, les Frères musulmans n'ont jamais cessé de vouloir contrôler et limiter l'expression du désir de la jeunesse. Et les cas de ce type sont légion. A mes yeux, il ne peut aujourd'hui y avoir de révolution politique ou philosophique ni de révolution sexuelle sans la remise en question de cette mentalité médiévale qui corsète la question du corps et l'empêche de s'épanouir pleinement. 

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Le Coran évoque-t-il le plaisir partagé et la jouissance entre les partenaires? 
Ces sujets n'ont jamais été abordés clairement dans le Coran, qui n'est pas, dans l'absolu, un livre d'amour, mais un livre de prescriptions. Il n'a pas à intervenir à ce niveau des relations intimes. Le plaisir mutuel est une construction idéologique et sociale contemporaine. C'est aux femmes d'aujourd'hui de revendiquer haut et fort la place et la considération qu'elles méritent. 
Malek Chebel, dernier ouvrage paru: Désir et beauté en islam (CNRS éd.). 
 

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L'islam et le sexe

Message  Arlitto le Lun 25 Avr - 10:56

L'islam et le sexe 

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Deux amants, peint par Riza Abbasi (1565-1635).
Wikimedia Commons

Depuis "l'affaire de Cologne", la question est posée: la place du désir et du plaisir sexuels dans l'islam est-elle à l'origine d'une vision dégradée de la femme?

Depuis le Nouvel An 2016, Cologne n'est plus seulement une ville allemande. Elle est devenue une cité symbole, le condensé géographique, pour les hérauts du "clash des civilisations", de l'incompatibilité entre un monde musulman sexuellement bridé et un Occident aux moeurs libérées. En cette funeste nuit de la Saint-Sylvestre, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].  

Et sur ces braises, la tribune de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] dénonçant crûment "la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir" ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], 31 janvier dernier) a déclenché un incendie.  

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Plutôt que de compter les points entre "pro" et "anti"-Daoud, tâchons aujourd'hui de comprendre. Nier que la sexualité, et à travers elle la condition des femmes, constitue la ligne de fracture la plus manifeste entre l'islam et l'Occident relèverait de la pure cécité idéologique. Tout comme réduire les pays musulmans à un monolithe inaccessible à toute forme de modernité - les islamistes dressés contre l'évolution des moeurs depuis quarante ans savent bien qu'il n'en est rien.  

En Tunisie, la polygamie est interdite depuis 1957; au Maroc, la femme peut demander le divorce depuis le début des années 2000, pour ne citer que deux exemples de ce que l'Histoire, les changements sociologiques et économiques et l'impact des nationalismes prooccidentaux ont suscité comme inflexions d'un pays à l'autre. 

Nouvelles aspirations
Les contrastes se vivent à l'intérieur même des Etats. "Dans le nord-est de la Tunisie, d'où je suis originaire, on accepte tout à fait que les filles et les garçons aient une intimité sexuelle avant le mariage, raconte Abdou, 25 ans, issu d'une famille bourgeoise proche de Tunis. Au nord-ouest, en revanche, on pratique toujours la coutume du linge ensanglanté après la nuit de noces pour prouver la virginité de la jeune mariée." 

Il faut lire La Révolution du plaisir, de l'immunologiste et journaliste égyptienne Shereen el-Feki (Autrement), pour mesurer l'intensité du conflit existant aujourd'hui dans les sociétés arabo-musulmanes entre la religion, la tradition patriarcale - il est souvent impossible de démêler l'une de l'autre - et les aspirations des individus à vivre librement leur sexualité. La lecture de cette foisonnante enquête de terrain suscite chez le lecteur européen une curieuse impression: celle d'être revenu à l'époque d'"avant" la révolution sexuelle en Occident, lorsque les filles dociles se devaient d'arriver chastes dans le lit de leur époux choisi par leur famille afin de garantir la lignée et l'honneur du "clan".  

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Un temps pas si lointain, où la sexualité était considérée comme trop sulfureuse pour être évoquée en public et même au sein du couple; où "divorcée" rimait avec "dépravée". "Dans le monde arabe, le sexe est le contraire du sport, s'amuse un gynécologue cité dans l'ouvrage. Tout le monde parle de football, mais presque personne n'y joue. Le sexe, tout le monde le pratique, mais personne ne veut en parler." 

Orthodoxie et pudeur "officielles"
Partout, garçons et filles s'arrangent pour contourner ce qui demeure le grand tabou de ces sociétés puritaines et conservatrices: l'amour physique avant ou hors du cadre du mariage. Dans la rue, c'est à peine si l'on ose se prendre par le cou - la police veille. Mais dans l'intimité d'un coin de parc ou sur les sièges d'une voiture, le "frotti-frotta" se pratique couramment. Mains audacieuses, fellation, cunnilingus... 

La [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et l'éjaculation aux abords du sexe féminin - laquelle provoque parfois des grossesses totalement imprévues - constituent des dérivatifs à la pénétration vaginale. Pour celles qui franchissent malgré tout la ligne rouge, il reste la reconstruction de l'hymen, très répandue dans le monde arabo-musulman. 

Comme ailleurs sur la planète, la technologie a considérablement élargi le champ des possibles. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], en effet, n'est pas une spécificité occidentale. "Dans les pays les plus ségrégationnistes entre hommes et femmes, le Bluetooth est une bénédiction pour ceux qui cherchent un peu d'aventure, note Shereen el-Feki. 

Il suffit de se rendre au centre commercial, de placer son téléphone en mode "visible", et d'attendre les messages." Ces dernières années, une foule de sites Internet ont émergé, à l'exemple d'Imarabic.com, décliné sur YouTube, Twitter et Facebook, où les internautes peuvent évoquer sans fard leurs peurs, leurs désirs, mais aussi leur culpabilité de devoir mentir à leur famille. Cet accès massif à la Toile - et à ses contenus pornographiques - a néanmoins "considérablement accru" les frustrations des garçons "en leur ouvrant une fenêtre sur des possibles qu'ils ignoraient jusque-là, sans offrir pour autant de moyens pour satisfaire ces nouveaux désirs", relève le psychanalyste Aït Sidhoum à propos de l'Algérie (1). 

Avec le recul de l'âge du mariage, dû aux difficultés économiques, de plus en plus de jeunes sont amenés à user de ces stratagèmes. "Le problème est que ces changements ne sont ni relayés ni expliqués par des canaux comme l'éducation, la culture ou les médias, analyse l'islamologue Rachid Benzine (2). Ces derniers restent la plupart du temps dans l'orthodoxie et la pudeur. Or cet écart entre la réalité et sa perception officielle est extrêmement dangereux, parce qu'il crée de fausses représentations que l'on se répète comme des vérités. Il faut que ces évolutions soient dites pour briser les tabous." 

Contrôler le corps des femmes
Ce n'est évidemment pas un hasard si les femmes sont les premières à monter à l'assaut: Heba Kotb, en Egypte, une sexologue très suivie à la télévision; Joumana Haddad, écrivaine et fondatrice du magazine Jasad (Le Corps), au Liban; Aïcha Ech-Chenna, à la tête d'une association pour mères célibataires au Maroc...  

Les [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] après [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ont montré combien le contrôle du corps des femmes était au centre de la question de la sexualité dans le monde arabo-musulman. Un contrôle obsessionnel motivé chez les fondamentalistes par la haine du genre féminin, affirme la militante Mona Elthahawy dans son livre Foulards et hymens. Pourquoi le Moyen-Orient doit faire sa révolution sexuelle (Belfond).  

En posant nues sur les réseaux sociaux, les jeunes [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et Amina Sboui ont, elles aussi, bravé avec éclat la fureur misogyne des islamistes, qui n'en finit plus de se déchaîner. L'an dernier, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], qui traite de la prostitution au Maroc, a dû se réfugier en France après avoir été passée à tabac à Casablanca... 

Si les mentalités patriarcales ont leur part dans ce musellement sexuel, le Coran pèse également de tout son poids lorsqu'il est brandi au sens littéral, sans contextualisation historique. Selon la loi coranique (charia), le sexe hors mariage vaut châtiment pour les deux "coupables"; la sourate IV dite "des femmes" insiste cependant sur l'infidélité supposée de l'épouse, engageant le mari à sévir en cas de doute sur la vertu de la sienne (verset 34). Sexe et statut de la femme sont ainsi explicitement liés. En conséquence de quoi, toute évolution en matière de sexualité modifie la condition des femmes.  

La sexualité, lieu de pouvoir
On touche là au coeur du débat. Car c'est bien sur ce point précis que se rejoignent religieux et conservateurs à la tête des régimes musulmans: ni les uns ni les autres n'ont intérêt à une véritable remise en question de l'ordre social susceptible de saper leur autorité. Comme le soulignait [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], la sexualité est "un point de passage particulièrement dense pour les relations de pouvoir: entre hommes et femmes [...], entre parents et progéniture, entre éducateurs et élèves, entre prêtres et laïques, entre une administration et une population (3)". 

Rappelons-nous, enfin, que la révolution des corps en Occident n'aurait jamais eu lieu sans le desserrement de l'étau religieux sur la société. En islam, ce processus de sécularisation est freiné par le Coran lui-même, dans lequel se mêlent étroitement le spirituel et le politique. Quant aux droits sexuels - liberté de choisir son partenaire, d'avoir des enfants ou non, etc. -, ils restent associés à des valeurs étrangères.  

"Pour beaucoup de gens, note Shereen el-Feki, ils dissimulent un programme occidental où l'homosexualité, l'amour libre, la prostitution ou la pornographie mèneraient sur une pente qui viserait à saper l'islam et les valeurs traditionnelles." De l'avis de cette Egyptienne démocrate, le changement ne viendra pas d'une révolution: "Trop brutal." Il naîtra d'une "évolution concertée" entre tous les acteurs de la société - hommes et femmes - impatients de concilier enfin leur foi et leurs désirs. 
(1) Dans "Sexe, jeunes et politiques en Algérie", par Pierre Daum, in Le Monde diplomatique, août 2014. 
(2) La République, l'Eglise et l'Islam, avec Christian Delorme (Bayard). 


(3) Dans Histoire de la sexualité, tome I (Gallimard). 
 

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Re: La place du sexe dans le Coran

Message  Arlitto le Lun 25 Avr - 10:58

"L'islam est réduit à une morale sexuelle phallique" 

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Une femme musulmane portant un voile à Lille le 12 juin 2015.
afp.com/PHILIPPE HUGUEN

Avocate et ex-directrice des droits des femmes à l'Unesco, l'essayiste algérienne Wassyla Tamzali dénonce les tabous qui verrouillent la condition féminine dans le monde arabe.

Les agressions de Cologne ont donné lieu dans toute l'Europe à une foule de commentaires sur les hommes musulmans et leur rapport au sexe. Vous, écrivain féministe algérienne, que pensez-vous de ce débat? 

Il est bien trop facile de résumer le problème par le cliché de l'homme musulman à ce point frustré qu'il en devient incapable de se refréner devant une jeune femme occidentale. Les agresseurs de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] étaient certes majoritairement des Marocains et des Algériens, mais [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] en rupture de culture. Je ne nie évidemment pas l'impact des "moeurs" dans cette affaire, contre lesquelles je lutte avec les autres féministes. Ce qui me gêne, c'est l'utilisation de ces événements graves, qui dépasse de loin la défense des droits des femmes. 

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Mais les faits sont là: des agressions sexuelles, commises par de jeunes Maghrébins fraîchement installés en Allemagne... 

Vous pensez bien que je suis opposée aux violences contre les femmes, je n'ai rien à prouver sur ce point. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour masquer ce qui ressemble à un racisme antiarabe. Cette utilisation entretient des guerres larvées dans les sociétés occidentales et nourrit le conflit entre les peuples occidentaux et les autres. Plus préoccupant encore: on nous "essentialise", nous, les Arabes. 

Quel est le problème? Soit l'on croit que l'être humain est un être qui a été construit, éduqué par l'histoire et la société dans laquelle il vit et, dans ce cas, le figer dans une identité et des comportements n'a pas de sens; soit l'on postule que l'être humain est un animal incapable d'évoluer, comme les abeilles. Dans cette hypothèse, cela revient à entériner toutes les différences socioculturelles au motif qu'elles sont immuables et à renoncer au changement.  

NOTRE DOSSIER >> [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] 

Remarquons que ce discours rejoint le point de vue des islamistes, pour qui la société musulmane est une donnée éternelle! Cette attitude remet en question le bien-fondé des mouvements progressistes. Ce qui m'a attristée, c'est de voir des féministes et des intellectuels progressistes prendre ce parti. 

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Les agresseurs de la Saint-Sylvestre étaient surtout, affirme Wassyla Tamzali, "des migrants économiques en rupture de culture". 

J. DANIELRMYOP POUR L'EXPRESS

Comment l'islam a-t-il contribué à perpétuer le modèle patriarcal - qu'il n'a pas inventé - dans le monde arabo-musulman? 
On pourrait dire que l'islam est le rendez-vous manqué des femmes avec l'Histoire. Ce n'est pas un paradoxe: dans ses premières révélations, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], en déclarant que l'homme et la femme ont été conçus en même temps et qu'ils ont été chassés du paradis parce qu'ils ont commis, ensemble, le péché de désobéissance. Mais, une fois devenu chef de guerre et chef d'Etat, il reviendra en arrière, afin de s'assurer de la fidélité des tribus bédouines.  

Ainsi peut-on dire que ce n'est pas l'islam qui a islamisé les Bédouins de l'Arabie, mais que ce sont les Bédouins qui ont "bédouinisé" l'islam. Le mouvement sera irréversible. Dès les années 670, les commentateurs de la vie du Prophète réintroduisent la fable biblique - la femme fautive, sorcière, etc. - et produisent une somme impressionnante de commentaires sexuels qui vont conduire à une religion phallique. Cette culture bédouine est portée aujourd'hui par le wahhabisme et les royautés arabes, qui donnent cette image d'un archaïsme sexuel fortement ancré. 

Cette "religion du phallus", pour reprendre vos termes, n'est pourtant pas spécifiquement musulmane... 

Non, elle est sans doute universelle, mais retenons ici pour notre propos qu'elle est méditerranéenne. L'ethnologue Germaine Tillion l'a brillamment démontré (1). Il a fallu attendre le XXe siècle pour qu'évolue le rapport homme-femme en Méditerranée du Nord - l'Italie et l'Espagne en sont la preuve. Au sud, l'histoire a été différente. Cette dérive est devenue la règle de l'orthodoxie musulmane. 

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Dans votre ouvrage Une femme en colère (2), vous évoquez la construction d'un "éros musulman" aux conséquences néfastes. 
Oui, et cela m'a aidée à comprendre l'exception que représente la place des femmes dans les sociétés maghrébines. Dès les premiers commentateurs de la vie et des dires du Prophète - tels Tabari et Boukhari -, la littérature religieuse façonne un éros musulman, cru et centré sur le plaisir des hommes, comme l'a établi l'historienne tunisienne Latifa Lakhdar. Cette littérature a pris une telle ampleur théologique qu'elle en est devenue la source du savoir religieux.  

Aujourd'hui, la culture populaire musulmane réduit l'islam à une morale sexuelle phallique à laquelle s'ajoute le carcan normatif. Toute spiritualité est étouffée. Il s'agit là d'un moment historique calamiteux, que les conditions de crises, de guerres, de déportations et de destructions renforcent. 

Les pouvoirs politiques du monde arabo-musulman ont-ils favorisé ces formes patriarcales? 
Sans aucun doute. Il faut toujours regarder en arrière et, sur ce sujet, on peut s'arrêter aux années de la décolonisation. Les indépendances ont été confisquées aux peuples qui se libéraient. Un exemple entre mille: dans une vidéo de 1957, le président égyptien Gamal Abdel Nasser raconte que le leader des Frères musulmans est venu le voir pour lui demander d'obliger les femmes à porter le voile. Il rit alors, et toute l'assistance avec lui.  

Vingt ans plus tard, "grâce" aux écoles égyptiennes contrôlées par le pouvoir nassérien, toutes les femmes étaient voilées. Nasser n'a pas seulement instrumentalisé la religion, il en a fait une politique offensive. En Egypte, en Algérie, en Syrie, en Irak, dans les régimes militaires, ou dans les royautés, ce fut le même scénario: chaque fois que leur pouvoir absolu était menacé par des velléités démocratiques, ces régimes utilisaient la religion.  

Et, lorsque des mouvements politiques religieux se sont organisés pour prendre leur place, ils leur ont livré la société et les femmes pieds et poings liés. Depuis [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], les femmes sont une monnaie d'échange. Aujourd'hui, il semblerait qu'elles soient devenues un enjeu géopolitique. 
(1) Le Harem et les cousins, Seuil, 1966. 
(2) Gallimard, 2009. 
 

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Le porno version islamique

Message  Arlitto le Lun 25 Avr - 10:59

Le porno version islamique 

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A Jakarta, en Indonésie, un jeune homme consulte des photos en ligne de la pornstar japonaise Maria Ozawa.
AFP

Certains pays musulmans sont de gros consommateurs de pornographie: les statistiques de Google le démontrent. Et les autorités ferment parfois les yeux.

L'annonce a fait le tour de la planète, du Brésil jusqu'à l'Australie. Presse écrite, télévision, radio, tous évoquaient l'an dernier l'information choc: [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Dans ce lieu sacré de pèlerinage, imaginer un seul instant l'implantation d'un tel établissement, même prétendument conforme à la loi islamique, avait de quoi susciter un emballement médiatique mondial.  

En réalité, Abdelaziz Aouragh, fondateur de la société néerlandaise El Asira, spécialisée dans la vente en ligne de produits érotiques - huiles de massage ou bougies -, n'a jamais proposé aux autorités saoudiennes de s'installer à [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].  

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Depuis cet épisode, qui a fourni un joli coup de pub à sa petite entreprise, l'entrepreneur ne souhaite d'ailleurs plus aborder la question. "Allez voir notre site Internet, vous vous rendrez compte que cette histoire de sex-shop ou de sex-shop halal ne tient pas. Nos interlocuteurs du monde entier l'ont bien compris", assure le PDG trentenaire, installé à Amsterdam. 
Sur YouPorn, des vidéos estampillées "islamiques"

L'islam et [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]? Une association sulfureuse, mais pas si farfelue que cela. La preuve: lorsque l'on se rend sur le site de Google affichant les grandes tendances des requêtes réalisées par les internautes du monde entier, le Pakistan, la Malaisie et le Nigeria apparaissent en tête des pays qui réalisent le plus de recherches sur les mots "porno" ou "porno gratuit". Souvent loin devant les Européens.  

C'est aussi le cas en Egypte, en Turquie, ou encore en Algérie et au Maroc, où le volume de recherches sur ces sujets devance toujours la France, quelquefois même l'Allemagne. "Ces chiffres sont pondérés en fonction de la taille de la population pour éviter le phénomène de surreprésentation", explique-t-on chez Google France. Toutefois, tous les internautes de ces pays ne sont pas nécessairement de confession musulmane. 

La demande pour ce type de contenus est telle que de grands sites pornographiques gratuits comme xVideos ou YouPorn proposent désormais des vidéos estampillées "islamiques" dans lesquelles apparaissent parfois des femmes portant le hijab (foulard couvrant la tête et le cou). Aucun des représentants de ces sociétés ne souhaite s'exprimer, ces contenus étant interdits dans la plupart des pays musulmans.  

"Les autorités demandent aux fournisseurs d'accès à Internet nationaux de nous bloquer, explique un porte-parole de xHamster, un autre site pour adultes. C'est le cas en Malaisie, en Turquie, aux Emirats arabes unis, mais aussi en Chine et en Russie." Malgré ce filtrage, la société enregistre tout de même les visites d'internautes assez malins pour trouver des parades à ces obstacles techniques.  

Ainsi, les Turcs comme les Egyptiens représentent 1,4% de l'audience de xHamster, soit deux fois plus que les Algériens. Ils restent en moyenne plus de dix minutes par session et cherchent, principalement, des vidéos pornographiques... de Turcs ou d'amateurs. Les Egyptiens sont, eux, tentés par des Egyptiennes. Et aux Emirats arabes unis, les requêtes portent sur les mots "arabe", "indienne" ou... "japonaise". 

La pornographie, "une forme de soupape"
Ce n'est pas parce qu'il y a un public qu'il faut foncer bille en tête. Marc Dorcel, spécialiste du X en France et déjà présent dans 56 pays, ne commercialise pas ses productions dans la plupart des Etats musulmans. Le groupe dit vouloir respecter la loi et la culture de chacun. Cela n'empêche pas les DVD pirates de se vendre comme des petits pains, ainsi que le rappelle le journaliste Frédéric Martel dans son ouvrage Mainstream (Flammarion).  

"Dans les territoires palestiniens de Sabra et Chatila ou dans des souks en Syrie et en Jordanie, chaque fois que je me suis rendu dans des magasins de vente de DVD, explique-t-il, je suis tombé sur des rayons entiers de films porno vraisemblablement piratés, placés derrière un rideau à l'arrière de la boutique ou planqués dans des caves." Ces ventes clandestines sont tolérées par les pouvoirs en place.  

Mieux, le cheikh fondamentaliste Youssef al-Qaradawi, figure des Frères musulmans et animateur de l'émission La Charia et la vie, a décrété en 2004 sur la chaîne Al-Jazira, depuis Doha au Qatar, que [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] était autorisé, sous réserve du consentement des époux. "Tout acte de revendication publique, notamment sexuelle, peut être dangereux. Mais tant que l'acte en lui-même reste discret, dans le secret des alcôves, les dirigeants ont tout intérêt à laisser faire. Il s'agit d'une forme de soupape pour la population", analyse Martel. 
Quand Canal+ diffusait du hard dans le Golfe...

Attention, toutefois, à ne pas aller trop loin, comme le rappelle l'auteur de Mainstream. L'histoire de Canal+ en 1997 a durablement marqué les esprits. En ce mois de juillet, en plein milieu de l'après-midi, une erreur de retransmission satellitaire sur ArabSat provoque une situation des plus embarrassantes: durant environ trente minutes, l'émission éducative pour enfants de Canal France International (CFI) est remplacée par le film porno Club privé au Portugal diffusé sur la chaîne cryptée.  

Une vingtaine de pays arabes reçoivent ce programme inattendu. L'affaire suscite un conflit diplomatique entre la France et l'Arabie saoudite, qui ne veut rien entendre. Canal perd son autorisation d'émettre dans le Golfe. La sanction profite aussitôt à une petite chaîne qatarie qui cherchait à l'époque à élargir son audience. Elle se nommait Al-Jazira. Aujourd'hui, la télé d'information continue est devenue la voix du Qatar dans le monde. 
Pays-Bas

En 2010, Abdelaziz Aouragh, installé à Amsterdam, a ouvert le premier site érotique en ligne "halal", baptisé El Asira. Ses produits sont destinés à améliorer les relations sexuelles des couples mariés et sont distribués sur toute la planète. 
Maroc

Selon Google Trends, la requête "video sex gay" est essentiellement envoyée sur le moteur de recherche depuis le Vietnam et l'Indonésie. L'Algérie et le Maroc arrivent juste derrière. 
Egypte

La demande porte d'abord sur des contenus locaux. Les mots clefs les plus demandés sont "egyptian", "arab" et... "lesbian". (Source: xHamster.) 
Turquie

Les Turcs représentent 1,4% de l'audience mondiale du site porno xHamster, à égalité avec les Egyptiens. C'est deux fois plus que les Algériens. 
KoweÏt

C'est le pays où le temps de connexion moyen aux sites X est le plus long, avec 4min19s par session. (Source: SimilarWeb.) 

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Les sites de rencontre musulmans, miroir du malaise

Message  Arlitto le Lun 25 Avr - 11:01

Les sites de rencontre musulmans, miroir du malaise 

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Internet (ici, sur Mektoube.fr) révélerait un "décalage de mentalités" entre les deux sexes. Capture d'écran.
 Mektoube.fr

Sur Mektoube.fr et InshAllah.com, les musulmanes s'émancipent. Et les garçons ont du mal à suivre.

C'est moins "pour une question de religion que de culture commune" que Samia (1), une infirmière de 43 ans, s'est inscrite sur le site InshAllah. Et ce qu'elle y a trouvé l'a pour le moins déconcertée. "9 fois sur 10, les Maghrébins cherchent une aventure qu'ils n'assument pas, explique cette célibataire d'origine algérienne. Au début, ils te félicitent pour ton indépendance, mais, dans le fond, ils la vivent mal." Aucune des relations qu'elle a nouées par l'entremise de la plateforme n'a duré plus d'un an. "J'en avais assez de rester la petite amie cachée: dès qu'on veut apparaître comme un couple auprès des amis, de la famille, les mecs se défilent."  

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Les filles musulmanes vivraient-elles mieux leur émancipation sexuelle que les garçons? Hamdi (1), urbanis te de 31 ans, n'est resté qu'un mois sur le site Mektoube avant de trouver l'âme soeur. "J'avais l'impression d'être dans un fast-food, raconte-t-il. Les gens ne prennent pas le temps de la discussion. Beaucoup de femmes ne cherchent qu'une aventure d'un soir." 

"Un vrai décalage de mentalités" entre les deux sexes
A entendre Hamdi, on se dit que Samia l'infirmière n'a sans doute pas tort de penser que les célibataires comme elles font peur aux garçons musulmans. La quadra a noté "un vrai décalage de mentalités" entre les femmes et les hommes musulmans, chez qui le poids de la religion en matière de sexualité est "source de frustration".  

"Si tu indiques au type que tu n'es pas pratiquante, il en conclut que tu n'es pas sérieuse et tente de tirer son coup avec toi", note-t-elle. Bien sûr, même loin du pays d'origine, le joug du qu'en-dira-t-on et des traditions pèse encore sur les comportements. Leila (1), 32 ans, a divorcé après douze ans de mariage. "Ce statut reste pénalisant quand on veut refaire sa vie dans notre communauté", explique cette comédienne d'origine marocaine. En s'inscrivant sur le site communautaire Mektoube, elle pensait pouvoir "trouver quelqu'un de sérieux". Las. "Au début, les hommes manifestent des signes de respect: 'Salam alaykoum', 'Ma soeur', etc. Mais, en fait, ils ne pensent qu'à coucher, te relancent par textos. J'ai fait une vingtaine de rencontres, et c'était à chaque fois la même déception. Pour eux, le rôle de la femme consiste à faire des enfants et à tenir la maison." 

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D'après un sondage de l'institut Ifop, 66% des musulmans français se disent intéressés par un site de rencontres entre personnes de leur confession (2). Dans cette enquête, les mêmes se déclarent aux trois quarts opposés aux rapports sexuels avant le mariage. Pas facile de démêler le vrai du faux, les postures des intentions réelles, sur la Toile comme ailleurs. 

Durant les deux années où elle a fréquenté le site Mektoube, Malika (1), elle, enseignante de 32 ans, originaire de Tunisie, n'est tombée que sur des garçons en quête d'une future épouse. "Lorsque je disais que je concevais tout à fait une relation hors mariage et que je n'étais pas vierge, ça surprenait, se souvient-elle. Mes interlocuteurs voulaient se marier, pas rencontrer quelqu'un." Malika a fini par quitter le site. "Je trouvais idiot de me mettre des oeillères, de chercher à faire plaisir à mes parents et pas à moi." 
(1) Les prénoms ont été modifiés. 
(2) Sondage réalisé en 2010 pour le site InshAllah.com. 
 

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